Il est exactement Sud-Ouest moins 5…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le dim 25 Juil 2010 à 09:20

Ça fait au moins 6 ans que j’utilise le navi­ga­teur Fire­fox. Depuis que j’ai appris son exis­tence. Littéralement. Avant, je crois que j’utilisais Mozilla, et encore avant son ancêtre Nets­cape.

Pas parce qu’il est le plus rapide, pas parce qu’il est le plus beau, même pas parce qu’il est « libre » (encore que, natu­rel­le­ment, ça a compté), mais parce que c’est le plus flexible. Pour moi. Le mélange « exten­sions » et « moteurs de recherche », c’est —dans *mon* uti­li­sa­tion d’un navi­ga­teu­r— l’arme abso­lue.

C’est que je « cherche » beau­coup, et que j’aime bien cher­cher « futé ». Et aus­si car je suis apha­sique. Et tri­lingue.

Ima­gi­nez, par exemple, que pen­dant que j’écris cet article, il me manque un mot. C’est un des effets secon­daires de mon apha­sie. J’ai un mot, ou bien le concept d’un mot dans la tête, mais il ne sort pas. Dans ce cas là, j’utilise deux types d’astuces :

Si j’ai un syno­nyme dans la tête : dans ce cas, le meilleur outil que je connaisse est cette page. Le lien m’a été envoyé par l’ami Stéphane Ne vous lais­sez pas trom­per par le titre : ce n’est pas seule­ment un tra­duc­teur. Ima­gi­nez que le syno­nyme que j’ai en tête soit, par exemple, « vite » : je vais pou­voir trou­ver le mot que je cher­chais (en l’occurrence « impétueux ») sur cette page.

Main­te­nant com­ment y aller ? La méthode « clas­sique » consiste à :

cli­quer sur le marque-page (« book­mark ») que j’ai crée. Dans le meilleur des cas, c’est *deux* actions. J’ai plu­sieurs cen­taines de marque-pages, rangés dans quelques dos­siers. Pour arri­ver à la page que je cherche, je dois cli­quer une première fois pour ouvrir mon dos­sier « divers », puis une seconde fois (avec le bou­ton du milieu de ma sou­ris) sur le marque-page. La page s’ouvre sur un nou­vel onglet. Si je cli­quais sur le bou­ton de gauche de ma sou­ris, la page rem­pla­ce­rait la page sur laquelle je suis en train d’écrire mon article. À éviter.

uti­li­ser la fenêtre « recher­cher » du navi­ga­teur. Atten­dez… où vais-je trou­ver un « plu­gin moteur » pour cher­cher sur cette page spécifique ? Le navi­ga­teur nous donne un lien qui nous envoie là. Ce n’est pas le pied. Après un petit peu de recherche, j’ai trouvé cette page là, déjà bien meilleure. Sauf que là non plus je ne trouve pas la page que je cherche. Je peux tou­te­fois trou­ver celle ci. C’est le même moteur, mais la cou­leur est insup­por­table. Je veux celle qui cor­res­pond à mon book­mark. Et c’est là que les « exten­sions » entrent en jeu. Après un petit peu de recherche, j’ai trouvé une exten­sion qui me per­met de créer un plu­gin pour toute page conte­nant un champ de sai­sie pour une recherche. Et le tour est joué.

Main­te­nant ima­gi­nons, l’instant d’une minute, que je ne connaisse pas de syno­nyme pour le mot que j’ai en tête, mais que j’en aie que le début… par exemple, « impet ». Ça m’arrive très sou­vent. Je suis cer­tain qu’il existe des cen­taines de pages qui per­mettent une recherche avec *une par­tie de mot*, mais pour des rai­sons qui me sont propres (je suis tri­lingue), j’utilise celle-ci 

Ce n’est pas par­fait, mais ça m’a sauvé un cer­tain nombre de fois.

Liste d’extensions que j’utilise (plus que les autres) :

Adblock plus J’exècre la pub, et cette exten­sion m’en débarrasse. On y gagne en temps et en confort men­tal.

Add to search bar Me per­met d’avoir des moteurs de recherches acces­sibles à tous les coups.

Exif Vie­wer Pour qui s’intéresse à la pho­to, c’est un must. Un clic-droit sur une pho­to nous donne accès aux EXIF.

Fire ges­tures Par­fois, il est per­mis d’être à la fois fainéant et pressé. Cer­taines opérations peuvent être accélérées, et c’est bien.

Google Rea­der Wat­cher J’utilise Google Rea­der pour un *cer­tain* pour­cen­tage de mon temps passé sur l’Internet. Donc…

Https Eve­ryw­here Par­fois (j’avoue : généralement) on peut ne pas avoir envie que quelqu’un d’autre s’intéresse à ce qu’on fait sur l’Internet. Cette exten­sion, developpée par EFF (Elec­tro­nic Fron­tier Foun­da­tion) empêche les gens de four­rer leur nez là où ils ne devraient pas.

Search With Par­fois, il est per­mis d’être à la fois fainéant et pressé. Cer­taines opérations peuvent être accélérées, et c’est bien. Dans ce cas là, il s’agit de recherches.

Sty­lish Cette exten­sion m’a per­mis de me débarrasser de la barre de déplacement ver­ti­cale, laquelle ne (me) sert à rien, et me pol­lue l’espace visuel.

Tiny Menu Parce que j’utilise mon écran pour y trou­ver des infor­ma­tions, et pas des menus.

Voilà. C’est pas pour convaincre, c’est pour, éventuellement, aider.

Et, ah oui, la pho­to du jour : le roi de Prusse, Fre­de­ric II, pour tout ber­li­nois « Der alte Fritz », s’est fait ins­tal­ler dans sa chambre un cadran relié à la girouette du château de Char­lot­ten­burg. Il vou­lait pou­voir connaître la direc­tion du vent. C’est pas idiot. Sur­tout dans un château. La girouette est sou­vent très loin… :)

Le vieux Fritz était un roi comme on devrait se sou­hai­ter un président. Un homme remar­quable. Affaires mili­taires mises à part, natu­rel­le­ment.

Nature morte : une nouvelle vie ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 22 Oct 2009 à 10:11

nouvelle vie ?

On est pas sur ARTE, ce n’est pas un docu­men­taire en noir et blanc. Mal­gré l’image. Ce n’est pas même une ten­ta­tive de cap­tu­rer un moment. C’est un constat, noir sur blanc.

En ce moment, Vio­la et moi (sur­tout Vio­la) sommes en train de rem­plir des for­mu­laires. On en a pour deux jours pleins (y-com­pris la tournée aujourd’hui chez trois de mes médecins). Des journée à vingt-quatre heures. On a jusqu’à demain minuit pour envoyer ces for­mu­laires à la caisse de retraite (celle qui s’occupe également des pen­sions d’invalidité). Ce que nous allons écrire dans ces mul­tiples (ô com­bien mul­tiples…) for­mu­laires va régir ma vie.

Constat.

 , on l’a écrit. Offi­ciel­le­ment. Ma vie «d’avant » est morte. Avant, au niveau pro­fes­sion­nel, ma capa­cité à m’exprimer, à convaincre, a été un fac­teur capi­tal. J’ai au moins quatre ou cinq exemples en tête dans les­quels j’ai «passé » des exa­mens (des entre­tiens d’embauche, ou des négociations impor­tantes) que mon bagage ne me prédisposait pas à réussir. Une fois arrivé au Dane­mark, il y a sept ans, mon bilan est simple : un entre­tien d’embauche, un job. Point. Et pareil à Ber­lin en 2005. Alors que dans les deux cas je n’avais en fait aucune compétence dans les domaines concernés (réseaux, etc.). Mais j’ai su convaincre que je sau­rais m’adapter rapi­de­ment.

Tout ça, c’est fini. Sans même men­tion­ner le type des deux der­niers jobs en ques­tion : je tra­vaillais dans des centres d’appel, dans plu­sieurs langues. Mon aisance m’a tou­jours ren­du la vie rela­ti­ve­ment facile.

Mais sur les for­mu­laires, il nous a fal­lu y renon­cer, à cette aisance. Offi­ciel­le­ment.

Par­lons donc futur, après avoir enterré le passé. Il va fal­loir, dans le meilleur des cas(1), que je retourne à l’école. Pour apprendre quoi ? Dans le meilleur des cas(2) la pho­to­gra­phie.

Dans le pire des cas(2) : dans le pire des cas, la caisse de retraite m’imposera un autre cur­sus. Ça pour­rait m’amener à être fores­tier (c’est très cou­rant, il parait), ou dans un ate­lier pour fabri­quer des brosses. Avec une infi­nité d’autres possibilités dont j’ignore tout.

Dans le pire des cas(1
) : dans le pire des cas la caisse de retraite me déclarera définitivement inapte à une vie pro­fes­sion­nelle quel­conque.

Constat. Après l’envoi de ces for­mu­laires, nou­velle vie. Mais laquelle ?

Cer­ti­tude. Je ne serai pas seul.

Sou­rire.

Une séance de vaudou visite médicale …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie — le ven 16 Oct 2009 à 23:17

J'aime mes médecins. Si.

C’était prévu. Pla­ni­fié, même. Enfin, plus ou moins. Il faut que je rende à la caisse de retraite alle­mande avant la fin du mois des attes­ta­tions de cha­cun de mes (trop) nom­breux médecins. Je savais que j’allais devoir faire la tournée des grands ducs, mais pour être tota­le­ment honnête, je pen­sais avoir un petit plus que deux semaines pour y arri­ver.

Notez, dans l’absolu, c’est facile. On prend le téléphone, et on prend des ren­dez-vous.

Mais il faut également, et en fait sur­tout, avoir dans les mains les attes­ta­tions en temps. Et ça …

Mais bon. Les médecins et moi, hein. Le dia­logue est en fait rela­ti­ve­ment limité. Car, après trois ans de rela­tions diverses et variées, j’ai tout de même fini par faire mon tri. regar­dez, par exemple, sono­lo­gistes. Les gens qui à inter­valles plus ou moins réguliers me jettent à la tête du gel pour me pas­ser sur la peau leurs sondes, les­quelles, comme pour les échographies, trans­forment du son en images. Des tech­ni­ciens, en fait. Plus que des médecins, si vou­lez mon avis.

Hier matin, donc, j’avais ren­dez-vous.

J’arrive, je m’allonge, ils m’engluent, et com­mencent à tra­vailler. Et, comme d’habitude, après un moment, ils appellent le chef. Vous sou­ve­nez, le chef ? Celui qui a fini la dernière séance en m’expliquant, très direc­te­ment, que j’avais désormais 10% de «chances » de me faire un nou­vel AVC chaque année.

Et vous savez quoi ? Le même chef me déclare cette fois que je suis très pro­ba­ble­ment tiré d’affaire, en ce qui concerne un second AVC.

Et je suis sup­posé lui faire confiance ?

Sans rire ?

Pour ma pro­chaine séance, j’espère que j’aurai autour de moi non trois, mais vingt médecins. Mais tant qu’à pas­ser du temps dans leur sous-sol, je leur confis­que­rais leurs scan­ners et leur dis­tri­bue­rais des tam-tams, des masques, un cou­teau et un coq. Et je leur confis­que­rais aus­si leurs blouses, aus­si. Tant que faire un show, autant le faire bien. Au moins, je sau­rais que j’ai affaire à des char­la­tans. Ce serait offi­ciel, dans un sens.

D’autant que, une fois sor­ti, leur «diagnostic», outre du fait qu’il pour­rait à nou­veau avoir changé la pro­chaine fois, ne peut rien chan­ger dans ma vie. Ma caro­tide, ouverte ou fermée, ne chan­ge­ra jamais plus chan­ger le goût des nouilles.

Je sais. Il fau­drait que je cherche un autre endroit pour faire mes contrôles. Mais je préfère prendre deux fois des nouilles.

Athos, pathos, et moi…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le dim 26 Avr 2009 à 09:41

La mécanique tient ...

Il est sept heures du matin, on est dimanche, et je suis derrière mon cla­vier. Ça va faire dix minutes que je me demande com­ment je vais trai­ter mon sujet du jour. Moi.

J’espère que vous goûtez comme moi l’ironie de la ques­tion. Aujourd’hui, le sujet du texte est «moi ». Parce que les autres jours je par­lais d’autre chose ? Quelle blague.

Ce matin, c’est à dire avant sept heures du matin, je lisais un article de Robert Fisk. Un jour­na­liste que je lis régulièrement, c’est à dire quand j’en ai le cou­rage. Il fus­tige les «auteurs», ceux qui littéralement pol­luent l’air et acca­parent le temps de leurs contem­po­rains. Il craint que toute per­sonne qui s’achète un lap­top (par­don : un ordi­na­teur por­table) s’improvise auteur, et –pire– le fasse savoir. Il déplore que le mot «auteur » (les guille­mets sont de lui) soit uti­lisé par tant de gens qui n’ont rien à dire et dont le talent créateur soit résumable à sa capa­cité d’acheter un lap­top et de s’autopublier.

Je res­pire, un petit peu : je n’ai pas de latop, et j’ai un éditeur.

Reve­nons à nos mou­tons, et mon sujet du jour. Moi.

Le dimanche, sur­tout, est le jour rêvé pour un peu d’introspection [constante] consciente.

J’ai en mémoire une séance avec mon ortho­pho­niste. Elle avait dis­posé sur la table un magnétophone et, en face de «ma » place à table, un micro. Je ne sais pas si vous pou­vez vous ima­gi­ner à quelle dis­tance on se trouve du som­met de mon échelle des hor­reurs, mais je vais vous la décrire. Tout en haut, indétrônable, il y a «répondre au téléphone ». L’aphasie live et sans rien à quoi se rac­cro­cher. Mais juste en des­sous, certes moins haut, dans l’absolu, mais tout de même *très* haut, il y a «parler avec un micro relié à un magnétophone ». L’aphasie avec une mémoire.

Je devais lire (à voix haute : ima­gi­nez mon échelle des hor­reurs juchée sur une chaise montée sur une table à laquelle il manque un pied) un texte où l’auteur par­lait d’un pro­ta­go­niste mineur du
Comte de Monte-Cris­to de Dumas. L’auteur devait avoir eu un acci­dent du genre du mien, il nous décrivait le vieux Noir­tier, dans sa chaise rou­lante, et muet.

J’ai oublié depuis si le micro était déjà éteint ou pas, mais je me suis, à un moment ou un autre, trouvé à par­ler de Dumas, et de mon «héros » (ou pro­ta­go­niste majeur) préféré. Et pour moi, c’était, sans la moindre hésitation Athos. J’ai en tête cette scène ébouriffante dans laquelle Athos écrase de son mépris un Louis XIV médusé auquel il vient de rendre son Ordre Du Saint Esprit.

D’Athos à pathos, il n’y a pas loin, mais je ne crois pas que ça mérite le détour.

Oui, peut-être que Robert Fisk a rai­son.

Donc, fai­sons court.

J’ai qua­rante-cinq ans aujourd’hui.

La grenouille de le vie prend l’air l’encre …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 23 Avr 2009 à 11:58

Même pas en livre de poche ...

Et voilà.

Ça fai­sait un moment que je tour­nais en rond devant mon écran. J’attendais la paru­tion de… mon livre.

Ça fait bizarre de dire ça. L’écrire. Le lire. Mon livre.

Les livres ont tou­jours fait par­tie de ma vie. J’en ai tou­jours trois ou quatre en cours. Et là, j’ai fran­chi la ligne invi­sible. Ça me fait vrai­ment drôle. Mais je suis vrai­ment *heu­reux*.

Mon livre s’appelle La gre­nouille de la vie. Et croyez-moi : la gre­nouille est née sous de bons aus­pices. Regar­dez donc les trois fées qui sont autour du ber­ceau : Vio­la, Pas­cale, et Paul. Vio­la m’a ins­piré ces textes, ce mélange de pho­tos et de mots plus ou moins maltraités. Pas­cale a su me convaincre que ce que j’avais écrit était un livre, et pour m’en convaincre et a pris le risque de l’éditer. Paul… Paul lui l’a réalisé, le livre. Il lui a donné une forme, et deux ou trois dimen­sions supplémentaires.

Voilà. Mon livre est paru. Il contient les six pre­miers mois de mon jour­nal apha­sique. Six mois de ma vie dans 164 pages. Tout en cou­leurs, pro­mis. Si vous pla­quez l’oreille sur la cou­ver­ture, vous pou­vez entendre le bruit de la mer. Ou le sif­flet d’une loco­mo­tive à vapeur. À moins que ce soit votre musique préférée. Ou la mienne.

Mon livre est en vente depuis ce matin. Sur la site de l’éditeur : Cit’inspir

… dans la folie …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mar 21 Avr 2009 à 16:21

à la foulée ...

Nom d’un chien ! Je pen­sais que mon apha­sie, ou plus exac­te­ment la par­tie de mon apha­sie qui m’encombre l’élocution, était plus ou moins réservée à la zone «quatre syl­labes et plu­s», sur­tout en Français.

Et tout à l’heure, dis­cu­tant avec moi-même, comme je fais sou­vent, j’en arrive à une expres­sion du genre «dans la folie ». Ça, pour ce que j’en ai com­pris, c’est de l’aphasie pure. L’expression cible était natu­rel­le­ment «dans la foulée ». Deux tous petits phonèmes échangés, et je suis blo­qué. Il m’a fal­lu bien cinq secondes pour découvrir que quelque chose n’allait pas, et plus de cinq minutes pour com­prendre ce qu’il n’allait pas. Folie, foulée, c’était le même mot pour moi. Je n’arrêtais pas de répéter dans ma tête «dans la folie», sachant que quelque chose ne mar­chait pas rond, et à chaque fois que je disais «dans la folie», c’était avec le sou­rire d’un vain­queur. J’avais enfin trouvé le mot cor­rect… attends une minute, là… non, ça va pas, là… non, c’est «dans la folie » ! … attends une minute, là…

En fait c’est le pro­ces­sus «traditionnel » pour moi. À chaque fois que, devant mon cla­vier je me retrouve blo­qué, ce n’est pas vrai­ment par manque d’un mot, mais par (abus ! je l’ai … non c’est pas ça, c’est.… abus !) *abon­dance* de mots.  . ça vient de me le refaire. Je suis blo­qué, mais pour la rai­son que j’invoque (invi­tuel­le­ment… invi­tuel­le­ment…) habi­tuel­le­ment.

C’est ça.

Quand je suis blo­qué, ce n’est pas qu’il me manque un mot. J’ai le concept dans ma tête, le sens du mot, et c’est tout natu­rel­le­ment que je com­mence à taper… autre chose. Taper me rend plus facile de me rendre compte quelque chose se passe. Ce qui me coince c’est l’apparition d’un mot *sem­blable* au mot auquel je pense.

La simi­li­tude me rend les choses dif­fi­ciles. C’est pour ça que pen­dant quelques minutes je tourne en rond. Et aus­si pour ça que ça m’agace. Par­fois, il faut que je quitte ces mots sem­blables tota­le­ment, pour y reve­nir plus tard. Pen­ser à quelque chose de tota­le­ment différent. Ça m’arrive cou­ram­ment au cours (en fait : après) de mes conver­sa­tions avec Vio­la. Corol­laire, je me trouve régulièrement à brûle-pourpoint à dire le mot que j’avais tenté de dire quelques phrases, minutes ou même heures aupa­ra­vant. Hors contexte.

Vous vous deman­dez pro­ba­ble­ment pour­quoi je n’ai pas com­pris (lire : for­mel­le­ment, écrit, cata­lo­gué) ça depuis les années que je me trim­balle ce bou­let. Pour­quoi j’utilise ce mot «aphasie » en don­nant l’impression que j’ignore sa définition exacte, pour­quoi je ne me suis pas fait expli­quer tout ça par un médecin ? Pour­quoi est-ce que je suis en per­ma­nence obligé de [réinviter] réinventer l’eau chaude ?

Je pour­rais prétendre que les médecins n’en ont pas été capables, mais ce ne serait pas honnête. Je crois que je n’ai jamais vrai­ment coopéré. Et je crois que je sais pour­quoi, main­te­nant.

Je peux «comprendre » tout ce qu’on m’explique. Je ne suis pas idiot, en fait. Mais quand on m’a expli­qué, même si j’ai «compris», com­prendre ne me sert à rien. J’ai besoin de com­prendre les rai­sons. J’ai besoin de com­prendre la mala­die, pas les symptômes.

Peut-être que je me la joue, là. Mais j’ai peut-être aus­si mis le doigt sur un des mécanismes basiques de mon apha­sie. Et si c’est ça, j’ai avancé.

Royales excuses …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mer 4 Mar 2009 à 17:04

Royale ...

Ho, j’en ai plein, en fait, des excuses. Des bonnes, des moins bonnes, des incroyables, des tirées-par-les-cheveux, des tu-m’en-diras-tant …

Il y en a que je n’ai pas encore essayées, hein. Par exemple : «c’est la faute à Sar­ko­zy ». Ce qui vous prouve tout de même que je ne suis pas encore prêt à tout pour me faire excu­ser.

C’est inex­cu­sable. Je n’écris plus du tout. Je fais peu de pho­tos, et c’est seul mon amour de la vérité m’empêche de dire que je n’en fais pas du tout. J’en ai fait *une* cette semaine.

Bien sûr, je vou­drais avoir plein de choses à racon­ter.

Des bonnes, des moins bonnes, des incroyables, des tirées-par-les-cheveux, des tu-m’en-diras-tant …

Je pour­rais ten­ter de vous racon­ter, je sais pas, moi, que je viens de finir mon pre­mier livre et que je tra­vaille d’arrache-pied sur mon second. Notez que l’idée me caresse. Main­te­nant que j’y pense …

C’est ten­tant. C’est une excuse en béton.

C’est un seule­ment un tout petit peu prématuré …

Pas beau­coup, cepen­dant …

La grenouille de la vie

… mais je vais me remettre au tra­vail, tout sim­ple­ment. Mer­ci pour votre patience.

L’aphasie est belle, la nuit ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le ven 6 Fév 2009 à 08:05

La «mairie rouge» la nuit ...

Le pire, c’est que je ne me sou­viens de rien. Ah,si : un nom. Archa­vine. Un joueur de foot russe. Il déménageait pour aller tra­vailler à Londres. Et il se levait tous les matins à 04:30, pour prendre des cours de … français.

Il faut avoir le cer­veau a bord de la sur­chauffe pour avoir des rêves aus­si pour­ris que ça. Mais ce qui est agaçant, avec les rêves, même ceux tous pour­ris, c’est qu’on est [lire : je suis] inca­pable de s’en sou­ve­nir. De ce que je crois que j’ai rêvé, il me sem­blait au moins clair qu’Archavine était apha­sique.

Vive­ment la nuit pro­chaine !

Joyeux Niversaire !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 5 Fév 2009 à 07:59

Oh, la belle mécanique ...

Je sais : ça n’intéresse que moi et la dame qui gère mon dos­sier à la caisse de santé que j’ai juré de rui­ner (à défaut de pou­voir les éventrer tous un par un, dans cette caisse, après leur avoir imposé dix (10) séances d’acupuncture et trois mois dans une cli­nique de Sankt Wen­del, hein …), mais je considère que ça mérite d’être rap­pelé.

Trois ans.

Ah le beau cer­veau,
la belle mécanique …
c’est vrai­ment magni­fique
comme dit Doc” Sono

c’est comme une musique
qu’on écoute au labo
que c’est beau, que c’est beau
c’est d’la belle mécanique

mais tout ça c’est men­tir,
oublier d’ressentir
où qu’il est, l’mécano ?

car en fait ça marche pas !
je ne suis qu’un beau cas
où qu’il est, l’mécano ?

Le vicomte, méprisant.
Poète!…
Moi
Oui, mon­sieur, poète ! et tel­le­ment, Qu’en fer­raillant je vais – hop ! – à l’improvisade, Vous com­po­ser un son­net
Le vicomte
Un son­net ?
Moi
Vous ne vous dou­tez pas de ce que c’est, je crois ?
Le vicomte
Mais…
Moi, récitant comme une leçon
Le son­net, donc, se com­pose de deux qua­trains
Le vicomte, piétinant.
Oh !
Moi, conti­nuant.
Et de deux ter­cets
Le vicomte
Vous…
Moi
Je vais tout ensemble en faire un et me battre, Et vous tou­cher, mon­sieur, au der­nier vers.

Et toc. Edmond comme mécano, ça vous aurait une classe …

Preview …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le dim 16 Nov 2008 à 13:03

Une femme est entrée dans la chambre. Elle por­tait une blouse blanche, donc elle était médecin. Elle m’a parlé. Elle avait une sorte de cale­pin dans la main. Elle me mon­trait une sil­houette dessinée sur le cale­pin. Mais je ne com­pre­nais pas de quoi elle par­lait. C’était «normal», puisqu’elle par­lait alle­mand.

Alors elle a recom­mencé, et là je com­pre­nais, «naturellement», puisqu’elle par­lait français. Je me suis douté que j’avais un problème, car «avant», je com­pre­nais aus­si l’allemand, et là, non. Curieux.

Quand elle a parlé en français, j’ai com­pris ce qu’elle me deman­dait. Elle me deman­dait de lui dire ce qui était des­siné sur son cale­pin. Oh, je savais ce que c’était. Natu­rel­le­ment. Quelle ques­tion idiote !

C’était une … mince.

Je n’ai pas trouvé le mot.

Le mot que je n’ai pas trouvé était «poule ». Le second mot je ne l’ai pas trouvé non plus. C’était «lapin ».

Deux mots de per­dus, un nou­veau d’appris. Quand elle a quitté la chambre, j’avais dans la tête le mot «aphasie», tout neuf. Depuis ce jour, bientôt trois ans, il ne m’a jamais vrai­ment quitté.

J’ai eu de la chance. Beau­coup de chance. Et, lors de mes divers séjours à l’hôpital, un simple regard en direc­tion d’autres malades m’en a convain­cu. Cer­tains n’étaient pas capables d’articuler le moindre mot. Je ne suis pas res­té très long­temps dans ma pri­son d’aphasie «profonde ». J’ai eu une crise de panique quand je me suis ren­du compte que j’étais apha­sique. À ce moment là, je n’avais pas de mots pour expli­quer ce qui m’arrivait : j’étais inca­pable de trou­ver, ni dire, le mot «poule ». J’étais inca­pable de m’exprimer, en quelle que langue que ce soit. Mais ça a «bien » évolué : je peux lire et (presque) écrire en français, en anglais, et en alle­mand. Cela dit, par­ler, toutes langues confon­dues, est sou­vent encore un gros problème.

Quand je dis que j’ai eu de la chance, c’est d’abord du fait que je ne suis pas mort des suites de cette attaque cérébrale que je parle. Ça s’est joué à une dizaine de minutes, et l’attaque s’est pro­duite au moment où le médecin est entré chez nous. Donc le diag­nos­tic a été très rapide, et l’intervention des secours a été pra­ti­que­ment immédiate. Sans oublier que j’habite pas très loin de l’hôpital. Je suis res­té hémiplégique pen­dant quelques heures. Mon côté droit était tota­le­ment para­lysé. Et quand j’ai émergé, je pou­vais mar­cher, et j’avais l’usage de mes deux mains. Enfin presque : ma main droite fait, encore aujourd’hui, de la résistance. Et mon côté droit entier a per­du de la force, jambe, bras, et main. Je ne veux même pas ima­gi­ner ce qui se serait passé si je n’avais pas été très rapi­de­ment et sur­tout très bien traité par les urgences de l’hôpital.

En ce qui concerne ma sor­tie pro­gres­sive de mon état d’aphasie, je ne sais pas quelle a été la part de chance. Com­ment savoir à quoi mon état actuel est dà» ? Il y a pro­ba­ble­ment une grande part de tra­vail de ma part, mais aus­si une part de chance. Il y a des pans entiers de langues qui sont reve­nus sans que j’aie quoi que ce soit à «faire ». Consciem­ment.

Mais j’ai, très consciem­ment, beau­coup tra­vaillé.

Pas seul. Pas seule­ment.

Je vou­drais pro­fi­ter de l’occasion qui m’est donnée de remer­cier mon pro­duc­teur, et toute l’équipe.

Et Vio­la.

Vio­la a sou­vent été le moteur de mon tra­vail quo­ti­dien. Vio­la qui m’a offert mon Lumix, pour me pous­ser sur la voie vers une «guérison», cette voie qui passe par la pho­to, et qu’elle avait cor­rec­te­ment identifiée bien avant moi. Elle m’a sup­porté, dans tous les sens du mot, depuis le pre­mier jour, sans avoir jamais exprimé le moindre doute, *si* elle en a eu. Elle m’a poussé à sor­tir, à prendre des mil­liers de pho­tos. Elle m’a ren­du une langue dont j’ignorais que je savais la par­ler.

Par­fois, en bou­tade, je dis qu’on devrait don­ner à tout apha­sique un appa­reil pho­to avant de le ren­voyer à la mai­son. Mais ce n’est qu’en par­tie une bou­tade. Indépendamment de tout tra­vail ortho­pho­niste, dont le but est de recou­vrir l’usage de sa langue usuelle, on peut en acquérir une autre. La pho­to n’en est qu’un exemple, je sup­pose que le des­sin, la pein­ture, la sculp­ture, mais aus­si la cui­sine, le bri­co­lage, la mécanique, ou toute autre dis­ci­pline, peut deve­nir une langue. Une porte de sor­tie de l’aphasie qu’on décrit (cor­rec­tion : que JE décris) sou­vent comme une pri­son.

Chaque pho­to que je montre est une main ten­due que le monde extérieur peut sai­sir.

Un contact, c’est tou­jours une porte de sor­tie. Un signe.(Aha.)

Sur le chemin …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mar 11 Nov 2008 à 08:52

On reve­nait de chez ma neu­ro­logue. Et comme sou­vent, c’est quand on doit par­ler qu’on réfléchit. Donc je me suis ren­du compte de deux (ou trois) choses :

  • mes cycles de dys­fonc­tion­ne­ment (mes crises d’aphasie, pour par­ler français) sont main­te­nant beau­coup plus longs. Ma capa­cité à par­ler, et dans une cer­taine mesure à com­prendre, ne varie plus tant du jour au len­de­main. Les «vagues » sont plus «longues ». Ça va faire trois semaines que je suis en phase basse, alors qu’avant j’avais pété la forme pen­dant presque un mois.
  • mes mécanismes d’apprentissage (ou réapprentisage) de mes langues étrangères fonc­tionnent. Alors que j’avais tota­le­ment per­du l’usage de l’allemand, je suis main­te­nant à nou­veau capable de conce­voir des phrases com­plexes. À défaut de pou­voir les dire. Aha.
  • en ce moment je ne com­prends plus l’anglais quand je l’entends. Alors que je lis l’anglais à un niveau tel que j’achète plus volon­tiers des livres en anglais qu’en français, les films en anglais me sont ces jours-ci inac­ces­sibles sans sous-titres

C’est dingue.

Mais mon «aphasie » est, le plus sou­vent, sous contrôle. Donc, si je vous m’entendez dire à brûle-pourpoint quelque chose du genre «tiens, il y a deux bal­lons qui dansent sur l’eau», vous pou­vez prendre ça pour argent comp­tant. Pro­mis.

Temps + élocution + concept : mon équation …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 11 Sep 2008 à 20:40

En fait, et je le sais avec cer­ti­tude depuis ce matin, j’ai deux problèmes prin­ci­paux. Je les ai jusque là «confondus » dans le terme «aphasie ». Et apha­sie est bel et bien un de ces deux problèmes. Et l’autre ?

À la base, depuis mon acci­dent, je décris mon état de malade comme «aphasie ». Mais ça ne me suf­fit pas pour décrire ma condi­tion. Il y a autre chose, que je ne sais pas décrire, ou plutôt que je ne sais pas nom­mer. Mais sur­tout, que je ne pou­vais expli­quer clai­re­ment. Et comme disait mon­sieur Por­chet, mon prof de maths : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clai­re­ment et les mots pour le dire arrivent aisément ». Même si j’apprends aujourd’hui que ce n’était pas de lui, mais de Boi­leau.

Ça fait un long moment que je sais il y a plus à ma mala­die que de l’aphasie. Mais com­ment le prou­ver ?

Le mieux, ça serait de connaître le nom de la mala­die que j’ai. Qu’un médecin me le livre, tout cuit. Mais les gens qui se sont occupé de moi (deux neu­ro­logues et deux ortho­pho­nistes) ne me l’ont pas nommée. Ou je n’ai pas recon­nu le mot. Et au jour d’aujourd’hui, je ne suis tou­jours pas capable de rem­plir la case d’un for­mu­laire avec le nom qui décrit ma mala­die.

Haaaa, les noms. D’un côté, je com­prends. Le besoin de nomen­cla­ture, c’est visi­ble­ment humain. ©jà pour les fonc­tion­naires. Ça serait tel­le­ment com­mode si je pou­vais expli­quer en trois mots mon cas. Ou, mieux encore : en un mot. Pour les gens qui «gèrent » mon cas. Ceux qui décident si je suis han­di­capé, et si oui, à quel pour­cen­tage. Et même pour les gens aux­quels je parle, ceux qui ne sont pas fonc­tion­naires. La boulangère. Le bou­cher.

Mais à de défaut de nom …?

Depuis aujourd’hui je peux [lire : je crois que je peux] expli­quer ce qui m’arrive.

Ce matin, je par­lais avec Vio­la. En alle­mand. Avec un alle­mand dont j’avais oublié que je l’avais. Depuis deux ou trois jours, mon niveau d’allemand s’est spec­ta­cu­lai­re­ment amélioré. Mais à la fois, ma capa­cité d’élocution frise le plan­cher. Com­ment com­bi­ner ça ?

Au début, à l’époque où tout s’appelait apha­sie, je savais que mon état fluc­tuait. Si je fai­sais fait un dia­gramme, c’était une courbe. Avec un axe X obligé (temps) et un axe Y («aphasie», ou capa­cité d’élocution) Monte, ou des­cend. Mais main­te­nant, si je devais faire un dia­gramme, il aurait un troisième axe. Z. La capa­cité à conce­voir.

Ce matin, lors de la dis­cus­sion avec Vio­la, j’avais «écrit » dans ma tête le mot «Syllabenverwechselung ». Littéralement, «confusion de syl­la­be­s ». Apha­sie, en d’autres mots. Je n’ai jamais réussi à le pro­non­cer, ce mot. Apha­sie. Jus­te­ment. Mais j’avais le concept dans la tête. Et cet mot alle­mand, c’est bel et bien un concept, puisque je l’ai «inventé ». Com­bi­nai­son des mots «Syllaben » (syl­labes) et «verwechslung » (confu­sion). Pour ça, l’allemand est une langue fabu­leuse.

Mon problème de com­mu­ni­ca­tion dépend de ma capa­cité d’élocution ET de ma capa­cité à conce­voir.

  j’entends déjà le chÅ“ur des incrédules : «©, Oli­vier, ça va faire deux ans que tu écris des textes, ne viens pas me racon­ter que tu n’es pas capable de conce­voir ! ».

Je sais. On me le fait sou­vent. Les gens qui me lisent peuvent igno­rer que je suis malade. Le problème est que je suis le seul à savoir à quel point mes textes sont différents de ce que j’avais en tête au moment où j’ai com­mencé à les écrire. Un moment comme quand il me faut *cinq minutes* pour trou­ver dans ma tête le verbe «combiner » dans la phrase «Comment com­bi­ner ça ?», je sais main­te­nant que c’est un point bas dans mon axe Z. Un problème de «concept ». Un jour où mes textes sont truffés de «fautes » (avec une cer­taine pro­por­tion d’inversions de syl­labes, comme aujourd’hui), c’est un problème de Y. D’aphasie

Dans les très bons jours, si je suis en posi­tif en Y et en Z, je pour­rais moi-même croire que je ne suis pas malade. Dans les jours «sans», quand je suis négatif en Y et en Z, vous ne me lisez pas. Je n’écris pas.

À l’écrit, il me faut un Z un mini­mum posi­tif. Le Y, posi­tif ou pas, ne compte pas, puisque je ne suis pas «live», et que j’utilise (sou­pir) un cor­rec­teur d’orthographe.

À l’oral, je ne peux pas sur­vivre si mon Y est trop négatif. Curieu­se­ment, j’ai rare­ment des problèmes de Z, puisque il y a quelqu’un qui répond. Je peux tou­jours lui pom­per le Z.

Voilà com­ment je fais illu­sion. Quand mon Z est au plan­cher, je n’écris pas, donc per­sonne ne voit de problème. Quand j’ai le Z en posi­tif, je peux gom­mer le Y, et donc je peux écrire. Et quand il faut par­ler, si mon Z est négatif, j’utilise celui de mon inter­lo­cu­teur. Et quand mon Y me râcle les semelles, je sou­ris avec un air enten­du.

Le pro­chain jour de Z haut, je ten­te­rai de voir si je peux ajou­ter deux autres axes. Rem­pla­cer le Z par un Ze (concept in English), Zd (concept auf Deutsch), et Zf (concept en français). Ça raf­fi­ne­rait l’analyse de mon équation.

Le pire, c’est que ça n’intéresse que moi …

Les titres aux­quels vous avez échappé :

  • Syl­la­ben­ver­wechs­lung, ou la «mort » de l’aphasie
  • Un mélange de jazz et de funk sous apha­sie : junk ?
  • Oli­vier phi­lo­sophe
  • Oli­vier vous pompe le Z.

La belle et la bête …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mer 6 Fév 2008 à 07:28

©jà, l’anniversaire, en fait, c’est aujourd’hui. J’étais per­suadé, hier, qu’on était le 6.

Ha-ha.

À chaque fois qu’on prend le bus (le M21, en tout cas), on passe à côté de la fin des pistes de l’aéroport de Tegel. Et Tout au bout des pistes, il y a un tas de trucs exposés là. Et à chaque fois je me dis que je devrais y aller, et enfin on l’a fait.

C’est un musée. Le «musée des alliés ». Notez que je n’en sais pas beau­coup plus qu’avant, vu que c’était fermé. Mais j’ai au moins pu voir de plus près le bazar qui est exposé dehors. On voit un mira­dor, trois avions, un char d’assaut, et (pour la première fois, jusque là je ne l’avais jamais repéré) un incroyable wagon mili­taire américain.

La pho­to ne nous montre pas vrai­ment, mais ce wagon est tout sim­ple­ment énorme. En tout cas il me fait une énorme impres­sion. C’est un monstre. Il faut que j’arrive à ren­trer là his­toire de le voir de plus près.

Pour prendre la pho­to, il a fal­lu taton­ner. J’ai tenu l’appareil à bout des bras, parce qu’il y un mur entre le wagon et moi. Et il y a aus­si un grillage. C’est pour ça que les bords de la pho­to sont bizarres.

Entre le wagon et moi, il y a également un avion. Si vous ne l’avez pas recon­nu, c’est le Fou­ga Magis­ter. Moi je l’ai vu pour la première fois au Bour­get, en exhi­bi­tion avec la patrouille de France. De l’avoir trouvé là en train de rouiller, je me suis sur­pris à l’identifier sans hésiter. J’ai eu un flash, je me suis revu au Bour­get.

C’est mar­rant, la mémoire.

Ça fait deux ans que je me demande si, en plus d’aphasie, je ne souffre pas également d’amnésie. Par exemple, au niveau de la musique. Pour toute per­sonne qui m’a connu, j’étais un juke-box humain. Je pou­vais instantanément iden­ti­fier un mor­ceau que j’entendais, et par­fois même quand je ne l’avais jamais enten­du. Je pou­vais en quelques notes iden­ti­fier un cer­tain nombre de gui­ta­ristes, de bas­sistes. Et main­te­nant … même mes mor­ceaux préférés, dont cer­tains que j’ai écouté des cen­taines de fois, des mor­ceaux que je connais depuis faci­le­ment 20 ans, ces mor­ceaux qui fai­saient par­tie de moi, me sont deve­nus ano­nymes.

Par «anonymes», j’entends que par exemple je suis sou­vent inca­pable de dire du mor­ceau que j’entends com­ment il s’appelle. Ni qui le joue. Je ne suis plus capable de le fre­don­ner, même pen­dant que je l’entends.

C’est pro­ba­ble­ment le dégât le plus grave que j’ai subi avec cet acci­dent. Je me suis (pas de très bon gré, certes, mais tout de même) habi­tué à ne plus être capable de par­ler, à m’exprimer cor­rec­te­ment. Je vis avec. Mais d’avoir per­du ma musique …

J’ai aus­si per­du mes livres. Je suis en train de [re-] lire la monu­men­tale his­toire de la guerre d’Algérie d’Yves Courrière. J’en suis au troisième tome. Et l’auteur met des notes de bas de pages genre «voir tome  ». Et je suis inca­pable de me sou­ve­nir. C’était il y deux semaines.

Je ne sais pas si c’est tech­ni­que­ment de l’amnésie. Et en fait, natu­rel­le­ment, je m’en fous, de savoir com­ment ça s’appelle. Mais j’en souffre, parce que je *sais* que ce genre de choses ne me serait pas arrivé «avant ».

Mais l’amnésie ?

Je ne sais pas si il me manque par exemple des sou­ve­nirs. Le Fou­ga Magis­ter, je n’y a pas pensé pen­dant ces deux années, donc il ne m’a pas man­qué, et pour­tant il était là. Est-ce que pour savoir si on est amnésique il faut consciem­ment se rendre compte qu’on ne réagit pas à un sti­mu­li précis ?

Évidemment, si on ne connait pas son propre nom, d’accord. Mais quand on n’est plus capable de reconnaître Queen quand on l’entend ?

Le pire, avec ma musique, c’est qu’elle ne revient pas. En tout cas tota­le­ment.

Ça me fait pen­ser à cette blague qu’on fait à pro­pos d’Alzheimer : «Ce qu’il y a de bien avec la mala­die d’Alzheimer, c’est que chaque jour, on ren­contre des gens nou­veaux » …

Enfin bon. Comme je vous y invi­tais hier, pre­nez-donc une tasse de thé à ma santé. Joyeux anni­ver­saire.

Tête de cochon !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mar 5 Fév 2008 à 09:28

Aujourd’hui c’est le second anni­ver­saire de mon entrée en apha­sie. Et depuis quelques semaines, notre vie admi­nis­tra­tive / économique tourne au cau­che­mar. Je devrais être en train de bou­der dans un coin sous ma couette, j’imagine.

Mais : non.

En fait, définitivement non. Si je prends le temps de faire un bilan de ces deux années, elles ont été, de fac­to, par­mi les plus belles années de ma vie. Je sais que je l’ai déjà dit, mais c’est une constante dans mon équation per­son­nelle.

C’est peut-être mon caractère. Conju­gué à celui de Vio­la.

Allez, pre­nez-vous donc une tasse de thé à ma santé !

Et allez-donc visi­ter cette magni­fique église ber­li­noise que nous avons surnommée « X-Church » … c’est pas loin : elle à l’angle du clic.

Titanschädel, ou l’escalier va dans le bon sens …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mar 18 Sep 2007 à 22:09

Je suis une Titanschädel. D’après Vio­la. C’est un mot à Vio­la. Acces­soi­re­ment, c’est aus­si un mot à pas mal de gens ger­ma­no­phones. Mais dans mon cas, c’est le mot de Vio­la. Étymologiquement, ça pour­rait pou­voir se tra­duire pas «crâne en tita­ne ». En bon français, ça se dirait «tête de mule ».

C’est généralement, dans le cas qui nous intéresse, un com­pli­ment. Si, si.

Aujourd’hui, j’avais un exa­men. ©dical. Un scan­ner «sonore ». Dop­pler. Pour vérifier la plom­be­rie dans ma tête. La dernière fois, et celle d’avant, j »avais attiré du monde autour du scan­ner. C’étaient des gens qui se dis­pu­taient. Au sujet de la plom­be­rie dans ma tête. Et aujourd’hui, j’ai encore eu jusqu’á 4 médecins (deux, plus un «sous-chef » de ser­vice, plus le Grand Chef du Ser­vice). Ils ont dis­cuté dur, mais dans un esprit différent (par à la dernière fois).

Au bout du compte, on m’a expli­qué qu’une nou­velle veine était appa­rue dans ma tête. Et que c’est une très bonne nou­velle.

Et quand on est sor­tis, Vio­la m’a appelé Titanschädel.

Comme quoi, c’est vrai­ment un com­pli­ment.

Et l’escalier va dans le bon sens. C’est chouette.

La thérapie de l’aphasie du pauvre …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mar 11 Sep 2007 à 21:23

Quand on veut, quand on *doit* écrire, et qu’on n’a rien à dire, il faire appel à la tech­nique. Enfin, *une* tech­nique, à sup­po­ser qu’on en ait une. Mais c’est moi qui écris, et si j’écris aujourd’hui, c’est parce que j’en ai une, de tech­nique.

J’avoue, c’est peut-être pas for­ce­ment clair, ce que je raconte là. Bon, j’enclenche le ralen­ti.

J’ai envie d’écrire, et ça, ça se passe de tout com­men­taire. Mais plus impor­tant, et même beau­coup plus impor­tant : il faut que j’écrive. Sou­vent. Ou au moins plus sou­vent qu’en ce moment. Je suis dans une phase «basse», au niveau de mon lan­gage. C’est sou­vent que je renonce à écrire et même, heu­reu­se­ment plus rare­ment, à par­ler plutôt que me retrou­ver dans une situa­tion humi­liante. Ce matin, j’ai une longue dis­cus­sion avec Vio­la, et je bénis les déficiences au niveau de la mémoire à court terme dont je souffre, parce que le peu dont je me sou­viens me fait honte. Des phrases bâclées, à cloche-pied entre l’allemand, l’anglais et le français, alter­nant le mau­vais et le pire. Une de mes pires journées depuis long­temps. Encore une fois, c’est bien que je suis inca­pable de me sou­ve­nir de ce que je dis, ou plus exac­te­ment de com­ment je l’ai dit.

Le «quoi » de cette conver­sa­tion, dans ma tête, c’est clair. Le «comment » …

C’est pour ça qu’il faut que j’écrive. L’écrit, pour un type qui oublie ce qu’il dit dès qu’il change de phrase, c’est le para­dis. Je peux, là, au moment où j’écris, relire la première phrase de ce texte (pour infor­ma­tion : la première phrase, je l’ai écrite il y a plus de 35 minutes), et choi­sir, ou pas, de la rebri­co­ler.

Mais écrire quoi ?

J’ai, pour ces moments où je n’ai rien à racon­ter, une tech­nique. Je vous la dévoile : la réponse à la ques­tion «mais quoi écrire ? » n’a en fait *aucune* impor­tance. En cari­ca­tu­rant, je me fous tota­le­ment de ce que je raconte, du moment où je le raconte en français à peu près compréhensible.

Le plai­sir que j’ai à relire quelques phrases «correctes » vaut, par­fois, le coup de se lâcher même quand on n’a rien à dire. Ce soir, je boucle la boucle de ce matin. Ce matin, je sais de quoi je vou­lais par­ler, sans savoir si j’ai réussi à en par­ler. Ce soir, je n’ai aucune idée du sujet que je veux abor­der, mais je sais, après de mul­tiples relec­tures, que j’en ai au moins parlé cor­rec­te­ment.

J’ai écrit pen­dant 56 minutes en français cor­rect. De quoi, je m’en fous.

Un an.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le lun 4 Juin 2007 à 08:56

PROCLAMATION SOLENNELLE :

Cela fait un an tout rond que nous avons créé ce site.

Nous avons publié sur ce site à ce jour 332 pho­tos. Nous avons essayé d’écrire des textes ori­gi­naux pour cha­cune, Nous sommes conscients de la qua­lité rela­ti­ve­ment médiocre, ou du moins inégale, de nos textes.

Mais nous fai­sons ce que nous pou­vons.

Cela dit, Nous sommes ravis de la qua­lité générale de nos pho­tos.

Nous pro­po­sons à nos sujets enthou­siastes de (re)découvrir nos pho­tos préférées, en cli­quant sur pho­to du jour, sous forme d’une «projection de dia­po­s » au grand for­mat.

Signé : APHASIX (pre­mier).

ps : nous niquons l’aphasie, et sa mère vê­tue d’un short.

Dernières r… et merde …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 17 Mai 2007 à 20:19

Au retour de son jog­ging, trempé de sueur, Nico­las Sar­ko­zy est atten­du par un pre­mier visi­teur : celui qui fut l’un de ses conseillers poli­tiques à l’UMP, Patrick Deved­jian.
ano­nyme, un petit avant la première de la Farce ©publicaine

Et main­te­nant je suis coincé. Je ne retrouve pas le mot que je vou­lais mettre après «dernières», dans le titre que j’avais ima­giné pour ma pho­to. Ça fait main­te­nant 6 minutes que je tri­ture l’intérieur de ma tête pour retrou­ver ce fou­tu mot.

Alors je vais me tour­ner vers les outils que j’utilise dans ce genre de cas. Ah : quatre minutes plus tard, c’est après 10 minutes, j’ai retrouvé le mot que j’avais en tête : répétitions.

Vous ima­gi­nez ce que ça veut dire, de res­ter *six minutes* en tête à tête avec le vide ? Je savais exac­te­ment ce que je vou­lais dire, mais je ne savais plus *com­ment* le dire. Au bout du compte, c’est en cher­chant com­ment je pour­rais com­mu­ni­quer à Vio­la le concept de «répétitions » que je l’ai retrouvé, ce mot.

Et main­te­nant que je l’ai ? J’ai l’impression que mon texte aurait per­du un petit peu en spontanéité (30 secondes pour retrou­ver celui-ci, mais je connais le début, alors une petite recherche avec «spont* » me l’a ren­du fis­sa), alors je laisse tom­ber.

Donc, pas de para­bole. La pho­to nous parle de la douche à venir.

Une branche à l’ombre …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mer 4 Avr 2007 à 08:08

Il fai­sait beau, et j’avais le regard bala­deur.

Mais j’ai rien à racon­ter. Pas même une quel­conque Xenu­rie.

Tiens, je pour­rais par­ler de mon apha­sie …

Je pour­rais en par­ler au passé, par exemple. Ça don­ne­rait quelque chose du genre : «Il beau, et j’étais le rac­cord ball­la­peur baladeur. » C’était le bon temps. Le temps où j’étais tel­le­ment évidemment malade que per­sonne ne s’inquiétait quand je mas­sa­crais un mot, ou une phrase.

Je pour­rais en par­ler au présent, aus­si. Je pour­rais dire que ça fait près d’un quart d’heure que je sèche devant cette page, parce que je n’arrive pas à me sou­ve­nir à quoi j’ai pensé quand j’ai préparé cette pho­to, il y a -ah ah- un petit quart d’heure, et que, du coup, je fais du rem­plis­sage. Je pour­rais aus­si faire la part des choses, et vous dire que je n’hésite pas beau­coup pour écrire ce que vous lisez. J’ai fait des progrès impres­sion­nants, en fait, et en plus ce matin, ils sont encore là. Ce n’est pas tou­jours le cas : régulièrement je me lève le matin sans savoir si je serai capable de dire (par oppo­si­tion à «capable d’écrire», à l’écrit, le temps ne compte pas, alors mes phrases sont plus ou moins tou­jours -gram­ma­ti­que­ment- par­faites) une phrase sans ris­quer de pas­ser comme un … malade.

Tiens, je ne vous ai pas raconté ça. L’autre jour à la bou­lan­ge­rie, j’ai fait mon come out. J’ai expli­qué à la ven­deuse que j’étais étranger et apha­sique. Elle, pas démontée, me répond : «ah, c’est un dia­lecte ! »

Je pour­rais vais devoir en par­ler au futur, de mon apha­sie. Mais un autre jour … J’aime pas l’aphasie au futur.

Et j’ai tou­jours pas retrouvé mon idée de départ.

Le fou regarde le doigt …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le sam 17 Fév 2007 à 19:05

Encore une chouette pho­to. Moi qui, quand j’ai com­mencé ce site, pen­sais [que j”] allais par­ler d’aphasie, je me rends compte que c’est la pho­to qui compte. L’aphasie, en tant que patient, c’est facile : quand on n’en a pas, ou pas beau­coup, on n’y pense pas ; et quand on en a beau­coup, on n’a pas les mots pour en par­ler. Eheh.

Sur la pho­to (je vous recom­mande de la regar­der en grand, en cli­quant des­sus), ce qui est intéressant ce ne sont pas les doigts, mais ce que les doigts montrent. Vous connais­sez l’histoire (de fou), hein.

Le doigt de droite nous montre un via­duc fer­ro­viaire. Le doigt de gauche, lui, nous montre le futur immédiat, ou le passé très proche, du via­duc fer­ro­viaire …

Ze kinngue of ze ouèèèèrldeeeeuuu

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le lun 11 Sep 2006 à 17:23

null

Ça fait trois fois que je passe devant ce monu­ment. Il s’appelle (tout de même) le « Mur qui Coule ». Il commémore une église qui (baille­ment) est restée en ruines jusque 1957.

On peut grim­per des­sus. J’aurais dà» me faire prendre en pho­to, les bras en croix, pen­ché en avant (avec Vio­la derrière pour me tenir par la cein­ture), les yeux fermés, et la bouche grande ouverte sur un cri glo­rieux.

Sinon, vous avez noté que mes textes se font courts, en ce moment ? C’est une «crise » d’aphasie. Ça m’agace sérieusement. Ça fait un bon quart d’heure que je rame pour écrire ces quelques lignes. Je crois que je vais essayer de trou­ver une radio qui passe la musique de Tita­nic …

Mise à jour : disons plutôt vingt-cinq minutes. La relec­tion … relec­ture.

Tout s’éclaire … (une carotide ? Pour quoi faire ?)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mar 5 Sep 2006 à 17:01

Alors, voilà. Je suis sor­ti de l’hôpital. Et c’est fini.

J’avais peur que ma caro­tide gauche se bouche. Je pre­nais un médicament pour diluer mon sang, en pen­sant que ça dégagerait mon caillot. Celui qui m’a cassé ma langue, ma tête, et ma vie. Et pen­dant sept mois j’ai vécu dans la peur que le caillot finisse par définitivement blo­quer ma caro­tide.

Deux jours, avant d’arriver à l’hôpital, j’ai lu les lettres qui accom­pa­gnaient les radios. Ça disait «carotide pra­ti­que­ment obstruée ». Et j’avais vrai­ment peur.

Ooooops ! On avait oublié de me préciser un petit point : ma caro­tide, elle est obstruée. Depuis le pre­mier jour. Depuis 7 mois. Ce qu’ils ont établi, hier, c’est que tout mon cer­veau bénéficie d’une irri­ga­tion san­guine par­faite. Mon sang va par­tout, sans problème. Et il n’y aucune rai­son que ça se repasse. Et aucune rai­son qu’on me char­cute.

Hop, plus d’angoisse. Plus de médicament.

Elle est pas belle, la vie ?

J’ai passé quatre jours à l’hôpital. J’ai tenu un jour­nal. Si vous vou­lez le lire, c’est sur le clic.

on ze rails, again …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le mer 23 Août 2006 à 11:08

Je suis entre deux eaux. J’avais choi­si cette pho­to. Parce qu’elle est belle, parce que les trains, les rails, les gares (etc.) sont un de mes thèmes récurrents favo­ris, et parce que cette pho­to mon­trait un che­min qui va nulle part.

C’était une pho­to «d’aphasie», dans un sens, une pho­to qui montre un che­min qui va nulle part. Enfin j’en connais au moins un qui me le dirait.

Mais depuis que je l’ai choi­sie, mon che­min s’est dégagé un poil.

Alors que j’étais chez mon ortho­pho­niste, hier, en plein milieu de la séance, il y a un «clic ». Je me suis à par­ler alle­mand. Pas comme avant, tout de même, mais c’était définitivement de l’allemand. Avec des phrases. et j’ai réussi à lire à voix un texte (en alle­mand) sans trop de mas­sacres.

C’est une pho­to de futur. C’est juste une bonne pho­to.

Et moi, je suis heu­reux. Tel­le­ment heu­reux…

Gedächtniskirche. Ha !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le dim 6 Août 2006 à 13:16

Non, sérieusement : vous avez avez enten­du comme je dis ce nom  ? Gedächtniskirche. Toc. D’un coup. Encore un peu et je pour­rais en avoir la larme à l’Å“il. Pour les trémolos dans la voix, c’était gagné d’avance. Ben oui, hein, gros malins. Essayez de dire «Gedächtniskirche » à voix haute, hein !

Eh bien moi, je peux. Par­fois. Ouais, c’est pas encore tota­le­ment gagné.

Cela dit, ce monu­ment est mon préféré, à Ber­lin. Main­te­nant que j’ai un pied vrai­ment stable *et* une télécommande (à fil, tout de même) sur mon appa­reil, je me fais des pho­tos avec des temps d’exposition d’une seconde !

Tiens, c’est juste le même temps. Clic – Gedächtniskirche – Clac. Rha, que la vie est belle …

Pro­chaine étape : Cliic – Gedächtnisaphasikerkirche – Clac. Euh … faut que je trouve la pho­to, hein. C’est pas dans la poche.

Qui a (encore) besoin de l’aphasie ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 3 Août 2006 à 19:02

Vous vous sou­ve­nez de la règle du jeu ? Je com­mence : «euh … il y a une scie cir­cu­laire pen­due à 10 m du sol, en plein milieu d’un champ ! »

Allez. À vous de faire …

Un cinquantième thé prussien, avec des vrais petits morceaux de revanche dedans.….

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le sam 22 Juil 2006 à 15:08

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Je sais, ça ne sera la pho­to préférée de per­sonne.

Mais, elle compte pour tout un tas de rai­sons. Lais­sez-moi vous énumérer les belles choses qu’il fau­drait avoir en tête quand on la regarde.

D’abord, la cou­ver­ture sur la pho­to est cellle de « The Confu­sion ». C’est le tome II du « Barock Cycle » de Neal Ste­phen­son. C’est un livre abso­lu­ment mer­veilleux. Je l’ai déjà lu, mais ça c’est le pro­chain point. C’est le genre de livre dont je ne peux pas me pas­ser. C’est magni­fi­que­ment écrit, fabu­leu­se­ment docu­menté, ça parle de mon monde. En plus, c’est sou­vent drôle. Pour avoir une idée du style de livre, lisez ceci, cri­tique du pre­mier tome.

Le second point, c’est que jus­te­ment je suis en train de le *re*lire. J’ai com­mencé à relire le pre­mier tome en février. Le 6 février, j’étais en train de lire « Quick­sil­ver » quand j’ai été pris en traître par une attaque cérébrale, à laquelle je dois mon apha­sie. Mais le match retour a com­mencé, et je mène au score : j’ai fini ce livre la semaine dernière, et main­te­nant je suis dans « The Confu­sion ». Ça me per­met d’apprécier le che­min par­cou­ru. Que c’est bon de pou­voir à nou­veau lire à ce niveau d’anglais… alors qu’il y a quatre mois je ne par­ve­nais pas à lire « Le Petit Nico­las ».

Le troisième point, c’est ce qui est écrit sur la tasse. C’est ma tasse. Je l’ai choi­sie moi-même . À cause du texte écrit des­sus. En *alle­mand*. Je peux à nou­veau lire en alle­mand. Pas au même niveau qu’avant. Mais j’y vais. Sans la moindre hésitation. Pour la petite his­toire, voilà ce que dit la tasse, ou plus exac­te­ment ce que dit Bis­marck sur la tasse :

avec les pires lois
mais de bons fonc­tion­naires
on est tou­jours pos­sible de gou­ver­ner
mais avec de mau­vais fonc­tion­naires
même les meilleurs lois n’aident pas

Je l’ai choi­sie, la tasse. Oui. Moi. Du Bis­marck.

Le quatrième point, c’est que j’ai pris cette pho­to sans flash, grâce à mon nou­veau pied. Je sais, ça vous en fait une belle. Mais pour moi, ça m’ouvre de nou­velles pers­pec­tives. De nou­veaux cadrages.

Ce livre, même sans par­ler de sa taille (815 pages), c’est une borne. Et aujourd’hui, vous voyez ma cinquantième pho­to, et lisez mon cinquantième texte.

Une belle, et heu­reuse borne.

Un peu de vocabulaire…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 20 Juil 2006 à 18:04

Ban­quier, assu­reur, fonc­tion­naire du ministère du tra­vail…

C’est chouette de retrou­ver des mots oubliés. Juste une pho­to, et hop, ça défile dans ma tête !

Y’en a d’autres : huis­sier, ministère de la santé, avo­cat, gref­fier, pre­mier ministre, ministre, secrétaire d’état, fesse de maro­quin, gui­che­tier, pédégé, agent de change…

Ça, c’est de la thérapie !

Sans rire, j’ai plus rien contre les vau­tours, depuis que je trouve que celui-là a une tête à me bouf­fer l’aphasie de la tête.

Le maître de diction

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le ven 14 Juil 2006 à 15:53

Le jeune homme était à la recherche de sa dic­tion passée. Un soir, qu’il pas­sait devant une fon­taine, il se vit héler par un homme : «Jeune homme, quel est ton nom ?», deman­da-t-il.

Le jeune homme à la recherche de sa dic­tion passée répondit : «Je m’appelle Morez­zol­la, euh, Moral­le­zo, euh… »

Le jeune homme fixa son regard sur l’homme, avec l’air implo­rant. L’homme s’approcha de lui et lui par­la : «essaye encore, jeune hom­me »

Le jeune homme à la recherche de sa dic­tion per­due se lança : «Mazzollera, non, Mol­la­rezz, non… Mo… Mo… ». Comme sai­si [par] d’une illu­mi­na­tion, il fouilla dans sa poche, et don­na à l’homme le seul papier qu’il avait : l’enveloppe d’une lettre que sa mère lui avait envoyée.

L’homme regar­da l’adresse. Le jeune homme s’appelait «Mozzarella Ronal­din­ho ». L’homme prit un crayon, bif­fa la ligne, écrivit quelque chose, et ten­dit l’enveloppe au jeune homme, en lui disant : «jeune homme, dis-moi ton nom. »

Le jeune homme, appréhendant, regar­da le papier, prit son élan, et se lança : «Marcel Rolan­d ». Et il se pros­ter­na aux pieds de l’homme qui venait de lui rendre sa dic­tion.

Mozarella Ronaldinho – le Aphasix Remix

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le sam 8 Juil 2006 à 16:41

Il m’a fal­lu près d’un mois pour réussir à dire «aéroport ». Et ça va faire trois semaines que j’ânonne «Roberto Car­lo­s», «Ronaldinho » ( j’avais à la base écrit ça « Rol­da­ni­ho », heu­reu­se­ment que j’ai relu…), ou Moza­rel­la.

Il faut écrire (lire) ce que je dis (écris) avec un peu de recul. Une dose d’humour aide. L’autre jour j’ai com­mandé un «latte Ronal­din­ho » au lieu de «latte machiat­to», rien que parce que je ne pou­vais en pro­non­cer qu’un des deux.

À vue d’Å“il, le château de Pots­dam est plein de sur­prises, cela dit.

Attendez qu’on appelle votre nom…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le lun 26 Juin 2006 à 20:29

Par­fois, l’aphasie, ça fait pen­ser à ça : la salle d’attente du «Job Cen­te­r » Rei­ni­cken­dorf. Après avoir patienté dans la queue, on se trouve une salle comme ça. Dans le quar­tier « P – V ». Les gens ont au moins quelque chose en com­mun : un nom commençant entre P et V.

Par­fois, je cherche un mot. Par­fois, je ne sais plus que la première lettre du mot dont j’ai besoin.

Avec ces gens, on atteint. On ne se parle, on ne se regarde que par en-des­sous. Par­fois, on est seul. On attend que quelqu’un appelle son nom.

Patience, c’est à vous ! Porc-épic, c’est à vous ! Pro­nom, c’est à vous ! Per­ti­nence… per­ti­nence ?

Mince ! J’ai bien failli rater mon mot !

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