Justice, ou droit ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 28 Fév 2009 à 10:16

Il y a toujours quelquechose derrière ...

Cette semaine, à Ber­lin, un juge fait son bou­lot. Son bou­lot, tout son bou­lot, et rien que son bou­lot, il le jure­rait si on lui posait la ques­tion dans un tri­bu­nal, j’imagine.

Et son bou­lot, c’est dire le droit. ©rifier que tout ce qui s’est passé, dans l’affaire qu’il a à juger, s’est passé conformément à la loi. Pas de dire la jus­tice. La jus­tice et le droit, ce sont des choses sou­vent très différentes, voire contra­dic­toires. Et c’est là que le bât blesse. Par­fois.

Ce juge a dit, après avoir consulté son manuel, que le licen­cie­ment qui lui était sou­mis était valable. Le vol consti­tue, a-t’il dit, une cause de licen­cie­ment valable. Perte de confiance qualifiée.

Il a dit le droit.

Il a entériné le licen­cie­ment d’une caissière de super­mar­ché. Elle allait finir sa *trentième* année dans la même entre­prise. Elle a ramassé deux tickets de consigne oubliés ou per­dus par des clients, et les a encaissés. Elle a «volé » –et à qui ?– *un euro et trente cents*. Elle a été licenciée pour faute lourde. Sans préavis. Sans indemnités.

Je vais tâcher de vous tra­duire cor­rec­te­ment une déclaration d’un vice-président du Bun­des­tag :

Nous savons que, dans notre his­toire, quand le sen­ti­ment de jus­tice est blessé chez beau­coup de gens, alors la confiance en la démocratie et en l’état de droit est ébranlée. Et c’est là que ça devient dan­ge­reux

Wolf­gang Thierse, lu dans le Stern

Le mon­sieur Thierse a com­menté ce juge­ment, et l’a appelé «un juge­ment bar­bare et de qua­lité aso­cia­le ».

Il y a, en effet, par­fois, conflit entre droit et jus­tice.

Et les gens, qui voient les diri­geants de banques gar­der leurs «bonus», le res­sentent particulièrement, en ce moment.

Par­fois, m’sieur l’juge, on aime­rait que la jus­tice prévale contre le droit littéral. Sinon, en effet, on com­mence à dou­ter du droit.

Une petite page de lecture …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 20 Fév 2009 à 14:52

... et 2000, c'est aujourd'hui.

Un jour de l’an 2000, quelques semaines avant de par­tir en Pales­tine, où je suis res­té 14 mois, j’ai acheté un livre. Le titre :  -bas si j’y suis, car­nets de route. Je l’ai acheté parce que j’aimais l’émission de radio éponyme.

Et je l’ai ouvert, ce livre. Et le pre­mier texte que j’y ai lu m’a profondément tou­ché. Ce jour là, j’ai décidé que j’écrirais.

Quand il dit bleu, je vois rouge.

Un autre voit jaune, ma sÅ“ur voit vert, mon voi­sin voit vio­let, mon chien voit tout en noir et ma mère tout en rose. Cer­tains voient autre chose que des cou­leurs : des chan­sons, des saveurs, des gares, des len­de­mains, des moi­neaux, des citernes. Est-ce à dire que per­sonne ne voit bleu quand il dit bleu ? Cela signi­fie que cha­cun voit son bleu à sa porte. Que le regard est plus impor­tant que la chose regardée, l’écoute plus impor­tante que la chose écoutée, la lec­ture plus impor­tante que le livre, le souffle plus impor­tant que le pou­mon. Que per­sonne n’a jamais pu impo­ser son bleu à per­sonne. Que les par­leurs de bleu le veuillent ou non. Est-ce que toute parole est ain­si condamnée ou mal­en­ten­due ?

Toute parole s’expose aux rires des dieux et à la liberté des hommes. Toute parole n’est qu’échange, com­merce et grain à moudre. Mais toute parole est exis­tence. Fais que ce grain soit le meilleur pos­sible. Le plus plein, le plus odo­rant, le plus doré. Si tu es celui qui dit bleu, que ce bleu soit la poi­gnante légèreté du ciel et le bleu ombra­geux des flots, que ce bleu soit le bleu des rails et de l’encre, et de l’Orient et des volets et des les­sives, et le bleu des yeux de ta mère, alors je ver­rai rouge, mais ce rouge, mon rouge, sera pivoine, désir, fou­lard, car­min, prénom, ser­ment, fanal, que sais-je ? Le vert de ma sÅ“ur sera tout aus­si imprévu pour elle. De son vio­let, mon voi­sin fera une douce conso­la­tion ; de son noir, mon chien fera un nou­veau départ dans la vie. Et ain­si de suite. Plus pro­fond sera ton bleu, plus fervent et plus vrai, plus tu éveilleras, plus tu révéleras en cha­cun sa cou­leur unique et qui jusque-là man­quait à l’histoire des hommes.

Ain­si le monde sem­ble­ra meilleur et peut-être même le sera-t-il vrai­ment. Alors, soigne ton bleu, mon frère, creuse ton bleu, danse ton bleu, affûte ton bleu et parle-moi.

La pro­chaine fois, je te dirai rouge.
Daniel Mer­met

J’ai quelques rai­sons d’évoquer ce texte aujourd’hui. Mais je vous les dirai plus tard …

Reli­sez ça : «Plus pro­fond sera ton bleu, plus fervent et plus vrai, plus tu éveilleras, plus tu révéleras en cha­cun sa cou­leur unique et qui jusque-là man­quait à l’histoire des hommes. »

C’est une des pièces de mon puzzle.

Quartiers d’hiver …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Galerie,Journal,Photo — le jeu 19 Fév 2009 à 19:33

J'ai pris froid ...

On cherche une nou­velle mai­son. C’est pas facile, et c’est pas pour rigo­ler. Mais ça nous fait voya­ger.

Il me semble que j’avais déjà publié une pho­to de ce château d’eau, mais je ne l’avais jamais vu si beau …

C’était une journée magni­fique.

Et je le prouve.

Toc.

Et dans le trou de balle ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 15 Fév 2009 à 09:24

090212-12672

Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de pas­ser devant la Haupt­bahn­hof (gare cen­trale) la nuit, hein. Heu­reu­se­ment que le tri­bu­nal social, et sur­tout sa boite pos­tale, sont là, juste en face. Dans la boite pos­tale on peut envoyer jusqu’à minuit les cour­riers «urgents ».

Et donc, quand on a cou­ru pour être sûr qu’on bel et bien posté sa lettre à M’sieur l’juge dans les délais, on peut se repo­ser l’esprit en regar­dant le che­val. C’est là qu’on peut se rendre compte que non seule­ment c’est moche, mais en plus c’est moche. L’Å“il s’allume et change de cou­leurs, le machin (trou­vez-moi un meilleur nom, hein, si vous n’êtes pas contents) s’allume, tourne, et s’illumine de magni­fiques cou­leurs (genre Pots­da­mer Platz). C’est peut-être à but hyp­no­tique. C’est cer­tai­ne­ment à effet hal­lu­ci­nant.

Je n’ai pas osé aller voir ce qu’il se passe dans le trou de balle du che­val de la gare. Je me *méfie* des artistes.

Le pouvoir des mots …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 10 Fév 2009 à 10:53

Ça arrive ...

Je dis­cu­tais avec Vio­la au sujet d’un intéressant article qui au fond pose la ques­tion de la force des mots, en exa­mi­nant la puis­sance du mot «Darwinisme», qui fait pas­ser l’évolution comme une idéologie plutôt comme une théorie. Si on parle d” évolution dar­wi­niste, on est poussé à se deman­der : quelle est l’alternative ? S’engouffrent dans la «brèche » les gens qui parlent de la création « intel­li­gente », lue dans la bible.

Et ce n’est pas au pre­mier abord idiot. [précision : l’idée de «création « intel­li­gente« Â » *est* idiote ; l’idée de s’interroger sur la puis­sance des mots ne l’est pas]. Vous connais­sez Davos, natu­rel­le­ment. Une fois par an, au début de l’année, les «experts » en économie se réunissent, et parlent du futur. Et l’année dernière, ils voyaient la vie en rose pour 2008. Avec les résultats que l’on sait. Ce qui devrait pous­ser cha­cun à exa­mi­ner l’«expertise » de cha­cun avec une sérieuse dose de scep­ti­cisme.

Et pour­tant, je vois tous les jours à la télé des types qui parlent. En bas de l’écran, il y a écrit «expert en économie ».

Et per­sonne n’a l’air de trou­ver ça cho­quant. Les jour­na­listes les invitent. Les gens devant leur écran ne se gon­dolent pas de rire.

Le mot «expert » a un pou­voir.

Effrayant.

L’aphasie est belle, la nuit ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le ven 6 Fév 2009 à 08:05

La «mairie rouge» la nuit ...

Le pire, c’est que je ne me sou­viens de rien. Ah,si : un nom. Archa­vine. Un joueur de foot russe. Il déménageait pour aller tra­vailler à Londres. Et il se levait tous les matins à 04:30, pour prendre des cours de … français.

Il faut avoir le cer­veau a bord de la sur­chauffe pour avoir des rêves aus­si pour­ris que ça. Mais ce qui est agaçant, avec les rêves, même ceux tous pour­ris, c’est qu’on est [lire : je suis] inca­pable de s’en sou­ve­nir. De ce que je crois que j’ai rêvé, il me sem­blait au moins clair qu’Archavine était apha­sique.

Vive­ment la nuit pro­chaine !

Joyeux Niversaire !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 5 Fév 2009 à 07:59

Oh, la belle mécanique ...

Je sais : ça n’intéresse que moi et la dame qui gère mon dos­sier à la caisse de santé que j’ai juré de rui­ner (à défaut de pou­voir les éventrer tous un par un, dans cette caisse, après leur avoir imposé dix (10) séances d’acupuncture et trois mois dans une cli­nique de Sankt Wen­del, hein …), mais je considère que ça mérite d’être rap­pelé.

Trois ans.

Ah le beau cer­veau,
la belle mécanique …
c’est vrai­ment magni­fique
comme dit Doc” Sono

c’est comme une musique
qu’on écoute au labo
que c’est beau, que c’est beau
c’est d’la belle mécanique

mais tout ça c’est men­tir,
oublier d’ressentir
où qu’il est, l’mécano ?

car en fait ça marche pas !
je ne suis qu’un beau cas
où qu’il est, l’mécano ?

Le vicomte, méprisant.
Poète!…
Moi
Oui, mon­sieur, poète ! et tel­le­ment, Qu’en fer­raillant je vais – hop ! – à l’improvisade, Vous com­po­ser un son­net
Le vicomte
Un son­net ?
Moi
Vous ne vous dou­tez pas de ce que c’est, je crois ?
Le vicomte
Mais…
Moi, récitant comme une leçon
Le son­net, donc, se com­pose de deux qua­trains
Le vicomte, piétinant.
Oh !
Moi, conti­nuant.
Et de deux ter­cets
Le vicomte
Vous…
Moi
Je vais tout ensemble en faire un et me battre, Et vous tou­cher, mon­sieur, au der­nier vers.

Et toc. Edmond comme mécano, ça vous aurait une classe …

La croix et le minaret : de vieux amis …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 4 Fév 2009 à 08:45

Jeu de dupes ?

En Alle­magne (cor­rec­tion : dans le land de Ber­lin), les reli­gions veulent leurs entrées à l’école.

Un écolier en Alle­magne a au pro­gramme un cours qui s’appelle «éthique ». En bon français, je tra­dui­rais ça (incor­rec­te­ment, mais je suis français, hein) par «instruction civile civi­que » et, ces­sant d’être français, j’appellerais ça plutôt une ana­lo­gie qu’une tra­duc­tion.

Mais depuis quelques mois, à Ber­lin, on a vu l’éclosion d’affiches appe­lant à la signa­ture d’un appel à référendum pour la sup­pres­sion de ce cours «Éthique » pour le voir rem­placé par un cours nommé «Religion ».

La semaine dernière, on a eu le résultat : ils ont eu deux fois le nombre de signa­tures nécessaire pour obte­nir l’organisation du réferendum.

Ce sont les «chrétiens » qui ont lancé ça. On a reçu un cour­rier de l’évêque. Genre. Au nom du droit au choix, bla-bla-bla.

Moi, je me demande sur quelle planète ils vivent, les bons évêques. Ça des années que les musul­mans essaient de mettre le pied dans l’entrebaillement de la porte entre reli­gion et état / école. Et voilà qu’on leur ouvre grand la porte.

Les évêques croient-ils pou­voir contrôler les musul­mans quand le «droit au choix » aura fait sau­ter la porte ?

La semaine dernière, ils ont fait la fête. Plus de deux fois le nombre de signa­tures qu’il leur fal­lait. Et pas un mot, pas une affiche appe­lant les musul­mans à signer …

Allô ? La terre ?

Main­te­nant, il va fal­loir se far­cir la cam­pagne du référendum. Et, visi­ble­ment, ça vient de com­men­cer.

La nuit la plus longue de Berlin …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 1 Fév 2009 à 13:10

La plus longue nuit ...

Regar­dez la pho­to … Pre­nez votre temps. Et puis regar­dez-la encore une fois.

Nous, on a passé la nuit d’hier (disons la soirée) dans des musées. On a com­mencé par le musée Zille. Des­si­na­teur, pho­to­graphe, cari­ca­tu­riste, chro­ni­queur, Hein­rich Zille *est* Ber­lin. Il croque les putains et les gamins, les rues. Un regard et un cÅ“ur. Il est mort, heu­reu­se­ment pour lui, en 1929. Avant que Ber­lin meure. Pour la première fois.

La première mort de Ber­lin, ça été l’arrivée des nazis. La seconde, ça été la des­truc­tion de la ville pen­dant la guerre qui a sui­vi.

Notre second musée de la nuit nous a ramené à la troisième mort de Ber­lin. Avec son inter­mi­nable épitaphe écrite le long du mur. Deux expo­si­tions de pho­tos, une de Gisèle Freund, et l’autre thématique. Toutes les deux trai­taient la période 1957–1962. Le moment ou Ber­lin croyait renaître, pour être froi­de­ment abat­tue. La pho­to que je garde en tête est celle d’une petite vieille qu’on voit de dos. Elle est en face du mur, dans les pre­miers jours. Le mur lui arrive à mi-corps. Elle agite un mou­choir blanc en direc­tion de quelqu’un (hors cadre) de l’autre côté.

Notre troisième -et der­nier musée- nous a replongé sans préavis dans la nuit où Ber­lin est morte pour la seconde mort. Le musée est le Anti-Kriegs Museum. En français, on peut tra­duire ça par «le musée anti-guer­re ». C’est petit, et assez «traditionnel», presque conve­nu. Jusqu’à ce qu’on nous invite à la cave.

La cave contient un abri anti-aérien. Un abri comme dans chaque immeuble de Ber­lin.   un «guide», convain­cu, presque convain­quant, nous raconte les heures. Les chaises sont alignées, comme il y a main­te­nant plus de 60 ans. Les chaises. À côté de chaque chaise, il y a une valise. Le baise en ville strict nécessaire pour ten­ter de recom­men­cer à vivre. Si on sort de là entier. Ou pas. Il nous raconte les heures de silence (il faut économiser l’oxygène). L’attente des bruits. Sirènes, canons de DCA, moteurs des avions. Ou pas. Le bruit des explo­sions. Le trem­ble­ment des impacts, qu’on res­sent presque plus qu’on entend. Attendre, entendre, attendre. Sor­tir. Et au pre­mier signe, replon­ger.

La nuit la plus longue.

La pho­to que je vous ai invités à regar­der soi­gneu­se­ment est un détail d’une porte d’un de ces innom­brables, ano­nymes, abris. Sur la porte, quelqu’un a noté les alertes. La date, la durée. C’est là que j’ai com­mencé à res­sen­tir l’agonie de Ber­lin. La liste contient presque 500 dates. La nuit la plus longue.

Allez. J’arrête là.

On ne va pas se quit­ter comme ça. Hier soir, j’ai aus­si essayé de faire des pho­tos. Mais, imbécile que je suis, je suis sor­ti sans mon pied. Donc peu de sur­vi­vants. Je vous en montre une, de pho­to.

Apocalypse ?
Moteur du site : wordpress 4.9.3 - Thème : «Back in Black 2» crée par Frederic de Villamil (traduit en français par amnesix)