Grèves, etc.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 19 Oct 2010 à 12:49

J’ai quitté la France il y a presque dix ans, et ça fait huit ans que je n’ai pas enten­du un coup de feu ou le moteur d’un blindé. Et je vis main­te­nant en Alle­magne : l’idée d’une vague de grèves et de mani­fes­ta­tions à l’échelle natio­nale, j’ai déjà oublié ce que c’est.

Atten­tion, ne pas croire qu’on ne mani­feste pas en Alle­magne, hein ! Ou que la popu­la­tion se fout de tout. Ce oui­kende, par exemple, les nazillons vou­laient faire une mani­fes­ta­tion. Ils l’ont déclarée, et l’ont vue acceptée. Et les habi­tants du quar­tier ont également déclaré une contre-mani­fes­ta­tion, et l’ont vue acceptée. Donc, le jour venu, quelques cen­taines d’imbéciles non, de néo-nazis, non-non, de jeunes « iden­ti­taires » se sont pointés à Leip­zig, se sont vus *très* rapi­de­ment encerclés de poli­ciers, les­quels ont été tout aus­si rapi­de­ment encerclés par quelques mil­liers de contre-mani­fes­tants, et la mani­fes­ta­tion d’origine a rapi­de­ment été dis­soute, et on n’en a plus parlé.

Notez, ça ne se passe pas tou­jours aus­si bien, hein. Mais, et c’est mon pro­pos, on mani­feste en Alle­magne. Sur­tout quand il s’agit de poli­tique.

On peut aus­si mani­fes­ter quand la cause est plus économique que poli­tique. Hier, par exemple, à Ber­lin, il y a eu plu­sieurs mil­liers de mani­fes­tants contre le tracé des vols du futur « grand aéroport » de Berlin-Schönefeld. Ou bien quand la frontière entre poli­tique et économique est floue, par exemple contre les Cas­tor.

Maiiiis nooooooooon. Les Alle­mands ne défilent pas dans la rue contre les cas­tors, ces magni­fiques mammifères à queue plate (il y en a plein, à Ber­lin et dans les alen­tours). Pour l’Allemand, un Cas­tor est un contai­ner rem­pli de salo­pe­ries radio­ac­tives. Les Cas­tor se déplacent seule­ment en groupes, sage­ment alignés à la queue-leu-leu, sur des rails. À date fixe, ou au moins annoncée. Et à chaque fois, c’est la guerre.

Donc, encore une fois, ne faites pas l’erreur de croire que les Alle­mands res­tent à la mai­son devant Der­rick. Chaque lun­di, depuis des mois, Stutt­gart mani­feste.

Une mani­fes­ta­tion, c’est généralement un acte poli­tique, basé sur un problème « poli­tique ».

Mais une grève ? Une grève, c’est généralement une « arme » utilisée dans un conflit économique. Et ne croyez pas non plus qu’en Alle­magne on ne fait pas la grève. On la fait même de plus en plus, mais je par­le­rai de ça plus tard.

Un conflit économique, c’est sou­vent un problème de salaire. Et comme il n’y a que rela­ti­ve­ment rare­ment des grèves en Alle­magne, la ques­tion est légitime : pour­quoi ? Les Alle­mands sont tout bien payés ? Ou bien n’ont-ils pas le droit de faire grève ? Ou bien n’ont-ils pas le cou­rage de faire grève ?

La réponse est très pro­ba­ble­ment pra­ti­que­ment incompréhensible pour un Français. Car la réponse est généralement : la grève n’est pas nécessaire.

En Alle­magne, les salaires sont négociés chaque année. C’est dans la loi. Et pas seule­ment dans la fonc­tion publique, hein. Les emplois appar­tiennent (j’en parle plus tard) à un « tarif », et ce tarif est négocié périodiquement. Entre l’employeur, ou plutôt entre les représentants des employeurs de telle ou telle branche et les syn­di­cats. On dis­cute, on dis­cute, dans le cadre de la loi, et donc il n’est que rare­ment besoin de grève.

Notez que les Alle­mands n’ont pas peur de se mettre en grève. Les syn­di­cats leur paient leur salaire pen­dant la durée de la grève. La grève est pra­ti­que­ment une arme ato­mique, tant qu’il s’agit de salaires.

Main­te­nant, en ce moment, (voilà, c’est là que j’en parle) la poli­tique se mêle d’économie, à moins que ce ne soit l’inverse, et les règles changent. L’emploi mas­sif du tra­vail tem­po­raire (non assu­jet­ti à un « tarif »), dans un sens, et, dans l’autre sens depuis la chute du Mur la création de syn­di­cats « poli­tiques » (lire : moins liés à leur branche économique) économique brouille les cartes en ce qui est de la reven­di­ca­tion « Ã©conomique ». Les poli­tiques per­met­tant la création d’un sous-prolétariat, voire même créant eux-même un sous-prolétariat, et cer­tains poli­tique (tel verd.i) se muant en bras « armé » d’un par­ti poli­tique (die Linke) [pour les non-ger­ma­no­phones, verdi.i se dit CGT, et die Linke PCF, période Georges Mar­chais] agitent le monde du tra­vail sala­rié.

Mais tout de même, encore aujourd’hui, une grève est symp­to­ma­tique d’un échec. L’échec du dia­logue démocratique.

Et ça, c’est vrai également en France.

Une grève dans une entre­prise, signi­fie généralement un échec de dia­logue. L’Allemagne a eu la bonne idée de mettre tout ça dans ses textes de lois. La France, moins.

Une grève générale, c’est l’éclatant échec du dia­logue démocratique à la Française. Alors que l’article « grève générale » sur la page alle­mande de Wiki­pe­dia nous ramène à… 1920.

Ce qui se passe en France en ce moment res­semble à une grève générale en ges­ta­tion.

Et, comme je vous le disais, ça annonce l’échec du dia­logue démocratique. Si c’était dans une entre­prise, on pour­rait mettre ça sur le dos du patron. Dans le cas d’un état… sui­vez mon regard !

2 commentaires

  1. Comment by Giorgio — 19/10/2010 at 16:47

    Ber­lin est grand, mais quand même… « plu­sieurs mil­liers de mani­fes­ta­tions » en un jour ! Cor­ri­ger en « mani­fes­tants », puis sup­pri­mer ce com­men­taire :-)

  2. Comment by olivier — 19/10/2010 at 23:11

    Argl… Mer­ci !

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