Et pendant ce temps là …?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 23 Août 2010 à 06:25

Ber­lin construit des hôtels. Par­tout. Et des immeubles de bureaux vides. Tout le temps.

Le café Kranz­ler, joyau de la défunte Ber­lin-Ouest a été racheté. Ses ex-propriétaires ont ouvert « Bou­le­vard » sur la même « Ku’Damm », à l’ombre de la tour de 25 étages qui hébergera un … hôtel de luxe.

À Ber­lin la mafia construit à la pelle des « ludothèques », qui s’annoncent comme « casi­nos », et que je soupçonne de n’être rien d’autre que des machines à laver l’argent sale.

Et pen­dant ce temps là …?

Hier soir, il y avait un nou­veau Tatort à la télé, et pour être tota­le­ment honnête, il n’était pas vrai­ment pas­sion­nant.

D’un seul coup, Vio­la m’a appelé de la salle de bains. « Ã‰coute ! »

J’ai ten­du l’oreille, et j’ai vague­ment enten­du quelque chose. « C’est un oiseau blessé ! Un jeune ! ».

Oui, d’accord, mais, mau­vais ou pas, il y avait le Tatort du dimanche soir, là et… « va au bal­con, écoute ! ».

C’était curieux. C’était définitivement un oiseau. Le truc qui m’a inter­pellé c’est que le son se déplaçait, appa­rem­ment. Mais bruyant. tel­le­ment bruyant que j’ai pensé qu’il pou­vait être sur la bal­con du voi­sin, ou peut-être sur le toit… ou bien… « tu viens ? »

Vio­la s’était habillée. « Il est en bas. Je crois que c’est un jeune, et qu’il est blessé ».

Et après tout, pour­quoi pas…

Quand je suis reve­nu, habillé, dans le bureau, j’ai trouvé Vio­la en train d’écrire quelque chose sur un petit mor­ceau de papier. Et elle avait le por­table. Je n’ai pas eu besoin de lui deman­der ce qu’elle écrivait : le numéro des urgences animalières. C’est une des mul­ti-mul­tiples rai­sons qui me font aimer Vio­la.

Et nous voilà dehors. Il commençait à pleu­voir. Natu­rel­le­ment.

Tiens, elle avait rai­son ! Il n’était pas sur le toit, c’est à gauche… attends… là ! Et j’ai ten­du le doigt. Je voyais très dis­tinc­te­ment… une chouette. Non, deux ! Deux chouettes qui vole­taient d’un arbre à l’autre. Appa­rem­ment des jeunes qui s’impatientaient du retour des parents, ou quelque chose de ce genre.

Nous habi­tons dans Ber­lin intra-muros, c’est à dire intra-périph”, et j’étais là comme un gamin qui aurait trouvé un paquet de bon­bons. Je regar­dais des chouettes, à trois mêtres de moi. Des *chouettes*. Je trouve ça dingue.

De même que, jeu­di, alors qu’on avait décidé de ren­trer du Job­Cen­ter à pieds, ce qui nous fait tra­ver­ser le parc de Reh­berge, j’étais tombé en arrêt au spec­tacle de 5 rapaces —les deux parents et trois petit­s— qui évoluaient en groupe à quelques mètres de nous. Je suis inca­pable de les iden­ti­fier, natu­rel­le­ment, ne me deman­dez pas ce que c’était comme rapaces. Je sais seule­ment que ce n’était pas des crécerelles, car ceux-là j’en ai déjà vu quelques uns, et je sais qu’il ne sont pas aus­si grands que ceux-là.

Ber­lin est… magique.

Et Vio­la aus­si.

Crédit Caipirinha …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 10 Août 2010 à 16:30

Ça va faire deux heures que c’est sur mon bureau.

Je sais bien que je devrais être encore en train de pleu­rer de rire, et en fait je l’ai fait pen­dant un moment.

Mais tout de même.

Je n’arrête pas d’y reve­nir, et je n’en reviens pas.

Dans la boîte (tout de même…) que j’ai reçu tout à l’heure, il y a deux pros­pec­tus, et tout un dis­po­si­tif de car­ton plié et troué, des­tiné à conte­nir, ou plutôt à présenter les pro­duits de mana­ge­ment de patri­moine de la Com­merz­bank. Ma banque. Le logo de l’année dernière vous aurait été fami­lier : c’est celui du Crédit Lyon­nais. Enfin celui de l’année dernière, avant que ça s’appelle LCL.

Inven­taire :

  • Un machin de plas­tique, jaune, un petit comme un bâton, avec le nou­veau logo de la Com­merz­bank
  • un tube de plas­tique jaune avec le logo de la Com­merz­bank
  • un sachet orné du logo de la Com­merz­bank conte­nant… il fau­drait l’ouvrir pour le savoir

Il m’a fal­lu au moins trente secondes pour iden­ti­fier le bâton comme un « mélangeur », le tube comme une paille, et le sachet comme… un sachet.

His­toire de com­prendre, je me tourne à nou­veau vers les pros­pec­tus, et c’est là qu’est venue la lumière : avant la ligne « les pro­duits de mana­ge­ment de patri­moine de la Com­merz­bank », il y avait, en gros, je veux dire en gros caractères, « un mix à apprécier ».

Pour être honnête, je n’ai *vrai­ment* com­pris que quand je me suis attardé sur la pho­to, à droite, qui nous mon­trait un verre, avec un liquide inco­lore, un para­sol (jaune, natu­rel­le­ment), un brin de menthe, et une ron­delle de citron.

Donc, si je résume : On nous a envoyé un kit à deux balles de chez Tati pour nous vendre des « pro­duits de mana­ge­ment du patri­moine ».

Ima­gi­nez une petite minute que vous ayez disons un mil­lion d’euros sur votre compte (lire : patri­moine) et que vous rece­viez un mélangeur, une paille, un sachet et une invi­ta­tion à venir reti­rer votre verre à cock­tail… vous feriez quoi, vous ?

Moi, j’ai pas un mil­lion d’euros sur mon compte, alors, j’peux pas com­prendre, je pense…

Ah oui, le machin dans le sachet per­met de faire de la « Cai­pi­rin­ha ». Chouette.

Je ne joue plus.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 10 Août 2010 à 12:57

Préambule :
Le présidiscule français a pro­mis de rendre « la ©publique Française irréprochable ». Au final :

  • un ministre condamné pour racisme (mais il a inter­jeté appel, donc « inno­cent »… en sur­sis)
  • deux ministres « démissionnés » pour uti­li­sa­tion sus­pecte d’argent public
  • un ministre « inno­cent » dont le des­tin est entre les mains d’un pro­cu­reur porte-coton présidentiel

Le tout en moins de deux mois. Natu­rel­le­ment, ça fait désordre. Mais pas de panique, le présidiscule de la république a tou­jours une lon­gueur d’avance : il vient de décider de faire oublier tout ça. Il a pro­mis :

  • de déclarer la guerre à… aux can­di­dats au ¤rcher de la dernière fois (appa­rem­ment pas vrai­ment impressionnés)
  • de bou­ter les Roms hors de France, en contra­dic­tion avec les traités européens qu’il a signés
  • de créer une natio­na­lité française à deux vitesses, en contra­dic­tion avec la consti­tu­tion qu’il a modifiée lui-même
  • de réinventer le code civil, ren­dant les parents pénalement « cau­tion » de leurs reje­tons can­di­dats au ¤rcher

Et tout en mois de temps qu’il en faut pour faire un dis­cours.

Je pour­rais me mettre à écrire à lon­gueur de pages, mais je suis fati­gué. Et puis d’autres s’y sont collés avant moi. En outre, d’autres le feront très pro­ba­ble­ment encore.

Je sais bien que le président recherche d’abord les effets d’annonce. Cette loi ne ver­ra jamais le jour. Mais ça ne change rien aux inten­tions. Et les inten­tions, je vous le dis comme je le pense, les inten­tions sont scan­da­leuses.

Michel Rocard, lisible ici

Je ne vote­rai plus en France. C’est ter­miné. Je ne joue plus. Comme le vote « blanc » est évacué, je n’ai plus aucun recours. Quand on élimine le vote blanc, on peut ima­gi­ner un président élu avec deux voix contre une à son adver­saire. Vous voyez ce que je veux dire.

Pire : je m’en fous, de voter français. Voter contre le présidiscule me for­ce­rait pro­ba­ble­ment à voter pour un « socia­liste » genre DSK, et je m’accepterais plus faci­le­ment en lâche qu’en cou­pable.

Je vote­rai aux muni­ci­pales de Ber­lin, tant qu’il nous res­te­ra des can­di­dats genre Hei­di. Je n’y pas crois pas trop, mais au moins elle peut me faire sou­rire…

Et, oui, je sais, mes ancètres se sont bat­tus pour leur droit au vote. Comme je vous l’ai dit, la ques­tion est de savoir com­ment se trom­per sans se tra­hir. Et mes ancètres, et leurs suc­ces­seurs, se sont —tous— tra­his. Cette « démocratie » à la Française est une fou­taise.

Un leurre.

Je ne joue plus.

Un pas. De trop.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 31 Juil 2010 à 07:15

J’aime bien les jeunes. ©néralement. Enfin par­fois. De temps en temps.

Je me trim­balle rela­ti­ve­ment sou­vent dans Ber­lin avec un t-shirt « poli­tique ». C’est pas du Storch, mais le mes­sage est tout aus­si clair : les sym­pa­thi­sants du FC Sankt Pau­li ne sont pas réputés pour leurs attaches à droite. Je reçois généralement des regards et/ou des saluts posi­tifs. Et sur­tout je n’ai pas d’arrières pensées avant de sor­tir avec mon t-shirt. Je prends comme ça une ligne du S-Bahn qui tra­verse la « for­te­resse » d’extrême droite (Mar­zahn, etc.), et je n’ai jamais eu droit à une réaction négative.

Mais, à regar­dant ce qui se passe dans la rue, j’ai par­fois des suées froides. La guéguerre rhétorique entre les « anti-faschistes » et les « néonazis » de lam­pa­daires (entre nous, vous pour­rez noter mon emploi des guille­mets —et en tirer les conséquences qui vont bien) conti­nue d’escalader.

Hier, on a fran­chi la ligne. Sur cette affi­chette (ano­nyme, natu­rel­le­ment), on y dénonce un « porc de nazi » (Nazi­sch­wein), avec sa pho­to, son nom, *et son adresse*. L’affichette se finit par « il adore les visites » (er freut sich über Besuch).

Moi, j’appelle ça un appel au meurtre.

J’aimerais que les différences entre « nazis » et « anti-nazis » soient plus claires. Quand un député trans­gresse la loi pour faire par­tie d’un sit-in pour blo­quer la route d’une mani­fes­ta­tion d’extrême droite, tout va bien. Quand à l’occasion deux groupes en viennent aux mains, c’est moins drôle, mais ça va encore.

Mais l’appel au meurtre, ça ne passe pas.

J’aimerais bien que les « anti­fas » ne se trompent pas de méthodes.

J’adore mes t-shirts Sankt Pau­li. Et j’aimerais pou­voir conti­nuer à les por­ter sans risque d’être confon­du avec des jeunes cons pas tant « anti » que ça.

Wir haben Gesichter, nous avons des visages…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 30 Juil 2010 à 07:31

J’ai trouvé cette stèle, ce monu­ment, à un des entrées du parc Vik­to­ria, sur le che­min direc­tion Tem­pel­hof. Des­sus, il est écrit :

Nous avons des visages
Nous avons des yeux
Nous avons des mains et des poings
Nous avons des noms
Nous avons des cœurs
Nous avons des rêves
Nous avons des larmes
Nous avons des rires
Nous avons la colère

Wir haben Gesich­ter, Wir haben Augen, Wir haben ¤nde und ¤uste, Wir haben Namen, Wir haben Her­zen, Wir haben Träume, Wir haben Tränen, Wir haben Lachen, Wir haben Zorn. C’est la ver­sion ori­gi­nale d’un cri de colère.

Le monu­ment « commémore » le viol d’une femme. Le viol a eu lieu en 2002. Sur la stèle, on peut lire la révolte. Presque la vio­lence. Viol, Ber­lin, 2002. Ça me rend malade.

Ce texte s’est, dans ma tête, super­posé à un autre texte que j’ai redécouvert dernièrement.

Tour­nez, Uru­bus !
Quand la lumière des villes s’obscurcit vers le néon fra­gile !

Pla­nez, Uru­bus !
Au-des­sus des sou­mis comme une ombre portée sur la vie !

Vivez, Uru­bus !
Cachés dans vos buil­dings sans un cri, penchés sur vos plan­nings !

Vivez, Uru­bus !
Glis­sez vos doigts d’acier dans nos démocraties avancées !

Tour­nez, Uru­bus !
Don­nez-nous un peu d’air et on vous laisse le phos­phate et le fer !

Tour­nez, Uru­bus !
Qui contrôlez le temps, mines d’or, de pla­tine, de dia­mants !

Tuez, Uru­bus !
Tout ce qui vous résiste, ce qui vit, qui res­pire, qui existe !

Fouillez, Uru­bus !
Au fond de leurs entrailles, becs cro­chus, longs cou­teaux et tenailles !

Cher­chez, Uru­bus !
Ce qui nous fait mar­cher, ce qui nous fait rê­ver, nous aimer !

Pla­nez, Uru­bus !
Au-des­sus du lin­ceul que déchire le poing d’un homme seul !

Cre­vez, Uru­bus !
Tom­bez comme des pierres sur la terre, le gou­dron en enfer !

Per­sonne Uru­bus, ne vien­dra vous bec­que­ter. Même pas les four­mis rouges affamées

Uru­bus, Les aigles sont déchus.
Innom­brables vous gar­dez les issues !

Uru­bus (« vau­tours »), Ber­nard Lavilliers, dans son album « Pou­voirs », en 1979

Le lien entre ces deux textes n’est pas expli­cite. Je veux dire que je n’ai pas besoin de prendre le temps de réfléchir, pas besoin de pas­ser par le stade « lan­gage » pour savoir que ce sont deux « faces » du même texte. Uru­bus est le nom brésilien d’un vau­tour. Un cha­ro­gnard.

En ce moment, je suis un ter­rain fer­tile. Pour la colère.

Oh, pas tout le temps, hein. Tout à l’heure, j’ai vu Noi­sette tra­ver­ser la rue. Com­ment res­ter en colère après ça ?

Au fait, est-ce que quelqu’un a une idée de com­ment « Uru­bus » se dit en… disons… hon­grois ?

Ne cher­chez pas : j’ai cher­ché ça moi-même. Et non, la réponse n’est, curieu­se­ment, pas « sar­ko­zy ».

Une promenade hors du temps… ou d’autre chose…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 28 Juil 2010 à 09:28

Je vous ai déjà parlé de Tem­pel­hof. Ou pour lui don­ner son nom com­plet, de l’aéroport de Ber­lin-Tem­pel­hof. Un aéroport en pleine ville. Et main­te­nant il est fermé.

Pour être honnête, j’ai vrai­ment cru que le ©nat de Ber­lin réussirait à pla­cer quelques uns de ses nombres amis pro­mo­teurs immo­bi­liers dans la place. Ima­gi­nez un petit peu la sur­face de ter­rain vide. Ten­tant. Forcément très ten­tant. Regar­dez la carte, et vous com­pren­drez.

Mais, de temps en temps on a une bonne sur­prise. Et main­te­nant, Tem­pel­hof, à part le bâtiment, natu­rel­le­ment, est un parc. On a y recensé 414 sortes d’insectes buti­neurs. J’ai oublié le nombre d’espèces d’araignées. Le parc est « aménagé ». Au début, c’est un petit peu curieux, mais on s’habitue rapi­de­ment. Le parc est en gros vide. C’était un aéroport, donc c’est plat. Pas d’arbres. Du bitume (pistes diverses, deux kilomètres de long) et de la ver­dure. Les zones bitumées sont le royaume des ska­ters et des cyclistes. Oh, et des spor­tifs, ceux qui courent. On peut natu­rel­le­ment également juste mar­cher.

La ver­dure a été « administrée ». Il y a des zones pour les fans de bar­be­cue (sorte de sport natio­nal à Ber­lin), natu­rel­le­ment il y a un café, des zones où on peut s’allonger tran­quille­ment, où on peut jouer, etc. Il y a quelques zones « fermées » où on peut lais­ser le chien cou­rir (c’est grand). Et le reste ?

Au moins deux tiers de la sur­face totale est une réserve natu­relle. Pour les oiseaux, les buti­neuses, tout ce qui bouge.

Hier, il fai­sait chaud, mal­gré le ciel cou­vert. Il n’y avait pas trop de gens. On mar­chait, tran­quille­ment. En plein cÅ“ur d’une ville. Et tout ce qu’on enten­dait était les bruits des oiseaux et des insectes. Hors du temps. Magni­fique. J’ai vu un fau­con crécerelle. Il y en pro­ba­ble­ment beau­coup d’autres.

Il y quelques trucs que je n’aime pas. À l’entrée, on est accueillis par « Ber­lin Grün GmbH ». Ber­lin Grün ça veut dire « Ber­lin verte ». Mais GmbH c’est la dénomination alle­mande d’une SARL. L’actionnaire unique est le ©nat de Ber­lin. Je n’aime pas le mélange des genres : une SARL c’est une entité destinée à *gagner* de l’argent. Une asso­cia­tion m’aurait suf­fi. Je ne sais pas com­ment com­prendre le ©nat de Ber­lin créant des entre­prises. Le ©nat n’a pas voca­tion à faire du bénéfice. Mais c’est juste moi, hein.

Ils annoncent tout de même « quelques » bâtiments d’habitation. Ça rime bien avec GmbH. Et ils annoncent également un « parc d’innovation », quoique ce soit.

Le café est ter­ri­ble­ment cher. En d’autres termes, une arnaque. Peut-être même à la limite de l’illégalité.

Mais dès qu’on lui tourne le dos et qu’on marche un petit peu, on est subi­te­ment à la cam­pagne. Il y a quelques plate-formes destinées à ceux qui vou­draient obser­ver. Les oiseaux, par exemple.

Une après-midi de rêve. Sans « Noi­sette », mais tout de même.

Pour le moment. Pour 2017, ils annoncent une Expo­si­tion de jar­dins inter­na­tio­nale sur Tem­pel­hof. Je ne sais pas ce que ça va représenter pour les oiseaux. Mais il est encore un petit peu tôt pour désespérer…

Il est exactement Sud-Ouest moins 5…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le dim 25 Juil 2010 à 09:20

Ça fait au moins 6 ans que j’utilise le navi­ga­teur Fire­fox. Depuis que j’ai appris son exis­tence. Littéralement. Avant, je crois que j’utilisais Mozilla, et encore avant son ancêtre Nets­cape.

Pas parce qu’il est le plus rapide, pas parce qu’il est le plus beau, même pas parce qu’il est « libre » (encore que, natu­rel­le­ment, ça a compté), mais parce que c’est le plus flexible. Pour moi. Le mélange « exten­sions » et « moteurs de recherche », c’est —dans *mon* uti­li­sa­tion d’un navi­ga­teu­r— l’arme abso­lue.

C’est que je « cherche » beau­coup, et que j’aime bien cher­cher « futé ». Et aus­si car je suis apha­sique. Et tri­lingue.

Ima­gi­nez, par exemple, que pen­dant que j’écris cet article, il me manque un mot. C’est un des effets secon­daires de mon apha­sie. J’ai un mot, ou bien le concept d’un mot dans la tête, mais il ne sort pas. Dans ce cas là, j’utilise deux types d’astuces :

Si j’ai un syno­nyme dans la tête : dans ce cas, le meilleur outil que je connaisse est cette page. Le lien m’a été envoyé par l’ami Stéphane Ne vous lais­sez pas trom­per par le titre : ce n’est pas seule­ment un tra­duc­teur. Ima­gi­nez que le syno­nyme que j’ai en tête soit, par exemple, « vite » : je vais pou­voir trou­ver le mot que je cher­chais (en l’occurrence « impétueux ») sur cette page.

Main­te­nant com­ment y aller ? La méthode « clas­sique » consiste à :

cli­quer sur le marque-page (« book­mark ») que j’ai crée. Dans le meilleur des cas, c’est *deux* actions. J’ai plu­sieurs cen­taines de marque-pages, rangés dans quelques dos­siers. Pour arri­ver à la page que je cherche, je dois cli­quer une première fois pour ouvrir mon dos­sier « divers », puis une seconde fois (avec le bou­ton du milieu de ma sou­ris) sur le marque-page. La page s’ouvre sur un nou­vel onglet. Si je cli­quais sur le bou­ton de gauche de ma sou­ris, la page rem­pla­ce­rait la page sur laquelle je suis en train d’écrire mon article. À éviter.

uti­li­ser la fenêtre « recher­cher » du navi­ga­teur. Atten­dez… où vais-je trou­ver un « plu­gin moteur » pour cher­cher sur cette page spécifique ? Le navi­ga­teur nous donne un lien qui nous envoie là. Ce n’est pas le pied. Après un petit peu de recherche, j’ai trouvé cette page là, déjà bien meilleure. Sauf que là non plus je ne trouve pas la page que je cherche. Je peux tou­te­fois trou­ver celle ci. C’est le même moteur, mais la cou­leur est insup­por­table. Je veux celle qui cor­res­pond à mon book­mark. Et c’est là que les « exten­sions » entrent en jeu. Après un petit peu de recherche, j’ai trouvé une exten­sion qui me per­met de créer un plu­gin pour toute page conte­nant un champ de sai­sie pour une recherche. Et le tour est joué.

Main­te­nant ima­gi­nons, l’instant d’une minute, que je ne connaisse pas de syno­nyme pour le mot que j’ai en tête, mais que j’en aie que le début… par exemple, « impet ». Ça m’arrive très sou­vent. Je suis cer­tain qu’il existe des cen­taines de pages qui per­mettent une recherche avec *une par­tie de mot*, mais pour des rai­sons qui me sont propres (je suis tri­lingue), j’utilise celle-ci 

Ce n’est pas par­fait, mais ça m’a sauvé un cer­tain nombre de fois.

Liste d’extensions que j’utilise (plus que les autres) :

Adblock plus J’exècre la pub, et cette exten­sion m’en débarrasse. On y gagne en temps et en confort men­tal.

Add to search bar Me per­met d’avoir des moteurs de recherches acces­sibles à tous les coups.

Exif Vie­wer Pour qui s’intéresse à la pho­to, c’est un must. Un clic-droit sur une pho­to nous donne accès aux EXIF.

Fire ges­tures Par­fois, il est per­mis d’être à la fois fainéant et pressé. Cer­taines opérations peuvent être accélérées, et c’est bien.

Google Rea­der Wat­cher J’utilise Google Rea­der pour un *cer­tain* pour­cen­tage de mon temps passé sur l’Internet. Donc…

Https Eve­ryw­here Par­fois (j’avoue : généralement) on peut ne pas avoir envie que quelqu’un d’autre s’intéresse à ce qu’on fait sur l’Internet. Cette exten­sion, developpée par EFF (Elec­tro­nic Fron­tier Foun­da­tion) empêche les gens de four­rer leur nez là où ils ne devraient pas.

Search With Par­fois, il est per­mis d’être à la fois fainéant et pressé. Cer­taines opérations peuvent être accélérées, et c’est bien. Dans ce cas là, il s’agit de recherches.

Sty­lish Cette exten­sion m’a per­mis de me débarrasser de la barre de déplacement ver­ti­cale, laquelle ne (me) sert à rien, et me pol­lue l’espace visuel.

Tiny Menu Parce que j’utilise mon écran pour y trou­ver des infor­ma­tions, et pas des menus.

Voilà. C’est pas pour convaincre, c’est pour, éventuellement, aider.

Et, ah oui, la pho­to du jour : le roi de Prusse, Fre­de­ric II, pour tout ber­li­nois « Der alte Fritz », s’est fait ins­tal­ler dans sa chambre un cadran relié à la girouette du château de Char­lot­ten­burg. Il vou­lait pou­voir connaître la direc­tion du vent. C’est pas idiot. Sur­tout dans un château. La girouette est sou­vent très loin… :)

Le vieux Fritz était un roi comme on devrait se sou­hai­ter un président. Un homme remar­quable. Affaires mili­taires mises à part, natu­rel­le­ment.

En bref : Deux procès…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 22 Juil 2010 à 10:51

Hier, il y avait deux intéressants procès en Alle­magne.

Thor Stei­nar contre Storch Hei­nar : le ver­dict sera ren­du au mois d’août, mais les obser­va­teurs ne se font pas de sou­cis pour Storch Hei­nar, la cigogne zal­dingue anti-nazie. Crée par un député SPD, la cigogne est épatante.

La cigogne figure sur t-shirts, tasses, sur tout ce qui s’imprime, déclinée sous diverses formes. La « prin­ci­pale » est en fait une cari­ca­ture du logo de la marque Thor Stei­nar (de la petite culotte aux blou­sons, tout pour les nazillons). Mais elle existe sous la forme Beni­to Stor­cho­li­ni (Mus­so­li­ni), Debi­ler Rudolf (Hess), etc. Le « logo » de Storch Hei­nar res­semble (vu de Mes­serch­mitt) au logo de Thor Stei­nar, lequel évolue (de ver­dict en ver­dict, la première ver­sion ayant été inter­dite par la jus­tice), com­posé de « runes » vague­ment ger­ma­niques. Ou nor­diques. Blanches, natu­rel­le­ment. Vous voyez le genre.

Il fal­lait que ça arrive (et c’est en fait déjà la deuxième fois), Thor attaque Storch en jus­tice. L’objet du litige : pla­giat et calom­nie. La marque de Thor prétend que Storch lui fait perdre des clients. Jugez donc vous-même :

Le juge appréciera. Il a, avant de clore la ses­sion, laissé peu d’espoir à Thor. Il a, parait-il, sou­ri. Et c’est très bien ain­si.

Bodo Rame­low contre Alle­magne (état)
Bodo Rame­low est poli­ti­cien. Il appar­tient au par­ti Die Linke (« la gauche »), la par­ti que la démocratie entière nous envie. Le motif : il est très offi­ciel­le­ment sur­veillé (per­son­nel­le­ment, ain­si que son par­ti comme orga­ni­sa­tion) par le Bun­des­ver­fas­sung­sschutz, l’organisation du gou­ver­ne­ment dédiée à la pro­tec­tion de la consti­tu­tion. Autres « vic­times » : les grou­pus­cules néonazies, La Scien­to­lo­gie, etc. Comme vous pou­vez le voir, Bodo Rame­low est en bonne com­pa­gnie. Bodo prétend que c’est injuste. Bouh.

Hier, le Bun­des­ver­wal­tuns­ge­richt (le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif fédéral) a ren­voyé Bodo per­son­nel­le­ment et sa clique poli­tique au bac à sable. La sur­veillance conti­nue­ra. Le juge n’a cer­tai­ne­ment pas sou­ri. Et c’est très bien ain­si.

Et comme les bonnes nou­velles arrivent tou­jours par paquet de trois, hier on appris la mise en exa­men d’un autre poli­tique de Die Linke. Pour détournement de fonds publics.

Film à voir : Berlin, symphonie d’une grande ville

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 22 Juil 2010 à 08:27

J’ai pris un plai­sir immense à découvrir ce film énorme. Vingt-quatre heures de Ber­lin. Le film est sor­ti en 1927. Muet. Le DVD l’accompagne de la par­ti­tion d’origine.

1927, c’est demain. Les tech­niques de mon­tage et de tour­nage étaient déjà là, rien de nou­veau depuis.

1927, c’est demain. À part de l’absence du phénomène « télévision » (et ses aco­lytes, wii, Plays­ta­tion, etc.) qui pha­go­cyte le temps « libre » des gens, la vie quo­ti­dienne est la même. Les riches sont tou­jours riches, et les pauvres pauvres.

Le film dure un petit plus d’une heure. Pre­nez-vous une heure, et regar­dez. Regar­dez et com­pa­rez.

La pho­to qui illustre cet article n’est pas tirée du film. Appe­lons ça un clin d’Å“il.

Ah oui, il y a pas mal de Tchooo dedans.

La loi qui protège…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 14 Juil 2010 à 14:55

On se bala­dait, comme prévu, hier soir, dans le quar­tier du Bun­des­tag. Il y a une pro­me­nade qui longe la Spree —et un cer­tain nombre de bâtiments offi­ciels. On peut s’asseoir, prendre le frais, c’est en fait très agréable. Aux alen­tours de minuit, il y avait encore pas mal de gens, dans une ambiance très détendue.

En Alle­magne, enfin à Ber­lin, les bâtiments offi­ciels ne sont pas vrai­ment inti­mi­dants. Je veux dire : je n’ai pas vu l’ombre d’un poli­cier, par exemple, aux alen­tours du Bun­des­tag depuis que j’habite Ber­lin. Contraste avec ma dernière visite à Paris, où j’ai été littéralement ter­ri­fié par le nombre de poli­ciers, sol­dats en armes, et supplétifs divers. C’est comme dans une république bananière ou une dic­ta­ture. ©rieusement, débarqué du train à la gare de l’est, je n’avais qu’une envie : repar­tir au plus vite. Sans rire, se trou­ver nez à nez avec un groupe de mili­taires équipés de fusils d’assaut, ça doit boos­ter les sta­tis­tiques du tou­risme…

Reve­nons à Ber­lin, sur le Bun­des­ta­gu­fer (la « rive du par­le­ment »), il y a un endroit que j’apprécie particulièrement la nuit : l’endroit où les droits fon­da­men­taux extraits de la « Loi fon­da­men­tale » (Grund­ge­setz, ver­sion locale de la Consti­tu­tion). C’est sobre à sou­hait, repo­sant. À lire ces articles, je me sens protégé par la loi. Les Alle­mands ont beau­coup pê­ché, en ce qui concerne des droits à l’époque nazie. En France, nous avons aus­si beau­coup pê­ché dans ce domaine, entre nous. Mais les Alle­mands ont appris, pas nous. Les articles qui énoncent les droits fon­da­men­taux sont les pre­miers articles du Grund­ge­setz. Par exemple l’article 4, titré « Liberté de croyance, de conscience et de pro­fes­sion de foi », très court, nous dit au troisième para­graphe (plutôt troisième phrase) :

Nul ne doit être astreint contre sa conscience au ser­vice armé en temps de guerre.

Ce genre de trucs n’apparait pro­ba­ble­ment pas dans le texte de la consti­tu­tion française. Les Alle­mands ont beau­coup souf­fert, et en ont tiré les conséquences. Ça donne, quand on com­pare, l’impression que les Français n’ont, eux, pas vrai­ment réfléchi. L’Article de la Consti­tu­tion de 1958 énonce :

Article 2 : La langue de la ©publique est le français

L’emblème natio­nal est le dra­peau tri­co­lore, bleu, blanc, rouge.

L’hymne natio­nal est la Mar­seillaise.

La devise de la ©publique est « Liberté, Égalité, Fra­ter­nité ».

Son prin­cipe est : gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple et pour le peuple.

L’article 2 du Grund­ge­setz lui, nous dit :

Article 2 [Liberté d’agir, liberté de la per­sonne]

Cha­cun a droit au libre épanouissement de sa per­son­na­lité pour­vu qu’il ne viole pas les droits d’autrui ni n’enfreigne l’ordre consti­tu­tion­nel ou la loi morale.

Cha­cun a droit à la vie et à l’intégrité phy­sique.

La liberté de la per­sonne est invio­lable. Des atteintes ne peuvent être apportées à ces droits qu’en ver­tu d’une loi.

L’article 2 d’une texte de loi quel­conque est (´h!) au debut, et donc devrait être proche du « coeur du sujet ». Les 19 pre­miers articles du Grund­ge­setz alle­mand consti­tuent les Droits Fon­da­men­taux. Lisez, his­toire de rire, les dix-neuf pre­miers articles de la consti­tu­tion française. Ensuite, jetez un Å“il à la ver­sion (tra­duite en français) alle­mande.

Je me sens bien, à Ber­lin. La cour constu­tion­nelle alle­mande a tout pou­voir. Elle force régulièrement le gou­ver­ne­ment à modi­fier des lois jugées illégales. Et cha­cun peut s’adresser à la cour constu­tion­nelle : c’est écrit dans l’article 17 du Grund­ge­setz (« Toute per­sonne a le droit d’adresser par écrit, indi­vi­duel­le­ment ou conjoin­te­ment avec d’autres, des requêtes ou des recours aux autorités compétentes et à la représentation du peuple »). Chaque citoyen peut atta­quer toute loi.

Tiens, com­ment ça marche, ça, en France ?

Les marchés sont des cons salauds…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 13 Juil 2010 à 12:26

Rien ne semblent pou­voir faire flan­cher le moral des inves­tis­seurs à la Bourse de Paris ce mar­di. Après avoir ouvert à l’équilibre (+0,02 %), le CAC 40 accen­tue ses gains et gagne, à mi-par­cours 1,37 % à 3616,58 points.

Le jour­nal des Finances, ce jour vers 13:00

Impres­sion­nant !

©rieusement !

Regar­dez :

Ça fait des mois qu’on nous serine que tout va bien (euuh… à la Bourse, hein…). Au jour le jour, tout est tou­jours rose.

Et pour­tant, si on lève la tête un tout petit peu…

L’économie n’est pas un science. Toute per­sonne pre­nant la parole en public et par­lant d’économie est par définition un char­la­tan.

J’ai, au mur, sur ma gauche, un tout petit article du Canard Enchaîné qui me cite deux « experts » (prix Nobel d’économie 2006 et prix Nobel d’économie 2007). Les deux char­la­tans ont publié le même jour, et dans le même jour­nal, deux avis littéralement opposés.

Pour­quoi devons-nous baser nos vies sur les avis de char­la­tans ?

Sous le soleil de Sarkozy Satan…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 13 Juil 2010 à 08:07

Ça va faire deux semaines que je ne fais rien que dégouliner. Au point qu’on envi­sage d’aller pas­ser la journée dans le métro avec un livre, juste pour avoir un petit peu d’air.

Aujourd’hui, c’est déjà l’hiver, ou presque : seule­ment 28° à l’ombre. Hier soir, à 23 heures, on avait encore *32°*. Alors qu’il y avait des éclairs incroyables par­tout, pas de pluie, rien. Que de la cha­leur.

Hier soir, on est allés à la poste. Plutôt à Frie­drichs­traße, parce qu’elle ferme à 22 heures. Drôle de poste, Frie­drichs­traße. C’est la seule où chaque lettre est dûment timbrée. Avec des timbres. Des petites fleurs, des bateaux. Pas des timbres de col­lec­tion, hein, juste des timbres « manuels ». Sur le comp­toir, il y a ces petites éponges humides sur les­quelles le préposé pose les timbres avant de les appli­quer sur les enve­loppes. C’est délicieusement sur­anné.

Et puis ensuite on est allés se pro­me­ner.

Pen­dant ce temps là, le duo à la mode, David et Jona­than Nico­las ont fait leur show sur France2. Cer­tai­ne­ment un grand moment de télé-vérité. La presse alle­mande s’amuse, depuis. Même Bild [la ver­sion alle­mande de Le Pari­sien des grandes époques] s’offre des com­men­taires du genre :

Manche Zuschauer mögen es bedauert haben, dass sein Inter­view­part­ner auf Nach­fra­gen ver­zich­tete.

En « bon » français : quelques spec­ta­teurs auront peut-être regretté que son par­te­naire ait renoncé à lui poser des ques­tions gê­nantes.

J’ai bien aimé les pho­tos que j’ai prises hier. Mais il faut que je revienne avec mon trépied.

Ren­dez-vous ce soir, même endroit, même heure. Même lumière ?

La RDA, comme si vous y étiez…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 8 Juil 2010 à 10:23

Voya­ger dans le temps ? C’est facile.

La tech­nique n’a (natu­rel­le­ment) pas beau­coup évolué depuis qu’elle a été mise au point, dans les années 70, en RDA. Le seul chan­ge­ment, c’est qu’on se rend aujourd’hui compte que la machine à voya­ger dans le temps n’est pas exac­te­ment ce qu’on croyait à l’époque. La machine à voya­ger dans le temps ne peut vous envoyer que dans une seule période : les années 70 de la RDA. C’est la rai­son pour laquelle la RDA n’a pas su com­mer­cia­li­ser cette magni­fique inven­tion. Et, sérieusement, qui vou­drait visi­ter la RDA dans les années 70, hein…

J’ai pu tes­ter cette machine hier.

C’est Vio­la qui nous a eu un ticket. Elle l’a reçu de sa caisse de santé.

On s’est ren­dus à l’adresse indiquée : le centre de l’hôpital de Ber­lin. Cet hôpital s’appelle « ´pital Uni­ver­si­taire Cha­rité ».

Quand on arrive, on est immédiatement écrasé, impres­sionné par l’énorme bâtiment. Enfin tant qu’on approche. Parce que dès qu’on le voit de près, l’ambiance change.

Il fait beau, le temps est magni­fique, et pour­tant, quand on longe le bâtiment, il fait froid. Les lam­pa­daires sont made in RDA. Le porche de l’entrée des urgences me fait l’impression d’un jouet gon­flable. Il y a des câbles électriques par­tout, qui tiennent avec des ficelles. Les murs sont vérolés de par­tout. On voit par­tout les struc­tures métalliques qui affleurent du béton. On voit des filets de sécurité qui emballent des sec­tions entières. Je ne suis pas à l’aise.

On rentre. Le mur du fond est cou­vert de pan­neaux. On cherche la sec­tion que Vio­la doit visi­ter. On cherche pen­dant une dizaine de minutes, et on aban­donne. Alors je par­viens à convaincre Vio­la de s’adresser à l’accueil. L’accueil, il est facile à trou­ver. Il y a un énorme pan­neau « Infor­ma­tion » des­sus. C’est un cube. Je veux dire : on peut faire le tour. Dedans, il y a quatre agents.

Vio­la leur demande : « elle est où, la sec­tion gynéco ? »

Les quatre agents (trois hommes et une… euh… femme, je crois) se regardent, l’air ahu­ri. La réponse tarde à venir. Et quand elle vient, elle est… bizarre. « Vous avez une prise en charge ? » Le second embraie immédiatement, pra­ti­que­ment par réflexe : « C’est le papier rose ». Puis le troisième sur­saute : « Vous avez un ren­dez-vous ? »

Moi, j’ai peur, là. Alors, his­toire de me ras­su­rer, je chu­chotte à Vio­la, en français ? « Où est la caméra ? ». J’invoque l’esprit de la caméra invi­sible, his­toire de me convaincre que c’est un gag. Du coup, je com­mence à m’intéresser aux quatre agents. Je regarde leurs che­mises d’uniforme : des­sus, il est écrit « sécurité ». Oh, ils portent un uni­forme.

Vio­la insiste : « la sec­tion gynécologie, s’il vous plait ? ».

Palabres. Après consul­ta­tions, l’un des quatre nous dit : « Je ne sais pas de quoi vous par­lez. Allez à l’accueil du bâtiment 3. Pour y aller, c’est facile : vous sor­tez, vous allez à droite, vous tra­ver­sez la route, vous pas­sez sous le porche, ensuite vous pre­nez la pro­chaine à gauche, et ensuite vous tour­nez à droite. Le numéro 3, vous ne pou­vez pas le rater. Il y a des portes auto­ma­tiques ».

Haaaa, sa voix quand il a parlé des portes auto­ma­tiques. Je pou­vais y per­ce­voir quelque chose comme de la fierté. Vous vous ren­dez compte ? Des portes au-to-ma-tiques !!

On est sor­tis, on a retrouvé le soleil. On s’est regardés tous les deux, inter­dits, et on s’est mis en route pour trou­ver le numéro trois.

Notez, on a fini par le trou­ver, le numéro 3. Il y a eu un petit peu de confu­sion, car par exemple sur la façade du numéro 5, il y avait une énorme plaque qui disait « amphithéatre 4 Â», et sur la façade du numéro 4, une non moins énorme plaque qui annonçait fièrement « amphithéâtre 3 Â ». Mais une fois éliminée la confu­sion entre « bâtiment » et « amphithéâtre », on a eu la force nécessaire de conti­nuer à cher­cher. Et effec­ti­ve­ment, nous avons trouvé une bâtiment qui por­tait le numéro trois. Et il y avait effec­ti­ve­ment des portes auto­ma­tiques.

Des doubles portes auto­ma­tiques, même.

Passée la première, dans le sas, il y avait là quatre ou cinq chaises à rou­lettes. Mais dans un état ! J’hésite entre les mots « reliques » et « ruines ». Le mot « relique » a une conno­ta­tion peut-être un petit peu trop posi­tive. C’était des ruines. Des machins rouillés, des trucs sur les­quels je ne m’assoirais sous aucun prétexte.

Nous sommes regardés.

Nous avons passé la seconde porte auto­ma­tique. Nous étions dans un hall. ©ton, métal et verre. Et vide.

On est là, tous les deux, un petit peu comme des cons, devant un petit gui­chet « infor­ma­tion » (je présume que c’est l’accueil) vide. De derrière, une voix  « je peux vous aider ? »

Ho, oui !

La dame (pas d’ambiguité) demande à Vio­la le papier de la caisse de santé, l’examine lon­gue­ment, et le pose sur le gui­chet. « Atten­dez-moi une minute, il faut que j’aille cher­cher mes lunettes ». Et, elle fait le tour du gui­chet, far­fouille dans ses tiroirs, et en sort des (ses, j’espère…) lunettes. Sur sa che­mise d’uniforme, le mot magique : « sécurité ».

Elle nous envoyés à l’accueil d’un ser­vice voi­sin. La dame nous a ren­voyé au second étage.  … per­sonne. Des cou­loirs vides. Avec à droite comme à gauche un pan­neau annonçant « Besu­cher­schleuse », avec un bou­ton. Pas facile à tra­duire, ça. Si je fais du mot à mot, ça donne « Ã©cluse à visi­teurs ». En tant que visi­teur, je pense qu’on doit son­ner, et ren­trer pour s’asseoir pour attendre que quelqu’un vienne pour s’occuper de lui. À gauche, « Besu­cher­schleuse » de la « sec­tion 147 Â » (ne me deman­dez pas ce que c’est), alors qu’à droite, il y avait la « Besu­cher­schleuse » de la « sec­tion 148 Â ».

On a fait preuve d’initiative, et on a avancé un petit peu plus loin. Les portes sont toutes numérotées, et sur l’étiquette on trouve le nom et la fonc­tion de la per­sonne qui tra­vaille à l’intérieur. Ah, il y a aus­si la sur­face exacte de la pière. 16,21 m2, la pièce à la porte de laquelle Vio­la a décidé de frap­per. Ça disait « secrétariat ».

« Vous avez une prise en charge ? Et un ren­dez-vous ? ».

La dame était, curieu­se­ment, en civil. Elle est allée consul­ter ses collègues, et après plu­sieurs minutes de palabres, elle a ren­du à Vio­la ses papiers, et lui a recom­mandé d’aller à l’accueil prin­ci­pal.

Une fois dans la rue, Vio­la décide de ten­ter sa chance dans le bâtiment d’en face, se fiant à la plaque « cli­nique ambu­la­toire ». Pour­quoi pas. L’accueil prin­ci­pal, on le connais­sait déjà.

 , pour la première fois, nous avons affaire à du per­son­nel médical. La dame s’interroge, et nous donne —enfin !!— l’adresse du ser­vice gynéco. C’est facile à trou­ver. Troisième étage, à gauche de l’ascenseur.

Radiants, après un petit bisou dans l’ascenseur, on arrive au troisième étage.

Vide.

Plus que vide. Les étiquettes des portes com­pre­nant le numéro, la fonc­tion, le nom, et la sur­face exacte, sont déguisées. Recou­vertes de scotch opaque. On est dans un cou­loir fantôme. En levant les yeux, vic­toire :! Un pan­neau, avec une flèche, indi­quant le ser­vice gynéco. On avance, jusqu’à la fin du cou­loir. Rien. On revient à l’ascenseur, et on entend quelqu’un. On court, et on voit un gamin, peut-être 19 ans, en tongs, en train de fer­mer à clé une des portes fantômes. Il n’a pas la réponse à la ques­tion, mais nous dit de le suivre. Il va jusqu’à là où nous étions. En pas­sant, je note qu’il y a une étiquette qui n’a pas été cachée. Elle indique fièrement « cou­loir ». Le gamin trouve (com­ment, je ne sais pas) deux infirmières (euh… deux femmes avec des blouses blanches). Après un court palabre, une des deux se lance dans une expli­ca­tion insui­vable. Tout ce que j’ai pu en com­prendre, c’est que, bien qu’on était en des­sous du pan­neau « ser­vice gynéco », il fal­lait aller dans un autre bâtiment. Enfin je crois. La dame ayant à plu­sieurs reprises mon­tré du doigt à tra­vers la fenêtre un bâtiment, dehors, j’en ai au moins tiré ça.

Voyant nos visages, le gamin nous dit : « sui­vez-moi ».

On est allés à la cave. On a sui­vi des kilomètres de cou­loirs sou­ter­rains à la « X-Files ». Machi­na­le­ment, je me suis demandé si je n’aurais pas, par hasard, une lampe de poche dans mon sac. Et, après je ne sais com­bien de portes, on se retrouve dehors. Et le gamin nous montre du doigt un bâtiment, et, sui­vi du bruit de ses tongs, il est par­ti.

Nous ren­trons dans le bâtiment. Il y a un pan­neau « infor­ma­tion »… le gui­chet est fermé. Il y a des stores vénitiens fermés, et un pan­neau annonçant « pas d’informations dis­po­nibles ».

Donc, pas de trace d’un ser­vice gynéco. Mais un petit peu plus loin, dans le cou­loir, il y a un papier, manus­cript, indi­quant que le ser­vice gynéco avait déménagé, et qu’il se trou­vait au troisième étage.

Ben tiens…

Arrivés à l’ascenseur (en fait il y en a deux, mais un des deux est en panne, avec un papier annonçant la remise en ser­vice fin 2023…), nous trou­vons une note manus­cripte nous indi­quant que pour aller au quatrième étage, il faut des­cendre au troisième et finir l’ascension à pieds. Et, en effet, il n’y a que trois étages sur le pan­neau de com­mande. Appa­rem­ment, le rez-de-chaussée est au bou­ton « 1 ». En des­sous, ça passe direc­te­ment de « 1 » à « -1 Â ».

Une fois arrivés au troisième étage, le champ de dis­tor­tion tem­po­rale com­mence à se dis­soudre. La vie com­mence à reprendre un cours « nor­mal ». J’avoue d’avoir hésité à deman­der pour­quoi je ne pou­vais pas trou­ver de toi­lettes pour hommes, juste par peur d’une réponse du genre « ce ser­vice est un ser­vice gynéco », et pour­quoi les deux clientes et le médecin qui dis­cu­taient par­laient russe, mais sinon, le reste était visi­ble­ment nor­mal. On a du attendre, rem­plir des for­mu­laires, tout ça. On était heu­reux d’être sor­tis de ce piège.

La sor­tie de la machine à explo­rer le temps la RDA des années 70 est donc située à la porte du ser­vice de gynéco. Si vous la cher­chez…

Et dire que je me deman­dais pour­quoi j’avais lu qu’il existe des visites guidées de la Cha­rité…

Économie(s) sélective(s)…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 5 Juil 2010 à 09:50

C’est bien connu : l’Allemagne doit économiser. Encore que, per­son­nel­le­ment, j’ai encore un petit peu de mal à com­prendre pour­quoi, mais c’est un autre débat…

Donc, puisque nous par­lons d’Économie (syno­nyme d’économies…), par­lons chiffres. Juste des chiffres, sans com­men­taire :

Bud­get pro­vi­sion­nel de l’Allemagne pour 2011 (par rap­port à 2010)

Présidence de la république +5,1%
Assemblée natio­nale (Bun­des­tag) -0,8%
©nat (Bun­des­rat) -0,2%
Chan­cel­le­rie -1,4%
Affaires étrangères -3,0%
Intérieur -1,9%
Jus­tice -0,5%
Finances -1,2%
Économie -1,1%
Agri­cul­ture et pro­tec­tion des consom­ma­teurs -6,1%
Affaires sociales et tra­vail -7,9%
Construc­tion, tra­fic et développment des villes -5,0%
©fense +1,5%
Santé -2,1%
Envi­ron­ne­ment +3,1%
Familles, « anciens », femmes et jeu­nesse -1,6%
Cour « suprème » (« consti­tu­tion­nelle ») +7,6%
Cour des comptes +6,1%
Coopération 0%
For­ma­tion et recherche +7,2%
Dette natio­nale -1,9%

Voilà. Comme pro­mis, sans com­men­taire.

Bon, d’accord : juste un petit. Le ministère le plus tou­ché est le ministère des affaires sociales.

À dada sur mon bidet de « gauche »…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 1 Juil 2010 à 17:11

J’ai déjà dit, ici ou là, tout le mal que je pense de Die Linke, « La Gauche ».

Non, pas tout le mal que j’en pense. Le meilleur reste tou­jours à venir.

Hier, j’ai vu le cama­rade Gysi faire live Hara-Kiri. En d’autres termes, un sui­cide poli­tique. Aidé par le récemment retraité Oskar Lafon­taine.

Je vous résume l’affaire : hier, il était arithmétiquement pos­sible de faire capo­ter l’élection présidentielle alle­mande. Le can­di­dat « de droite » avait en théorie la majo­rité abso­lue (l’élection présidentielle ne se joue pas au suf­frage uni­ver­sel, mais dans une assemblée de « super-électeurs » —dont les députés, etc.), mais au pre­mier tour, il lui a man­qué plus de 40 voix. Ces voix se reportées sur un can­di­dat « a-poli­tique », lequel bénéficie dans le pays d’une cote *très* haute. À côté de ces deux can­di­dats « prin­ci­paux », une can­di­date de « la gauche » (Die Linke), et un trou­du­cul­dex­tre­me­de­droite, lequel a eu 3 voix (sur 1245 votants).

Le second tour nécessitait également une majo­rité abso­lue, que le can­di­dat de droite n’a tou­jours pas reçue, mal­gré le savon passé aux « traîtres » (ceci étant du temps per­du, le suf­frage étant secret…).

Mais au troisième tour, une majo­rité rela­tive suf­fi­sait.

C’était donc enfin l’heure de vérité pour « la gauche ». Ils avaient les moyens de faire élire le can­di­dat présenté par le par­ti socia­liste et les verts. Pour ceci, il fal­lait que leur can­di­dat se désiste (ce qu’elle a fait), et que les voix de « la gauche » se reportent sur le can­di­dat res­tant de l’opposition. « La gauche » est dans l’opposition.

©sultat des choses, le can­di­dat de droite a gagné *avec la majo­rité abso­lue*, et on sup­pose que des voix de « la gauche » lui ont per­mis ça.

La ques­tion, natu­rel­le­ment, est : « pour­quoi » ?

La réponse est simple. Le can­di­dat des socia­listes et des verts s’appelait Gauck. Gauck était crédité dans les son­dages d’entre 75 et 85% d’opinions posi­tives. Mais pour « la gauche », le slo­gan est « tous, sauf Gauck ». Gauck a des prin­cipes, et une morale. Et « la gauche » s’oppose à ça. Une bonne par­tie de ses cadres et de ses élus est mouillée de par les rela­tions avec la Sta­si à l’époque de la RDA. La can­di­date de « la gauche » a déclaré qu’elle ne pou­vait pas cau­tion­ner les déclarations de ceux qui disent que la RDA était une dic­ta­ture. Il faut oser, tout de même. Lafon­taine a dit, au jour de l’élection, à la télé, que Gauck n’était pas un « can­di­dat accep­table ».

Donc « la gauche » était acculée. Elle ne vou­lait pas voter pour Gauck, mais ne pou­vait natu­rel­le­ment pas dire pour­quoi. Donc le cama­rade Gysi est monté, comme un brave, sans filet, et a décrit Gauck comme un « deuxième can­di­dat de droite » (effet comique garan­ti), et a laissé ses grands-électeurs libres de leur choix. Mais il lui fal­lait une vic­toire nette du can­di­dat de droite, espérant que l’on ne puisse pas l’accuser. D’où, très pro­ba­ble­ment la sur­pre­nante vic­toire à la majo­rité du can­di­dat de droite. Gysi a accusé les socia­listes d’avoir eux-mêmes saboté l’affaire, disant qu’ils auraient « pu l’appeler avant ». Aha.

Au bout du compte, « la gauche » peut pro­ba­ble­ment oublier tout pro­jet de coa­li­tion avec les socia­listes et les verts. Je leur sou­haite une mort poli­tique lente et dou­lou­reuse. Les 80% d’Allemands qui appe­laient de leurs vÅ“ux l’élection de Gauck ne seront pro­ba­ble­ment pas tombés amnésiques à la pro­chaine élection.

Appa­rem­ment, « la gauche » prend les Alle­mands pour des cons.

Un grand bond en avant…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 20 Juin 2010 à 18:23

On s’est plantés. Col­lec­ti­ve­ment.

Au moins.

Si j’étais un écrivain, un phi­lo­sophe, un jour­na­liste, ou même un gagnant du Loft, je dis­po­se­rais d’une tri­bune, et du haut de ma tri­bune je ferais appel à ce qu’il reste d’humain dans cha­cun de nous. Et vue l’importance de la tri­bune (rê­vons… France-Soir, ou bien l’émission de Ruquier, par exemple !) j’aurais pris le temps de construire le texte de cet appel. Je le figno­le­rais, car il aurait de l’importance (Ruquier, vous vous ren­dez compte ?!?).

Mais comme je ne suis que moi et que j’écris dans mon jour­nal « intime » (bien que acces­sible par le public, bon­jour le concept…), je vais me conten­ter de vomir ce texte, comme on vomit, à genoux, vide, subi­te­ment épuisé, après une cuite, ou après s’être ren­du compte qu’on s’est planté. Indi­vi­duel­le­ment aus­si bien que col­lec­ti­ve­ment .

D’abord : le constat du plan­tage. Je pleure (littéralement) de rage comme de tris­tesse quand je suis exposé à des pho­tos du genre « pélican englué ». Notez que ceci n’est pas en soi un symptôme de plan­tage. C’est humain, et même rela­ti­ve­ment sain. Enfin j’espère. Mais je suis inca­pable de la moindre larme made in Kir­ghizs­tan, Chine, Tur­quie, etc. Le « etc. », vous le connais­sez comme moi, ou l’ignorez comme moi. Com­bien de drames indi­vi­duels ou col­lec­tifs passent-ils sous le radar ? Com­bien de « petites » guerres, ici ou là, avec leurs cortèges de viols, tor­tures « collatéraux » ?

Le mas­sacre est per­ma­nent. Les armes tuent. Mais notre niveau de vie tue aus­si. En Inde, des gamins gra­vissent chaque jour des mon­tagnes de débris « Ã©lectroniques » qu’ils fouillent pour ten­ter de sur­vivre. Ce sont nos vieux ordi­na­teurs, nos vieilles télés, nos vieux grille-pains qui sont expédiés au bout du monde. Au nom du pro­fit indi­vi­duel, au nom du confort indi­vi­duel.

Le plan­tage indi­vi­duel, mon plan­tage indi­vi­duel, est mul­tiple. Je me déshumanise. Que je n’aie pas dix, cinq, ou même un euro à don­ner à chaque clo­chard que je vois, je n’en fais pas une affaire. Per­sonne n’a les moyens. Mais que je n’aie même pas le cou­rage de croi­ser le regard de ceux aux­quels de refuse l’euro que j’ai (ou pas) dans la poche… Que j’aie des larmes à ver­ser quand je vois une tétine per­due sur un trot­toir mais pas pour une femme qui se rend spontanément à la police après d’avoir congelé son enfant… Que ma réaction à l’article du Canard Enchaîné qui raconte la convo­ca­tion du patron du Monde à l’Élysée se borne à un haus­se­ment d’épaule fati­gué… J’attendais mieux de moi.

Le plan­tage col­lec­tif est patent. Je com­mence par quoi ? Je regarde la des­truc­tion de ma ville. Verre, métal, et béton. Uni­for­mi­sa­tion des bâtiments et des gens. Les gares qui se trans­forment en « locaux logis­tiques », les petits com­merces qui ferment, l’invasion des rues popu­laires par des chaînes de casi­nos mécaniques, vitrines opaques, avec des gorilles à l’entrée —façon maf­fia, la prolifération des « hard-dis­coun­ters » (Aldi, Net­to, etc.) qui ne vendent que de la merde, aux caisses des­quels l’alcool a rem­placé les sucre­ries. On casse la sécu, la poste, les retraites. On muscle la police. On sur­veille. Quoi ? Pour­quoi ?

Tant qu’on peut avoir une prime pour ache­ter une nou­velle voi­ture, on accepte tout. L’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de se creu­ser, mais les gou­ver­ne­ments n’ont rien de plus urgent que dres­ser les pauvres contre les un-petit-moins pauvres. Et après, on les ré-élit. Les Américains vont s’intéresser à l’énergie « propre », et c’est bien, natu­rel­le­ment. Mais si BP avait fait acci­den­tel­le­ment sau­ter une plate-forme au large du Nigéria et pas au large de la Loui­siane ? Les QCM vont enva­hir l’éducation. La télé pro­duit à la tonne de la merde. Mais en HD. Aha.

Et nous, dans tout ça ? On fait quoi ? L’acte d’accusation est tel­le­ment énorme qu’on ne le voit même plus. On nous donne de temps en temps un arbre à abattre, mais la forêt est tou­jours là. Nous détruisons tout et, en fait, tous. Au nom du pro­fit indi­vi­duel, au nom du confort indi­vi­duel.

C’est en temps qu’espèce qu’on s’est plantés. Nous sommes au bord du gouffre. Qui va nous gui­der pour le grand bond en avant ?

Bah. Du moment que l’Italie ne gagne pas la coupe du monde

Rubrique nécro : mon meilleur objectif…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le sam 19 Juin 2010 à 08:51

Je ne sais pas com­ment j’ai pu lais­ser tom­ber mon sac, mais le résultat est là : mon DA* 50–135mm est mort. Tombé de même pas un mètre, mais exac­te­ment dans l’axe. Je peux entendre le « gling-gling » des len­tilles à l’intérieur. Il n’est —naturellement— plus sous garan­tie. Donc à pas­ser par pro­fits et pertes.

Je publie donc la dernière (au sens chro­no­lo­gique) pho­to prise avec cet admi­rable objec­tif.

Dom­mage que j’aime pas le blues, tiens…

La belle vacance ! (jour 3)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 15 Juin 2010 à 17:54

Aujourd’hui, Vio­la, Noi­sette et moi fai­sons le tour de la vieille ville. Un che­min magni­fique. Avec piste cyclable, natu­rel­le­ment. Outre ça. dans les douves, il y a un petit skate-park, des aires de jeu, tout le confort. À part des toi­lettes.

Le fait que le che­min cir­cu­laire est actuel­le­ment inter­rom­pu nous a per­mis de visi­ter le Hen­kers­teg (un petit lac, qui était dans le temps bordé de piques sur les pointes des­quelles on pou­vait trou­ver les têtes des condamnés), et la mai­son du bour­reau. Vu d’ici, c’est buco­lique à sou­hait.

Et, à dix-huit heures, on avait réservé. Hooo que oui ! Et com­ment ! Le res­tau s’appelait (en français dans le texte) La crê­pe­rie du cha­teau. Et sur la carte, en première place, La Complète. Oui-oui : galette avec fro­mage, jam­bon et Å“uf. Com­ment résister ? On est pas rentrés ; on avait réservé une des deux tables de la « ter­rasse ». Avec vue sur la tour du Kai­ser­berg.

©finitivement, Nürn­berg, c’est que du bon­heur…

La belle vacance ! (jour 2)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 14 Juin 2010 à 20:16

Nürn­berg, c’est, comme je l’ai dit hier, la ville natale du che­min de fer alle­mand. Donc, dès le saut du lit, direc­tion le musée des trans­ports. Euh… du train. Rela­ti­ve­ment peu de matériel rou­lant exposé, mais que du bon. Des machines exem­plaires, et/ou his­to­riques. Celle qui m’a le plus mar­qué est la 05001, née à Ber­lin-tegel, aux usines Bor­sig (la mou­li­nette préférée de Gior­gio). Machine carénée de 1931, elle tient encore le record de vitesse pour une machine à vapeur en Alle­magne (200,2 kmh). Elle est rouge, comme ma voi­ture à pédales de quand j’étais petit. Une machine de rêve.

Le reste du musée est tout sim­ple­ment magni­fique. Des col­lec­tions de pho­tos, d’objets, d’affiches, d’uniformes. On y apprend beau­coup et en res­sent encore plus. Un étage entier est consa­cré aux enfants. Ludique comme éducatif.

Je sors du musée avec dans la tête Trans Euro­pa Express de Kraft­werk.

Le reste de la journée à déambuler dans la vieille ville. Je ne m’en remets pas.

Il fait très chaud. On prend le temps. On en plein dans la belle vacance.

Ah, la belle vacance ! (jour 1)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 13 Juin 2010 à 11:51

Les vacances, c’est chouette.

Même si le com­po­si­tion du train est bousculée à son arrivée à la sinistre Haupt­bahn­hof de Ber­lin, dont j’ai peut-être, ici ou là, dit tout le mal que j’en pense. Mais on était lar­ge­ment à l’heure, très détendus. Voyage sans his­toire.

Cinq heures plus tard, on débarque à une tout autre Haupt­ban­hof : Nürn­berg est, outre la capi­tale des procès de Nurem­berg, la ville natale du che­min de fer alle­mand. Et, mode en retard, la gare res­semble à une gare. C’est un bon­heur.

Mais qu’il fait chaud !

Après avoir déposé la valise à l’hôtel (dont je repar­le­rai un de ces jours, ne quit­tez pas !), on s’offre une première balade dans la vieille ville. Un pur bon­heur.

Je sais : en par­lant de la vieille ville, je men­tionne par définition aus­si la « nou­velle ville ». Je n’en connais que les quelques cen­taines de mètres qui séparent l’hôtel de la vieille ville. Au pre­mier coin de rue, je tombe sur le siège du PS (SPD, dans le texte). La place qu’il borde est nue. Il y a des bancs, organisés dans un quart de cercle par­fait, cou­verts (aha !) par une grille en inox. Pour en faire une treille, il ne manque que les plantes grim­pantes. Mais en atten­dant qu’elles soient plantées, la place Karl Bröger est en fait un gigan­tesque bar­be­cue. Il y a une fon­taine, aux heures de bureau. À 17:00, elle s’éteint. « Curieu­se­ment », il n’y a pra­ti­que­ment per­sonne sur cette place.

Cin­quante mètres plus loin (allez, peut-être même cent mètres), il y a la cen­trale natio­nale de l’ANPE (Agen­tur für Arbeit, dans le texte). Et c’est moche, ça. Moche de chez moche.

Mais il y a un tun­nel pour tra­ver­ser la grande rue. Et, en sor­tie du tun­nel, on avait le choix entre le cir­cuit qui fait le tour de la vieille ville (il suit en fait les douves —j’en repar­le­rai un autre jour), et la vieille ville elle même.

J’avoue que j’ai eu un petit peur, en entrant dans la vieille ville. Jolis bâtiments, certes, mais… sex-shops, bor­dels (par­don : peep-shows avec com­pa­gnie personnalisée dans cabine indi­vi­duelle, désolé, mais en bon apha­sique, j’ai ten­dance à uti­li­ser des mots courts et clairs), « casi­nos » (offi­cines de blan­chis­se­ment d’argent sale en tout genre), salles de « jeux » (même des­crip­tion), bou­tiques de tatouage et pier­cing, et je n’oublie natu­rel­le­ment pas les sau­cisses. Tout un quar­tier comme ça. En face, il y a un com­mis­sa­riat de police magni­fique. Le bâtiment.

Mais quand on a tra­versé tout ça, après il n’y a plus que se lais­ser aller. Toute la ville est sim­ple­ment magni­fique. Je sais qu’on va avoir une chouette semaine. Je vous laisse juges.

Devoirs de vacances…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 7 Juin 2010 à 03:34

Je ferme. Jusque dimanche pro­chain. Une petite semaine de vacances. Au menu, Nurem­berg. Musée des trans­ports (lire TCHOOOO), et une ville magni­fique. :)

Une journée en paradis…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 6 Juin 2010 à 11:43

Com­ment racon­ter une journée pareille ?

On est par­tis de la gare la plus moderne, moche, imper­son­nelle, moche, pas pra­tique, ai-je men­tionné qu’elle est moche, de Ber­lin. En fait peut-être pas la pire, mais ils ont beau­coup tra­vaillé pour atteindre la finale. La gare, qui s’appelait Papens­traße quand je suis arrivé à Ber­lin s’appelle main­te­nant « Süd­kreuz », la croix du sud. Devi­nez où elle est située à Ber­lin, hein.

Et en gra­vis­sant les … euh… deux marches qui nous séparaient du wagon, on a changé de monde. Le wagon, un vieux wagon, res­pire. On a de la place. On a aus­si le temps. Les gens qui montent avec nous sont détendus, ils ont le sou­rire. Et, déjà en retard, mais tout le monde s’en fout, Else siffle. Le reste de la gare la regarde, éberlué. ceux qui en ont ont sor­ti leurs appa­reil pho­tos, ou leurs téléphones « intel­li­gents ». Else, dont l’état civil ne la connaît que sous son matri­cule (52−8177−9) s’ébroue, et on part.

Le tra­jet est passé très vite. Inven­taire : des cigognes, des biches, des rapaces, des che­vaux, des usines en ruines, des che­mi­nots enthou­siastes, des dingues qui nous guet­taient avec des caméras, des trépieds, des appa­reils pho­tos plus gros qu’eux. Ah, un petit cha­pitre tech­no­lo­gique : de temps en temps ça parle dans la sono du train. Mais une fois, on a pu dis­tinc­te­ment entendre les ins­truc­tions d’un… GPS. J’avoue avoir roulé des yeux à entendre : « tour­nez à gauche — tour­nez à gauche ». Qui peut bien uti­li­ser un GPS dans un train ? J’espère que ce n’est pas le chauf­feur, hein. Et l’épilogue du cha­pitre ? J’ai trouvé dans un wagon un type qui avait le regard fixé sur son GPS, ven­tousé à la fenêtre. Moi pas com­prendre, mais pas ques­tion que ça puisse me pour­rir la journée.

Une fois arrivés, il a fal­lu mar­cher un petit peu. Et puis on est arrivés dans Lüb­be­nau. Et on a encore changé d’univers.

À part dans quelques endroits, il n’y a pas de voi­tures. Et pour cause : il n’y a pas de rues. Que des canaux. On a fait facile, on a pris part une barque à tou­ristes. On n’avait pas beau­coup de temps. Mais le temps est mort de l’instant qu’on a quitté le quai. Le gon­do­lier (faut pas l’appeler comme ça, natu­rel­le­ment, mais le prin­cipe est le même : il se tient à la poupe, et nous pro­pulse avec une perche.) n’a pas chanté. On s’est enfoncés (oh, pas beau­coup, mais quand même) dans la forêt. La Spree­wald. C’est une réserve natu­relle. Les gens y vivent. tran­quille­ment.

La poste est livrée par le même moyen. Hiver comme été, la fac­trice vogue chaque jour. Il y a aus­si une ligne de « bus ». En été.

C’est vrai­ment un autre monde. Même le côté « indus­trie tou­ris­tique » évident ne peut pas nous gâcher la journée. Il fau­dra qu’on revienne hors sai­son, et qu’on ait un petit plus de temps.

Et puis après, on a repris le train pour ren­trer. Else sif­flo­tait tran­quille­ment. Et, pour finir, les deux marches du wagon nous ont téléporté dans la gare la plus moderne, moche, imper­son­nelle, moche, pas pra­tique, ai-je men­tionné qu’elle est moche, de Ber­lin.

Mais on a passé une journée au para­dis. Il existe. Cha­cun le sien, en plus.

[free Plastine] épisode 3 : je n’ai plus de pain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Free Plastine... — le mer 2 Juin 2010 à 18:41


épisode un : la poupée qui dit « non » épisode deux : le jouet extra­or­di­naire

©nine, 2002 — Ber­lin, 2010

Ça n’a l’air de rien, je sais, mais je n’ai plus de pain. Et bien que ça n’ait l’air de rien, je suis en fait bien embêté.

Je sais, il y a une solu­tion simple : aller en ache­ter.

Mais je suis à ©nine. Et les Israéliens aus­si. Donc la ville est fermée.

Depuis 4 jours.

Mais je n’ai plus de pain. Donc il va fal­loir que je sorte. Mais la ville est fermée. Mais je n’ai plus de pain.

Je retourne toute la cui­sine, et suis obligé d’admettre la vérité : il va fal­loir que je sorte.

Mon problème est loin d’être unique, natu­rel­le­ment. Dans un sens, j’ai de la chance d’être à ©nine. Naplouse, par exemple, a été fermée cette année plu­sieurs fois, pen­dant par­fois des semaines d’affilée. Et même dans la « ban­lieue » de ©rusalem où j’étais avant, il m’est arrivé d’avoir une fois plus d’une semaine de fer­me­ture.

À défaut d’être unique, mon problème est cela dit tou­jours différent de celui de mes voi­sins. Différent com­ment ? C’est d’un côté plus facile, et d’un autre côté moins facile. La face « facile » de mon problème par­ti­cu­lier est, natu­rel­le­ment, mon pas­se­port. Avec un pas­se­port européen, il est généralement plus facile de « pas­ser » au cas où, un jour de fer­me­ture, en cas de ren­contre de sol­dats israéliens. J’insiste sur le mot « généralement ». La face « moins facile », c’est que je suis seul. Pas de famille, peu de connais­sances, et mon caractère ne me prédispose pas à avoir des rap­ports avec mon entou­rage.

Donc il va fal­loir que je sorte.

Je ne sors jamais sans mon grand cha­peau. Pour ceux qui connaissent, mon cha­peau est un Tilly. En gros, un cha­peau de brousse. Même quand il pleut, je porte mon cha­peau. C’est à peu près l’équivalent de por­ter une pan­carte qui dit d’un côté « je ne suis pas d’ici, je ne suis pas un autoch­tone, ne tirez pas s’il vous plaît », et de l’autre côté « c’est moi, le type qui habite dans la ville et qui prend tout le temps des pho­tos, vous me connais­sez, je ne suis pas un sol­dat, ne tirez pas s’il vous plaît ».

©rieusement, ce cha­peau m’a déjà évité des problèmes sérieux. L’autre jour, ou plus exac­te­ment l’autre nuit, je suis allé au café Inter­net. La ville était fermée, mais je n’ai pas vu de sol­dats. Mais le len­de­main matin, alors que je dis­tri­buais à man­ger avec une ambu­lance, dans une mai­son occupée, un sol­dat m’a dit de ne plus sor­tir la nuit, que lui avait été bonne pomme, mais que ses collègues n’avaient pas apprécié mon esca­pade noc­turne. Quand, sur­pris je lui ai demandé d’où il sor­tait cette drôle d’idée que je me bala­dais en pleine nuit en plein couvre-feu, il a fait un grand sou­rire, et a pointé mon cha­peau du doigt. « J’te connais, Cow-Boy… »

À part l’agacement de voir mon magni­fique Tilly être pris pour un vul­gaire cha­peau de cow-boy, le fait est qu’il m’a bon et bien sauvé la mise. Ce n’est pas la première fois, mais cer­tai­ne­ment la plus sérieuse : le sol­dat por­tait un fusil de tireur d’élite.

C’est pas tout ça, mais j’ai faim. Cha­peau, t-shirt bariolé -cou­leur « tou­riste »-, j’ai mon sac à dos En route.

Je suis le che­min, entre deux murs, sur quelques mètres, jusqu’à ce que j’arrive à la rue.  , pre­mier pas­sage « délicat ». Je sais bien que les sta­tis­tiques sont plutôt de mon côté, et qu’il est rela­ti­ve­ment impro­bable qu’un sol­dat israélien ouvre le feu sans som­ma­tion juste parce que je vais tra­ver­ser la rue, mais il suf­fit d’une fois, et c’est déjà arrivé. À d’autres que moi, certes, mais tout de même. Donc, comme tout le monde, avant de tra­ver­ser la rue, je passe dou­ce­ment la tête, et regarde à droite et à gauche. En fait, il convient de prendre son temps pour regar­der. Les Israéliens sont par­fois coiffés de sortes d’énormes crêpes, ou plutôt de bérets de chas­seurs alpins, mais beau­coup plus larges. C’est ridi­cule, natu­rel­le­ment, quand on voit un type mar­cher dans la rue avec un truc comme ça sur la tête, mais dans mon cas, la première fois où j’ai sou­dain vu un sol­dat en uni­forme et en arme se lever là où je n’avais vu jusque là qu’un tas informe, j’ai com­pris que les Israéliens prennent le camou­flage au sérieux. En gros, tant qu’ils ne bougent pas, on ne les voit pas. C’est là qu’ils sont dan­ge­reux.

Bon. Per­sonne en vue. Je tra­verse la rue. Len­te­ment, sans me dépêcher. C’est plus sûr. Je sais que la plu­part des sol­dats ont au moins autant peur que moi, et je ne veux bous­cu­ler per­sonne. Le mélange « peur + arme » à feu est trop sou­vent détonnant.

Ce genre de tra­jets, dans des rues vides, j’en ai déjà fait des cen­taines. Mais je ne peux pas m’y habi­tuer. Et c’est très bien ain­si. Quand on s’habitue, on cesse de faire atten­tion.

Ça y est, j’ai tra­versé la rue. Main­te­nant je suis tran­quille : il n’y a aucune chance que les sol­dats s’aventurent dans ce quar­tier sans le sou­tien de blindés, et si ils étaient là, je le sau­rais. Dans une ville morte, le bruit des moteurs de blindés s’entend de loin. Notez que par­fois, ils rusent, les sol­dats. Moi j’habite à flanc de col­line, et j’ai une chouette vue sur le centre-ville. L’autre nuit, j’ai enten­du des blindés entrer en ville. Je suis sor­ti avec mes jumelles sur la ter­rasse, et je les ai observés. Curieux, ils étaient trois. Nor­ma­le­ment, les blindés sont tou­jours par deux. Mais là, trois. Ils ont longé l’hôpital, et se sont arrêtés à côté de la mosquée. Et ils ont éteint leurs moteurs. Ils sont restés là plus de trois heures. Moi, j’étais ren­tré, natu­rel­le­ment. Per­sonne n’attend trois heures. Et d’un seul coup, vers minuit, moteurs. Ins­tic­ti­ve­ment, j’ai pris mes jumelles, et j’ai vu deux chars, toutes lumières allumées, qui pre­naient la direc­tion de leur camp. Mais j’ai vu aus­si le troisième, un trou noir mou­vant, qui lui sui­vait, sans lumières. Je les ai per­dus de vue dans la ville, et quand j’ai pu à nou­veau les voir, il n’étaient plus que deux. Le troisième était main­te­nant caché quelque part.

Quoi qu’il en soit, je pense que pour le moment, je suis tran­quille. Je marche nor­ma­le­ment.

Enfin, quand je dis « nor­ma­le­ment »…

Essayez d’imaginer votre ville, en plein jour, sous le soleil, mais vide. Silen­cieuse. Pas un gamin en train de jouer, pas une voi­ture, rien. C’est ce que j’appelle « mar­cher nor­ma­le­ment », ces jours-ci.

Ha, la bou­tique que je vou­lais visi­ter. Elle est fermée. Avant, j’aurais fait la tête, et j’aurais cher­ché plus loin. Mais depuis le temps… je frappe au store. Je sais que, quelque part, peut-être d’une fenêtre d’en face, on me regarde. Le guet­teur attend d’être sûr que ce n’est pas une embrouille. Mais si près de chez moi, je suis connu. Donc, à peine une petite minute plus tard, la porte s’entrouvre. Je rentre, et la porte est immédiatement à nou­veau fermée, mais pas verrouillée.

Ils sont trois dans la bou­tique. Le patron, un gamin d’une dou­zaine d’années —probablement son fil­s— et un autre adulte. On « dis­cute » un moment. Mes trois mots d’arabe, leurs trois mots d’anglais, et beau­coup, beau­coup de sou­rires. On m’offre le café, natu­rel­le­ment. J’ai hor­reur de leur café, avec de la car­da­mone, mais il est impen­sable de le refu­ser. Et puis on com­mence à cau­ser bou­tique. La ques­tion n’est pas ce que je veux, mais ce qu’ils ont en stock. L’approvisionnement est un problème. Chez moi, par exemple, il n’y a plus d’eau. L’eau est distribuée par camions. Mais quand la ville est fermée, on se retrouve rapi­de­ment au sec. Inven­taire : du hum­mus (israélien), des sucre­ries (made in Israël), deux car­tons de Pringles (j’en prends deux tubes), un stock de Coca (J’en prends deux bou­teilles), et c’est tout que je peux m’imaginer ache­ter. Pas de pain, natu­rel­le­ment. Il y a des nouilles, certes, mais les nouilles sans eau…

Même en temps « nor­maux », c’est à dire en période où la ville est ouverte, l’approvisionnement est dif­fi­cile. Les trois routes qui mènent à ©nine sont contrôlées par les Israéliens. Donc, en gros, les camions israéliens passent, les autres, non. Je vois régulièrement le camion de Coca-Cola, par exemple. Mais les Pales­ti­niens doivent ache­ter et man­ger israélien. Prin­ci­pa­le­ment.

Au moment de payer, le téléphone du patron sonne. Le patron fait à son ami un geste, et l’autre se rue sur la porte, et la ver­rouille. Le gamin passe dans l’arrière-boutique, ferme la porte derrière lui, et j’entends les clés. Il nous enferme.

Le patron rac­croche, et me dit un des trois mots d’arabe que je connais. Celui qui veut dire « sol­dats ». Et la seconde sui­vante, j’entends un moteur. À l’oreille, une jeep. D’accord : une Range Rover. Pour les fétichistes.

Quand on vit dans une zone « chaude » comme ©nine, on éduque ses oreilles. C’est une ques­tion de sur­vie. Je peux reconnaître les armes israéliennes (M14, M16, de très petits calibres) et les armes pales­ti­niennes (AK, calibre un petit peu plus gros). Pareil avec les moteurs : le moteur d’une jeep ne me fait pas le même effet que celui d’un APC (trans­port de troupes blindé, sur che­nilles) ou celui d’un char de com­bat. Le moins dan­ge­reux des moteurs est celui des bull­do­zers (D9). Le pire, c’est celui des « drones », des robots volants. Ils sont tou­jours sui­vis d’un assaut. Au sol, ou aérien.

La jeep passe, len­te­ment. J’entends de l’intérieur des grands rires. Les sol­dats sont de bonne humeur. C’est généralement une bonne nou­velle.

D’un seul coup, un bruit sourd. Quelque chose qui tombe au sol, et qui atteint le store. Puis BANG!. Une gre­nade. Le genre qu’ils uti­lisent aux check-points quand ils veulent dis­per­ser la foule. Ça fait un bruit d’enfer. Et ils conti­nuent leur route, en riant. Bonne blague, non ? Il faut bien que les enfants s’amusent.

Le temps de se remettre, en se frot­tant les oreilles, et le pro­chain bruit. Je me fige. C’est un blindé. Un APC. Le modèle qu’ils uti­lisent à ©nine a un moteur que je trouve ter­ri­fiant. Et si j’y ajoute l’image, ce truc est vrai­ment ter­ri­fiant. Très large, et très bas. Il y a deux mitrailleuses à l’avant, télécommandées de l’intérieur. Et il est rapide, le monstre. Je l’entends mon­ter la côte par la route. Il roule len­te­ment. Il passe devant la bou­tique. Le patron et moi on est assis derrière le comp­toir. Pas à l’aise. Il s’arrête, pro­ba­ble­ment à un dizaine de mètres. J’entends son binome arri­ver. Ils sont tou­jours deux par deux. Ils pro­gressent sou­vent comme ça. Le pre­mier avance, s’arrête, le second le rejoint, s’arrête, le pre­mier repart, etc.

Le second s’arrête derrière le pre­mier, et donc devant la bou­tique. J’entends le pre­mier repar­tir.

Après une ou deux minutes, le second s’ébranle. Je le sens ; la bou­tique entière tremble.

D’un seul coup, une rafale d’arme auto­ma­tique. Énorme. Du 12,7, à vue d’oreille. C’est une des deux mitrailleuses. Et immédiatement derrière, un explo­sion. Je suis main­te­nant allongé derrière le comp­toir, sans m’en être ren­du compte. Et puis le second blindé s’en va.

Le téléphone sonne. Le patron, visi­ble­ment secoué, décroche. Quand il a fini de par­ler, il me fait signe de le suivre. Il déverrouille la porte de la bou­tique, et sort. Je l’accompagne. Sans un mot, il me montre du doigt, par terre, une grande flaque d’eau. Je ne com­prends pas tout de suite. Je vois une femme sor­tir d’une mai­son, la plus proche de la flaque. Elle est visi­ble­ment désespérée. Je finis par com­prendre : les sol­dats ont des­cen­du sa citerne d’eau. C’est une de leurs grandes blagues favo­rites. Pour­quoi ? Parce que. Pour rigo­ler. Les citernes sont installées sur le toit. De ma ter­rasse, un jour, j’ai pu suivre le tra­jet d’un binome blindé en voyant les colonnes d’eau provoquées par l’explosion des citernes.

C’est fini ici. Je n’entends plus de moteur, je peux par­tir. Si j’ai un petit peu de chance, les blindés ne seront pas arrêtées sur la route à proxi­mité de l’endroit où je la tra­verse.

Je décide de prendre un autre che­min. Je tra­verse la route une cin­quante de mètres plus bas. Je vois des gamins ins­tal­ler tout un bric à brac sur la route. Il y a une bat­te­rie de voi­ture, un tam­bour de machine à laver rouillé, ce genre de trucs. Un blindé n’avance pas comme ça à l’aveugle. Cha­cun de ces obs­tacles pour­rait être une bombe. Les sol­dats vont devoir vérifier chaque obs­tacle. Ils ont hor­reur de ça. Ça fait des moments les plus dan­ge­reux pour eux. Il suf­fi­rait d’un sni­per, un seul… C’est la revanche pour la citerne. Il faut bien que tous les enfants s’amusent.

Je suis en route depuis pra­ti­que­ment une heure, et j’ai par­cou­ru en gros deux cent mètres.

Et je n’ai tou­jours de pain.

[Note de l’auteur : la pho­to est de la même ville, mais quelques jours plus tard. L’eau est, ce jour là, de l’eau de pluie.]

Feu sur la rampe…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 30 Mai 2010 à 13:10

J’avais pro­mis, plus ou moins…

Alors voilà une petite col­lec­tion de loco­mo­tives « uti­li­taires » que je trouve mar­rantes, quelques por­traits, quelques situa­tions. Un bien piètre résumé d’une journée magni­fique.

Un conseil. Si un jour vous enten­dez par­ler d’une mani­fes­ta­tion « Ã  vapeur », quels que soient l’heure, l’endroit, la météo, le pro­gramme à la télé ce jour là, ou même (clin d’Å“il) la date de la paru­tion de la ver­sion « direc­tor » d’Avatar, pre­nez vos chaus­sures. Lais­sez à la mai­son votre montre. Invi­tez des gens que vous aimez, ouvrez grand les yeux, les oreilles, le cÅ“ur, et lais­sez-vous trim­bal­ler. Chaque fois que j’ai assisté à une mani­fes­ta­tion de ce genre, j’en ai pris pour des années de bon­heur en stock.

Voilà, à vous de cli­quer…

La belle, la bête…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 23 Mai 2010 à 14:17


La machine le plus impo­sante que j’aie jamais vue. Construise en Alle­magne en 1957, à deux exem­plaires seule­ment. Les deux machines ont fonc­tionné pen­dant dix ans avant d’être mises à la retraite d’office. Elle souf­frait aus­si d’anémie. Je veux dire par là qu’elle n’avait pas le ren­de­ment qu’on avait atten­du d’elle.

Mais quelle sil­houette !

Le musée de Neuen­mark-Wins­berg n’est pas très grand, mais très agréable. On est par­tis de Ber­lin à 6 heures du matin, et rentrés à minuit. La première moi­tié du tra­jet était, mal­heu­reu­se­ment, assurée par une loco die­sel, et non à vapeur. Mais un peu après Leip­zig, on a retrouvé l’autre moi­tié de notre train, avec la 01 0509–8 à vapeur, qui nous emmenée jusqu’à la gare de Neun­markt-Wins­berg.

Ce qui m’époustoufle tou­jours, c’est la réaction des gens qui se trouvent, d’un seul coup, en présence d’une machine à vapeur. L’enthousiasme est général, et même conta­gieux. Des ginettes (généralement trouvées par groupes de deux) qui agitent frénétiquement les bras en criant, s’immobilisant de temps en temps pour prendre une pho­to avec leur téléphone aux adultes qui spontanément explosent en applau­dis­se­ments incrédules, tout le monde sou­rit. La machine à bon­heur.

L’autre truc qui me « troue » à chaque fois que je voyage à vapeur, c’est le nombre de gens, placés dans les endroits les plus impro­bables, mais tous munis qui de caméras, qui d’appareils pho­to. Dans les arbres, dans les champs, en ville ou au plein milieu de nulle part, on en trouve un. Je ne sais pas com­ment ils savent, mais ils sont là, en embus­cade. Ils nous attendent. Une petite minute de bon­heur, et la machine est par­tie. Je pour­rais parier qu’après ils sprintent jusqu’á leur voi­ture, et roulent à tom­beau ouvert sur des itinéraires précisément établis à l’avance, pour rejoindre à temps leur posi­tion en aval, pour une nou­velle minute de bon­heur. Des accros.

Une chouette journée. Vrai­ment.

Vision d’hier, photos de demain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 21 Mai 2010 à 06:30


Au dépourvu. On vou­lait prendre le train, à la gare de Ber­lin-Frie­drichs­traße. Un train de ban­lieue. Et, arrivé sur le quai, je trouve d’un seul coup sur un quai d’en face, une loco­mo­tive à vapeur. Ça me fait tou­jours le même effet. Notre train arri­vait sur notre quai, donc je n’ai eu que quelques secondes pour en pro­fi­ter.

J’adore ces machines.

Sur­tout la pro­chaine. Ça tombe bien, car la pro­chaine, c’est demain matin. Une journée dans un train à vapeur. Direc­tion la Bavière, et retour.

Tchoooooooo !!

Haut les mains !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 12 Mai 2010 à 07:53

Ça fait au moins deux jours que je cherche une idée de texte pour accom­pa­gner cette pho­to que j’adore. Je renonce.

Je me rends.

« Wir rocken die Bundesliga »… le foot qui vit : FC Sankt Pauli

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 10 Mai 2010 à 12:00

J’écrivais, il y a un peu plus de deux ans ces quelques lignes :

Les joueurs de Sankt Pau­li sont répu­tés pour leur jeu rugueux. Mais la plu­part des fautes qu’ils com­mettent sont dues à leur manque de tech­nique, pas à leurs inten­tions. On ne les voit pra­ti­que­ment jamais avoir un geste violent ou dan­ge­reux.

Mais il n’est cepen­dant pas recom­mandé de les cher­cher, et encore moins de les trou­ver.

[…]

Je sou­haite au FC Sankt Pau­li de res­ter en deuxième divi­sion.

Hier, sur le stade de Mil­lern­tor, le FC Sankt Pau­li fê­tait sa pro­mo­tion en Bun­des­li­ga, la première divi­sion alle­mande. J’en ai encore les larmes aux yeux. Les rai­sons, en vrac :

Sankt Pau­li a tou­jours été une club différent. Et, de plus, il a et l’intention et les moyens de le res­ter. Le club n’est pas limité à l’équipe : le public est à la fois le moteur et le garde-fou de l’équipe. Après un match (vic­to­rieux : 5–1 contre Koblenz), il y a deux semaines, le public entier sif­flait l’entraîneur, en réclamant sa démission. Le « jour­na­liste » de télé de ser­vice demande, sérieusement, à l’entraîneur la rai­son de ce com­por­te­ment. L’entraîneur a, sérieux comme un pape, suggéré que le but concédé à Koblenz a pro­ba­ble­ment déplu. Le même public, tou­jours com­plice, a, quelques semaines plus tôt, déclaré une grève. Les Ultras ne sont entrés dans le stade que cinq minutes après le début du match, pri­vant l’équipe et la direc­tion de ces incroyables scènes qui se passent quand l’équipe pénètre sur le ter­rain. La rai­son ? La direc­tion avait demandé et obte­nu un ban­nis­se­ment des fans de Rostock, les­quels n’avaient envoyé que *sept* per­sonnes dans leur tri­bune vide. Rostock est *l’ennemi*. Les fans de Rostock et ceux de Sankt Pau­li en viennent régulièrement aux mains. Mais pour les Ultras de Sankt Pau­li, il était inad­mis­sible qu’on inter­disse l’entrée à ceux mêmes qui les insultent à chaque ren­contre. Même l’ennemi a des droits.

Sankt Pau­li a dans son effec­tif le seul joueur à ce jour à être ouver­te­ment traité pour dépression. La dépression, dans le monde du foot, n’existe pas. Il a fal­lu le sui­cide, très, très médiatisé, du gar­dien de l’équipe natio­nale pour qu’on en parle. Pen­dant quelques jours. Chez Sankt Pau­li, le mot existe, on en parle. Le président de Sankt Pau­li est ouver­te­ment homo­sexuel. Il est direc­teur d’un théâtre qui pro­gramme régulièrement des revues de tra­ves­tis. Et tout le monde s’en fout. À Mil­lern­tor per­sonne n’est indésirable. À part les fas­cistes. Il y a, dans l’effectif, un titu­laire, vice-capi­taine, qui est, en fait un joueur à temps par­tiel. Il cumule avec un métier… sur­pre­nant : il est com­mis­saire de police. Dans la ville. Ce cas est unique en Alle­magne.

Le stade de Mil­lern­tor fait « peur ». Il impres­sionne. On peut voir les réactions des arbitres et des adver­saires quand ils entrent sur la pelouse. La musique est Hell’s Bells. Cette « entrée  » est réputée et « crainte » dans toute l’Allemagne. Le stade contient (une des tri­bunes est en cours de recons­truc­tion) 19 000 per­sonnes. Au moins la moi­tié des places sont des places « debout ». Et le stade chante de la première minute jusqu’à la dernière. C’est dans ma liste de trucs « Ã  faire avant de mou­rir ». L’ambiance est com­pa­rable à celle du stade de Dort­mund (le plus grand d’Allemagne, 80 552 places, et en moyenne plus de 79 000 spec­ta­teurs). Les fans des « grands » clubs alle­mands (Bayern, Schalke, etc.) en rêvent tout haut.

Hier, Sankt Pau­li a raté le « bou­clier », et n’est pas deve­nu cham­pion de seconde divi­sion. Alors quelqu’un (un joueur ?) a démonté un enjo­li­veur de sa voi­ture. On fait la fête pareil. Car la deuxième divi­sion, c’est fini. Pour tou­jours, bien sûr. Comme les cinq fois précédentes.

L’équipe dont je par­lais il y a deux ans, et que je décrivais comme des « garçons bou­chers au grand cÅ“ur » a beau­coup évolué. Mais avec le même effec­tif. Le capi­taine de l’équipe a signé au club quand celui-ci était menacé de relégation de la troisième divi­sion. Plus de la moi­tié de l’effectif actuel (voire deux-tiers) date de cette période, dont au moins 5 titu­laires. C’est rare. Ils ont tra­vaillé. L’entraîneur est un ancien joueur du club, ain­si que son adjoint. Après chaque match, il ras­semble toute l’équipe au centre du ter­rain. Y-com­pris les mas­seurs, les cou­peurs de citrons, les ramas­seurs de balle, les jar­di­niers, tout le club. Ils donnent leur avis, et font la fête ensemble.

L’équipe a main­te­nant un jeu magni­fique. Pas par­fait, mais fluide, rapide. « Ã€ la nan­taise ». Ils sont « tech­niques », et donnent tout. Ils ont mis *soixante-douze* buts avec une différence de buts de +35. L’entraîneur a recruté très intel­li­gem­ment. Il a fait venir des jeunes, qui font par­tie des équipes natio­nales de leurs catégories. Encore une curio­sité : au début de sa carrière, l’entraîneur n’en était pas un. Il n’avait pas les diplômes nécessaires. L’année dernière, il a fait tous ses stages et pris ses cours *en plus* de son tra­vail d’entraîneur. Il entraîne, et il forme.

Je les suis depuis bientôt plus de quatre ans. J’ai vu une équipe naître, et gran­dir. Le club a gran­di aus­si. Les infra­struc­tures changent. Mais le FC Sankt Pau­li demeure. Différent. Hier, ils ont défilé avec une ban­de­role qui pro­met­tait : « Wir rocken die Bun­des­li­ga ». En français ça se dirait pro­ba­ble­ment « on va mettre le feu ». Je leur fais confiance.

Je vais pou­voir prendre une bouffée de vent frais dans la Bun­des­li­ga.

[Free Plastine] Le jouet extraordinaire

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Free Plastine... — le dim 9 Mai 2010 à 10:13

La sta­tion du Crois­sant Rouge de ©nine a quelques « annexes », dont une qui se trouve hors de la ville elle-même. Chaque nuit, une ambu­lance et deux « infir­miers » passent la nuit dans un ce petit vil­lage annexe. Et cette nuit, j’en suis.

C’est moi qui conduis l’ambulance. Natu­rel­le­ment, si j’ose dire. Je pars avec Hus­sein et Moham­med (ce ne sont pas leurs vrais prénoms ; j’ai oublié les vrais), avec les­quels je bénéficie d’une avan­ta­geuse réputation de porte-bon­heur, depuis le temps que je conduis pour eux : j’ai pu les mener à tra­vers tous les bar­rages. Je semble avoir un talent de diplo­mate, ce qui ferait hur­ler de rire les gens qui me connaissent « dans le civil ». Ma réputation a dépassé le cadre de la sta­tion ce matin, car j’ai réussi à faire pas­ser le bou­lan­ger et deux de ses employés entre leurs domi­ciles res­pec­tifs et la bou­lan­ge­rie cen­trale de la ville, qui appro­vi­sionne —entre autre­s— l’hôpital. Et depuis deux jours, plus de bou­lan­ger…

Évidemment, trans­por­ter dans une ambu­lance des gens qui ne soient ni malades ni blessés me pose un problème. Un problème « moral ». Mais dans plus de 99% des cas, je sais qui je trans­porte. Et, pour être honnête, depuis le début de la semaine, seules les ambu­lances peuvent rou­ler sans —trop de— risques de se faire tirer des­sus sans som­ma­tions. Et il y a des gens qui doivent se déplacer. Les malades, les blessés, natu­rel­le­ment. Mais, excu­sez-moi de le dire comme je le pense, le bou­lan­ger aus­si. Entre autres. Donc mon problème « moral » est généralement très rapi­de­ment réglé.

On m’a pro­mis un lit pour la nuit, ce qui est en fait un progrès en ce qui concerne le cou­chage : dans la sta­tion de l’hôpital, on dort à même le sol. C’est la rai­son pour laquelle je ne prends la nuit qu’occasionnellement. Le ser­vice de jour m’occupe très faci­le­ment à plein temps.

Il va être l’heure. J’achète à man­ger pour les trois, car je sais qu’Hussein est fau­ché : des sol­dats israéliens « habitent » dans sa mai­son, avec sa famille comme otages depuis deux jours. Il est à bout de nerfs. Je n’ai pas pu négocier sa visite à sa famille, mais j’ai pu aller les voir moi-même. Piètre conso­la­tion.

La nuit tombe. On part. En petit en vacances. C’est la sta­tion calme. C’est pra­ti­que­ment une récompense d’être envoyé là-bas. J’étais sur­pris qu’Abu George m’y envoie. Il rem­place le chef de sta­tion titu­laire : celui-là a été tué quand une balle israélienne a tou­ché une bou­teille d’oxygène. La car­casse de l’ambulance calcinée n’est pas loin de l’entrée de la sta­tion. Abu George ne parle pas un mot d’anglais, mais il ne manque pas de tra­duc­teurs. Avant le départ, il est venu en per­sonne me sou­hai­ter une bonne nuit.

Je sais que la route à prendre passe « pas loin » d’un camp mili­taire. Dans cette zone, je roule très len­te­ment, avec le gyro­phare, pleins phares. Pas ques­tion que qui­conque puisse croire qu’on tente de pas­ser en cachette. Les sol­dats ont la détente notoi­re­ment facile, et je n’aime pas ce genre de jeux.

D’un seul coup, je vois, en tra­vers de la « route », en tra­vers du che­min, un énorme bloc de béton. Cul de sac. Et merde…
J’arrête le moteur, et je des­cends. À peine sor­ti de l’ambulance, je me trouve ébloui par un pro­jec­teur. Et il y a une voix qui me crie des­sus. Natu­rel­le­ment, je ne com­prends rien de ce qu’il dit. Enfin en tout cas pas les détails. Je peux devi­ner le sens général du dis­cours. Je com­mence à avoir de l’expérience : je lève les bras, et je parle, len­te­ment, dis­tinc­te­ment, en anglais. « J’ai dà» me trom­per de route. Je vais repar­tir dans la direc­tion dont je suis venu, si vous n’avez pas d’objection ».

Je suis, à force, un fin psy­cho­logue. Je sais « tra­duire » le lan­gage, cor­po­rel ou pas, de mes inter­lo­cu­teurs. Par exemple, le sol­dat auquel je viens de dire ça a visi­ble­ment une objec­tion. Com­ment je le sais ? Facile : j’entends le bruit de la culasse de son trom­blon, qu’il vient d’armer. Com­ment je sais que j’ai rai­son ? facile : il me hurle des­sus, pas trop dis­tinc­te­ment, quelque chose qui va dans le genre : « ne bou­gez pas, un offi­cier va venir vous par­ler. »

Je remonte à bord, et j’explique à mes deux coéquipiers ce qui se passe. J’éteins les phares, et j’ouvre une bou­teille de Coca. Je la fais tour­ner. On n’a aucune idée du temps que l’officier va prendre pour arri­ver.

Après avoir pris le temps de regar­der autour de moi, je me rends compte que nous sommes pra­ti­que­ment devant l’entrée du camp mili­taire. Je vois le por­tail à peut-être cin­quante mètres sur la droite. Et je vois un type qui marche vers nous. Il ne traîne pas, l’officier.

Et d’un coup, j’ai comme un coup de panique : j’entends le bruit d’un moteur infer­nal. La seconde sui­vante, je vois un tube de métal, sui­vi de plus de soixante tonnes de métal.

Ça me donne une image curieuse… je m’imagine d’abord que le monstre promène son maître. Mais, la col­lec­tion de bruits que le char fait me met en tête Le jouet extra­or­di­naire de Clo­clo :

Il fai­sait « Zip » quand il rou­lait
« Bap » quand il tour­nait
« Brrr » quand il mar­chait

J’aurais pu en rire, dans d’autres cir­cons­tances, j’imagine…

L’officier arrive jusqu’à nous, le char s’installe juste devant nous. Je vois bien que l’officier est en train de nous par­ler, mais en fait sa voix, comme le reste de l’univers entier, est cou­verte par le bruit incroyable du moteur (900 che­vaux nour­ris au die­sel, tout de même…).

L’officier lève le bras, et le moteur démentiel s’arrête. L’univers sou­pire. L’officier est un gamin de peut-être vingt ans.
Il me demande en anglais mes papiers. Je lui donne mon pas­se­port, et je vois son visage s’illuminer. « Ho, un français ! Je viens de Besançon, moi. Je m’appelle Claude. ».

J’imagine qu’il n’interprète pas exac­te­ment cor­rec­te­ment le sou­rire qui me passe sur le visage. Il s’imagine qu’il s’est trouvé un ami, peut-être. Dans ma tête, c’est Clo­clo, pas un offi­cier israélien. Une sorte de pan­tin mul­ti­co­lore et sonore.

Il m’invite à des­cendre de l’ambulance, et ordonne à Hus­sein et Moham­med d’en faire autant. Puis il leur parle (en hébreu, langue que chaque pales­ti­nien peut au moins com­prendre). Moi je ne com­prends pas un mot de ce qui se dit, mais je vois les conséquences : mes deux coéquipiers vont s’asseoir sur le talus. Clo­clo ne me demande même pas ce qu’on fait là, et com­mence à par­ler dans sa radio. Pen­dant ce temps là, je rejoins Hus­sein et Moham­med.

Clo­clo m’appelle. Je ne bouge pas. Clo­clo se déplace.

— Qu’est-ce que tu fais ?
— Comme les autres.
— Pour­quoi ?
— Tu nous as ordonné de nous asseoir, non ?
— Eux, oui. Pas toi. Toi, c’est pas pareil !
— Pour­quoi ?
— Ben… t’es comme nous, toi. Eux ce sont des arabes. Allez, viens.
— […]
— Tu veux visi­ter le char ?
— Est-ce que mes deux amis peuvent aus­si le visi­ter ?
— T’es chiant,toi.

La radio de Clo­clo grésille. Il se retourne, se déplace de quelques pas, et dis­cute. Je vois que l’équipage du char est sor­ti. Ils sont assis sur la tou­relle, et sont en train d’en griller une.

Hus­sein me demande dans quelle langue Clo­clo me parle. Je lui explique que, curieu­se­ment, j’ai trouvé là un com­pa­triote. Enfin vague­ment. Moham­med me dit que je devrais me lever, que je ne devrais pas res­ter avec eux. Quand je lui demande pour quelle rai­son, il me répond, sur­pris : « Toi, c’est pas pareil ! »

Ben tiens.

Clo­clo revient.

— Je suis désolé, il va fal­loir attendre un petit peu. Tu veux une clope ?
— Fume pas. Mais mes deux potes fument.
— T’es vrai­ment chiant, toi. ©rieux.

Il tend son paquet de ciga­rettes à Hus­sein. Hus­sein, imper­tur­bable, prend une ciga­rette, et, sans un mot, l’allume. Clo­clo en pro­pose une à Moham­med, dont le visage s’éclaire. Il le remer­cie avec un grand sou­rire. Un dia­logue en hébreu com­mence. Sans moi, natu­rel­le­ment. Après quelques minutes, Moham­med éclate de rire. Clo­clo crie quelques mots en direc­tion de ses hommes. Ils le regardent tous avec l’air sur­pris. Hus­sein et Moham­med se lèvent, se dirigent vers le char. Un sol­dat les aide à mon­ter.
— T’es content ?
— Sur­pris. Content…
— Je peux te poser une ques­tion ?
— Tant qu’on est là…
— Qu’est-ce que tu fais là ?
— Je conduis une ambu­lance.
— Oui, j’ai bien vu. Mais pour­quoi ?
— C’est simple : si j’étais pas là, qu’est-ce qui se pas­se­rait, là ? Honnê­te­ment.
— Je sais pas. Mais pour­quoi tu es de leur côté ?
— Ils ont besoin d’aide, et je suis là.
— Et nous, on en a pas besoin, d’aide ?
— Com­bien d’ambulanciers israéliens tués cette année ? Com­bien blessés ? Com­bien arrêtés ?
— C’est pas qu’une ques­tion d’ambulanciers !
— Si. Votre guerre ne m’intéresse pas. Entre les kami­kazes et ton engin, je ne fais pas la différence.
— Nous on se défend !
— Chez eux.
— T’es chiant.
— ©solé. Avant-hier j’ai un bébé qui est mort dans mon ambu­lance. Un type comme toi, dans un char, m’a inter­dit de tra­ver­ser la place pour ame­ner le gamin à l’hôpital. Note que je ne suis pas cer­tain que le gamin aurait été sauvé à l’hôpital : le per­son­nel a aus­si inter­dic­tion de venir tra­vailler. Tu vois ce que je veux dire ? Tes blessés, quand tu en as, il n’y a pas de bar­rages pour aller à l’hostau, je crois.
— Mais ils trans­portent des ter­ro­ristes dans les ambu­lances !
— Aha. Un ter­ro­riste de deux mois.
— Écoute, je suis désolé…
— J’en suis tout à fait cer­tain.
— Eh, t’es vrai­ment chiant, hein !

Clo­clo se retourne. Il reste silen­cieux pen­dant un petit moment. Sa radio lui parle. Il répond.

— Bon. Tu vas où, avec ton ambu­lance ?
— Tu le sais très bien. On passe ici tous les jours.
— On a décidé de cou­per cet accès.
— Et je fais quoi ?
— Pour toi, je vais faire une excep­tion. Je vais te lais­ser pas­ser, mais demain il fau­dra pas­ser ailleurs.
— Où ?
— Je vais expli­quer ça à tes gars.
— Mer­ci.
— Je peux te poser encore une ques­tion ?
— Je t’en prie.
— Si Israël était enva­hi, et que les ambu­lances juives avaient des problèmes, est-ce que tu serais là ?
— Juifs, non juifs, je m’en fous. À même problème, même solu­tion. Oui, je serais là. Pareil.
— Mer­ci.
— J’t’en prie.

Clo­clo me tend la main. Je la prends. Il s’en va. Il grimpe sur son char. Hus­sein et Moham­med en sortent. Il leur parle, leur mon­trant une carte routière. Ils le remer­cient, visi­ble­ment, et grimpent à bord de l’ambulance.

Le moteur du char démarre. Un membre de l’équipage accroche un câble entre le bloc de béton et le char.

Il fai­sait « Zip » quand il rou­lait
« Bap » quand il tour­nait
« Brrr » quand il mar­chait

Le char remorque le bloc de béton. Pen­dant ce temps là, Hus­sein répercute ce qui s’est passé au téléphone. Je redémarre, j’avance, len­te­ment.

Je m’arrête au niveau de Clo­clo. Il me fait un clin d’œil. Je hoche la tête. Dans ma tête, notre dia­logue. On roule en silence.
Clo­clo m’aurait-il laissé sau­ver le gamin d’avant-hier ? M’aidera-t’il à sau­ver un gamin demain ? Et quand bien même… com­bien de Clo­clo dans l’armée israélienne ?

©nine, novembre 2002 — Ber­lin, mai 2010.

[Free Plastine] La poupée qui fait « non »…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Free Plastine...,Journal — le sam 1 Mai 2010 à 20:56

Je ne suis pas tran­quille, contrai­re­ment à la ville. Et quand je dis « pas tran­quille », j’abuse des formes de style. Je suis ter­ro­risé, je crois, en fait.

Non. Pas ter­ro­risé. Ce n’est pas le mot juste. Le mot juste me manque, là tout de suite. Le mot « ter­ro­risé » me paraît adéquat, mais l’utiliser aurait été comme une défaite. Donc, je ne suis « pas tran­quille », ce matin là. À défaut de voca­bu­laire adapté.

L’adaptation du voca­bu­laire me semble, à tout dire, être ce jour là le moindre de mes problèmes. Mais puisque j’ai le temps… et puis com­ment pen­ser quand les mots manquent ?

Alors est-ce que je suis ter­ro­risé, ou pas ? Un petit coup d’œil à tra­vers le pare-bri­se : le canon du char n’a pas bougé. Il est tou­jours dirigé direc­te­ment vers moi, donc pas de panique.

Ou bien ?

C’est fou ce qu’on a comme temps pour pen­ser, quand on attend au volant, face à un char de com­bat immo­bile. Je l’ai trouvé en sor­tie de virage, en bas de la côte. Enfin, trouvé n’est pas le mot juste. J’ai failli l’emboutir en sor­tie de virage. Et, immo­bile ou pas, un char de com­bat n’est pas un objet qu’on « trouve » juste comme ça. Juste après avoir enfoncé la pédale des freins, j’ai éteint le moteur.

Ça fait au moins une demi-éternité que je suis là. Peut-être même cinq pleines minutes. Mon regard cou­lisse, régulièrement, mais, sur­tout, sans bou­ger la tête, vers mon pas­sa­ger, lequel est tout aus­si figé que moi. Sa ciga­rette finit de se consu­mer, il ne res­tait plus que de la cendre. Mais il n’osait même pas lever la main pour la secouer. Il finit par ouvrir la bouche, et laisse tom­ber le mégot sur ses cuisses, comme dans une comédie.

Cinq minutes hors-vie. Oh, j’imagine que j’ai tout de même dégluti de temps en temps, mais à part ça…

Et ensuite ?

La parole est reve­nue. Sans bou­ger, et en par­lant dou­ce­ment. « On fait quoi, là ? ». Mon pas­sa­ger prend son temps pour me répondre. « Rien ». Après une ou deux minutes, j’insiste. « On peut tout de même pas res­ter là toute la journée ! »

« Oh si, on peut ! » chu­chote mon pas­sa­ger.

Sou­pirs partagés. Puis mon pas­sa­ger, un médecin, a changé d’avis.
— Tu as rai­son, on ne peut pas pas­ser la journée ici. On a un malade à l’arrière.
— Alors je fais quoi ? Demi-tour ?
— T’es dingue ? Non, il faut leur par­ler.
— Aha.

Len­te­ment, très len­te­ment, je lève la main pour atteindre le micro. J’enclenche la sono et, len­te­ment, j’amène le micro devant ma bouche. « Est-ce que vous m’entendez ? » Dans mon meilleur anglais.

Rien.

« Est-ce que vous m’entendez ? »

Une sac­cade ter­ri­fiante : le canon du char s’abaisse de quelques centimètres. Puis il remonte.

— Tu crois qu’ils m’entendent ?
— Aucune idée. Insiste.
— D’accord.

« Est-ce que je peux redémarrer le moteur ? »

Rien. Juste la frousse et la sueur. Mon pas­sa­ger se décontracte un petit peu. Il époussette de la main la cendre de sa ciga­rette qui était sur son pan­ta­lon, ouvre la fenêtre, et éjecte son mégot. Il se passe les mains dans les che­veux.
Nous sommes encore en vie.

Du coup, on com­mence à se relaxer. Je ramasse ma bou­teille d’eau, et bois. Mon pas­sa­ger quitte son siège et va à l’arrière pour ras­su­rer le malade.

Je monte le son. « Est-ce qu’on peut redémarrer le moteur ? »

Le canon s’agite. Un coup à droite, un coup à gauche, puis il recentre sur nous. Sur moi.

— Qu’est-ce qu’ils disent ?
— Rien.
— Galère…

Le petit doc­teur revient à l’avant. Il prend le micro. Il parle len­te­ment, en hébreu.

Au milieu de sa phrase, le canon du char s’agite. Droite, gauche, droite, gauche, droite, gauche. Aus­si curieux que ça puisse paraître, j’ai l’impression que le char est tota­le­ment pani­qué. Les mou­ve­ments du canon me semblent être pra­ti­que­ment frénétiques. Droite, gauche, droite, gauche…

Dans le doute, on ne touche à rien. On s’installe dans l’attente.
Curieu­se­ment, je ne regarde pas le « pay­sage ». Où je suis est tota­le­ment inintéressant. Pour moi. Le petit doc­teur prend ses aises, les pieds sur le tableau de bord, le clope au bec, dont il secoue la cendre par la fenêtre grande ouverte.
Après un cer­tain temps (en fait vrais­sem­ble­ment pas plus d’une ou deux dizaines de minutes, mais je trouve ça vrai­ment long), je décide de reten­ter la com­mu­ni­ca­tion. Je prends le micro, et je demande (an anglais) : « est-ce que nous pou­vons par­tir ? ».

Et ça recom­mence, le char tres­saute, le canon se balance, et je n’ai aucune idée de ce que ça peut vou­loir dire. Agacé, je demande, encore une fois,dans le micro : « est-ce qu’on peut par­tir ? ».

Pas de réaction appa­rente. Pas de mou­ve­ment menaçant, pas de pen­dule…

Et d’un seul coup, à l’avant du char, je vois une trappe s’ouvrir. Comme un diable qui sort d’une boîte, apparaît sou­dain une main et un bras. une toute petite tête, cou­verte par un casque énorme Le bras me fait l’honneur d’un doigt d’honneur, et la bouche de la petite tête s’ouvre. Le type hur­le : « Ã§a fait une heure que je te dis Non ! ».   des­sus, la tête disparaît, et la main tatonne quelques secondes avant d’attrapper la trappe, et de la cla­quer bru­ta­le­ment. Fin de la représentation.

Et là j’ai l’illumination : les sol­dats sont en fait morts de trouille. Protégés par le blin­dage des soixantes tonnes d’acier, ils n’osent même pas par­ler. Ils ne parlent que par gestes. Notez que ça ne me ras­sure pas. Le canon qui balance de droite à gauche me dit en fait « non ». Et de même, le canon qui oscille de haut en bas me dit « oui ».
Que dire ? Le petit doc­teur et moi échangeons juste quelques regards. Le petit doc­teur s’allume une nou­velle ciga­rette. On attend.

Plus tard, (com­bien de temps ?), le moteur du char se met en marche. Il recule len­te­ment, le canon tou­jours bra­qué sur nous, jusqu’à la première inter­sec­tion. Tourne à droite, et disparaît.

Je relance le moteur, je passe la première, et, len­te­ment, je com­mence à avan­cer.

Per­sonne ne lui a appris
Qu’on pou­vait dire oui.

Ramal­lah, avril 2001.

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