Je ne suis pas un démocrate … ou bien ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) — le sam 28 Avr 2007 à 12:01

C’est peut-être sim­ple­ment une ques­tion de voca­bu­laire. J’en suis même à espérer que c’est le cas. Ça me ren­drait la vie plus simple, et plus confor­table. Notez que je ne parle pas de mon confort matériel.

Je manque de confort dans ma tête, dès que je mets le nez dehors. J’ai trop de mal à confron­ter ce que je vois avec ce que je lis, ou entends. Dehors, j’ai un problème avec le mot «démocratie ».

La démocratie, c’est un concept. Avec des corol­laires. Par exemple, il est acquis pour «tout le mon­de » que, dans le cadre d’une démocratie, le lan­gage des gou­ver­nants doit être clair (compréhensible par tout le monde), trans­pa­rent (on peut vérifier ce qui a été dit), et sincère (si la vérification se passe mal, il y a pos­sible sanc­tion). Et l’axiome de base, c’est que le peuple fait ce qu’il veut.

ALLÃLA TERRE ?
Je vis en démocratie. Enfin, je veux dire : je vis dans un pays dont le système poli­tique est la démocratie. C’est mar­qué dans les papiers.

Nom : ©publique fédérale d’Allemagne
Date de nais­sance : 1949
Systéme poli­tique : démocratie

Vous voyez. Une démocratie.

L’Allemagne va mieux. Les chiffres du chômage ne cessent pas de bais­ser. La Sainte Crois­sance est en pleine santé, ne ces­sant pas de … croître. Tout va bien. On fait des réformes. Et c’est bon.

Mais quand je sors dans le rue, curieu­se­ment, je manque de confort, à l’intérieur. Par exemple, la Mül­lers­traße, la rue per­pen­di­cu­laire à la mienne, me rend faci­le­ment incon­for­table. ©jà, il faut y aller sou­vent pour savoir ce qu’on peut y trou­ver : les com­merces ne cessent pas de chan­ger. Les vitrines nous parlent de nou­velles ouver­tures, et ça c’est confor­table. En théorie. Parce que ces ouver­tures, elles se font dans des endroits où, la semaine d’avant, la même vitrine nous annonçait une liqui­da­tion. J’ai vu cer­taines bou­tiques chan­ger trois ou quatre fois d’enseigne en moins d’un an. Un des plus popu­laires et mieux situés supermarchés est fermé depuis plus d’un an. Sur la façade, il y a des graf­fi­ti qui disent qu’ils veulent un Aldi, ou un Lidl. Vous connais­sez Lidl et Aldi ? En Alle­magne ça veut dire : de la nour­ri­ture *pas chère*. La moins chère pos­sible. Même au prix de la qua­lité.

Sur Mül­lers­traße il y a des men­diants. Avec ou sans musique, avec ou sans gamins, avec ou sens muti­la­tions. Il y a un an, je n’en voyais pas. J’ai peut-être une mau­vaise mémoire …

En face de la nou­velle Gare Prin­ci­pale de Ber­lin, il y a le palais de jus­tice. Enfin un des palais de jus­tice.  , c’est le juge «social » qui tra­vaille. Ce n’est pas très facile de lui par­ler. C’est pas une ques­tion de prin­cipe, c’est juste qu’il est très occupé. Il est littéralement sub­mergé de dos­siers. Ses dos­siers ? Des gens illégalement expulsés par … les ser­vices sociaux. Des gens qui ne peuvent pas payer leur électricité, leur téléphone …

Notez que pour ces gens là, l’encombrement va dans les deux sens : les huis­siers sont tel­le­ment débordés qu’il faut faci­le­ment 3 semaines entre le moment où un juge donne un ordre et le jour où l’huissier arrive. Eux, les huis­siers, ils sont prin­ci­pa­le­ment débordés à cause des … faillites.

LA FAILLITE DU SYSTÈME, PAR L’EXEMPLE
Vous pou­vez croire ça ? Un juge qui reçoit des plaintes de gens expulsés tota­le­ment illégalement par l’administration ?

Bien sûr, on peut ima­gi­ner que ça puisse arri­ver. Par erreur. Mais là, ce n’est pas un acci­dent. Ces expul­sions sont organisées. Je veux dire : c’est volon­taire. C’est systématique.

Les cibles : les pauvres. Les gens qui touchent des pres­ta­tions sociales. Un bon jour, ils reçoivent un cour­rier qui les convoque au «job cen­te­r ». Au niveau du voca­bu­laire, on pour­rait déjà s’inquiéter du fait que l’administration (alle­mande) qui gère les pres­ta­tions sociales s’appelle «job cen­te­r», en anglais dans le texte. Et champ lexi­cal me choque un petit peu. Pour moi, ça suggère que l’idée que tout tourne autour du tra­vail. Les gens en dif­fi­culté sont sou­vent au chômage, et l’idée c’est de les remettre au tra­vail. Coûte que coûte. Les pres­ta­tions sociales ont l’air d’être hors sujet.

Et, de fait, elles sont de plus en plus hors-sujet.

Les expul­sions concernent les gens au chômage occu­pant un appar­te­ment jugé par le job cen­ter «trop che­r ». Car pour ces gens-là, c’est le job cen­ter qui paye le loyer. Une famille qui a habité là pen­dant des décennies peut être «relogée » d’un coup de sty­lo. Les cas se comptent par mil­liers.
Quel est le problème ? Le job cen­ter manque d’argent, et essaye d’en économiser, c’est logique, non ?
Logique, oui. Mais illégal. Les textes ne per­mettent pas ça. Mais d’ici à ce que le job cen­ter soit condamné … il a «économisé ». Et les propriétaires des loge­ments à bas prix ont gagné beau­coup d’argent. D’autant que com­bien des gens expulsés auront le cou­rage de s’attaquer au job cen­ter ? Tout ges­tion­naire vous dira que le risque valait le coup.

Les pres­ta­tions sociales sont hors sujet. C’est la rai­son pour laquelle, par exemple, je n’en bénéficie pas. Illégalement. Le job cen­ter considère que mes reve­nus sont trop hauts. Or, légalement, je n’ai pas de reve­nus. Je vis (mal) de mon allo­ca­tion mala­die. Et, la loi est for­melle : ce n’est pas un reve­nu. Je pour­rais bro­der sur ce thème avec mon propre exemple pen­dant des heures, tel­le­ment d’abus ont lieu dans mon cas. Allez, un petit pour la route : Vio­la, comp­table, a eu un entre­tien avec un «conseiller » qui lui a parlé pen­dant plus de cinq minutes avant que Vio­la puisse com­prendre de quoi il par­lait. Il croyait que Vio­la était coif­feuse. Bon. L’erreur est humaine.   où ça se gâte, c’est quand il refuse de croire que Vio­la est comp­table, pas coif­feuse, et qu’il la menace de sanc­tions si elle refuse de prendre cet emploi de coif­feuse.

Je vous le dis : je peux en par­ler des heures. Spécialement depuis l’autre jour où nous avons eu une conver­sa­tion avec quelqu’un qui tra­vaille avec le juge social. La dame en ques­tion nous a prétendu que nous n’avions pas envoyé un docu­ment dont elle avait besoin. Et alors qu’on lui a mon­tré le petit papier rose, le récépissé du recom­mandé que nous lui avions envoyé, elle nous posé la ques­tion sui­vante : «pouvez me prou­ver que ce docu­ment se trou­vait dans l’enveloppe ? ».

La base du système est morte. À l’instant où cette ques­tion a été posée, j’ai fini de croire à la démocratie.

RETOUR AU SUJET PRINCIPAL
Les exemples sont légion. Et là, je ne vous parle que de moi, de ce que je vois. De ce que je vis. Mais mon voi­sin en a autant à dire. Et son voi­sin. Et ain­si de suite.

Com­ment accep­ter le dis­cours offi­ciel quand on vit dans ce monde ? Et sur­tout : faut-il accep­ter ce dis­cours ? Et si non, quoi faire ?

Je parle de démocratie, là. Vous l’avez recon­nue, non ? Dans mes trois ques­tions, je parle des fon­de­ments de la démocratie.

La démocratie, ça part, comme on me l’a écrit récemment du prin­cipe de la délégation. «Parce qu’on a décidé, il y a long­temps, qu’on se ferait jus­te­ment représenter. » Donc, on élit des gens qui font ce qu’on leur dit de faire. Donc, aus­si, si ils ne font pas ce qu’on leur demande, on les vire.

Dans le cas que j’évoquais précédemment, il me parait clair que le système, volon­tai­re­ment ou pas, est en faillite.

Et comme dans tout cas de faillite, il faut com­prendre pour­quoi.

La faillite de la démocratie, c’est le prin­cipe de délégation tel qu’il est mis aujourd’hui en action.

Vous connais­sez tous la rai­son. Coluche nous avait (il me semble) résumé ça en une seule phrase : «un homme au pou­voir n’est ni de gauche ni de droite : il est au pou­voi­r ». Un homme poli­tique veut arri­ver au pou­voir. Puis y res­ter. Et ça ouvre les portes à toutes les com­pro­mis­sions. Pour res­ter au pou­voir, il faut trou­ver (ou créer) les problèmes qui intéressent les gens (non : les électeurs), et leur pro­mettre la solu­tion.

Pro­mettre suf­fit. ©fléchissez : ça fait au moins 20 ans qu’on nous pro­met une vic­toire contre le chômage. Vous avez vu une ? Non. On a changé les termes de la ques­tion : jobs précaires, jobs sous-qualifiés, jobs, sous-payés. Chômeurs radiés, volés. Mais la vic­toire ? Non.

Et pour­tant, depuis 20 ans, les mêmes dont au pou­voir. Avec une dose d’alternance. His­toire de préserver les appa­rences.

Le chômage n’est qu’un exemple. Par­lez droits sociaux, par­lez jus­tice, par­lez sécurité, écologie, paix …

©fléchissez. Regar­dez vingt ans en arrière, et regar­dez le che­min par­cou­ru.

ET ALORS ?
Main­te­nant, si après avoir regardé 20 ans en arrière vous faites encore confiance au système «démocratique», vous pou­vez ces­ser de lire. Votre problème est plus basique. Vous avez un petit problème avec la réalité. Vous vous racon­tez des his­toires. Vous vivez dans un monde de détails. Et si vous croyez que «dieu est dans les détails», je vous dis que MON «dieu » est dans la sta­tis­tique.

LE TAS PUBLICAIN
Seule la sta­tis­tique peut nous don­ner la démocratie. Je n’utilise pas le mot «promettre » (comme dans «la sta­tis­tique peut nous pro­mettre la démocratie»). La pro­messe est à pros­crire de la démocratie, et de la poli­tique. La pro­mettre est la base de la cor­rup­tion.

Et natu­rel­le­ment, les gens aux­quels je parle me demandent tou­jours : «et alors, gros bal­lot, tu pro­poses quoi, toi ? »

Moi, je pro­pose un système sans pro­messe. Et donc sans élection. Une démocratie sans élection. Ma solu­tion à cette équation appa­rem­ment inso­luble, c’est le TAS républicain. TAS comme dans Tirage Au Sort.

Si la pro­messe et la cor­rup­tion est la faillite du système, il faut s’en protéger.

Si j’admets faci­le­ment qu’il FAUT une représentation, parce que 60 mil­lions de gens ensemble ne peuvent rien faire, il nous faut une représentation incor­rup­tible. Et seul le TAS peut nous don­ner ça. Le TAS, ça fonc­tionne com­ment ?

On désigne des gens pour nous représenter. Ces gens, disons 1000, n’en auraient aucun avan­tage. Ils gardent leur sta­tut, leur salaire. Rien de plus. C’est un bou­lot de merde, mais il faut que quelqu’un le fasse. Pour deux ans, trois ans, on aban­donne tout, et on devient député. Et aprés les deux ou trois ans, on rentre à la mai­son, comme si de rien n’était. On retrouve son bou­lot (garan­ti).

Être député, c’est essayer de faire mar­cher le pays. Le mieux pos­sible. Tout le monde sait quels sont les problèmes. Et les députés *décident* la façon dont laquelle la situa­tion doit être gérée.

Comme on garde son salaire, et comme ne peut avoir aucun avan­tage, pas un cen­time, pas une pis­cine, pas une voi­ture, on garde l’intérêt général comme cible.

Comme même un groupe de 1000 (ou 2000) per­sonnes ne peut rien *faire* de concret, si les députés ont le pou­voir législatif (et le contrôle), ils délèguent quelques membres comme «ministres ». Comme une per­sonne seule est tou­jours menacé par une cor­rup­tion, les ministres seront des groupes de trois.

©puté ou ministre sera viré, et puni, si il obtient un avan­tage quel­conque à sa fonc­tion.

Et si les députés étaient cons ? Sta­tis­ti­que­ment impro­bable. Très impro­bable. Il y aura tou­jours le même pour­cen­tage de gens «intelligents», et d’«imbéciles ». Comme dans le système actuel. Les députés et ministres actuels ne sont ni plus intel­li­gents ni moins intel­li­gents que vous ou moi. On ne leur demande pas de tout savoir. On leur demande de décider. De choi­sir les direc­tions à prendre. Aux fonc­tion­naires de leur dire com­ment le faire, et leur mon­trer les alter­na­tives.

Les députés auront un contrôle cer­tain sur les fonc­tion­naires. Les fonc­tion­naires seront tous *bien* payés pour faire leur bou­lot au mieux. Et si ils sont cou­pables de cor­rup­tion, ils seront châtiés en conséquence.

Au bout du compte, on aura un pays gou­verné par les gens.

On appelle ça une démocratie.

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