©mocratie live…?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 23 Oct 2010 à 22:45

Mon jour­nal de la première ses­sion d’arbitrage dans l’affaire «Stuttgart-21 »
Ven­dre­di, entre 11:00 et 13:00

Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire aupa­ra­vant, le pro­jet «Stuttgart-21 » sus­cite débat. Enfin, il a d’abord sus­cité des dizaines de mani­fes­ta­tions, et a crée un cli­mat tel­le­ment délétère que l’idée du débat s’est imposée. Le débat a été [enfin] *imposé*. L’idée de faire appel à un médiateur « impar­tial » a été adoptée.

©jà, et il faut encore insis­ter sur ce point, on avait là un pro­ces­sus démocratique. Les citoyens de Stut­gart, la « révolte » des citoyens de Stutt­gart était au moins autant due au manque de trans­pa­rence, ou en d’autres termes de démocratie qu’au conte­nu intrisèque du pro­jet. Les chiffres cir­cu­laient dans tous les sens, les sta­tis­tiques, les affir­ma­tions… per­son­nel­le­ment j’y per­dais mon latin. D’autant que les diverses guerres se pro­dui­saient à tra­vers la presse, la radio, mais il n’y avait jamais moyen d’entendre la par­tie adverse au moment où un dia­logue aurait pu aider à com­prendre…

Ce matin, sur deux chaînes de télé, et aus­si sur l’Internet, le dia­logue.

L’arbitre (par­don : le médiateur) a tout sim­ple­ment imposé le dia­logue. Il n’y connait rien en trains, logis­tique, pro­ba­ble­ment rien non plus en économie, mais il s’y connait en dia­logue, et il est par­ti de l’idée que si il met­tait les deux camps autour d’une table, il pour­rait cer­tai­ne­ment se faire une idée du problème…

Je ne sais pas com­ment l’affaire va finir. Je ne sais même pas si l’arbitre aura le der­nier mot en ce qui concerne le *conte­nu* du pro­jet, mais le volet « démocratie » de l’affaire a définitivement été ouvert. À la mai­rie, comme il convient, sur la chaîne de télé régionale (publique), et sur la chaîne (publique) « cultu­relle » qui retrans­met habi­tuel­le­ment les débats du Bun­des­tag, pour ceux qui, pour manque de cable ou de satel­lite ne pour­raient pas cap­ter de chez eux la chaîne régionale. Et pour (très) bien faire, le débat est également retrans­mis sur l’Internet.

J’ai allumé ma télé, et je n’en décroche plus.

D’un côté, la Deutsche Bahn et le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-Wür­ten­berg (pro Stuttgart21), de l’autre hétéroclite coa­li­tion « citoyenne » (contra Stutt­gart-21). Et au milieu, Geiß­ler.

Ne nous mécomprenez pas : coa­li­tion hétéroclite ne veut pas dire qu’elle n’est pas tout autant bardée de diplomes et d’experts avec des titres impres­sion­nants que les autres. Et pour être honnête, je m’attendais à une guerre de chiffres pure et dure, entre deux camps sérieusement entraînés. Et là je com­prends vrai­ment en quelle mesure ce dia­logue est un véritable exer­cice de démocratie. On devrait faire tra­duire ce débat et le mon­trer dans toutes nos « démocraties ».

Car ce matin, j’ai assisté à la première bataille. Entre une bande de « Papp­na­sen » [je me ger­ma­nise, moi… un Papp­nase (« nez de car­ton ») est un type qui parle bien et beau­coup, mais qui ne dit pas grand-chose d’utile] et des types déterminés, préparés et armés en conséquence. Les poli­tiques « clas­siques » du gou­ver­ne­ment brassent du vent, mais ne répondent pas vrai­ment aux ques­tions précises et visi­ble­ment génantes de leurs adver­saires.

Il est l’heure pour tout le monde de man­ger…

Ven­dre­di soir

C’est par­ti. La vraie « dis­cus­sion » est lancée. Expert contre expert, chiffres contre chiffres. Pen­dant des heures. Chaque camp à sa tête un (contra) ou deux (pro) « tête ». Ils sont restés en retrait au début de l’après-midi. Jusqu’à ce que la tête des contra ouvre le feu. Il résume ce qui vient d’être dit, et pose une simple ques­tion. Le genre de ques­tion qui fait peur à tout poli­tique. C’est la bombe ato­mique dans un débat  : tant qu’on n’a pas sa réponse « oui ou non », on répète la ques­tion. Ambiance.

Au début, les pro ont tenté de réponse avec d’autres experts. Comme la ques­tion ne ces­sait pas de leur reve­nir dans la figure, leur « tête » poli­tique a dégainé. Le ton a fran­che­ment changé.

Natu­rel­le­ment, tout ça a été un dia­logue de sourds, dans un sens. Mais même moi, plus clam­pin que le plus clam­pin, j’ai pu me faire une idée du pour­quoi du com­ment du conflit qui a mis Stutt­gart à feu et à sang. Littéralement.

Same­di soir : Mes conclu­sions
Les pro­ta­go­nistes : côté « pro », pas de sur­prise. Des experts qui ont la tête qui va bien. Ils présentent impec­cable, et parlent clai­re­ment. Par­fois, quand on les contre­dit, cer­tains sont agres­sifs, au point que Geiß­ler a du en cal­mer un. En ce qui concerne leurs « têtes!, celle de la Deutsche Bahn est très sym­pa­thique. On a envie de le croire, quand ses yeux rieurs émergent au-des­sus de ses lunettes de lec­ture. Il a cer­tai­ne­ment une poignée de main très agréable. Je devine sans problème pour­quoi il a été envoyé là. Lui semble, de temps en temps, d’en dou­ter. Et dans ces moments entre en action la « tête » poli­tique. La tueuse à gages. Elle a un lan­gage cor­po­rel qui me fait peur. Elle flingue tout ce qui bouge. Elle a même essayé d’intimider Geiß­ler… bonne chance.

Les pro­ta­gon­nistes : côté « contra », là le 16/9 de ma télé ne suf­fit pas à cou­vrer le spectre. Du jeune d’à peine vingt ans, avec une écharpe rose, un badge « oben blei­ben », à peine d’âge de se raser à deux retraités, les mains trem­blantes. ©téroclite est un terme à peine suf­fi­sant. Ils bafouillent, se mélangent, mais mal­gré tout ça, ils convainquent. Et à leur tête, le maire d’une ville du coin, pas la quan­ran­taine. Il est calme, et on lui confie­rait les clés de la mai­son. Mais quand il parle… tout est précis, trés, *très* bien tourné. Le type que je ne veux jamais à affron­ter dans un débat.

Geiß­ler : Il sait où il veut aller. Je ne suis pas cer­tain qu’il est sûr d’y aller. Il a lancé ce qu’il appelé « un pro­to­type de nou­velle démocratie », et j’ai envie de le croire. Mais il faut attendre et voir.

Aujourd’hui, à Stutt­gart deux manifs. Les « pro » (10 000 per­sonnes) et les « contra » (70 000 per­sonnes).

Per­son­nel­le­ment, ce genre de débats devrait être obli­ga­toire pour les gros pro­jets. Ou les réformes de retraites. Deux adver­saires, un arbitre, et des caméras. His­toire de vrai­ment *savoir* pour­quoi on est « pour » ou « contre », déjà. Quant au résultat de l’arbitrage, c’est le pro­chain cha­pitre de l’histoire.

Grèves, etc.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 19 Oct 2010 à 12:49

J’ai quitté la France il y a presque dix ans, et ça fait huit ans que je n’ai pas enten­du un coup de feu ou le moteur d’un blindé. Et je vis main­te­nant en Alle­magne : l’idée d’une vague de grèves et de mani­fes­ta­tions à l’échelle natio­nale, j’ai déjà oublié ce que c’est.

Atten­tion, ne pas croire qu’on ne mani­feste pas en Alle­magne, hein ! Ou que la popu­la­tion se fout de tout. Ce oui­kende, par exemple, les nazillons vou­laient faire une mani­fes­ta­tion. Ils l’ont déclarée, et l’ont vue acceptée. Et les habi­tants du quar­tier ont également déclaré une contre-mani­fes­ta­tion, et l’ont vue acceptée. Donc, le jour venu, quelques cen­taines d’imbéciles non, de néo-nazis, non-non, de jeunes « iden­ti­taires » se sont pointés à Leip­zig, se sont vus *très* rapi­de­ment encerclés de poli­ciers, les­quels ont été tout aus­si rapi­de­ment encerclés par quelques mil­liers de contre-mani­fes­tants, et la mani­fes­ta­tion d’origine a rapi­de­ment été dis­soute, et on n’en a plus parlé.

Notez, ça ne se passe pas tou­jours aus­si bien, hein. Mais, et c’est mon pro­pos, on mani­feste en Alle­magne. Sur­tout quand il s’agit de poli­tique.

On peut aus­si mani­fes­ter quand la cause est plus économique que poli­tique. Hier, par exemple, à Ber­lin, il y a eu plu­sieurs mil­liers de mani­fes­tants contre le tracé des vols du futur « grand aéroport » de Berlin-Schönefeld. Ou bien quand la frontière entre poli­tique et économique est floue, par exemple contre les Cas­tor.

Maiiiis nooooooooon. Les Alle­mands ne défilent pas dans la rue contre les cas­tors, ces magni­fiques mammifères à queue plate (il y en a plein, à Ber­lin et dans les alen­tours). Pour l’Allemand, un Cas­tor est un contai­ner rem­pli de salo­pe­ries radio­ac­tives. Les Cas­tor se déplacent seule­ment en groupes, sage­ment alignés à la queue-leu-leu, sur des rails. À date fixe, ou au moins annoncée. Et à chaque fois, c’est la guerre.

Donc, encore une fois, ne faites pas l’erreur de croire que les Alle­mands res­tent à la mai­son devant Der­rick. Chaque lun­di, depuis des mois, Stutt­gart mani­feste.

Une mani­fes­ta­tion, c’est généralement un acte poli­tique, basé sur un problème « poli­tique ».

Mais une grève ? Une grève, c’est généralement une « arme » utilisée dans un conflit économique. Et ne croyez pas non plus qu’en Alle­magne on ne fait pas la grève. On la fait même de plus en plus, mais je par­le­rai de ça plus tard.

Un conflit économique, c’est sou­vent un problème de salaire. Et comme il n’y a que rela­ti­ve­ment rare­ment des grèves en Alle­magne, la ques­tion est légitime : pour­quoi ? Les Alle­mands sont tout bien payés ? Ou bien n’ont-ils pas le droit de faire grève ? Ou bien n’ont-ils pas le cou­rage de faire grève ?

La réponse est très pro­ba­ble­ment pra­ti­que­ment incompréhensible pour un Français. Car la réponse est généralement : la grève n’est pas nécessaire.

En Alle­magne, les salaires sont négociés chaque année. C’est dans la loi. Et pas seule­ment dans la fonc­tion publique, hein. Les emplois appar­tiennent (j’en parle plus tard) à un « tarif », et ce tarif est négocié périodiquement. Entre l’employeur, ou plutôt entre les représentants des employeurs de telle ou telle branche et les syn­di­cats. On dis­cute, on dis­cute, dans le cadre de la loi, et donc il n’est que rare­ment besoin de grève.

Notez que les Alle­mands n’ont pas peur de se mettre en grève. Les syn­di­cats leur paient leur salaire pen­dant la durée de la grève. La grève est pra­ti­que­ment une arme ato­mique, tant qu’il s’agit de salaires.

Main­te­nant, en ce moment, (voilà, c’est là que j’en parle) la poli­tique se mêle d’économie, à moins que ce ne soit l’inverse, et les règles changent. L’emploi mas­sif du tra­vail tem­po­raire (non assu­jet­ti à un « tarif »), dans un sens, et, dans l’autre sens depuis la chute du Mur la création de syn­di­cats « poli­tiques » (lire : moins liés à leur branche économique) économique brouille les cartes en ce qui est de la reven­di­ca­tion « Ã©conomique ». Les poli­tiques per­met­tant la création d’un sous-prolétariat, voire même créant eux-même un sous-prolétariat, et cer­tains poli­tique (tel verd.i) se muant en bras « armé » d’un par­ti poli­tique (die Linke) [pour les non-ger­ma­no­phones, verdi.i se dit CGT, et die Linke PCF, période Georges Mar­chais] agitent le monde du tra­vail sala­rié.

Mais tout de même, encore aujourd’hui, une grève est symp­to­ma­tique d’un échec. L’échec du dia­logue démocratique.

Et ça, c’est vrai également en France.

Une grève dans une entre­prise, signi­fie généralement un échec de dia­logue. L’Allemagne a eu la bonne idée de mettre tout ça dans ses textes de lois. La France, moins.

Une grève générale, c’est l’éclatant échec du dia­logue démocratique à la Française. Alors que l’article « grève générale » sur la page alle­mande de Wiki­pe­dia nous ramène à… 1920.

Ce qui se passe en France en ce moment res­semble à une grève générale en ges­ta­tion.

Et, comme je vous le disais, ça annonce l’échec du dia­logue démocratique. Si c’était dans une entre­prise, on pour­rait mettre ça sur le dos du patron. Dans le cas d’un état… sui­vez mon regard !

Sans commentaire…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 16 Oct 2010 à 02:45

Allez : un petit com­men­taire, tout de même. Vers la fin de cette magni­fique vidéo, (à 8:23, si vous êtes pressé), en guest star, une de « nos » (lire : habituée de Ber­lin) petites préférées : la 18 201. Mer­ci à celui qui nous a offert ce mon­tage.

Stuttgart 21 : pourquoi est-​​ce que ça devrait nous intéresser ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le ven 15 Oct 2010 à 08:31

C’est quoi, Stutt­gart 21 ?
La ville de Stutt­gart est la capi­tale du land de Baden-​​Württemberg. Un bas­tion du CDU depuis la création de l’Allemagne d’après-guerre. Depuis quinze ans la DB [la SNCF alle­mande] tra­vaille sur un pro­jet énorme : faire pas­ser la gare de Stutt­gart au sous-sol. et les tra­vaux ont débuté en juillet. Durée des tra­vaux : des années.

Pour­quoi Stutt­gart 21 ?

  • sans ce pro­jet, Stutt­gart et le Land seraient désertés par le tra­fic fer­ro­viaire inter­na­tio­nal « rapide »
  • le temps de voyage entre Stutt­gart et Ulm serait réduit de moi­tié
  • 4000 emplois. Le ter­rain dégagé sera construc­tible : un nou­veau quar­tier
  • Les espaces verts seraient aggran­dis, ain­si que la qua­lité de vie
  • la ligne Paris-Buda­pest, enfin…
  • confort des voya­geurs (pas­sage de 16 quais à 8, etc.)
  • l’aéroport et les centre de congrès seront reliés à la ligne rapide d’Ulm

Jusque là, rien à dire… ou bien… voyons ce que disent les adver­saire :

Pour­quoi PAS Stutt­gart 21 ?

  • le prix dérape sans fin. Jusqu’où ? Ils réclament plutôt des écoles, et un effort au niveau santé et social
  • une « mise à jour » de la gare actuelle cou­te­rait beau­coup moins cher
  • rien n’empêche les connexions envisagées en sur­face
  • une grande par­tie de la gare actuelle est « monu­ment his­to­rique ». Pour­quoi la détruire ?
  • les arbres (au moins cen­te­naires) vont être abat­tus
  • le nou­veau quar­tier sera un quar­tier « Ã  riches »
  • on soupçonne cer­tains membres du gou­ver­ne­ment [du Land] de conflit d’intérêt : beau­coup d’argent va cir­cu­ler

Le pro­jet a des adver­saires depuis le pre­mier jour. Cela dit, il a été décidé « Ã  la régulière », en sui­vant les procédures habi­tuelles. Donc, dans un pays où les conflits se gèrent nor­ma­le­ment plutôt bien, pour­quoi depuis main­te­nant trois mois de mani­fes­ta­tions qua­si-quo­ti­diennes, dans un cli­mat de plus en plus ten­du ?

Les adver­saires sont divers. Tel­le­ment divers qu’il est impos­sible de les différencier à la popu­la­tion. « Tout le monde » est contre. Des lycéens, des chômeurs, des gens avec emploi, des mères au foyer, des retraités… tout le monde. De plus, le caractère paci­fique de toutes ces mani­fes­ta­tions exclut la caractérisation « clas­sique » qui veut que les mani­fes­ta­tions sont pleines de « mani­fes­ta­teurs pro­fes­sion­nels » vio­lents. Com­ment cas­ser une telle dyna­mique ? Une —et une seule— mani­fes­ta­tion a dégénéré : entre cent et quatre cents blessés, uti­li­sa­tion des canons-pompes. Les gamins comme les mamies balayées comme des fétus de paille. Un *grand* succès popu­laire.

En fait, cette mani­fes­ta­tion est visi­ble­ment un tour­nant. Un tour­nant d’une ampleur pas encore tota­le­ment révélée, mais déjà très impor­tante.

Ce 30 sep­tembre, la DB et le gou­ver­ne­ment ont appuyé sur deux bou­tons très impor­tants. Un procès en référé avait été ins­ti­tué contre l’abattage des arbres du parc du château. La DB le savait, natu­rel­le­ment, mais a tout de même ordonné l’abattage. Ça a duré toute la nuit. Pen­dant la manif, pen­dant que des cen­taines d’ambulances tour­naient, sous les pro­jec­teurs, les tronçonneuses ont tra­vaillé. Seule­ment au matin l’abattage a cessé. 25 arbres (énormes, cen­te­naires) sur le car­reau. Et, remar­quable coïncidence, la zone élaguée cor­res­pond en gros à la sur­face nécessaire pour un autre chan­tier, vital pour le pro­jet.

Le second bou­ton, est natu­rel­le­ment, la vio­lence. Natu­rel­le­ment, les deux camps se rejettent la faute. Cela dit, l’usage des canons-pompes contre une « foule » appa­rem­ment pas préparée à une action vio­lente (à l’exception des vieux à cannes…?), vous ima­gi­nez sans problème le résultat : un désastre médiatique. On a pu voir des pho­tos très dures, dont celles d’un homme dont les yeux lui pen­daient hors des orbites, san­glantes. Depuis, dans les mani­fes­ta­tions, des cen­taines se maquillent les yeux en rouge et noir. Ambiance.

Pour­quoi ça devrait nous intéresser ?
Le phénomène « contes­ta­taire » est en train de chan­ger, en ce qui concerne Stutt­gart 21. D’une contes­ta­tion « documentée », où les slo­gans étaient « sur mesure », on est en train de pas­ser à une contes­ta­tion « de système ». On s’en prend à « la poli­tique », et aux poli­tiques. À Ber­lin, des dis­cours que j’ai enten­dus (et com­pris…), je retire des phrases du genre : « on n’a plus besoin des par­tis poli­tiques », ou « la manière est inac­cep­table ». Aux noms de Map­pus [pre­mier ministre du Land] et Grube [président de la DB], on ajoute main­te­nant le nom de Mer­kel [chancelière, fédérale]. Le dis­cours change, et, je crois, se radi­ca­lise.

Le médiateur a réussi hier [jeu­di] soir à faire le dia­logue s’entamer. Nou­veauté : à la demande des oppo­sants, les dis­cus­sions seront retrans­mises en direct sur l’Internet. C’est une vic­toire pour la démocratie directe, dit Geiß­ler [le médiateur]. La trans­pa­rence et la crédibilité de sa mis­sion ren­forcent son auto­rité d’arbitre.

Les dis­cus­sions auront lieu entre deux équipes d’experts de chaque camp. Geiß­ler aura accès à chaque pièce du dos­sier. Map­pus sera de la par­tie (dans le camp « pour », natu­rel­le­ment). Il est prévu que le chan­tier cru­cial (il s’agit de « protéger » les tun­nels à creu­ser de l’eau), celui au site duquel les arbres ont été abat­tus, sera arrêté pen­dant les dis­cus­sions. À ce sujet, à l’heure où j’écris (00:39…) le procès en référé semble tour­ner assez mal pour la DB : le juge l’accuse d’avoir dis­si­mulé des pièces… la DB savait que qu’un insecte menacé vivait dans ces arbres.

Stutt­gart 21 *est* vrai­ment intéressant. Com­ment un pro­jet mul­ti­mil­liar­daire peut être gêné, voire stoppé par de simples citoyens.

Et en France ?
Simple : 3,5 mil­lions de per­sonnes dans la rue sans effet.

Vous voyez ce que je veux dire ?

« Oben bleiben »… Stuttgart 21 : le médiateur est arrivé. Ou presque…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 11 Oct 2010 à 23:12

Quel feuille­ton ! On ne pour­rait presque pas ima­gi­ner mieux. Jeu­di, ou ven­dre­di, je ne me sou­viens pas exac­te­ment, le pre­mier ministre Map­pus, après avoir tenté d’embaucher Joa­chim Gauck comme médiateur, lequel a, pas fou, immédiatement botté en touche. Map­pus, en recherche d’une per­son­na­lité incon­tes­table, a ensuite choi­si de s’adresse à Hei­ner Geiß­ler. Et lui, peut-être pas tota­le­ment réveillé, à dit : « oui ».

Le Geiß­ler est pour­tant un vieux renard. Tiens, pour ceux que ça pour­rait intéresser, en alle­mand, un vieux renard ce dit « ein alter Hase », c’est à dire un vieux lièvre. Je le vois de temps en temps à la télé, dans des débats à thématique « sociale ». Ancien secrétaire général du par­ti le plus conser­va­teur (CDU) pen­dant une dizaine d’années, il est en général, pour ce que j’en com­prends, quand il est opposé à des « socia­listes » (SPD) ou des gens de « die Linke », il est le seul vrai « social » du pla­teau. Il ne fait pas d’effets de manches, et me fait régulièrement pen­ser que c’est vrai­ment dom­mage que je sois pas de droite. Il par­le­ment rare­ment, et jamais pour ne rien dire. Il n’hésite pas à contre-cou­rant de son par­ti, et en fait je le voyais rela­ti­ve­ment bien « casté » comme médiateur.

Et donc, le vieux Geiß­ler prend son bâton de pèlerin, et his­toire de cal­mer les esprits, il com­mence par une déclaration très « Geiß­le­resque » : il annonce, en direct à la télé, que pen­dant qu’il fait son bou­lot, les tra­vaux sont arrêtés. En fait c’est plein de bon sens. Dif­fi­cile de dis­cu­ter entre les manifs et les tronçonneuses…

Et pata­tras.

À peine une heure plus tard, Map­pus et le patron de la Deutsche Bahn se précipitent devant toute caméra pas­sant dans leur champ ocu­laire, et bre­douillent que non, il n’en est pas ques­tion, mais qu’est-ce que cette affaire, les tra­vaux conti­nuent.

Deux jours de confu­sion dans les médias, que je com­prends par­fai­te­ment. La ques­tion a été, tout le oui­kende, de savoir qui a dit quoi, et sur­tout est-ce que Geiß­ler va racro­cher…

Pen­dant ce temps là, à Stutt­gart, plus de cent mille per­sonnes sont des­cen­dues dans la rue. His­toire que tout soit clair.

Les poli­tiques natio­naux se font dis­crets. Ils ne veulent se faire prendre entre le mar­teau et l’enclume. À part l’ineffable Gui­do, lequel, est natu­rel­le­ment, un défendeur du pro­jet Stutt­gart 21. Son par­ti était des­cen­du de telle façon dans les son­dages qu’il peut se le per­mettre. La chancelière Mer­kel doit, elle, encore se mordre les doigts d’avoir pris posi­tion la semaine dernière.

Aujourd’hui, lun­di, le boxon conti­nue dans la presse. Arrêt des tra­vaux ou pas ? Ce soir, devant le siège de la Deutsche Bahn, Post­da­mer Platz (dont je ne dirai *jamais* assez la lai­deur intrinsèque de cet ancien cÅ“ur de Ber­lin trans­formé en… trot­toir d’autoroute, ou quelque chose de ce genre là), Schwa­bens­treich, c’est à dire manif. Un petit plus de monde que mer­cre­di der­nier, moins que mer­cre­di pro­chain.

Oben-blei­ben, oben-blei­ben… C’est main­te­nant le slo­gan qua­si offi­ciel du mou­ve­ment d’opposition à Stutt­gart 21. C’est le refrain de l’hymne qua­si-offi­ciel du même mouv­ment. Vous pou­vez, si vou­lez, jeter un Å“il. C’était au mois de mai, et regar­dez dans les plans larges la taille de la foule, à la fin du clip… elle ne cesse plus de gran­dir.

Oben blei­ben. Res­ter en haut.

Ce soir, Le patron de la Deutsche Bahn annonce qu’un arrêt des tra­vaux est impos­sible. Pour rai­son financière. Oben blei­ben, ou dans le mur… il semble avoir choi­si.

Un petit peu de calme…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 10 Oct 2010 à 10:30

Hier, très chouette balade en forêt. Enfin dans le parc du château de Tegel. Il fai­sait beau, tout était pai­sible… juste du bon­heur.

Le château a l’air beau­coup plus grand qu’il ne l’est. Joli truc d’architecte. C’est le château de la famille Hum­boldt. Dans le parc, on trouve le second des plus vieux arbres de Ber­lin, pas très loin du plus vieux, la « Grosse Marie  », laquelle est tout de même *beau­coup* plus vieille (soi-disant plantée en… 1192 !!).

Dans le parc, tou­jours, des vaches d’une élevage « bio ». C’est tou­jours aus­si sur­pre­nant pour moi d’être dans des cadres tels à peine cinq minutes de marche d’une sta­tion de métro. Ber­lin est… Ber­lin.

Ven­dre­di, la ville était un petit peu ten­due : un match de qua­li­fi­ca­tion pour entre Alle­magne et Tur­quie, alors que Ber­lin est la plus grande com­mu­nauté turque hors de Tur­quie et que le cli­mat est un petit peu… chargé (mer­ci mon­sieur Sar­ra­zin !). Eh bien rien. Pas l’ombre d’un problème dans le stade, ni dehors. Même la presse « tabloid » nous raconte —la larme à l’Å“il— que les jeunes « turcs » (tous de natio­na­lité alle­mande comme turque), dans le stade et là où le match était dif­fusé sur écrans géants, ont mas­si­ve­ment chanté les deux hymnes natio­naux, dans les deux langues.

Sinon, j’ai réussi hier soir à bri­co­ler les archives de mon « Mille vingt-quatre pixels  ». Le système précédant ne se prê­tait pas du tout à une consul­ta­tion. Je trouve ça plutôt pas mal. Jetez-y donc un Å“il… Je n’ai plus qu’à trou­ver com­ment fran­ci­ser ça, mais je suis bien content.

Stuttgart 21 : une leçon de démocratie appliquée…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le jeu 7 Oct 2010 à 05:59

En Alle­magne, ça fait un bon mois que Stutt­gart-21 réside sur les cou­ver­tures des gazettes. L’affaire évolue en ce moment, d’une affaire prin­ci­pa­le­ment régionale à une affaire définitivement natio­nale.

Au début, Stutt­gart-21 était la dernière « géniale » idée du patron de la Deutsche Bahn (la SNCF locale). Une gare sou­ter­raine ultra-moderne de 8 voies pour rem­pla­cer, à Stutt­gart, la gare « tra­di­tion­nelle » à 16 voies. Stutt­gart (la gare) est pour le moment une gare genre Gare de l’Est (ou en fait comme toute gare pari­sienne) : un cul de sac. Alors que Stutt­gart-21 (21 comme le siècle) ne le sera plus. On devait y gagner du temps (oh, dix minutes…) sur cer­tains tra­jets. La gare devrait être une étape impor­tante, stratégique, bla-bla, etc. Ah oui, ça sera cher, et le centre ville devra s’habituer aux engins de construc­tion pour… oh… à peine dix ans. Une paille.

Je ne sais pas exac­te­ment depuis com­bien de temps les habi­tants de Stutt­gart se battent contre ce pro­jet. Moi, habi­tant Ber­lin, je ne connais­sais même pas ce pro­jet jusqu’à ce qu’il atter­risse sur les pages « une ». Ça a com­mencé le jour où ils ont com­mencé à détruire une par­tie de la gare actuelle. Construite en 1918, classée monu­ment his­to­rique. Ou plus exac­te­ment le jour où des habi­tants de Stutt­gart ont com­mencé à s’enchaîner à leur gare. À grim­per sur la façade. C’est ce jour là que la lutte est deve­nue visible.

Dans la ville, les mani­fes­ta­tions s’enchaînent. Les chiffres gonflent. Jusqu’à jeu­di der­nier : plus de 50 000 per­sonnes. Ce jour là, les ouvriers ont com­mencé à abattre les arbres du parc. Des arbres au moins cen­te­naires. Stutt­gart est fâchée. Et jeu­di, la police a per­du les nerfs. Entre 100 et 400 blessés. Un des mani­fes­tants a per­du la vue. On a vu des scènes oubliées en Alle­magne : des canons à eau balayant la foule, des gamins, des vieux. Et les ouvriers ont tra­vaillé de la tronçonneuse toute la nuit…

Au début, dans la presse, le dis­cours de la DB, relayé par le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-Würt­tem­berg, était simple : « on s’en fout ». Le pro­jet est une prio­rité abso­lue pour la DB, pour le Land, et pour la ville. On de dis­cute pas avec les mani­fes­tants, et on n’interrompt cer­tai­ne­ment pas les tra­vaux. Point.

Main­te­nant, tous ces gens tran­quilles ont l’impression que leurs bureaux feutrés ont été subi­te­ment déménagés dans une zone de guerre. Ils sont bombardés de tous les côtes. Les procès pleuvent. Les son­dages s’effondrent. Une catas­trophe au niveau image. Et, pire : le front s’étend.

On voit les mani­fes­tants réutiliser les slo­gans et les tech­niques utilisées contre la RDA, et ça, pour un poli­tique alle­mand, c’est le scénario-catastrophe. Depuis au moins un mois, à Stutt­gart, chaque lun­di, on mani­feste. Sur les pan­cartes, « nous sommes le peuple ». Dans le bureau du pre­mier ministre de Baden-Würt­tem­berg, mon­sieur Map­pus, ça sent la sueur et la panique. Il pro­pose des négociateurs. Il a annoncé qu’il arrête le démolissage de la gare d’origine, il veut dis­cu­ter.

À Ber­lin, dans le bureau de madame Mer­kel, chancelière, c’est la même odeur. Sa majo­rité ne sur­vi­vrait pas à une défaite en Baden-Würt­tem­berg. Et cette défaite s’annonce. Elle ne veut sur­tout pas devoir s’en mê­ler. Pour com­bien de temps ?

À Ber­lin, on com­mence à mani­fes­ter. Depuis hier. Chaque mer­cre­di. « Nous sommes le peuple ».

Oh, il n’y avait pas grand monde. Une petite cen­taine de gens. On ver­ra bien la semaine pro­chaine. Mais l’Allemagne ne sup­porte plus ce genre de gou­ver­nance. Si les Ber­li­nois s’y mettent, c’est natu­rel­le­ment par soli­da­rité. Mais pas seule­ment. Les dis­cours d’hier soir étaient sou­vent destinés aux poli­tiques natio­naux. Sur l’air « change de ton ».

Comme en Argen­tine, comme un Islande, les gamelles appa­raissent dans les manifs.

Et madame Mer­kel n’est tout de même pas un Sar­ko­zy. Elle n’a pas de boucs émissaires à déporter.

Je vais suivre ça de près. La démocratie, loin des dis­cours fatigués, dans la rue.

Quand l’hôpital se fout de la Charité…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 1 Oct 2010 à 17:20

Haaaa, les bonnes nou­velles ! Ça nous per­met de nous dis­traire de ces inter­mi­nables tirades au sujet de Hartz IV. L’économie alle­mande VA BIEN ! Regar­dez, par exemple le chômage… en baisse ! On prévoit qu’en octobre, le chômage sera de moins de trois mil­lions ! Le meilleur résultat depuis trois ans !

C’est pas magni­fique, ça ?

L’allocation versée par Hartz IV, c’est à dire le reve­nu mini­mal, celui en-des­sous duquel la consti­tu­tion alle­mande n’est plus respectée, car les valeurs « humaines » de base ne sont plus acquises. Et vous savez com­bien de per­sonnes touchent cette allo­ca­tion ?

Plus de six mil­lions. Plutôt sept que six.

« Hola ! », s’écrie en vous le lec­teur atten­tif. « Mais il n’y a que trois mil­lions de chômeurs ! »

Bien vu ! En effet, le nombre de gens qui reçoivent ce reve­nu mini­mal est double de celui des chômeurs. Bon, il faut affi­ner un petit peu… Disons que de ces 6 876 886 per­sonnes, pour faire une com­pa­rai­son plus juste avec le nombre de chômeurs il faut enle­ver les enfants. 1 772 233 enfants perçoivent aus­si Hartz IV. Donc, au sou­la­ge­ment général, le nombre d’adultes, donc de chômeurs puta­tifs, n’est plus que de 5 104 651, à com­pa­rer aux 3 mil­lions de chômeurs offi­ciels.

« Hola ! », m’écrie-je. J’oubliais les *autres* chômeurs. Il y a deux types de chômeurs en Alle­magne. Comme en France, j’imagine. Hartz IV concerne les chômeurs « en fin de droits ». Mais il y a des chômeurs qui reçoivent « le chômage », le vrai. Nombre qu’il fau­drait également prendre en compte si on veut avoir un idée de ce qui se passe, dans la vraie vie. Ce nombre, c’est 2 082 000.

Ha. La vie rose sta­tis­tique en prend un coup. Car il y en a d’autres, des « niches » sta­tis­tiques. Que croyez-vous que les ser­vices com­mu­naux sociaux font de leurs journées ? Je ne sais pas com­bien de gens qui, ayant pour une rai­son ou une autre per­du le droit à Hartz IV vivent de l’aumône des ser­vices sociaux.

Donc : 3 mil­lions de chômeurs, résultat excep­tion­nel. Dans la vie rose sta­tis­tique. Mais il faut, pas­se­port dans la vraie vie, ajoûter au moins 5 mil­lions de per­sonnes, et très pro­ba­ble­ment beau­coup plus que ça qui forment une sorte de sous-prolétariat… dont un cer­tain nombre *tra­vaillent* !!

Eh oui. Il y a des gens qui touchent Hartz IV mal­gré le fait qu’ils ont un emploi. Ben oui, hein, ima­gi­nez-vous les finances d’une femme seule avec un gamin qui touche 400 euros par mois derrière sa caisse chez Aldi. Si vous croyez que ces 400 euros lui font pas­ser le mois, avec loyer, chauf­fage, les couches du chiard, hein… sans par­ler de man­ger.

Aujourd’hui, Hel­mut Kohl, le « papa » de la réunification alle­mande, est sor­ti de son long silence. À la veille du vingtième anni­ver­saire de la réunification, il aver­tit son par­ti (celui aus­si de notre Bonne ¨re à Tous, Ange­la Mer­kel) de la scis­sion immi­nente de la popu­la­tion entre riches et pauvres, entre tra­vailleurs et chômeurs, entre ceux qui cotisent et ceux qui reçoivent (Hartz IV), entre éduqués et non-éduqués. Entre Alle­mands.

Des mots très durs.

Des mots trop vrais.

Nos poli­tiques enten­dront-ils le réveil qui sonne ?

NdT : Cha­rité est le nom du CHU de Ber­lin. Amu­sant, non ?

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