Le Liban, vu d’Irak et de mon canapé …

Je lis trop souvent le site «Baghdad Burning». D’ailleurs son auteur, la dame Riverbend écrit également trop souvent. Son ton a changé, depuis le début.

Si vous voulez avoir une idée de la vie en Irak, de la destruction de la société irakienne, suivez la guide.

Le 30 juillet, elle donnait sa vision de la situation du Liban :

I’m so frustrated I can’t think straight. I’m full of rage against Israel, the US, Britain, Iran and most of Europe. The world is going to go to hell for standing by and allowing the massacre of innocents

Elle n’a pas la fibre sectaire. Tout le monde en prend pour son grade. En plus des «traditionnels» coupables, Israël, les US et l’Angleterre, elle cite l’Iran, et la plus grande partie de l’Europe. En plein dans le mille.

Riverbend nous raconte normalement comment son pays sombre graduellement dans le fanatisme, et la violence. Ce jour là, elle nous rappelle que la leçon irakienne est valable ailleurs :

And the world wonders how ‘terrorists’ are created! A 15-year-old Lebanese girl lost five of her siblings and her parents and home in the Qana bombing… Ehud Olmert might as well kill her now because if he thinks she’s going to grow up with anything but hate in her heart towards him and everything he represents, then he’s delusional.

Ben oui. Elle est éduquée, intelligente. Mais elle sait la limite humaine. On peut, nous, de loin, au calme, sans même connaître le tumulte des moteurs de blindés, sans savoir la trouille viscérale engendrée par le simple son d’un moteur, (sans parler des autres organes des blindés, tenez, le canon, par exemple) nous, on peut raisonner. On peut croire qu’on ne basculerait pas dans la violence, la haine. Elle, elle a appris. La tolérance, l’humanité, dans ces circonstances, c’est pas gagné d’avance. Il faut être très, très, très fort(e).

La dernière phrase. Lisez-là plusieurs fois.

Is this whole debacle the fine line between terrorism and protecting ones nation? If it’s a militia, insurgent or military resistance- then it’s terrorism (unless of course the militia, insurgent(s) and/or resistance are being funded exclusively by the CIA). If it’s the Israeli, American or British army, then it’s a pre-emptive strike, or a ‘war on terror’. No matter the loss of hundreds of innocent lives. No matter the children who died last night- they’re only Arabs, after all, right?

Je tente de vous traduire ça, dans ma langue, avec mes mots :

«Alors cette merde c’est la fine ligne de démarcation entre terrorisme et la défense de son pays ? Si c’est une milice, un militant ou un résistant armé, alors c’est du terrorisme (à moins bien sûr que la milice, le ou les militants et / ou les résistants soient totalement à la solde de la CIA). Si c’est l’armée israélienne, américaine ou anglaise, alors c’est une attaque préventive, ou une “guerre contre le terrorisme”. On s’en fout des centaines de vies perdues. On s’en fout des enfants qui sont morts la nuit dernière - aprés tout, c’est seulement des arabes, non ?»

L’empathie ne remplace le raisonnement. L’empathie permet de raffiner le raisonnement. Et permet de savoir la limite du raisonnement. Dans ce cas précis, il nous faut comprendre à la fois pourquoi elle dit ça, et essayer de comprendre la limite de son raisonnement, quand elle raconte la limite de notre raisonnement.

J’ai appris la limite du «raisonner» en Palestine, une nuit où je me pissé dessus de trouille, quand un char a ouvert le feu sur la maison du voisin. Je suis un privilégié, je suppose. Pour ceux à qui ce genre de chose n’arrive que rarement, vous pouvez approcher la limite en lisant. Beaucoup.

Pour le reste, essayez l’empathie. Essayez de penser deux minutes par jour comme en palestinien, un libanais, et aussi comme en israélien. Deux petites minutes par jour. Deux minutes avec la peur du char, ou celle de la roquette. Deux minutes pour imaginer le nom de la peur en arabe, ou en hébreu.

Après, il nous reste 1438 minutes (par jour !) pour nous regarder le nombril, refaire le monde, et tout ça.