Le lendemain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 1 Déc 2010 à 11:38

Voilà.

«Stuttgart 21 » c’est fini…

Non, j’rigole… :)

Enfin fini un petit peu quand même. Disons que la médiation est finie. Et encore…

Bon. Je cesse de ten­ter de réfléchir, je mets tout sur la page, et vous triez vous-mêmes.

La journée a com­mencé un petit peu solen­nel­le­ment. Il faut dire qu’il y avait du beau linge à la corde, hein. Le pre­mier ministre Map­pus (il avait fait une appa­ri­tion le pre­mier jour, mais était par­ti à midi man­ger —on ne l’a plus revu dans la salle avant ce matin), le patron de la Deutsche Bahn, Grube, qui n’avait jusque ce jour pas dai­gné d’honorer le petit peuple de sa présence, et il y avait aus­si le maire de Stutt­gart, Schus­ter, lequel n’avait pro­ba­ble­ment pas trouvé la salle avant aujourd’hui. Notez c’est un petit dom­mage, je trouve : ils sont ceux qui ont pro­vo­qué la crise, tout de même.

Du coup, dans le camp des « pour », les vaillants petits sol­dats qui en ont pris plein la tête pen­dant les six semaines étaient relégués au deuxième rang, comme les cancres.

Le médiateur, Geiß­ler, a com­mencé à présenter tout le monde. Non : le pre­mier rang. Il a, tout sou­rire, com­mencé à pour­rir la matinée de Gru­ber, en lui disant, sous cou­ver­ture de plai­san­te­rie, tout le mal qu’il pense sur l’état de la Deutsche Bahn. Il regrette que les auto­mates aient rem­placé les gui­che­tiers, par exemple.

Ensuite, il a lancé la dernière de médiation : cha­cun des par­ti­ci­pants (du pre­mier rang) avaient cinq minutes pour leur « plai­doyer ».

Les « pour » ont com­mencé. Ils ont res­pecté les formes, remer­ciant Geiß­ler pour son tra­vail. Deux entre eux, ont fait un mea culpa dont j’espère qu’il était sincère : ils ont regretté que le tra­vail effec­tué pen­dant la médiation n’ait pas été fait avant. Ils ont pro­mis, l’un pour la DB et l’autre pour le gou­ver­ne­ment, que on ne tra­vaille­ra jamais plus comme ça. ©rie tota­le­ment sans intérêt, à part la phrase de Map­pus, dans laquelle il a dit qu’on n’avait jamais eu une telle occa­sion en Alle­magne à part à Ber­lin après la chute du mur. Il par­lait immo­bi­lier.…

La riposte n’a pas tardé. Le pre­mier « contre » à par­ler a indi­qué, en pas­sant, qu’à son avis Stutt­gart per­sonne n’a envie d’avoir une Pots­da­mer Platz [le « coeur » hideux du « nou­veau » Ber­lin construit après la chute du mur]. Les « contre » ont été plus agres­sifs. Et sur­tout beau­coup plus passionnés.

Une fois le tour de table fini, Geiß­ler a demandé une heure de patience pour s’entretenir avec les « pour », puis avec les « contre ».

Il est reve­nu cinq heures plus tard. Et il a ren­du son ver­dict. Son ver­dict était prévisible : il a recom­mandé un cer­tain nombre de chan­ge­ments au pro­jet, les­quels sou­lignent les points sur les­quels les « contre » avaient mené le plus gros de leurs charges. Il a avoué que le pro­jet alter­na­tif des « contre » était fai­sable, et appa­rem­ment il lui plai­sait bien, mais il a dit qu’il ne pou­vait pas le recom­man­der pour rai­sons financières (le DB avait annoncé que le renon­ce­ment à son pro­jet venait accom­pa­gné d’une fac­ture de plus d’un mil­liard d’euros, ce qui natu­rel­le­ment fait un petit peu peur…)

Le juge­ment :

  • il a préconisé la création d’un cadre légal empê­chant la spéculation au sujet des ter­rains « libérés » par l’enterrement de la gare, deman­dant que ces ter­rains soient utilisés à autre chose que les centres com­mer­ciaux prévus. La ville semble avoir accepté ça, en ser­rant les dents, tou­te­fois. À suivre.
  • il a exigé que les arbres cen­te­naires du parc soient épargnés : sauf mala­die « mor­telle », les arbres devraient, le cas échéant être transplantés, pas abat­tus. Pas négociable. À suivre.
  • il a exigé que la DB prouve que dans sa confi­gu­ra­tion du moment le pro­jet pou­vait accep­ter une aug­men­ta­tion du tra­fic d’au moins 30%, et si non, il recom­mande que le pro­jet soit modi­fié, avec entre autres l’ajoût de deux quais à la nou­velle gare sou­ter­raine. La DB com­mente, avec un sou­rire crispé, que le test ne pose aucun problème, facile, les doigts dans le nez. Ton­ton, pour­quoi tu tousses ? À suivre plus que le lait sur le feu.
  • il a allumé les condi­tions d’accès des handicapés à la gare, et au plan de sécurité en général. Ça fait sérieux.

J’en oublie cer­tai­ne­ment.

Les « pour » ont pavané, tous sou­rires devant les caméras, mais avec une rai­deur qui avait un je-ne-sais quoi genre « manche à balais dans le cul », les « contre » ont pris acte, sou­li­gné que le « pro­jet le mieux pla­ni­fié du monde » avait appa­rem­ment des lacunes sérieuses, que leurs remarques avaient visi­ble­ment du bon, mais ils ont annoncé qu’ils ne renonçaient pas à leur pro­jet alter­na­tif. Les manifs vont reprendre.

Seul point com­mun à tout les par­ti­ci­pants : ils ont, avec Geiß­ler, enterré le pro­ces­sus exis­tant concer­nant les « grands » pro­jets. Ils ont pro­noncé le nom de la Suisse avec une insis­tance ras­su­rante. Geiß­ler a lui carrément recom­mandé un pro­ces­sus en trois étapes :

  • une définition du pro­jet (qu’est-ce qu’on veut faire), sou­mise à refe­ren­dum
  • une définition du plan (com­ment on veut faire ça), sou­mise à refe­ren­dum)
  • une fois tout ça dûment accepté, les tra­vaux

Gagnants et per­dants : tous les par­ti­ci­pants ont per­du, au moins en par­tie. Tous les autres, c’est à dire la popu­la­tion de Stutt­gart, et plus lar­ge­ment la popu­la­tion alle­mande a gagné : per­sonne ne pour­ra plus leur enfon­cer dans la gorge un pro­jet du genre «Stuttgart 21 ». Mais ils vont pro­ba­ble­ment tout devoir ava­ler « Stutt­gart 21 plus ».

Les comp­tables de la DB ont très cer­tai­ne­ment passé une sale nuit. Com­bien pour toutes ces modi­fi­ca­tions, et qui va payer ? Ce matin, en urgence, le Bun­des­tag met « Stutt­gart 21 plus » (le sobri­quet que Geiß­ler a uti­lisé) au menu. Le but, sau­ver le pro­jet.

Au niveau local, cer­tains ont per­du cer­tai­ne­ment beau­coup d’argent dans l’affaire, sur­tout si la ville fait ce qu’elle a pro­mis au niveau des ter­rains construc­tibles libérés.

Geiß­ler a gagné son pari. Il n’avait peu de cer­ti­tudes quant sa capa­cité à trou­ver un com­pro­mis entre une gare de sur­face et une gare sou­ter­raine, mais il avait misé sur la mise à mort du « bas­ta busi­ness ». Il semble avoir vrai­ment gagné.

Je crois que il y aura un jour avant, et un jour après Stutt­gart 21.

Il y a pas mal à parier que Stutt­gart va reprendre le che­min de la rue. Voyons si « Stutt­gart 21 plus » lui résistera…

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