Salaire minimum allemand. Un progrès ?

La chose est — théo­ri­que­ment- claire : l’introduction d’un salaire mini­mum est natu­rel­le­ment un pro­grès. Par prin­cipe.

Mais voi­là.… l’affaire est loin d’être aus­si simple.

Déjà, voyons les condi­tions de sa nais­sance. Le salaire mini­mum a deux (en fait trois) parents : les heu­reux parents est mariés et ont signé un contrat de mariage. Le SPD (lire PS en alle­mand) est « natu­rel­le­ment » à l’origine du pro­jet, et leur mariage à l’Union (CDU-CSU, une ver­sion rai­son­nable de l’UMP) a don­né nais­sance à ce monstre que les Alle­mands nomment GROKO (Große Koa­li­tion, ou grande coa­li­tion).

La GROKO a tout pour être un monstre. Déjà, il n’y a pas d’opposition viable en Alle­magne : l’opposition c’est les Verts le Par­ti de Gauche (die Grüne et die Linke), le tout doit peser une tren­taine de dépu­tés tous mouillés. Pas le pied pour une démo­cra­tie saine. Mais sur­tout, la GROKO empêche cha­cun des parents de mener sa barque où il veut. Et le salaire mini­mum est exem­plaire à ce niveau.

Le salaire mini­mum était le pro­jet phare de la pla­te­forme élec­to­rale du SPD, et l’Union a tou­jours décla­ré qu’elle n’en vou­lait pas. L’Union n’avait pas la majo­ri­té seule, et devait donc s’allier à quelqu’un. Les Verts ne vou­laient pas, l’Union n’aurait pas tou­ché un dépu­té de die Linke avec des pin­cettes, et le SPD aime bien le confort que lui donne le pou­voir. Tous les indi­ca­teurs étaient donc au vert pour une nou­velle grande coa­li­tion.

Donc les grosses têtes du SPD et de l’Union se mis autour d’une table. Leur but : cha­cun des membres de la GROKO doit satis­faire son élec­to­rat, et tente de duper l’autre. Il en est sor­ti un pro­jet de loi… vide. Il fal­lait cette loi, sinon la SPD s’en prend plein la tête aux pro­chaines élec­tions, mais il faut pas que cette loi trans­gresse « la loi » de l’Union.

Com­ment ont-ils fait ça ? Le salaire mini­mum est truf­fé d’exceptions.

  • les « mini­jobs » (450€ par mois) en sont exemp­tés
  • les contrats d’apprentissage en sont exemp­tés
  • les bou­lots d’appoint -par exemple pour les retrai­tés- en sont exemp­tés

En résu­mé, les caté­go­ries qui en auraient le plus besoin ne sont pas tou­chées.

Mais ce n’était pas encore assez : les 8,50€ par l’heure du salaire mini­mum ne sont pas exemp­tés de charges pour le sala­rié. Du coup, d’après la presse, plus de 700 000 per­sonnes auraient encore besoin, mal­gré un emploi à plein temps, de tou­cher Hartz IV (ce que les chô­meurs de longue durée touchent). His­toire de cla­ri­fier ça : Hartz IV contient le loyer et dans cer­tains cas le chauf­fage et l’électricité. À ce compte là, on arrive très faci­le­ment à la limite du salaire mini­mum. De plus, il y a pas mal de bou­lots « basiques » où les sala­riés gagnent plus que 8,50€ par heure, mais l’incertitude règne en ce qui concerne l’interaction entre le salaire mini­mum est les accords de branche (« tarifs » en Alle­magne).

Tout le monde est content : le SPD est le che­va­lier blanc qui lutte pour les petits, et l’Union a tou­jours autant de sala­riés pauvres et d’emplois pré­caires, ce qui leur garan­tit leur modèle éco­no­mique basé sur de bas salaires.

Au menu pour le futur : des employés virés et rem­pla­cés par des appren­tis et/ou des mini­jobs.

Tout le monde est content.

Sauf les pauvres, mais bon, hein…

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Démocratie : c’est comme je veux.

Je suis embê­té. Ou bien aga­cé. Ou pire…

Le sujet de mon tra­cas intel­lec­tuel, enfin celui du moment, est ce qui se passe en Cri­mée.

Je sais : c’est même pas ori­gi­nal.

Néan­moins, ça gratte.

Ima­gi­nez : «nous» (car l’Europe c’est nous, bien sûr, et donc même moi, et car curieu­se­ment l’Occident -ou l’Ouest- c’est aus­si nous, et donc par exten­sion moi), nous qui vivons en «démo­cra­tie» (consi­dé­rez ce mot tou­jours entre guille­mets, même si j’ai par­fois la flemme), nous donc, refu­sons le résul­tat d’un refe­ren­dum. Les rai­sons offi­cielles de ce refus :

  • ce refe­ren­dum est ille­gal
  • … et c’est tout, en fait

La vraie rai­son, ou les vraies rai­sons, rare­ment évo­quées :

  • ça va don­ner à la Rus­sie un plus grand contrôle sur les pipe­lines et les oléo­ducs
  • pour le prin­cipe : tout ce qui fait plai­sir à la Rus­sie agace les Usa, et ça fait un moment que la Rus­sie agace les Usa (Iran, Syrie, etc…)
  • les Usa auraient bien eu l’Ukraine dans l’OTAN, et sur­tout la Cri­mée : même sans ins­tal­ler là la Dame Palin, là on a vrai­ment vue sur la Rus­sie par la fenêtre de la cui­sine
  • … et il y en a pro­ba­ble­ment plein d’autres, toutes aus­si «propres» que les autres

Cela dit, les vraies rai­sons, je m’en fous. Je n’ai aucune illu­sion en ce qui concerne les moti­va­tions de l’Europe et des Usa. Et aucune aus­si en ce qui concerne les rai­sons de la Rus­sie et du dingue qui tient le volant là-bas.

Moi, ce qui m’intéresse, c’est la rai­son offi­cielle.

Natu­rel­le­ment, moi, je suis du genre à trou­ver tout refen­ren­dum légal, du moment que l’on n’amène pas les élec­teurs par camions mili­taires, si vous voyez de quoi je parle. Mais là, vues les consi­dé­ra­tions «his­to­riques» (le tra­gique sort des Tar­tares de Cri­mée, dépor­tés en masse sous Sta­line), j’ai des doutes. Cela dit, per­sonne n’a évo­qué les tar­tares. Enfin je crois. Mais je m’égare sur une voie qui mène à rendre les ter­ri­toires indiens aux indiens, la Mar­ti­nique aux mar­ti­ni­quais, etc.

La rai­son pour laquelle ce refe­ren­dum est offi­ciel­le­ment illé­gal, c’est qu’il viole la consti­tu­tion ukrai­nienne. Oublié, le «droit des peuples à dis­po­ser d’eux-mêmes». On avait besoin d’un pied à terre au Sou­dan, donc per­sonne n’a eu d’objections contre un refe­ren­dum au Sou­dan, qui a cou­pé le pays en deux. J’imagine dif­fi­ci­le­ment que la consti­tu­tion sou­da­naise avait pré­vu quelque chose de ce genre.

En fait, pour nous, «démo­crates», la règle du jeu est simple : on accepte les résul­tats d’un scru­tin quand il nous arrange, et on ne accepte pas quant il nous embête. Mais comme ça ne fait pas très démo­crate, on habille ça comme on peut. Le gagnant est :

  • un dic­ta­teur
  • un isla­miste
  • il sent sous les bras
  • etc.

Si le gagnant d’un scru­tin peut être décrit d’une de ces trois façons, le résul­tat ne sera pas accep­té. Et on a aura rai­son, car on est démo­crates.

Et comme on est les plus forts, on gagne. Sauf si on a affaire à plus fort, plus obs­ti­né, etc. (Chine, Rus­sie…) mais c’est des dic­ta­teurs. Et en plus ils sentent sous les bras.

Na.

Dans les cas plus com­pli­qués (par exemple la France, dif­file à assi­mi­ler à un dic­ta­teur ou un isla­miste, a refu­sé par voie refe­ren­daire le trai­té de Lis­bonne, aka «la consti­tu­tion euro­péenne»), on pren­dra des gants : on accep­te­ra le résul­tat, et on le contour­ne­ra.

Bon. J’en sais pas plus qu’avant de com­men­cer à écrire, mais je me sens mieux. Et c’est très bien comme ça.

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Serviteur !

En Alle­magne, on se salue, natu­rel­le­ment. « Hal­lo », « Tag », « Guten Tag », c’est bon­jour. « Tschüß », ou même « Ciao », c’est au-revoir. En Bavière, cela dit, c’est un petit peu dif­fé­rent. Au moins pour les plus âgés. « Grüß Gott » (je salue Dieu) pour « bon­jour », et « Ser­vus » (Ser­vi­teur) pour « bon­jour » et « au-revoir.

Mais dans une petite ville de Bavière, il est inter­dit à l’école d’utiliser « Hal­lo » et « Tschüß ». C’est une pre­mière, et —je l’espère— une unique. Une direc­trice d’école a décré­té que seuls « Grüß Gott » et « Ser­vus » ont droit de cité.

Notez, à Ber­lin on inter­dit bien de don­ner à man­ger aux pigeons…

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Le mur de Berlin est-il vraiment tombé ?

À quelques pas de la monu­men­tale « Haupt­bahn­hof » (gare prin­ci­pale) de Ber­lin, pas­sait le mur. Tout le long du tra­cé du défunt mur, il y a des plaques, des pan­neaux et… main­te­nant des graf­fi­ti. Sur la « face Est » du tra­cé du mur, donc, à côté de la gare, ce graf­fi­ti. Tra­duc­tion vite-fait : « Atten­tion ! Ici com­mence le sec­teur tari­faire et retraites EST ». Eh oui : selon qu’on habite au delà ou en deçà de cette ligne « ima­gi­naire », on est trai­té dif­fé­rem­ment en ce qui concerne les salaires, les retraites, les impôts, etc. Natu­rel­le­ment, le gra­fit­ti-miroir (avec OUEST) est pla­cé de l’autre côté de la fron­tière ligne ima­gi­naire.

À Ber­lin, l’infrastucture a mis le cap à l’est. L’aéroport his­to­rique de Berlin(-Ouest), Tem­pel­hof, a été fer­mé. Et le second aéro­port de Berlin(-Ouest) devrait fer­mer le 3 juin pro­chain. L’aéroport de Berlin(-Est) Schö­ne­feld lui est réno­vé tam­bour bat­tant. On ne mégotte pas. On paye cash.


source : la B-Z, un quo­ti­dien ber­li­nois « popu­laire »

L’article de la B-Z dont cette pho­to est extraite nous raconte les der­niers mal­heurs de Schö­ne­feld : après quelques jours de pluie, les pistes sont tota­le­ment impra­ti­cables, les caves sont pleines d’eau. Une catas­trophe. Mais Schö­ne­feld *doit* ouvrir en temps et heure, sinon les cama­rades inves­tis­seurs qui rongent leur frein pour com­men­cer leurs pro­jets immo­bi­liers juteux sur le ter­rain de l’aéroprt de Tegel, que Schö­ne­feld doit rem­pla­cer, risquent de perdre de l’argent…

D’un autre côté, le chan­tier de la gare de Ber­lin-Ost­kreuz (-Est) est au ralen­ti : l’argent est par­ti sur le chan­tier de Stutt­gart 21 (-Ouest), pour chan­ger.

Notre exci­té natio­nal doit, dans ses pires cau­che­mars, se voir élu en Alle­magne. Ima­gi­nez : pour un misé­rable emprunt (500 000 €) à un ami entre­pre­neur et ses ges­ti­cu­la­tions pour ten­ter d’étouffer l’affaire, le pré­sident alle­mand passe depuis main­te­nant trois semaines un vrai­ment sale­ment quart d’heure. Sa démis­sion pos­sible est sur toutes les lèvres. Jour après jour, la presse ne le lâche pas de l’œil. Ima­gi­nez ce que Kara­chi don­ne­rait en Alle­magne… le pré­sident ne pas­se­rait pas la semaine. On ne l’appelle déjà plus que « Pat­tex » (une marque de colle : le « pré­sident-Pat­tex » se cram­ponne à son fau­teuil). Il y a avait same­di presque 500 per­sonnes devant ses fenêtre à l’inviter à démis­sio­ner. Ima­gi­nez ça à l’Élysée…

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Das Dorf

Dimanche soir, 20h15. L’Allemagne est devant la pre­mière chaine, et regarde Tatort. Avec des for­tunes diverses, mais géné­ra­le­ment le dimanche soir me donne du plai­sir.

Mais dimanche der­nier… dimanche der­nier… un épi­sode gran­diose, sur­pre­nant, hal­lu­ci­nant, extra­or­di­naire. « Das Dorf » (le vil­lage) est un Tatort qui fera date.

Je vous en pré­sente un extrait, et vous pré­sente l’extrait en quelques mots. L’homme qui se met au pia­no est le com­mis­saire Murot. Il est malade, il a une tumeur dans la tête, qu’il nomme Lil­ly, et avec laquelle il parle. Il est sujet à des hal­lu­ci­na­tions. 2011, l’épisode est en noir et blanc (non, pas vrai­ment noir et blanc, disons sur­tout noir…) et contient d’innombrables clins d’œil à des films alle­mands anté­rieurs.

C’est tel­le­ment bien fait, déca­lé, drôle. Une heure et demie qui m’a paru durer un quart d’heure. Si vous avez tenu jusque là, il y a un repor­tage consa­cré à ce tatort. Déri­vez tran­qui­le­ment jusque 01:40, et mon­tez le son. À 02:30 il y a le géné­rique : ne ratez pas ça.

La télé publique est fabu­leuse. En Alle­magne. Pen­sez à Navar­ro… :)

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Ça grince un petit peu, mais on avance…

[Résu­mé des épi­sodes pré­cé­dents : le héros, déçu par le Uni­ty Show de sa star pré­fé­rée Ubun­tu l’a qui­tée pour la petite batarde LMDE, enfant de Linux Mint et de Debian. Il avait l’air heu­reux, avec son jouet pré­fé­ré Gnome 2]

Si seule­ment Debian avait accep­té les ppa…

Ah, oui. Un ppa est une « repo­si­to­ry » dont on peut auto­ma­ti­que­ment obte­nir des mises à jour d’un logi­ciel au fur et à mesure du déve­lop­pe­ment. Donc pas tou­jours 100% propre.

Le truc, c’est que j’en ai besoin, des ppa, seule solu­tion « viable » (lire : sans devoir soi-même com­pi­ler) pour pou­voir béné­fi­cier —par exemple— de Raw­The­ra­pee 4.x (mon che­val de labour pho­to­gra­phique), ou Scri­bus 1.5 (logi­ciel de mise en pages), dont l’accès par Debian est sinon impos­sible du moins com­pli­qué (au point que je ne l’ai pas trou­vé, et sachant que *je* suis le mètre-éta­lon pour ce qu’il est de la défi­ni­tion du « com­pli­qué »).

Donc, repas­sage de LMDE (Linux Mint Debian Edi­tion) à Linux Mint « simple », qui accepte les ppa sans rechi­gner.

Cela dit, Mint dérive d’Ubuntu. Ça veut dire qu’à terme, Gnome 2 mour­ra éga­le­ment dans Mint. Ubun­tu est déjà basé sur Gnome 3, sur lequel ils ont col­lé cette ver­rue digi­tale qu’ils ont nom­mée Uni­ty. Mais Mint non.

Mint a choi­si pour le futur (de force) Gnome 3. Mais il y a une par­tie de Gnome 3, celle qu’Ubuntu a rem­pla­cée par Uni­ty : Gnome-Shell. Mon pro­blème, ain­si que celui de tous ceux qui ont quit­té Ubun­tu, est que Gnome-Shell est *éga­le­ment* —à mes yeux— inapte à un tra­vail sérieux sur mon ordi­na­teur.

Donc j’avais déci­dé de m’installer sur Mint 11 pour quelques années, le temps que tout ça prenne le temps de mûrir.

Et la semaine der­nière est sor­tie Mint 12. Le texte d’introduction (ver­sion fran­çaise ici) m’a lais­sé entre­voir une issue. Mint a bri­co­lé une porte de sor­tie quelque part entre Gnome-Shell et Gnome 2, qui m’a paru jouable.

Sur­tout quand je suis allé voir dans les forums (anglo­phones) de Mint, et que j’ai vu ça :

Parce que *ça*, ça res­semble à un bureau sur lequel on peut tra­vailler.

Donc, étape pre­mière : dans Vir­tual­box, je me suis ins­tal­lé une Mint 12 vir­tuelle. Ça m’a paru jouable. J’ai joué avec pen­dant une semaine, his­toire de. Ça m’a per­mis, en conjonc­tion avec le déve­lop­peur, de voir que « rapid-pho­to-down­loa­der », un de mes uti­li­taires pré­fé­rés, est débar­ras­sé, au pas­sage de Mint 12, du seul bug un petit peu chiant qu’il avait.

Donc, hier soir, j’ai fait le grand pas.

Ça grince un petit peu, mais avec les forums, on trouve tou­jours un petit peu de lubri­fiant. Assez pour avan­cer…

Voi­là. Mon (double) bureau, pen­dant que je suis en train d’écrire cet article, en écou­tant / regar­dant le Gene­sis des années glo­rieuses. Mint 12, sale­ment modi­fié, mais satis­fai­sant.

Pour ceux que ça inté­resse : j’ai fini hier la phase « pho­to » de mon exa­men par­tiel. :)))

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J’aime pas les smartphones…

Je me sou­viens de ma pre­mière « linuxette » comme si je l’avais ins­tal­lée hier. C’était une Man­drake. J’avais ache­té la boîte, curieu­se­ment, au super­mar­ché du coin. Non, d’accord, pas le super­mar­ché du coin : le mons­trueux Leclerc de Brest. Mais tout de même au super­mar­ché, hein.

C’était en 2000. Dans la boîte, outre le cd, il y avait deux livres.

Ça a été un tan­ti­net labo­rieux. Il y a quelques ins­truc­tions qui res­tent gra­vées en dur dans un hémi­sphère céré­bral quel­conque dès qu’on a tou­ché à une linuxette : « vi /etc/X11/xorg.conf », par exemple. Il fal­lait retrous­ser les manches rien que pour avoir une sou­ris qui marche.

Mais j’avais la foi. Et j’avais sur­tout pas­sé assez de temps sur divers Win­dows, MacOS, et même OS2.

Depuis ce temps, à l’exception de mon séjour en Pales­tine (sep­tembre 2001 — novembre 2002), mes machines per­son­nelles ont toutes été des linuxettes.

La seconde date impor­tante, en ce qui concerne ma rela­tion aux pin­gouins (pour ceux qui l’ignorent, le pin­gouin est la mas­cotte de Linux) a été le 20 octobre 2004. Ce jour j’ai décou­vert l’existence d’Ubuntu. Linux Ubun­tu

Ubun­tu, c’est tout (ou presque) ce que j’avais rêvé pour mon ordi­na­teur. Un Linux qui marche. On met le cd dans le tiroir, on ins­talle, on uti­lise. et ça marche. Magique ! Un Linux qui marche tout seul, sans (pra­ti­que­ment) devoir édi­ter un obs­cur fichier de confi­gu­ra­tion

Le cd, je l’ai encore. Il était arri­vé chez moi par la poste. Ils m’en avaient même envoyé dix. Pour les dis­tri­buer autour de moi.

Et en plus de ça, il y avait les forums d’utilisateurs. Et *ça*, c’était magique. Com­ment on peut avoir faci­le­ment la cédille et les accents sur un Ubun­tu quand on a un cla­vier danois ? Est-ce qu’il existe un logi­ciel qui per­met telle ou telle chose ? J’ai tou­jours eu la réponse dans les dix minutes.

Ubun­tu sor­tait, tous les six mois, une nou­velles ver­sion. Tous les six mois, j’attendais la nou­velle ver­sion, et je l’installais dès sa sor­tie.

Ubun­tu existe « à plu­sieurs sauces », sui­vant l’interface qu’on choi­sit. Ubun­tu est —était, et c’est là que le bât blesse— basé sur Gnome, mais Kubun­tu, Xubun­tu, Lubun­tu, entre autres, étaient basés sur KDE, XFXE et LXDE.

J’ai grin­cé des dents à l’arrivée de la ver­sion d’avril de cette année. Ubun­tu était basé sur Uni­ty, une inter­face —pour moi— imbouf­fable. On se serait cru sur un smart­phone géant. D’énormes icônes plus que mul­ti­co­lores, des appli­ca­tions qu’on ne pou­vait pra­ti­que­ment plus dépla­cer. Le sys­tème n’était visi­ble­ment pas pré­vu pour une uti­li­sa­tion avec deux écrans (c’est pas de chance, j’en ai jus­te­ment deux…), on avait per­du en un seul jour tout une pléiade de petits uti­li­taires (j’ai en haut de mon écran de gauche, depuis que je tra­vaille sous Linux, une petite tasse de thé, et quand je cli­quais des­sus, après trois minutes, on m’avertissait que mon thé était prêt, je ne peux pas vivre sans ça…), bref après une heure, j’ai dés­ins­tal­lé le nou­veau Ubun­tu, et remis le der­nier en date.

Six mois plus tard, j’ai com­pris que mon his­toire d’amour avec Ubun­tu était finie.

Je ne suis pas à la base conser­va­teur. Pas­ser à Linux en 2000 me le rap­pelle faci­le­ment. Mais un ordi­na­teur est un *outil*, et donc il doit faire ce que j’ai besoin qu’il fasse, et c’est tout. J’ai un ami qui a depuis plus de 20 ans un Mac, et il est heu­reux parce que MacOS fait ce qu’il a besoin qu’il fasse. Nou­veau­tés ou pas, quand un outil fonc­tionne bien, on le garde.

Cela dit, en infor­ma­tique, il est tout de même impor­tant de veiller à ce que l’outil évo­lue. C’est la ran­çon du pro­grès. Dans le temps, Une ver­sion de Word n’évolue pas. Si on avait besoin d’une nou­velle fonc­tion, il n’y avait que deux recettes : l’attente et la prière. Aujourd’hui, quand j’ai besoin d’une nou­velle fonc­tion, je peux envoyer un mail au pro­gram­meur, et si mon idée n’est pas idiote, j’ai de bonnes chances que dans les semaines qui suivent une nou­velle ver­sion sorte qui contienne « ma » fonc­tion. Quand je suis vic­time d’un bug, j’envoie un rap­port, et —sou­vent— dans les heures ou les jours qui suivent, le bug est cor­ri­gé. C’est ça, Linux.

Mais avec bling-blin­gun­tu, je n’étais plus heu­reux. Je me suis donc mis en recherche d’un nou­veau par­fum pour ma glace Linux.

Je me suis déci­dé pour LMDE (Linux Mint Debian Edi­tion). C’est assez proche d’Ubuntu pour que j’aie trop à réap­prendre, mais assez radi­ca­le­ment éloi­gnée de la direc­tion qu’Ubntu a prise pour que je sois à nou­veau heu­reux avec mon ordi­na­teur.

La plus grande dif­fé­rence entre LMDE et Ubun­tu, c’est que LMDE n’a pas besoin d’être réins­tal­lé pour être à jour. Ils appellent ça une «  « rol­ling ver­sion ». C’est un concept ven­deur. Au moins pour moi.

Sinon, ma machine est, visuel­le­ment, iden­tique à ma der­nière Ubun­tu. Les mêmes logi­ciels.

Ubun­tu a été fon­dée par Mark Shut­tle­worth, et Linux en géné­ral lui doit beau­coup. L’impact d’Ubuntu a été énorme, et doit être sou­li­gné. Ubun­tu s’appuie sur la socié­té fon­dée par Shut­tle­worth (Cano­ni­cal) et sur la Ubn­tu Foun­da­tion. Ubun­tu a un « patron ». J’admire la phi­lo­so­phie de Shut­tle­worth et sa mise en action (il a per­son­nel­le­ment finan­cé pour 10 mil­lions de dol­lars la fon­da­tion Ubun­tu, per­met­tant qu’Ubuntu soit gra­tuit et que de nom­breux déve­lop­peurs soient payés).

Debian, sur laquelle LMDE est basée, n’appartient à per­sonne. La « direc­tion » est élue par les membres de la comm­nau­té. Ça me va bien.

Voi­là. Ça n’intéresse natu­rel­le­ment per­sonne. Quelle que machine j’utilise, de l’autre côté —votre côté de l’écran— rien ne change, et c’est le but de l’affaire.

Pour les curieux : LMDE.

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Dodge the Dodo…

J’en ai rêvé, ils l’ont fait : une ren­contre entre le magique (défunt) Esb­jörn Svens­son Trio et Pat Methe­ny. Qui sont « ils » ? Les orga­ni­sa­teurs du fes­ti­val de « Jazz Bal­ti­ca » de Sal­zau (Alle­magne), aux­quels je dois (via les retrans­mis­sions —trop— tar­dives télé­vi­sées que j’attrape quand j’y pense après le Tatort du dimanche) une par­tie crois­sante de ma culture musi­cale.

Cli­quez, et ten­tez de ne pas être pris par cette com­po­si­tion extra­or­di­naire.

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Reamde : le plaisir et la déception

Reamde est un roman de Neal Ste­phen­son, et c’est dom­mage. Quand on a lu les autres romans de Neal Ste­phen­son.

C’est un petit peu aga­çant. Après quelques jours pris pour digé­rer une cer­taine décep­tion, et après l’avoir ana­ly­sée, je décide que Reamde ne peut pas être sépa­ré de son auteur, et donc qu’il est impor­tant de le faire. Donc je me lance. Deux cri­tiques. Une du livre seul, et une du livre de cet auteur tel­le­ment par­ti­cu­lier qu’est Ste­phen­son.

Reamde pour les lec­teurs qui n’ont jamais lu Ste­phen­son avant…
Reamde est un thril­ler. Un tech­no-thril­ler, ou je ne sais pas trop com­ment appe­ler ça. C’est un livre qu’on ouvre et qu’on ne veut pas fer­mer. On est, dès la pre­mière page, plon­gé dans un monde… sur­pre­nant. Ima­gi­nez une réunion de famille dont le plat de résis­tance consiste à tous s’aligner dans un champ, en armes, pour tirer. Au pis­to­let, au fusil de chasse, au fusil d’assaut. C’est la famille, c’est le som­met de l’année fami­liale. Aux USA, natu­rel­le­ment. Reamde est un thril­ler amé­ri­cain.

Le pro­ta­go­niste prin­ci­pal est riche, fort, intel­li­gent. Amé­ri­cain. Un per­son­nage capable de tra­ver­ser les rocheuses à pieds en hiver, capable de démon­ter et remon­ter n’importe quelle arme avec les pieds. Il est natu­rel­le­ment très intel­li­gent, et très amé­ri­cain. Il crée un jeu sur ordi­na­teur, une sorte de World of War­craft sous amphé­ta­mines, qu’il a crée à par­tir du prin­cipe qu’il vou­lait une réelle inter­pé­né­tra­tion entre un monde vir­tuel et l’argent du monde non vir­tuel. Il y a quelques scènes racon­tant les cou­lisses de la créa­tion / admi­nis­tra­tion de ce jeu qui sont épous­tou­flantes. On y découvre quelques per­son­nages tota­le­ment déca­lés et déca­pants.

Reamde est le nom d’un virus, lequel prend en otage vos don­nées, vous y inter­di­sant l’accès. Un petit tra­fi­quant, un petit voleur de bases de don­nées est infec­té, mais sur­tout infecte son client. Le client est un « mafio­so » russe. Lequel n’a aucun sens de l’humour.

Le reste du livre est une gigan­tesque scène d’action. Explo­sions, pour­suites, com­bats (autant réels que vir­tuels).

Pour un lec­teur dans mon genre, qui traîne dans ses car­tons de livres quelques livres de Tom Clan­cy, Reamde est une gour­man­dise. Un thril­ler amé­ri­cain avec une pointe d’humour. Très amé­ri­cain : les méchants dont natu­rel­le­ment des ter­ro­ristes isla­mistes très, très méchants, aux­quels aucun cli­ché ne sera épar­gné. Mais le tout tel­le­ment bien écrit que j’y ai sacri­fié quelques nuits. Il y a quelques per­son­nages atta­chants, savou­reux, même. Des scènes sur­pre­nantes, de bonnes idées. Ça se lit vrai­ment bien.

Mais main­te­nant que j’ai refer­mé le livre, que j’ai lu —je le dis encore une fois— avec grand plai­sir, le livre a une bonne chance de finir dans un car­ton avec mes vieux Clan­cy.

Plus que d’un bon livre, j’ai de Reamde l’idée qu’il est un bon pro­duit. Il va cer­tai­ne­ment bien se vendre, et les ama­teurs de thril­ler en auront pour leur argent.

Reamde pour les lec­teurs ayant lu plu­sieurs livres anté­rieurs de Neal Ste­phen­son
Quelle décep­tion ! Même le plai­sir éprou­vé à lire Reamde ne peut pas effa­cer le goût d’inachevé. Car ce livre n’a aucune sub­stance. On attend par exemple d’un Ste­phen­son plus que les quelques pages consa­crés à un per­son­nage comme « D-square ». Ste­phen­son en aurait fait tel­le­ment plus.

Ste­phen­son, j’aime à le décrire comme un Umber­to Ecco sous speed. Il ne laisse *jamais* une facette d’un per­son­nage ou d’un évé­ne­ment inex­plo­rée. Il cisèle le moindre détail, jusqu’à la per­fec­tion. Le por­trait qu’il nous a don­né par exemple de Louis XIV dans son « cycle baroque » est tout sim­ple­ment inou­bliable. Comme celui de New­ton ou Leib­niz, en ce qui concerne les per­son­nages his­to­riques. Je suis han­té jusqu’à la fin de ma vie par les diverses incar­na­tions des Wate­rhouse et des Shaf­toe, per­son­nages *incroyables* (il a décrit, dans divers livres, des membres de ces familles aux des­tins noués jusqu’à la fin des temps). Il a même crée des mondes entiers, jusqu’à la langue qui va avec.

Mais sur­tout, il y a dans chaque livre de Ste­phen­son de quoi pen­ser. Il insère dans ses livres des équa­tions. Ses per­son­nages se frottent aux concepts nus : argent, science, pou­voir, poli­tique, et en abordent chaque facette. En détail. Qui ouvre un livre de Ste­phen­son doit prendre son temps. Ses livres sont énormes.

Reamde est un pavé de plus de mille pages, mais vide.

Pas *vrai­ment* vide, natu­rel­le­ment. Mais pour un Ste­phen­son, vide. On reste sur sa faim. Ste­phen­son n’est pas étran­ger aux scènes d’action, rien de sur­pre­nant aux scènes d’action de Reamde. Elles sont bien écrites, natu­rel­le­ment. Comme tout ce que Ste­phen­son écrit. Mais on n’est pas habi­tué à fer­mer un Ste­phen­son aus­si faci­le­ment. Je relis au moins un Ste­phen­son par année. Et à chaque fois que je réouvre un de ces livres, je suis d’avance cap­ti­vé, sachant qu’il me reste encore beau­coup à décou­vrir, à apprendre, à aimer.

Mais Reamde ?

Ste­phen­son :

  • Zodiac : eco thril­ler
  • Snow­crash (le samou­rai vir­tuel): un livre *fon­da­teur*, indis­pen­sable
  • The Dia­mond Age (l’âge de dia­mant) : quand les nano­tech­no­lo­gies ren­contrent la reine Vic­to­ria d’Angleterre
  • Cryp­to­no­mi­con : indes­crip­tible. Chas­sé-croi­sé entre deux géné­ra­tions de familles (Wate­rhouse et Shaf­toe) d’archétypes. Argent, argent vir­tuel, liber­té, résis­tance, cryp­to­lo­gie, le tout à mou­rir de rire.
  • Quick­sil­ver, The Confu­sion, The Sys­tem of the World : une tri­lo­gie. La nais­sance de la civi­li­sa­tion comme nous la connais­sons. Les lumières de l’intérieur. Les Wate­rhouse et Shaf­toe. La plus incroyable saga jamais écrite.
  • Ana­them : la pla­nète Arbre, déjà presque détruite, re-née, et gar­dée par des « moines » voués à la pen­sée, sans autre tech­no­lo­gie que le papier et le crayon. Entiè­re­ment écrit en une langue ima­gi­naire.

Une par­tie de ces incroyables livres n’ont même pas été tra­duits en fran­çais. Mais en alle­mand. La tri­lo­gie « cycle baroque » est mon livre pour l’île déserte.

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Peu d’indignés en Allemagne ?

On n’a pas encore de tra­duc­tion « offi­cielle » (c’est à dire que la presse n’a pas jugé vrai­ment néces­saire de trou­ver un nom) aux « indi­gnés ». Le 15 octobre (jour­née d’action inter­na­tio­nale en suite au « occu­py Wall Street »), il y a eu quelques mani­fes­ta­tions, et il y a eu (je crois) deux « occu­pa­tions » (Frank­furt et Ham­burg) très limi­tées dans le temps), et même pas une nuit de cam­ping urbain à Ber­lin (dis­per­sion par la police, il faut tout de même le dire)…

Les (jeunes) alle­mands sont-ils pour autant inac­tifs ?

Eh bien en fait pas du tout. J’en veux pour preuve le der­nier son­dage natio­nal sor­ti (ce matin) qui nous donne le par­ti pirate à… DIX pourcent. Sans pro­gramme autre que quelques (sains) prin­cipes, ce par­ti *pirate* séduit 10% de l’électorat. Je rap­pelle qu’à Ber­lin, les pirates sont entrés au Sénat (le gou­ver­ne­ment de l’état de Ber­lin —l’Allemagne est une fédé­ra­tion). Et si les pirates main­tiennent leurs 10%, ils seront au Bun­des­tag (assem­blée natio­nale fédé­rale).

L’indi­gna­tion chère à mon­sieur Sté­phane Hes­sel a bien voya­gé. J’ai vu l’autre jour Empört Euch! (Indi­gnez-vous) sur le comp­toir du gros kiosque de la gare de Frie­drichs­traße. Ima­gi­nez-vous la scène : « le Monde, l’Équipe, et, tiens don­nez-moi aus­si deux Indi­gnez-vous!  » J’ai aper­çu éga­le­ment Sté­phane Hes­sel dans plu­sieurs émis­sions de télé (il parle un alle­mand délec­table), et je lui dois un de mes meilleurs moments de télé­vi­sion : une inter­view magni­fique. Plus une conver­sa­tion qu’une inter­view, un vrai moment de séré­ni­té, un dia­logue sen­sible et sen­sé.

Mais j’ai l’impression que les Alle­mands l’ont peut-être mieux com­pris que les Fran­çais. Ils ont (peut-être, je peux me trom­per) mis les prin­cipes en action immé­dia­te­ment. Les 5 élec­tions « locales » de l’année ont mon­tré, de plus en plus, que les Alle­mands en ont marre. Au début, l’effet Fuku­shi­ma et Stutt­gart 21 aidant, les Verts avaient le vent en poupe. Au point qu’ils ont eu pour la pre­mière fois un pre­mier ministre. Mais au fil des élec­tions, il n’y avait qu’un per­dant constant : le FDP (libé­ra­listes béats). Et un seul gagnant : le par­ti pirate. Par­ti de rien, il est main­te­nant cré­di­té de 10 pourcent au niveau natio­nal. Et *tous* les autre par­tis baissent, ou au mieux (CDU) se main­tiennent.

Le fait que le par­ti pirate n’ait pas de pro­gramme est très signi­fi­ca­tif. Au moins pour moi. Il incarne exac­te­ment cette pré­sup­po­sée impuis­sance. Les gens ne com­prennent géné­ra­le­ment rien à la finance et même à la poli­tique, et les pirates non plus. Mais en par­ti­ci­pant aux élec­tions (et en les gagnant) ils se donnent les moyens :

  • d’accéder à toutes les infor­ma­tions
  • de construire un réseau indé­pen­dant de connais­seurs
  • d’apprendre, de réflé­chir sur de bonnes bases

… et donc ensuite

  • d’agir

Si j’ai ai été ins­tinc­ti­ve­ment déçu du manque appa­rem­ment d’indignation visible le 15 octobre, en fait je suis *rela­ti­ve­ment* tran­quille : l’indignation, si elle est tra­duite en alle­mand, elle est éga­le­ment mise en œuvre à l’allemande. Sérieu­se­ment.

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