Stuttgart 21 : une leçon de démocratie appliquée…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le jeu 7 Oct 2010 à 05:59

En Alle­magne, ça fait un bon mois que Stutt­gart-21 réside sur les cou­ver­tures des gazettes. L’affaire évolue en ce moment, d’une affaire prin­ci­pa­le­ment régionale à une affaire définitivement natio­nale.

Au début, Stutt­gart-21 était la dernière « géniale » idée du patron de la Deutsche Bahn (la SNCF locale). Une gare sou­ter­raine ultra-moderne de 8 voies pour rem­pla­cer, à Stutt­gart, la gare « tra­di­tion­nelle » à 16 voies. Stutt­gart (la gare) est pour le moment une gare genre Gare de l’Est (ou en fait comme toute gare pari­sienne) : un cul de sac. Alors que Stutt­gart-21 (21 comme le siècle) ne le sera plus. On devait y gagner du temps (oh, dix minutes…) sur cer­tains tra­jets. La gare devrait être une étape impor­tante, stratégique, bla-bla, etc. Ah oui, ça sera cher, et le centre ville devra s’habituer aux engins de construc­tion pour… oh… à peine dix ans. Une paille.

Je ne sais pas exac­te­ment depuis com­bien de temps les habi­tants de Stutt­gart se battent contre ce pro­jet. Moi, habi­tant Ber­lin, je ne connais­sais même pas ce pro­jet jusqu’à ce qu’il atter­risse sur les pages « une ». Ça a com­mencé le jour où ils ont com­mencé à détruire une par­tie de la gare actuelle. Construite en 1918, classée monu­ment his­to­rique. Ou plus exac­te­ment le jour où des habi­tants de Stutt­gart ont com­mencé à s’enchaîner à leur gare. À grim­per sur la façade. C’est ce jour là que la lutte est deve­nue visible.

Dans la ville, les mani­fes­ta­tions s’enchaînent. Les chiffres gonflent. Jusqu’à jeu­di der­nier : plus de 50 000 per­sonnes. Ce jour là, les ouvriers ont com­mencé à abattre les arbres du parc. Des arbres au moins cen­te­naires. Stutt­gart est fâchée. Et jeu­di, la police a per­du les nerfs. Entre 100 et 400 blessés. Un des mani­fes­tants a per­du la vue. On a vu des scènes oubliées en Alle­magne : des canons à eau balayant la foule, des gamins, des vieux. Et les ouvriers ont tra­vaillé de la tronçonneuse toute la nuit…

Au début, dans la presse, le dis­cours de la DB, relayé par le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-Würt­tem­berg, était simple : « on s’en fout ». Le pro­jet est une prio­rité abso­lue pour la DB, pour le Land, et pour la ville. On de dis­cute pas avec les mani­fes­tants, et on n’interrompt cer­tai­ne­ment pas les tra­vaux. Point.

Main­te­nant, tous ces gens tran­quilles ont l’impression que leurs bureaux feutrés ont été subi­te­ment déménagés dans une zone de guerre. Ils sont bombardés de tous les côtes. Les procès pleuvent. Les son­dages s’effondrent. Une catas­trophe au niveau image. Et, pire : le front s’étend.

On voit les mani­fes­tants réutiliser les slo­gans et les tech­niques utilisées contre la RDA, et ça, pour un poli­tique alle­mand, c’est le scénario-catastrophe. Depuis au moins un mois, à Stutt­gart, chaque lun­di, on mani­feste. Sur les pan­cartes, « nous sommes le peuple ». Dans le bureau du pre­mier ministre de Baden-Würt­tem­berg, mon­sieur Map­pus, ça sent la sueur et la panique. Il pro­pose des négociateurs. Il a annoncé qu’il arrête le démolissage de la gare d’origine, il veut dis­cu­ter.

À Ber­lin, dans le bureau de madame Mer­kel, chancelière, c’est la même odeur. Sa majo­rité ne sur­vi­vrait pas à une défaite en Baden-Würt­tem­berg. Et cette défaite s’annonce. Elle ne veut sur­tout pas devoir s’en mê­ler. Pour com­bien de temps ?

À Ber­lin, on com­mence à mani­fes­ter. Depuis hier. Chaque mer­cre­di. « Nous sommes le peuple ».

Oh, il n’y avait pas grand monde. Une petite cen­taine de gens. On ver­ra bien la semaine pro­chaine. Mais l’Allemagne ne sup­porte plus ce genre de gou­ver­nance. Si les Ber­li­nois s’y mettent, c’est natu­rel­le­ment par soli­da­rité. Mais pas seule­ment. Les dis­cours d’hier soir étaient sou­vent destinés aux poli­tiques natio­naux. Sur l’air « change de ton ».

Comme en Argen­tine, comme un Islande, les gamelles appa­raissent dans les manifs.

Et madame Mer­kel n’est tout de même pas un Sar­ko­zy. Elle n’a pas de boucs émissaires à déporter.

Je vais suivre ça de près. La démocratie, loin des dis­cours fatigués, dans la rue.

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