Serviteur !

En Alle­magne, on se salue, natu­rel­le­ment. « Hallo », « Tag », « Guten Tag », c’est bon­jour. « Tschüß », ou même « Ciao », c’est au-revoir. En Bavière, cela dit, c’est un petit peu dif­fé­rent. Au moins pour les plus âgés. « Grüß Gott » (je salue Dieu) pour « bon­jour », et « Ser­vus » (Ser­vi­teur) pour « bon­jour » et « au-revoir.

Mais dans une petite ville de Bavière, il est inter­dit à l’école d’utiliser « Hallo » et « Tschüß ». C’est une pre­mière, et —je l’espère— une unique. Une direc­trice d’école a décrété que seuls « Grüß Gott » et « Ser­vus » ont droit de cité.

Notez, à Ber­lin on inter­dit bien de don­ner à man­ger aux pigeons…

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Le mur de Berlin est-il vraiment tombé ?

À quelques pas de la monu­men­tale « Haupt­bahn­hof » (gare prin­ci­pale) de Ber­lin, pas­sait le mur. Tout le long du tracé du défunt mur, il y a des plaques, des pan­neaux et… main­te­nant des graf­fiti. Sur la « face Est » du tracé du mur, donc, à côté de la gare, ce graf­fiti. Tra­duc­tion vite-fait : « Atten­tion ! Ici com­mence le sec­teur tari­faire et retraites EST ». Eh oui : selon qu’on habite au delà ou en deçà de cette ligne « ima­gi­naire », on est traité dif­fé­rem­ment en ce qui concerne les salaires, les retraites, les impôts, etc. Natu­rel­le­ment, le grafitti-miroir (avec OUEST) est placé de l’autre côté de la fron­tière ligne imaginaire.

À Ber­lin, l’infrastucture a mis le cap à l’est. L’aéroport his­to­rique de Berlin(-Ouest), Tem­pel­hof, a été fermé. Et le second aéro­port de Berlin(-Ouest) devrait fer­mer le 3 juin pro­chain. L’aéroport de Berlin(-Est) Schö­ne­feld lui est rénové tam­bour bat­tant. On ne mégotte pas. On paye cash.


source : la B-Z, un quo­ti­dien ber­li­nois « populaire »

L’article de la B-Z dont cette photo est extraite nous raconte les der­niers mal­heurs de Schö­ne­feld : après quelques jours de pluie, les pistes sont tota­le­ment impra­ti­cables, les caves sont pleines d’eau. Une catas­trophe. Mais Schö­ne­feld *doit* ouvrir en temps et heure, sinon les cama­rades inves­tis­seurs qui rongent leur frein pour com­men­cer leurs pro­jets immo­bi­liers juteux sur le ter­rain de l’aéroprt de Tegel, que Schö­ne­feld doit rem­pla­cer, risquent de perdre de l’argent…

D’un autre côté, le chan­tier de la gare de Berlin-Ostkreuz (-Est) est au ralenti : l’argent est parti sur le chan­tier de Stutt­gart 21 (-Ouest), pour changer.

Notre excité natio­nal doit, dans ses pires cau­che­mars, se voir élu en Alle­magne. Ima­gi­nez : pour un misé­rable emprunt (500 000 €) à un ami entre­pre­neur et ses ges­ti­cu­la­tions pour ten­ter d’étouffer l’affaire, le pré­sident alle­mand passe depuis main­te­nant trois semaines un vrai­ment sale­ment quart d’heure. Sa démis­sion pos­sible est sur toutes les lèvres. Jour après jour, la presse ne le lâche pas de l’œil. Ima­gi­nez ce que Kara­chi don­ne­rait en Alle­magne… le pré­sident ne pas­se­rait pas la semaine. On ne l’appelle déjà plus que « Pat­tex » (une marque de colle : le « président-Pattex » se cram­ponne à son fau­teuil). Il y a avait samedi presque 500 per­sonnes devant ses fenêtre à l’inviter à démis­sio­ner. Ima­gi­nez ça à l’Élysée…

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Das Dorf

Dimanche soir, 20h15. L’Allemagne est devant la pre­mière chaine, et regarde Tatort. Avec des for­tunes diverses, mais géné­ra­le­ment le dimanche soir me donne du plaisir.

Mais dimanche der­nier… dimanche der­nier… un épisode gran­diose, sur­pre­nant, hal­lu­ci­nant, extra­or­di­naire. « Das Dorf » (le vil­lage) est un Tatort qui fera date.

Je vous en pré­sente un extrait, et vous pré­sente l’extrait en quelques mots. L’homme qui se met au piano est le com­mis­saire Murot. Il est malade, il a une tumeur dans la tête, qu’il nomme Lilly, et avec laquelle il parle. Il est sujet à des hal­lu­ci­na­tions. 2011, l’épisode est en noir et blanc (non, pas vrai­ment noir et blanc, disons sur­tout noir…) et contient d’innombrables clins d’œil à des films alle­mands antérieurs.

C’est tel­le­ment bien fait, décalé, drôle. Une heure et demie qui m’a paru durer un quart d’heure. Si vous avez tenu jusque là, il y a un repor­tage consa­cré à ce tatort. Déri­vez tran­qui­le­ment jusque 01:40, et mon­tez le son. À 02:30 il y a le géné­rique : ne ratez pas ça.

La télé publique est fabu­leuse. En Alle­magne. Pen­sez à Navarro… :)

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Ça grince un petit peu, mais on avance…

[Résumé des épisodes pré­cé­dents : le héros, déçu par le Unity Show de sa star pré­fé­rée Ubuntu l’a qui­tée pour la petite batarde LMDE, enfant de Linux Mint et de Debian. Il avait l’air heu­reux, avec son jouet pré­féré Gnome 2]

Si seule­ment Debian avait accepté les ppa…

Ah, oui. Un ppa est une « repo­si­tory » dont on peut auto­ma­ti­que­ment obte­nir des mises à jour d’un logi­ciel au fur et à mesure du déve­lop­pe­ment. Donc pas tou­jours 100% propre.

Le truc, c’est que j’en ai besoin, des ppa, seule solu­tion « viable » (lire : sans devoir soi-même com­pi­ler) pour pou­voir béné­fi­cier —par exemple— de Raw­The­ra­pee 4.x (mon che­val de labour pho­to­gra­phique), ou Scri­bus 1.5 (logi­ciel de mise en pages), dont l’accès par Debian est sinon impos­sible du moins com­pli­qué (au point que je ne l’ai pas trouvé, et sachant que *je* suis le mètre-étalon pour ce qu’il est de la défi­ni­tion du « compliqué »).

Donc, repas­sage de LMDE (Linux Mint Debian Edi­tion) à Linux Mint « simple », qui accepte les ppa sans rechigner.

Cela dit, Mint dérive d’Ubuntu. Ça veut dire qu’à terme, Gnome 2 mourra égale­ment dans Mint. Ubuntu est déjà basé sur Gnome 3, sur lequel ils ont collé cette ver­rue digi­tale qu’ils ont nom­mée Unity. Mais Mint non.

Mint a choisi pour le futur (de force) Gnome 3. Mais il y a une par­tie de Gnome 3, celle qu’Ubuntu a rem­pla­cée par Unity : Gnome-Shell. Mon pro­blème, ainsi que celui de tous ceux qui ont quitté Ubuntu, est que Gnome-Shell est *égale­ment* —à mes yeux— inapte à un tra­vail sérieux sur mon ordinateur.

Donc j’avais décidé de m’installer sur Mint 11 pour quelques années, le temps que tout ça prenne le temps de mûrir.

Et la semaine der­nière est sor­tie Mint 12. Le texte d’introduction (ver­sion fran­çaise ici) m’a laissé entre­voir une issue. Mint a bri­colé une porte de sor­tie quelque part entre Gnome-Shell et Gnome 2, qui m’a paru jouable.

Sur­tout quand je suis allé voir dans les forums (anglo­phones) de Mint, et que j’ai vu ça :

Parce que *ça*, ça res­semble à un bureau sur lequel on peut travailler.

Donc, étape pre­mière : dans Vir­tual­box, je me suis ins­tallé une Mint 12 vir­tuelle. Ça m’a paru jouable. J’ai joué avec pen­dant une semaine, his­toire de. Ça m’a per­mis, en conjonc­tion avec le déve­lop­peur, de voir que « rapid-photo-downloader », un de mes uti­li­taires pré­fé­rés, est débar­rassé, au pas­sage de Mint 12, du seul bug un petit peu chiant qu’il avait.

Donc, hier soir, j’ai fait le grand pas.

Ça grince un petit peu, mais avec les forums, on trouve tou­jours un petit peu de lubri­fiant. Assez pour avancer…

Voilà. Mon (double) bureau, pen­dant que je suis en train d’écrire cet article, en écou­tant / regar­dant le Gene­sis des années glo­rieuses. Mint 12, sale­ment modi­fié, mais satisfaisant.

Pour ceux que ça inté­resse : j’ai fini hier la phase « photo » de mon exa­men partiel. :)))

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J’aime pas les smartphones…

Je me sou­viens de ma pre­mière « linuxette » comme si je l’avais ins­tal­lée hier. C’était une Man­drake. J’avais acheté la boîte, curieu­se­ment, au super­mar­ché du coin. Non, d’accord, pas le super­mar­ché du coin : le mons­trueux Leclerc de Brest. Mais tout de même au super­mar­ché, hein.

C’était en 2000. Dans la boîte, outre le cd, il y avait deux livres.

Ça a été un tan­ti­net labo­rieux. Il y a quelques ins­truc­tions qui res­tent gra­vées en dur dans un hémi­sphère céré­bral quel­conque dès qu’on a tou­ché à une linuxette : « vi /etc/X11/xorg.conf », par exemple. Il fal­lait retrous­ser les manches rien que pour avoir une sou­ris qui marche.

Mais j’avais la foi. Et j’avais sur­tout passé assez de temps sur divers Win­dows, MacOS, et même OS2.

Depuis ce temps, à l’exception de mon séjour en Pales­tine (sep­tembre 2001 — novembre 2002), mes machines per­son­nelles ont toutes été des linuxettes.

La seconde date impor­tante, en ce qui concerne ma rela­tion aux pin­gouins (pour ceux qui l’ignorent, le pin­gouin est la mas­cotte de Linux) a été le 20 octobre 2004. Ce jour j’ai décou­vert l’existence d’Ubuntu. Linux Ubuntu

Ubuntu, c’est tout (ou presque) ce que j’avais rêvé pour mon ordi­na­teur. Un Linux qui marche. On met le cd dans le tiroir, on ins­talle, on uti­lise. et ça marche. Magique ! Un Linux qui marche tout seul, sans (pra­ti­que­ment) devoir éditer un obs­cur fichier de configuration

Le cd, je l’ai encore. Il était arrivé chez moi par la poste. Ils m’en avaient même envoyé dix. Pour les dis­tri­buer autour de moi.

Et en plus de ça, il y avait les forums d’utilisateurs. Et *ça*, c’était magique. Com­ment on peut avoir faci­le­ment la cédille et les accents sur un Ubuntu quand on a un cla­vier danois ? Est-ce qu’il existe un logi­ciel qui per­met telle ou telle chose ? J’ai tou­jours eu la réponse dans les dix minutes.

Ubuntu sor­tait, tous les six mois, une nou­velles ver­sion. Tous les six mois, j’attendais la nou­velle ver­sion, et je l’installais dès sa sortie.

Ubuntu existe « à plu­sieurs sauces », sui­vant l’interface qu’on choi­sit. Ubuntu est —était, et c’est là que le bât blesse— basé sur Gnome, mais Kubuntu, Xubuntu, Lubuntu, entre autres, étaient basés sur KDE, XFXE et LXDE.

J’ai grincé des dents à l’arrivée de la ver­sion d’avril de cette année. Ubuntu était basé sur Unity, une inter­face —pour moi— imbouf­fable. On se serait cru sur un smart­phone géant. D’énormes icônes plus que mul­ti­co­lores, des appli­ca­tions qu’on ne pou­vait pra­ti­que­ment plus dépla­cer. Le sys­tème n’était visi­ble­ment pas prévu pour une uti­li­sa­tion avec deux écrans (c’est pas de chance, j’en ai jus­te­ment deux…), on avait perdu en un seul jour tout une pléiade de petits uti­li­taires (j’ai en haut de mon écran de gauche, depuis que je tra­vaille sous Linux, une petite tasse de thé, et quand je cli­quais des­sus, après trois minutes, on m’avertissait que mon thé était prêt, je ne peux pas vivre sans ça…), bref après une heure, j’ai dés­ins­tallé le nou­veau Ubuntu, et remis le der­nier en date.

Six mois plus tard, j’ai com­pris que mon his­toire d’amour avec Ubuntu était finie.

Je ne suis pas à la base conser­va­teur. Pas­ser à Linux en 2000 me le rap­pelle faci­le­ment. Mais un ordi­na­teur est un *outil*, et donc il doit faire ce que j’ai besoin qu’il fasse, et c’est tout. J’ai un ami qui a depuis plus de 20 ans un Mac, et il est heu­reux parce que MacOS fait ce qu’il a besoin qu’il fasse. Nou­veau­tés ou pas, quand un outil fonc­tionne bien, on le garde.

Cela dit, en infor­ma­tique, il est tout de même impor­tant de veiller à ce que l’outil évolue. C’est la ran­çon du pro­grès. Dans le temps, Une ver­sion de Word n’évolue pas. Si on avait besoin d’une nou­velle fonc­tion, il n’y avait que deux recettes : l’attente et la prière. Aujourd’hui, quand j’ai besoin d’une nou­velle fonc­tion, je peux envoyer un mail au pro­gram­meur, et si mon idée n’est pas idiote, j’ai de bonnes chances que dans les semaines qui suivent une nou­velle ver­sion sorte qui contienne « ma » fonc­tion. Quand je suis vic­time d’un bug, j’envoie un rap­port, et —sou­vent— dans les heures ou les jours qui suivent, le bug est cor­rigé. C’est ça, Linux.

Mais avec bling-blinguntu, je n’étais plus heu­reux. Je me suis donc mis en recherche d’un nou­veau par­fum pour ma glace Linux.

Je me suis décidé pour LMDE (Linux Mint Debian Edi­tion). C’est assez proche d’Ubuntu pour que j’aie trop à réap­prendre, mais assez radi­ca­le­ment éloi­gnée de la direc­tion qu’Ubntu a prise pour que je sois à nou­veau heu­reux avec mon ordinateur.

La plus grande dif­fé­rence entre LMDE et Ubuntu, c’est que LMDE n’a pas besoin d’être réins­tallé pour être à jour. Ils appellent ça une «   « rol­ling ver­sion » . C’est un concept ven­deur. Au moins pour moi.

Sinon, ma machine est, visuel­le­ment, iden­tique à ma der­nière Ubuntu. Les mêmes logiciels.

Ubuntu a été fon­dée par Mark Shut­tle­worth, et Linux en géné­ral lui doit beau­coup. L’impact d’Ubuntu a été énorme, et doit être sou­li­gné. Ubuntu s’appuie sur la société fon­dée par Shut­tle­worth (Cano­ni­cal) et sur la Ubntu Foun­da­tion. Ubuntu a un « patron ». J’admire la phi­lo­so­phie de Shut­tle­worth et sa mise en action (il a per­son­nel­le­ment financé pour 10 mil­lions de dol­lars la fon­da­tion Ubuntu, per­met­tant qu’Ubuntu soit gra­tuit et que de nom­breux déve­lop­peurs soient payés).

Debian, sur laquelle LMDE est basée, n’appartient à per­sonne. La « direc­tion » est élue par les membres de la comm­nauté. Ça me va bien.

Voilà. Ça n’intéresse natu­rel­le­ment per­sonne. Quelle que machine j’utilise, de l’autre côté —votre côté de l’écran— rien ne change, et c’est le but de l’affaire.

Pour les curieux : LMDE.

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Dodge the Dodo…

J’en ai rêvé, ils l’ont fait : une ren­contre entre le magique (défunt) Esb­jörn Svens­son Trio et Pat Metheny. Qui sont « ils » ? Les orga­ni­sa­teurs du fes­ti­val de « Jazz Bal­tica » de Sal­zau (Alle­magne), aux­quels je dois (via les retrans­mis­sions —trop— tar­dives télé­vi­sées que j’attrape quand j’y pense après le Tatort du dimanche) une par­tie crois­sante de ma culture musicale.

Cli­quez, et ten­tez de ne pas être pris par cette com­po­si­tion extraordinaire.

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Reamde : le plaisir et la déception

Reamde est un roman de Neal Ste­phen­son, et c’est dom­mage. Quand on a lu les autres romans de Neal Stephenson.

C’est un petit peu aga­çant. Après quelques jours pris pour digé­rer une cer­taine décep­tion, et après l’avoir ana­ly­sée, je décide que Reamde ne peut pas être séparé de son auteur, et donc qu’il est impor­tant de le faire. Donc je me lance. Deux cri­tiques. Une du livre seul, et une du livre de cet auteur tel­le­ment par­ti­cu­lier qu’est Stephenson.

Reamde pour les lec­teurs qui n’ont jamais lu Ste­phen­son avant…
Reamde est un thril­ler. Un techno-thriller, ou je ne sais pas trop com­ment appe­ler ça. C’est un livre qu’on ouvre et qu’on ne veut pas fer­mer. On est, dès la pre­mière page, plongé dans un monde… sur­pre­nant. Ima­gi­nez une réunion de famille dont le plat de résis­tance consiste à tous s’aligner dans un champ, en armes, pour tirer. Au pis­to­let, au fusil de chasse, au fusil d’assaut. C’est la famille, c’est le som­met de l’année fami­liale. Aux USA, natu­rel­le­ment. Reamde est un thril­ler américain.

Le pro­ta­go­niste prin­ci­pal est riche, fort, intel­li­gent. Amé­ri­cain. Un per­son­nage capable de tra­ver­ser les rocheuses à pieds en hiver, capable de démon­ter et remon­ter n’importe quelle arme avec les pieds. Il est natu­rel­le­ment très intel­li­gent, et très amé­ri­cain. Il crée un jeu sur ordi­na­teur, une sorte de World of War­craft sous amphé­ta­mines, qu’il a crée à par­tir du prin­cipe qu’il vou­lait une réelle inter­pé­né­tra­tion entre un monde vir­tuel et l’argent du monde non vir­tuel. Il y a quelques scènes racon­tant les cou­lisses de la créa­tion / admi­nis­tra­tion de ce jeu qui sont épous­tou­flantes. On y découvre quelques per­son­nages tota­le­ment déca­lés et décapants.

Reamde est le nom d’un virus, lequel prend en otage vos don­nées, vous y inter­di­sant l’accès. Un petit tra­fi­quant, un petit voleur de bases de don­nées est infecté, mais sur­tout infecte son client. Le client est un « mafioso » russe. Lequel n’a aucun sens de l’humour.

Le reste du livre est une gigan­tesque scène d’action. Explo­sions, pour­suites, com­bats (autant réels que virtuels).

Pour un lec­teur dans mon genre, qui traîne dans ses car­tons de livres quelques livres de Tom Clancy, Reamde est une gour­man­dise. Un thril­ler amé­ri­cain avec une pointe d’humour. Très amé­ri­cain : les méchants dont natu­rel­le­ment des ter­ro­ristes isla­mistes très, très méchants, aux­quels aucun cli­ché ne sera épar­gné. Mais le tout tel­le­ment bien écrit que j’y ai sacri­fié quelques nuits. Il y a quelques per­son­nages atta­chants, savou­reux, même. Des scènes sur­pre­nantes, de bonnes idées. Ça se lit vrai­ment bien.

Mais main­te­nant que j’ai refermé le livre, que j’ai lu —je le dis encore une fois— avec grand plai­sir, le livre a une bonne chance de finir dans un car­ton avec mes vieux Clancy.

Plus que d’un bon livre, j’ai de Reamde l’idée qu’il est un bon pro­duit. Il va cer­tai­ne­ment bien se vendre, et les ama­teurs de thril­ler en auront pour leur argent.

Reamde pour les lec­teurs ayant lu plu­sieurs livres anté­rieurs de Neal Ste­phen­son
Quelle décep­tion ! Même le plai­sir éprouvé à lire Reamde ne peut pas effa­cer le goût d’inachevé. Car ce livre n’a aucune sub­stance. On attend par exemple d’un Ste­phen­son plus que les quelques pages consa­crés à un per­son­nage comme « D-square ». Ste­phen­son en aurait fait tel­le­ment plus.

Ste­phen­son, j’aime à le décrire comme un Umberto Ecco sous speed. Il ne laisse *jamais* une facette d’un per­son­nage ou d’un événe­ment inex­plo­rée. Il cisèle le moindre détail, jusqu’à la per­fec­tion. Le por­trait qu’il nous a donné par exemple de Louis XIV dans son « cycle baroque » est tout sim­ple­ment inou­bliable. Comme celui de New­ton ou Leib­niz, en ce qui concerne les per­son­nages his­to­riques. Je suis hanté jusqu’à la fin de ma vie par les diverses incar­na­tions des Wate­rhouse et des Shaf­toe, per­son­nages *incroyables* (il a décrit, dans divers livres, des membres de ces familles aux des­tins noués jusqu’à la fin des temps). Il a même crée des mondes entiers, jusqu’à la langue qui va avec.

Mais sur­tout, il y a dans chaque livre de Ste­phen­son de quoi pen­ser. Il insère dans ses livres des équa­tions. Ses per­son­nages se frottent aux concepts nus : argent, science, pou­voir, poli­tique, et en abordent chaque facette. En détail. Qui ouvre un livre de Ste­phen­son doit prendre son temps. Ses livres sont énormes.

Reamde est un pavé de plus de mille pages, mais vide.

Pas *vrai­ment* vide, natu­rel­le­ment. Mais pour un Ste­phen­son, vide. On reste sur sa faim. Ste­phen­son n’est pas étran­ger aux scènes d’action, rien de sur­pre­nant aux scènes d’action de Reamde. Elles sont bien écrites, natu­rel­le­ment. Comme tout ce que Ste­phen­son écrit. Mais on n’est pas habi­tué à fer­mer un Ste­phen­son aussi faci­le­ment. Je relis au moins un Ste­phen­son par année. Et à chaque fois que je réouvre un de ces livres, je suis d’avance cap­tivé, sachant qu’il me reste encore beau­coup à décou­vrir, à apprendre, à aimer.

Mais Reamde ?

Ste­phen­son :

  • Zodiac : eco thriller
  • Snow­crash (le samou­rai vir­tuel): un livre *fon­da­teur*, indispensable
  • The Dia­mond Age (l’âge de dia­mant) : quand les nano­tech­no­lo­gies ren­contrent la reine Vic­to­ria d’Angleterre
  • Cryp­to­no­mi­con : indes­crip­tible. Chassé-croisé entre deux géné­ra­tions de familles (Wate­rhouse et Shaf­toe) d’archétypes. Argent, argent vir­tuel, liberté, résis­tance, cryp­to­lo­gie, le tout à mou­rir de rire.
  • Quick­sil­ver, The Confu­sion, The Sys­tem of the World : une tri­lo­gie. La nais­sance de la civi­li­sa­tion comme nous la connais­sons. Les lumières de l’intérieur. Les Wate­rhouse et Shaf­toe. La plus incroyable saga jamais écrite.
  • Ana­them : la pla­nète Arbre, déjà presque détruite, re-née, et gar­dée par des « moines » voués à la pen­sée, sans autre tech­no­lo­gie que le papier et le crayon. Entiè­re­ment écrit en une langue imaginaire.

Une par­tie de ces incroyables livres n’ont même pas été tra­duits en fran­çais. Mais en alle­mand. La tri­lo­gie « cycle baroque » est mon livre pour l’île déserte.

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Peu d’indignés en Allemagne ?

On n’a pas encore de tra­duc­tion « offi­cielle » (c’est à dire que la presse n’a pas jugé vrai­ment néces­saire de trou­ver un nom) aux « indi­gnés ». Le 15 octobre (jour­née d’action inter­na­tio­nale en suite au « occupy Wall Street »), il y a eu quelques mani­fes­ta­tions, et il y a eu (je crois) deux « occu­pa­tions » (Frank­furt et Ham­burg) très limi­tées dans le temps), et même pas une nuit de cam­ping urbain à Ber­lin (dis­per­sion par la police, il faut tout de même le dire)…

Les (jeunes) alle­mands sont-ils pour autant inactifs ?

Eh bien en fait pas du tout. J’en veux pour preuve le der­nier son­dage natio­nal sorti (ce matin) qui nous donne le parti pirate à… DIX pourcent. Sans pro­gramme autre que quelques (sains) prin­cipes, ce parti *pirate* séduit 10% de l’électorat. Je rap­pelle qu’à Ber­lin, les pirates sont entrés au Sénat (le gou­ver­ne­ment de l’état de Ber­lin —l’Allemagne est une fédé­ra­tion). Et si les pirates main­tiennent leurs 10%, ils seront au Bun­des­tag (assem­blée natio­nale fédérale).

L’indi­gna­tion chère à mon­sieur Sté­phane Hes­sel a bien voyagé. J’ai vu l’autre jour Empört Euch! (Indignez-vous) sur le comp­toir du gros kiosque de la gare de Frie­drichs­traße. Imaginez-vous la scène : « le Monde, l’Équipe, et, tiens donnez-moi aussi deux Indignez-vous!  » J’ai aperçu égale­ment Sté­phane Hes­sel dans plu­sieurs émis­sions de télé (il parle un alle­mand délec­table), et je lui dois un de mes meilleurs moments de télé­vi­sion : une inter­view magni­fique. Plus une conver­sa­tion qu’une inter­view, un vrai moment de séré­nité, un dia­logue sen­sible et sensé.

Mais j’ai l’impression que les Alle­mands l’ont peut-être mieux com­pris que les Fran­çais. Ils ont (peut-être, je peux me trom­per) mis les prin­cipes en action immé­dia­te­ment. Les 5 élec­tions « locales » de l’année ont mon­tré, de plus en plus, que les Alle­mands en ont marre. Au début, l’effet Fuku­shima et Stutt­gart 21 aidant, les Verts avaient le vent en poupe. Au point qu’ils ont eu pour la pre­mière fois un pre­mier ministre. Mais au fil des élec­tions, il n’y avait qu’un per­dant constant : le FDP (libé­ra­listes béats). Et un seul gagnant : le parti pirate. Parti de rien, il est main­te­nant cré­dité de 10 pourcent au niveau natio­nal. Et *tous* les autre par­tis baissent, ou au mieux (CDU) se maintiennent.

Le fait que le parti pirate n’ait pas de pro­gramme est très signi­fi­ca­tif. Au moins pour moi. Il incarne exac­te­ment cette pré­sup­po­sée impuis­sance. Les gens ne com­prennent géné­ra­le­ment rien à la finance et même à la poli­tique, et les pirates non plus. Mais en par­ti­ci­pant aux élec­tions (et en les gagnant) ils se donnent les moyens :

  • d’accéder à toutes les informations
  • de construire un réseau indé­pen­dant de connaisseurs
  • d’apprendre, de réflé­chir sur de bonnes bases

… et donc ensuite

  • d’agir

Si j’ai ai été ins­tinc­ti­ve­ment déçu du manque appa­rem­ment d’indignation visible le 15 octobre, en fait je suis *rela­ti­ve­ment* tran­quille : l’indignation, si elle est tra­duite en alle­mand, elle est égale­ment mise en œuvre à l’allemande. Sérieusement.

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État palestinien : une perpective…


Chers Obama, Nico­las et Angela, nous sommes bien arrivés…

J’ai pris cette photo de ma chambre à Ramal­lah. Chouette vue, non ?

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Marre…


Quand des hommes en tuent d’autres, et pour effa­cer ça ils lestent les cadavres en leur enfi­lant des chaus­settes en béton, c’est « juste humain ». Des plon­geurs trouvent les cadavres, et par­fois on retrouve même les cou­pables. Par­fois on en fait des films, et on peut même en rire. Il parait.

Mais quand des hommes tuent des dau­phins et leur enfilent des chaus­settes en béton pour les cou­ler ? C’est humain ?

J’en ai marre, de l’humanité, par­fois… heu­reu­se­ment que ça ne va pas durer éternellement.

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