Et pendant ce temps là …?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 23 Août 2010 à 06:25

Ber­lin construit des hôtels. Par­tout. Et des immeubles de bureaux vides. Tout le temps.

Le café Kranz­ler, joyau de la défunte Ber­lin-Ouest a été rache­té. Ses ex-pro­prié­taires ont ouvert « Bou­le­vard » sur la même « Ku’Damm », à l’ombre de la tour de 25 étages qui héber­ge­ra un … hôtel de luxe.

À Ber­lin la mafia construit à la pelle des « ludo­thèques », qui s’annoncent comme « casi­nos », et que je soup­çonne de n’être rien d’autre que des machines à laver l’argent sale.

Et pen­dant ce temps là …?

Hier soir, il y avait un nou­veau Tatort à la télé, et pour être tota­le­ment hon­nête, il n’était pas vrai­ment pas­sion­nant.

D’un seul coup, Vio­la m’a appe­lé de la salle de bains. « Écoute ! »

J’ai ten­du l’oreille, et j’ai vague­ment enten­du quelque chose. « C’est un oiseau bles­sé ! Un jeune ! ».

Oui, d’accord, mais, mau­vais ou pas, il y avait le Tatort du dimanche soir, là et… « va au bal­con, écoute ! ».

C’était curieux. C’était défi­ni­ti­ve­ment un oiseau. Le truc qui m’a inter­pel­lé c’est que le son se dépla­çait, appa­rem­ment. Mais bruyant. tel­le­ment bruyant que j’ai pen­sé qu’il pou­vait être sur la bal­con du voi­sin, ou peut-être sur le toit… ou bien… « tu viens ? »

Vio­la s’était habillée. « Il est en bas. Je crois que c’est un jeune, et qu’il est bles­sé ».

Et après tout, pour­quoi pas…

Quand je suis reve­nu, habillé, dans le bureau, j’ai trou­vé Vio­la en train d’écrire quelque chose sur un petit mor­ceau de papier. Et elle avait le por­table. Je n’ai pas eu besoin de lui deman­der ce qu’elle écri­vait : le numé­ro des urgences ani­ma­lières. C’est une des mul­ti-mul­tiples rai­sons qui me font aimer Vio­la.

Et nous voi­là dehors. Il com­men­çait à pleu­voir. Natu­rel­le­ment.

Tiens, elle avait rai­son ! Il n’était pas sur le toit, c’est à gauche… attends… là ! Et j’ai ten­du le doigt. Je voyais très dis­tinc­te­ment… une chouette. Non, deux ! Deux chouettes qui vole­taient d’un arbre à l’autre. Appa­rem­ment des jeunes qui s’impatientaient du retour des parents, ou quelque chose de ce genre.

Nous habi­tons dans Ber­lin intra-muros, c’est à dire intra-périph’, et j’étais là comme un gamin qui aurait trou­vé un paquet de bon­bons. Je regar­dais des chouettes, à trois mêtres de moi. Des *chouettes*. Je trouve ça dingue.

De même que, jeu­di, alors qu’on avait déci­dé de ren­trer du Job­Cen­ter à pieds, ce qui nous fait tra­ver­ser le parc de Reh­berge, j’étais tom­bé en arrêt au spec­tacle de 5 rapaces —les deux parents et trois petits— qui évo­luaient en groupe à quelques mètres de nous. Je suis inca­pable de les iden­ti­fier, natu­rel­le­ment, ne me deman­dez pas ce que c’était comme rapaces. Je sais seule­ment que ce n’était pas des cré­ce­relles, car ceux-là j’en ai déjà vu quelques uns, et je sais qu’il ne sont pas aus­si grands que ceux-là.

Ber­lin est… magique.

Et Vio­la aus­si.

Crédit Caipirinha …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 10 Août 2010 à 16:30

Ça va faire deux heures que c’est sur mon bureau.

Je sais bien que je devrais être encore en train de pleu­rer de rire, et en fait je l’ai fait pen­dant un moment.

Mais tout de même.

Je n’arrête pas d’y reve­nir, et je n’en reviens pas.

Dans la boîte (tout de même…) que j’ai reçu tout à l’heure, il y a deux pros­pec­tus, et tout un dis­po­si­tif de car­ton plié et troué, des­ti­né à conte­nir, ou plu­tôt à pré­sen­ter les pro­duits de mana­ge­ment de patri­moine de la Com­merz­bank. Ma banque. Le logo de l’année der­nière vous aurait été fami­lier : c’est celui du Cré­dit Lyon­nais. Enfin celui de l’année der­nière, avant que ça s’appelle LCL.

Inven­taire :

  • Un machin de plas­tique, jaune, un petit comme un bâton, avec le nou­veau logo de la Com­merz­bank
  • un tube de plas­tique jaune avec le logo de la Com­merz­bank
  • un sachet orné du logo de la Com­merz­bank conte­nant… il fau­drait l’ouvrir pour le savoir

Il m’a fal­lu au moins trente secondes pour iden­ti­fier le bâton comme un « mélan­geur », le tube comme une paille, et le sachet comme… un sachet.

His­toire de com­prendre, je me tourne à nou­veau vers les pros­pec­tus, et c’est là qu’est venue la lumière : avant la ligne « les pro­duits de mana­ge­ment de patri­moine de la Com­merz­bank », il y avait, en gros, je veux dire en gros carac­tères, « un mix à appré­cier ».

Pour être hon­nête, je n’ai *vrai­ment* com­pris que quand je me suis attar­dé sur la pho­to, à droite, qui nous mon­trait un verre, avec un liquide inco­lore, un para­sol (jaune, natu­rel­le­ment), un brin de menthe, et une ron­delle de citron.

Donc, si je résume : On nous a envoyé un kit à deux balles de chez Tati pour nous vendre des « pro­duits de mana­ge­ment du patri­moine ».

Ima­gi­nez une petite minute que vous ayez disons un mil­lion d’euros sur votre compte (lire : patri­moine) et que vous rece­viez un mélan­geur, une paille, un sachet et une invi­ta­tion à venir reti­rer votre verre à cock­tail… vous feriez quoi, vous ?

Moi, j’ai pas un mil­lion d’euros sur mon compte, alors, j’peux pas com­prendre, je pense…

Ah oui, le machin dans le sachet per­met de faire de la « Cai­pi­rin­ha ». Chouette.

Je ne joue plus.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 10 Août 2010 à 12:57

Pré­am­bule :
Le pré­si­dis­cule fran­çais a pro­mis de rendre « la Répu­blique Fran­çaise irré­pro­chable ». Au final :

  • un ministre condam­né pour racisme (mais il a inter­je­té appel, donc « inno­cent »… en sur­sis)
  • deux ministres « démis­sion­nés » pour uti­li­sa­tion sus­pecte d’argent public
  • un ministre « inno­cent » dont le des­tin est entre les mains d’un pro­cu­reur porte-coton pré­si­den­tiel

Le tout en moins de deux mois. Natu­rel­le­ment, ça fait désordre. Mais pas de panique, le pré­si­dis­cule de la répu­blique a tou­jours une lon­gueur d’avance : il vient de déci­der de faire oublier tout ça. Il a pro­mis :

  • de décla­rer la guerre à… aux can­di­dats au Kär­cher de la der­nière fois (appa­rem­ment pas vrai­ment impres­sion­nés)
  • de bou­ter les Roms hors de France, en contra­dic­tion avec les trai­tés euro­péens qu’il a signés
  • de créer une natio­na­li­té fran­çaise à deux vitesses, en contra­dic­tion avec la consti­tu­tion qu’il a modi­fiée lui-même
  • de réin­ven­ter le code civil, ren­dant les parents péna­le­ment « cau­tion » de leurs reje­tons can­di­dats au Kär­cher

Et tout en mois de temps qu’il en faut pour faire un dis­cours.

Je pour­rais me mettre à écrire à lon­gueur de pages, mais je suis fati­gué. Et puis d’autres s’y sont col­lés avant moi. En outre, d’autres le feront très pro­ba­ble­ment encore.

Je sais bien que le pré­sident recherche d’abord les effets d’annonce. Cette loi ne ver­ra jamais le jour. Mais ça ne change rien aux inten­tions. Et les inten­tions, je vous le dis comme je le pense, les inten­tions sont scan­da­leuses.

Michel Rocard, lisible ici

Je ne vote­rai plus en France. C’est ter­mi­né. Je ne joue plus. Comme le vote « blanc » est éva­cué, je n’ai plus aucun recours. Quand on éli­mine le vote blanc, on peut ima­gi­ner un pré­sident élu avec deux voix contre une à son adver­saire. Vous voyez ce que je veux dire.

Pire : je m’en fous, de voter fran­çais. Voter contre le pré­si­dis­cule me for­ce­rait pro­ba­ble­ment à voter pour un « socia­liste » genre DSK, et je m’accepterais plus faci­le­ment en lâche qu’en cou­pable.

Je vote­rai aux muni­ci­pales de Ber­lin, tant qu’il nous res­te­ra des can­di­dats genre Hei­di. Je n’y pas crois pas trop, mais au moins elle peut me faire sou­rire…

Et, oui, je sais, mes ancètres se sont bat­tus pour leur droit au vote. Comme je vous l’ai dit, la ques­tion est de savoir com­ment se trom­per sans se tra­hir. Et mes ancètres, et leurs suc­ces­seurs, se sont —tous— tra­his. Cette « démo­cra­tie » à la Fran­çaise est une fou­taise.

Un leurre.

Je ne joue plus.

Un pas. De trop.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 31 Juil 2010 à 07:15

J’aime bien les jeunes. Géné­ra­le­ment. Enfin par­fois. De temps en temps.

Je me trim­balle rela­ti­ve­ment sou­vent dans Ber­lin avec un t-shirt « poli­tique ». C’est pas du Storch, mais le mes­sage est tout aus­si clair : les sym­pa­thi­sants du FC Sankt Pau­li ne sont pas répu­tés pour leurs attaches à droite. Je reçois géné­ra­le­ment des regards et/​ou des saluts posi­tifs. Et sur­tout je n’ai pas d’arrières pen­sées avant de sor­tir avec mon t-shirt. Je prends comme ça une ligne du S-Bahn qui tra­verse la « for­te­resse » d’extrême droite (Mar­zahn, etc.), et je n’ai jamais eu droit à une réac­tion néga­tive.

Mais, à regar­dant ce qui se passe dans la rue, j’ai par­fois des suées froides. La gué­guerre rhé­to­rique entre les « anti-faschistes » et les « néo­na­zis » de lam­pa­daires (entre nous, vous pour­rez noter mon emploi des guille­mets —et en tirer les consé­quences qui vont bien) conti­nue d’escalader.

Hier, on a fran­chi la ligne. Sur cette affi­chette (ano­nyme, natu­rel­le­ment), on y dénonce un « porc de nazi » (Nazi­sch­wein), avec sa pho­to, son nom, *et son adresse*. L’affichette se finit par « il adore les visites » (er freut sich über Besuch).

Moi, j’appelle ça un appel au meurtre.

J’aimerais que les dif­fé­rences entre « nazis » et « anti-nazis » soient plus claires. Quand un dépu­té trans­gresse la loi pour faire par­tie d’un sit-in pour blo­quer la route d’une mani­fes­ta­tion d’extrême droite, tout va bien. Quand à l’occasion deux groupes en viennent aux mains, c’est moins drôle, mais ça va encore.

Mais l’appel au meurtre, ça ne passe pas.

J’aimerais bien que les « anti­fas » ne se trompent pas de méthodes.

J’adore mes t-shirts Sankt Pau­li. Et j’aimerais pou­voir conti­nuer à les por­ter sans risque d’être confon­du avec des jeunes cons pas tant « anti » que ça.

Wir haben Gesichter, nous avons des visages…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 30 Juil 2010 à 07:31

J’ai trou­vé cette stèle, ce monu­ment, à un des entrées du parc Vik­to­ria, sur le che­min direc­tion Tem­pel­hof. Des­sus, il est écrit :

Nous avons des visages
Nous avons des yeux
Nous avons des mains et des poings
Nous avons des noms
Nous avons des cœurs
Nous avons des rêves
Nous avons des larmes
Nous avons des rires
Nous avons la colère

Wir haben Gesich­ter, Wir haben Augen, Wir haben Hände und Fäuste, Wir haben Namen, Wir haben Her­zen, Wir haben Träume, Wir haben Trä­nen, Wir haben Lachen, Wir haben Zorn. C’est la ver­sion ori­gi­nale d’un cri de colère.

Le monu­ment « com­mé­more » le viol d’une femme. Le viol a eu lieu en 2002. Sur la stèle, on peut lire la révolte. Presque la vio­lence. Viol, Ber­lin, 2002. Ça me rend malade.

Ce texte s’est, dans ma tête, super­po­sé à un autre texte que j’ai redé­cou­vert der­niè­re­ment.

Tour­nez, Uru­bus !
Quand la lumière des villes s’obscurcit vers le néon fra­gile !

Pla­nez, Uru­bus !
Au-des­sus des sou­mis comme une ombre por­tée sur la vie !

Vivez, Uru­bus !
Cachés dans vos buil­dings sans un cri, pen­chés sur vos plan­nings!

Vivez, Uru­bus !
Glis­sez vos doigts d’acier dans nos démo­cra­ties avan­cées !

Tour­nez, Uru­bus !
Don­nez-nous un peu d’air et on vous laisse le phos­phate et le fer!

Tour­nez, Uru­bus !
Qui contrô­lez le temps, mines d’or, de pla­tine, de dia­mants!

Tuez, Uru­bus !
Tout ce qui vous résiste, ce qui vit, qui res­pire, qui existe !

Fouillez, Uru­bus !
Au fond de leurs entrailles, becs cro­chus, longs cou­teaux et tenailles !

Cher­chez, Uru­bus !
Ce qui nous fait mar­cher, ce qui nous fait rêver, nous aimer !

Pla­nez, Uru­bus !
Au-des­sus du lin­ceul que déchire le poing d’un homme seul !

Cre­vez, Uru­bus !
Tom­bez comme des pierres sur la terre, le gou­dron en enfer !

Per­sonne Uru­bus, ne vien­dra vous bec­que­ter. Même pas les four­mis rouges affa­mées

Uru­bus, Les aigles sont déchus.
Innom­brables vous gar­dez les issues !

Uru­bus (« vau­tours »), Ber­nard Lavilliers, dans son album « Pou­voirs », en 1979

Le lien entre ces deux textes n’est pas expli­cite. Je veux dire que je n’ai pas besoin de prendre le temps de réflé­chir, pas besoin de pas­ser par le stade « lan­gage » pour savoir que ce sont deux « faces » du même texte. Uru­bus est le nom bré­si­lien d’un vau­tour. Un cha­ro­gnard.

En ce moment, je suis un ter­rain fer­tile. Pour la colère.

Oh, pas tout le temps, hein. Tout à l’heure, j’ai vu Noi­sette tra­ver­ser la rue. Com­ment res­ter en colère après ça ?

Au fait, est-ce que quelqu’un a une idée de com­ment « Uru­bus » se dit en… disons… hon­grois ?

Ne cher­chez pas : j’ai cher­ché ça moi-même. Et non, la réponse n’est, curieu­se­ment, pas « sar­ko­zy ».

Une promenade hors du temps… ou d’autre chose…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 28 Juil 2010 à 09:28

Je vous ai déjà par­lé de Tem­pel­hof. Ou pour lui don­ner son nom com­plet, de l’aéroport de Ber­lin-Tem­pel­hof. Un aéro­port en pleine ville. Et main­te­nant il est fer­mé.

Pour être hon­nête, j’ai vrai­ment cru que le Sénat de Ber­lin réus­si­rait à pla­cer quelques uns de ses nombres amis pro­mo­teurs immo­bi­liers dans la place. Ima­gi­nez un petit peu la sur­face de ter­rain vide. Ten­tant. For­cé­ment très ten­tant. Regar­dez la carte, et vous com­pren­drez.

Mais, de temps en temps on a une bonne sur­prise. Et main­te­nant, Tem­pel­hof, à part le bâti­ment, natu­rel­le­ment, est un parc. On a y recen­sé 414 sortes d’insectes buti­neurs. J’ai oublié le nombre d’espèces d’araignées. Le parc est « amé­na­gé ». Au début, c’est un petit peu curieux, mais on s’habitue rapi­de­ment. Le parc est en gros vide. C’était un aéro­port, donc c’est plat. Pas d’arbres. Du bitume (pistes diverses, deux kilo­mètres de long) et de la ver­dure. Les zones bitu­mées sont le royaume des ska­ters et des cyclistes. Oh, et des spor­tifs, ceux qui courent. On peut natu­rel­le­ment éga­le­ment juste mar­cher.

La ver­dure a été « admi­nis­trée ». Il y a des zones pour les fans de bar­be­cue (sorte de sport natio­nal à Ber­lin), natu­rel­le­ment il y a un café, des zones où on peut s’allonger tran­quille­ment, où on peut jouer, etc. Il y a quelques zones « fer­mées » où on peut lais­ser le chien cou­rir (c’est grand). Et le reste ?

Au moins deux tiers de la sur­face totale est une réserve natu­relle. Pour les oiseaux, les buti­neuses, tout ce qui bouge.

Hier, il fai­sait chaud, mal­gré le ciel cou­vert. Il n’y avait pas trop de gens. On mar­chait, tran­quille­ment. En plein cœur d’une ville. Et tout ce qu’on enten­dait était les bruits des oiseaux et des insectes. Hors du temps. Magni­fique. J’ai vu un fau­con cré­ce­relle. Il y en pro­ba­ble­ment beau­coup d’autres.

Il y quelques trucs que je n’aime pas. À l’entrée, on est accueillis par « Ber­lin Grün GmbH ». Ber­lin Grün ça veut dire « Ber­lin verte ». Mais GmbH c’est la déno­mi­na­tion alle­mande d’une SARL. L’actionnaire unique est le Sénat de Ber­lin. Je n’aime pas le mélange des genres : une SARL c’est une enti­té des­ti­née à *gagner* de l’argent. Une asso­cia­tion m’aurait suf­fi. Je ne sais pas com­ment com­prendre le Sénat de Ber­lin créant des entre­prises. Le Sénat n’a pas voca­tion à faire du béné­fice. Mais c’est juste moi, hein.

Ils annoncent tout de même « quelques » bâti­ments d’habitation. Ça rime bien avec GmbH. Et ils annoncent éga­le­ment un « parc d’innovation », quoique ce soit.

Le café est ter­ri­ble­ment cher. En d’autres termes, une arnaque. Peut-être même à la limite de l’illégalité.

Mais dès qu’on lui tourne le dos et qu’on marche un petit peu, on est subi­te­ment à la cam­pagne. Il y a quelques plate-formes des­ti­nées à ceux qui vou­draient obser­ver. Les oiseaux, par exemple.

Une après-midi de rêve. Sans « Noi­sette », mais tout de même.

Pour le moment. Pour 2017, ils annoncent une Expo­si­tion de jar­dins inter­na­tio­nale sur Tem­pel­hof. Je ne sais pas ce que ça va repré­sen­ter pour les oiseaux. Mais il est encore un petit peu tôt pour déses­pé­rer…

Il est exactement Sud-Ouest moins 5…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le dim 25 Juil 2010 à 09:20

Ça fait au moins 6 ans que j’utilise le navi­ga­teur Fire­fox. Depuis que j’ai appris son exis­tence. Lit­té­ra­le­ment. Avant, je crois que j’utilisais Mozilla, et encore avant son ancêtre Nets­cape.

Pas parce qu’il est le plus rapide, pas parce qu’il est le plus beau, même pas parce qu’il est « libre » (encore que, natu­rel­le­ment, ça a comp­té), mais parce que c’est le plus flexible. Pour moi. Le mélange « exten­sions » et « moteurs de recherche », c’est —dans *mon* uti­li­sa­tion d’un navi­ga­teur— l’arme abso­lue.

C’est que je « cherche » beau­coup, et que j’aime bien cher­cher « futé ». Et aus­si car je suis apha­sique. Et tri­lingue.

Ima­gi­nez, par exemple, que pen­dant que j’écris cet article, il me manque un mot. C’est un des effets secon­daires de mon apha­sie. J’ai un mot, ou bien le concept d’un mot dans la tête, mais il ne sort pas. Dans ce cas là, j’utilise deux types d’astuces :

Si j’ai un syno­nyme dans la tête : dans ce cas, le meilleur outil que je connaisse est cette page. Le lien m’a été envoyé par l’ami Sté­phane Ne vous lais­sez pas trom­per par le titre : ce n’est pas seule­ment un tra­duc­teur. Ima­gi­nez que le syno­nyme que j’ai en tête soit, par exemple, « vite » : je vais pou­voir trou­ver le mot que je cher­chais (en l’occurrence « impé­tueux ») sur cette page.

Main­te­nant com­ment y aller ? La méthode « clas­sique » consiste à :

cli­quer sur le marque-page (« book­mark ») que j’ai crée. Dans le meilleur des cas, c’est *deux* actions. J’ai plu­sieurs cen­taines de marque-pages, ran­gés dans quelques dos­siers. Pour arri­ver à la page que je cherche, je dois cli­quer une pre­mière fois pour ouvrir mon dos­sier « divers », puis une seconde fois (avec le bou­ton du milieu de ma sou­ris) sur le marque-page. La page s’ouvre sur un nou­vel onglet. Si je cli­quais sur le bou­ton de gauche de ma sou­ris, la page rem­pla­ce­rait la page sur laquelle je suis en train d’écrire mon article. À évi­ter.

uti­li­ser la fenêtre « recher­cher » du navi­ga­teur. Atten­dez… où vais-je trou­ver un « plu­gin moteur » pour cher­cher sur cette page spé­ci­fique ? Le navi­ga­teur nous donne un lien qui nous envoie . Ce n’est pas le pied. Après un petit peu de recherche, j’ai trou­vé cette page là, déjà bien meilleure. Sauf que là non plus je ne trouve pas la page que je cherche. Je peux tou­te­fois trou­ver celle ci. C’est le même moteur, mais la cou­leur est insup­por­table. Je veux celle qui cor­res­pond à mon book­mark. Et c’est là que les « exten­sions » entrent en jeu. Après un petit peu de recherche, j’ai trou­vé une exten­sion qui me per­met de créer un plu­gin pour toute page conte­nant un champ de sai­sie pour une recherche. Et le tour est joué.

Main­te­nant ima­gi­nons, l’instant d’une minute, que je ne connaisse pas de syno­nyme pour le mot que j’ai en tête, mais que j’en aie que le début… par exemple, « impet ». Ça m’arrive très sou­vent. Je suis cer­tain qu’il existe des cen­taines de pages qui per­mettent une recherche avec *une par­tie de mot*, mais pour des rai­sons qui me sont propres (je suis tri­lingue), j’utilise celle-ci 

Ce n’est pas par­fait, mais ça m’a sau­vé un cer­tain nombre de fois.

Liste d’extensions que j’utilise (plus que les autres) :

Adblock plus J’exècre la pub, et cette exten­sion m’en débar­rasse. On y gagne en temps et en confort men­tal.

Add to search bar Me per­met d’avoir des moteurs de recherches acces­sibles à tous les coups.

Exif Vie­wer Pour qui s’intéresse à la pho­to, c’est un must. Un clic-droit sur une pho­to nous donne accès aux EXIF.

Fire ges­tures Par­fois, il est per­mis d’être à la fois fai­néant et pres­sé. Cer­taines opé­ra­tions peuvent être accé­lé­rées, et c’est bien.

Google Rea­der Wat­cher J’utilise Google Rea­der pour un *cer­tain* pour­cen­tage de mon temps pas­sé sur l’Internet. Donc…

Https Eve­ryw­here Par­fois (j’avoue : géné­ra­le­ment) on peut ne pas avoir envie que quelqu’un d’autre s’intéresse à ce qu’on fait sur l’Internet. Cette exten­sion, deve­lop­pée par EFF (Elec­tro­nic Fron­tier Foun­da­tion) empêche les gens de four­rer leur nez là où ils ne devraient pas.

Search With Par­fois, il est per­mis d’être à la fois fai­néant et pres­sé. Cer­taines opé­ra­tions peuvent être accé­lé­rées, et c’est bien. Dans ce cas là, il s’agit de recherches.

Sty­lish Cette exten­sion m’a per­mis de me débar­ras­ser de la barre de dépla­ce­ment ver­ti­cale, laquelle ne (me) sert à rien, et me pol­lue l’espace visuel.

Tiny Menu Parce que j’utilise mon écran pour y trou­ver des infor­ma­tions, et pas des menus.

Voi­là. C’est pas pour convaincre, c’est pour, éven­tuel­le­ment, aider.

Et, ah oui, la pho­to du jour : le roi de Prusse, Fre­de­ric II, pour tout ber­li­nois « Der alte Fritz », s’est fait ins­tal­ler dans sa chambre un cadran relié à la girouette du châ­teau de Char­lot­ten­burg. Il vou­lait pou­voir connaître la direc­tion du vent. C’est pas idiot. Sur­tout dans un châ­teau. La girouette est sou­vent très loin… :)

Le vieux Fritz était un roi comme on devrait se sou­hai­ter un pré­sident. Un homme remar­quable. Affaires mili­taires mises à part, natu­rel­le­ment.

En bref : Deux procès…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 22 Juil 2010 à 10:51

Hier, il y avait deux inté­res­sants pro­cès en Alle­magne.

Thor Stei­nar contre Storch Hei­nar : le ver­dict sera ren­du au mois d’août, mais les obser­va­teurs ne se font pas de sou­cis pour Storch Hei­nar, la cigogne zal­dingue anti-nazie. Crée par un dépu­té SPD, la cigogne est épa­tante.

La cigogne figure sur t-shirts, tasses, sur tout ce qui s’imprime, décli­née sous diverses formes. La « prin­ci­pale » est en fait une cari­ca­ture du logo de la marque Thor Stei­nar (de la petite culotte aux blou­sons, tout pour les nazillons). Mais elle existe sous la forme Beni­to Stor­cho­li­ni (Mus­so­li­ni), Debi­ler Rudolf (Hess), etc. Le « logo » de Storch Hei­nar res­semble (vu de Mes­serch­mitt) au logo de Thor Stei­nar, lequel évo­lue (de ver­dict en ver­dict, la pre­mière ver­sion ayant été inter­dite par la jus­tice), com­po­sé de « runes » vague­ment ger­ma­niques. Ou nor­diques. Blanches, natu­rel­le­ment. Vous voyez le genre.

Il fal­lait que ça arrive (et c’est en fait déjà la deuxième fois), Thor attaque Storch en jus­tice. L’objet du litige : pla­giat et calom­nie. La marque de Thor pré­tend que Storch lui fait perdre des clients. Jugez donc vous-même :

Le juge appré­cie­ra. Il a, avant de clore la ses­sion, lais­sé peu d’espoir à Thor. Il a, parait-il, sou­ri. Et c’est très bien ain­si.

Bodo Rame­low contre Alle­magne (état)
Bodo Rame­low est poli­ti­cien. Il appar­tient au par­ti Die Linke (« la gauche »), la par­ti que la démo­cra­tie entière nous envie. Le motif : il est très offi­ciel­le­ment sur­veillé (per­son­nel­le­ment, ain­si que son par­ti comme orga­ni­sa­tion) par le Bun­des­ver­fas­sung­sschutz, l’organisation du gou­ver­ne­ment dédiée à la pro­tec­tion de la consti­tu­tion. Autres « vic­times » : les grou­pus­cules néo­na­zies, La Scien­to­lo­gie, etc. Comme vous pou­vez le voir, Bodo Rame­low est en bonne com­pa­gnie. Bodo pré­tend que c’est injuste. Bouh.

Hier, le Bun­des­ver­wal­tuns­ge­richt (le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif fédé­ral) a ren­voyé Bodo per­son­nel­le­ment et sa clique poli­tique au bac à sable. La sur­veillance conti­nue­ra. Le juge n’a cer­tai­ne­ment pas sou­ri. Et c’est très bien ain­si.

Et comme les bonnes nou­velles arrivent tou­jours par paquet de trois, hier on appris la mise en exa­men d’un autre poli­tique de Die Linke. Pour détour­ne­ment de fonds publics.

Film à voir : Berlin, symphonie d’une grande ville

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 22 Juil 2010 à 08:27

J’ai pris un plai­sir immense à décou­vrir ce film énorme. Vingt-quatre heures de Ber­lin. Le film est sor­ti en 1927. Muet. Le DVD l’accompagne de la par­ti­tion d’origine.

1927, c’est demain. Les tech­niques de mon­tage et de tour­nage étaient déjà là, rien de nou­veau depuis.

1927, c’est demain. À part de l’absence du phé­no­mène « télé­vi­sion » (et ses aco­lytes, wii, Plays­ta­tion, etc.) qui pha­go­cyte le temps « libre » des gens, la vie quo­ti­dienne est la même. Les riches sont tou­jours riches, et les pauvres pauvres.

Le film dure un petit plus d’une heure. Pre­nez-vous une heure, et regar­dez. Regar­dez et com­pa­rez.

La pho­to qui illustre cet article n’est pas tirée du film. Appe­lons ça un clin d’œil.

Ah oui, il y a pas mal de Tchooo dedans.

La loi qui protège…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 14 Juil 2010 à 14:55

On se bala­dait, comme pré­vu, hier soir, dans le quar­tier du Bun­des­tag. Il y a une pro­me­nade qui longe la Spree —et un cer­tain nombre de bâti­ments offi­ciels. On peut s’asseoir, prendre le frais, c’est en fait très agréable. Aux alen­tours de minuit, il y avait encore pas mal de gens, dans une ambiance très déten­due.

En Alle­magne, enfin à Ber­lin, les bâti­ments offi­ciels ne sont pas vrai­ment inti­mi­dants. Je veux dire : je n’ai pas vu l’ombre d’un poli­cier, par exemple, aux alen­tours du Bun­des­tag depuis que j’habite Ber­lin. Contraste avec ma der­nière visite à Paris, où j’ai été lit­té­ra­le­ment ter­ri­fié par le nombre de poli­ciers, sol­dats en armes, et sup­plé­tifs divers. C’est comme dans une répu­blique bana­nière ou une dic­ta­ture. Sérieu­se­ment, débar­qué du train à la gare de l’est, je n’avais qu’une envie : repar­tir au plus vite. Sans rire, se trou­ver nez à nez avec un groupe de mili­taires équi­pés de fusils d’assaut, ça doit boos­ter les sta­tis­tiques du tou­risme…

Reve­nons à Ber­lin, sur le Bun­des­ta­gu­fer (la « rive du par­le­ment »), il y a un endroit que j’apprécie par­ti­cu­liè­re­ment la nuit : l’endroit où les droits fon­da­men­taux extraits de la « Loi fon­da­men­tale » (Grund­ge­setz, ver­sion locale de la Consti­tu­tion). C’est sobre à sou­hait, repo­sant. À lire ces articles, je me sens pro­té­gé par la loi. Les Alle­mands ont beau­coup pêché, en ce qui concerne des droits à l’époque nazie. En France, nous avons aus­si beau­coup pêché dans ce domaine, entre nous. Mais les Alle­mands ont appris, pas nous. Les articles qui énoncent les droits fon­da­men­taux sont les pre­miers articles du Grund­ge­setz. Par exemple l’article 4, titré « Liber­té de croyance, de conscience et de pro­fes­sion de foi », très court, nous dit au troi­sième para­graphe (plu­tôt troi­sième phrase) :

Nul ne doit être astreint contre sa conscience au ser­vice armé en temps de guerre.

Ce genre de trucs n’apparait pro­ba­ble­ment pas dans le texte de la consti­tu­tion fran­çaise. Les Alle­mands ont beau­coup souf­fert, et en ont tiré les consé­quences. Ça donne, quand on com­pare, l’impression que les Fran­çais n’ont, eux, pas vrai­ment réflé­chi. L’Article de la Consti­tu­tion de 1958 énonce :

Article 2 : La langue de la Répu­blique est le fran­çais

L’emblème natio­nal est le dra­peau tri­co­lore, bleu, blanc, rouge.

L’hymne natio­nal est la Mar­seillaise.

La devise de la Répu­blique est « Liber­té, Éga­li­té, Fra­ter­ni­té ».

Son prin­cipe est : gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple et pour le peuple.

L’article 2 du Grund­ge­setz lui, nous dit :

Article 2 [Liber­té d’agir, liber­té de la per­sonne]

Cha­cun a droit au libre épa­nouis­se­ment de sa per­son­na­li­té pour­vu qu’il ne viole pas les droits d’autrui ni n’enfreigne l’ordre consti­tu­tion­nel ou la loi morale.

Cha­cun a droit à la vie et à l’intégrité phy­sique.

La liber­té de la per­sonne est invio­lable. Des atteintes ne peuvent être appor­tées à ces droits qu’en ver­tu d’une loi.

L’article 2 d’une texte de loi quel­conque est (Dôh!) au debut, et donc devrait être proche du « coeur du sujet ». Les 19 pre­miers articles du Grund­ge­setz alle­mand consti­tuent les Droits Fon­da­men­taux. Lisez, his­toire de rire, les dix-neuf pre­miers articles de la consti­tu­tion fran­çaise. Ensuite, jetez un œil à la ver­sion (tra­duite en fran­çais) alle­mande.

Je me sens bien, à Ber­lin. La cour constu­tion­nelle alle­mande a tout pou­voir. Elle force régu­liè­re­ment le gou­ver­ne­ment à modi­fier des lois jugées illé­gales. Et cha­cun peut s’adresser à la cour constu­tion­nelle : c’est écrit dans l’article 17 du Grund­ge­setz (« Toute per­sonne a le droit d’adresser par écrit, indi­vi­duel­le­ment ou conjoin­te­ment avec d’autres, des requêtes ou des recours aux auto­ri­tés com­pé­tentes et à la repré­sen­ta­tion du peuple »). Chaque citoyen peut atta­quer toute loi.

Tiens, com­ment ça marche, ça, en France ?

Les marchés sont des cons salauds…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 13 Juil 2010 à 12:26

Rien ne semblent pou­voir faire flan­cher le moral des inves­tis­seurs à la Bourse de Paris ce mar­di. Après avoir ouvert à l’équilibre (+0,02 %), le CAC 40 accen­tue ses gains et gagne, à mi-par­cours 1,37 % à 3616,58 points.

Le jour­nal des Finances, ce jour vers 13:00

Impres­sion­nant !

Sérieu­se­ment !

Regar­dez :

Ça fait des mois qu’on nous serine que tout va bien (euuh… à la Bourse, hein…). Au jour le jour, tout est tou­jours rose.

Et pour­tant, si on lève la tête un tout petit peu…

L’économie n’est pas un science. Toute per­sonne pre­nant la parole en public et par­lant d’économie est par défi­ni­tion un char­la­tan.

J’ai, au mur, sur ma gauche, un tout petit article du Canard Enchaî­né qui me cite deux « experts » (prix Nobel d’économie 2006 et prix Nobel d’économie 2007). Les deux char­la­tans ont publié le même jour, et dans le même jour­nal, deux avis lit­té­ra­le­ment oppo­sés.

Pour­quoi devons-nous baser nos vies sur les avis de char­la­tans ?

Sous le soleil de Sarkozy Satan…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 13 Juil 2010 à 08:07

Ça va faire deux semaines que je ne fais rien que dégou­li­ner. Au point qu’on envi­sage d’aller pas­ser la jour­née dans le métro avec un livre, juste pour avoir un petit peu d’air.

Aujourd’hui, c’est déjà l’hiver, ou presque : seule­ment 28° à l’ombre. Hier soir, à 23 heures, on avait encore *32°*. Alors qu’il y avait des éclairs incroyables par­tout, pas de pluie, rien. Que de la cha­leur.

Hier soir, on est allés à la poste. Plu­tôt à Frie­drichs­traße, parce qu’elle ferme à 22 heures. Drôle de poste, Frie­drichs­traße. C’est la seule où chaque lettre est dûment tim­brée. Avec des timbres. Des petites fleurs, des bateaux. Pas des timbres de col­lec­tion, hein, juste des timbres « manuels ». Sur le comp­toir, il y a ces petites éponges humides sur les­quelles le pré­po­sé pose les timbres avant de les appli­quer sur les enve­loppes. C’est déli­cieu­se­ment sur­an­né.

Et puis ensuite on est allés se pro­me­ner.

Pen­dant ce temps là, le duo à la mode, David et Jona­than Nico­las ont fait leur show sur France2. Cer­tai­ne­ment un grand moment de télé-véri­té. La presse alle­mande s’amuse, depuis. Même Bild [la ver­sion alle­mande de Le Pari­sien des grandes époques] s’offre des com­men­taires du genre :

Manche Zuschauer mögen es bedauert haben, dass sein Inter­view­part­ner auf Nach­fra­gen ver­zich­tete.

En « bon » fran­çais : quelques spec­ta­teurs auront peut-être regret­té que son par­te­naire ait renon­cé à lui poser des ques­tions gênantes.

J’ai bien aimé les pho­tos que j’ai prises hier. Mais il faut que je revienne avec mon tré­pied.

Ren­dez-vous ce soir, même endroit, même heure. Même lumière ?

La RDA, comme si vous y étiez…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 8 Juil 2010 à 10:23

Voya­ger dans le temps ? C’est facile.

La tech­nique n’a (natu­rel­le­ment) pas beau­coup évo­lué depuis qu’elle a été mise au point, dans les années 70, en RDA. Le seul chan­ge­ment, c’est qu’on se rend aujourd’hui compte que la machine à voya­ger dans le temps n’est pas exac­te­ment ce qu’on croyait à l’époque. La machine à voya­ger dans le temps ne peut vous envoyer que dans une seule période : les années 70 de la RDA. C’est la rai­son pour laquelle la RDA n’a pas su com­mer­cia­li­ser cette magni­fique inven­tion. Et, sérieu­se­ment, qui vou­drait visi­ter la RDA dans les années 70, hein…

J’ai pu tes­ter cette machine hier.

C’est Vio­la qui nous a eu un ticket. Elle l’a reçu de sa caisse de san­té.

On s’est ren­dus à l’adresse indi­quée : le centre de l’hôpital de Ber­lin. Cet hôpi­tal s’appelle « Hôpi­tal Uni­ver­si­taire Cha­ri­té ».

Quand on arrive, on est immé­dia­te­ment écra­sé, impres­sion­né par l’énorme bâti­ment. Enfin tant qu’on approche. Parce que dès qu’on le voit de près, l’ambiance change.

Il fait beau, le temps est magni­fique, et pour­tant, quand on longe le bâti­ment, il fait froid. Les lam­pa­daires sont made in RDA. Le porche de l’entrée des urgences me fait l’impression d’un jouet gon­flable. Il y a des câbles élec­triques par­tout, qui tiennent avec des ficelles. Les murs sont véro­lés de par­tout. On voit par­tout les struc­tures métal­liques qui affleurent du béton. On voit des filets de sécu­ri­té qui emballent des sec­tions entières. Je ne suis pas à l’aise.

On rentre. Le mur du fond est cou­vert de pan­neaux. On cherche la sec­tion que Vio­la doit visi­ter. On cherche pen­dant une dizaine de minutes, et on aban­donne. Alors je par­viens à convaincre Vio­la de s’adresser à l’accueil. L’accueil, il est facile à trou­ver. Il y a un énorme pan­neau « Infor­ma­tion » des­sus. C’est un cube. Je veux dire : on peut faire le tour. Dedans, il y a quatre agents.

Vio­la leur demande : « elle est où, la sec­tion gyné­co ? »

Les quatre agents (trois hommes et une… euh… femme, je crois) se regardent, l’air ahu­ri. La réponse tarde à venir. Et quand elle vient, elle est… bizarre. « Vous avez une prise en charge ? » Le second embraie immé­dia­te­ment, pra­ti­que­ment par réflexe : « C’est le papier rose ». Puis le troi­sième sur­saute : « Vous avez un ren­dez-vous ? »

Moi, j’ai peur, là. Alors, his­toire de me ras­su­rer, je chu­chotte à Vio­la, en fran­çais ? « Où est la camé­ra ? ». J’invoque l’esprit de la camé­ra invi­sible, his­toire de me convaincre que c’est un gag. Du coup, je com­mence à m’intéresser aux quatre agents. Je regarde leurs che­mises d’uniforme : des­sus, il est écrit « sécu­ri­té ». Oh, ils portent un uni­forme.

Vio­la insiste : « la sec­tion gyné­co­lo­gie, s’il vous plait ? ».

Palabres. Après consul­ta­tions, l’un des quatre nous dit : « Je ne sais pas de quoi vous par­lez. Allez à l’accueil du bâti­ment 3. Pour y aller, c’est facile : vous sor­tez, vous allez à droite, vous tra­ver­sez la route, vous pas­sez sous le porche, ensuite vous pre­nez la pro­chaine à gauche, et ensuite vous tour­nez à droite. Le numé­ro 3, vous ne pou­vez pas le rater. Il y a des portes auto­ma­tiques ».

Haaaa, sa voix quand il a par­lé des portes auto­ma­tiques. Je pou­vais y per­ce­voir quelque chose comme de la fier­té. Vous vous ren­dez compte ? Des portes au-to-ma-tiques !!

On est sor­tis, on a retrou­vé le soleil. On s’est regar­dés tous les deux, inter­dits, et on s’est mis en route pour trou­ver le numé­ro trois.

Notez, on a fini par le trou­ver, le numé­ro 3. Il y a eu un petit peu de confu­sion, car par exemple sur la façade du numé­ro 5, il y avait une énorme plaque qui disait « amphi­théatre 4 », et sur la façade du numé­ro 4, une non moins énorme plaque qui annon­çait fiè­re­ment « amphi­théâtre 3 ». Mais une fois éli­mi­née la confu­sion entre « bâti­ment » et « amphi­théâtre », on a eu la force néces­saire de conti­nuer à cher­cher. Et effec­ti­ve­ment, nous avons trou­vé une bâti­ment qui por­tait le numé­ro trois. Et il y avait effec­ti­ve­ment des portes auto­ma­tiques.

Des doubles portes auto­ma­tiques, même.

Pas­sée la pre­mière, dans le sas, il y avait là quatre ou cinq chaises à rou­lettes. Mais dans un état ! J’hésite entre les mots « reliques » et « ruines ». Le mot « relique » a une conno­ta­tion peut-être un petit peu trop posi­tive. C’était des ruines. Des machins rouillés, des trucs sur les­quels je ne m’assoirais sous aucun pré­texte.

Nous sommes regar­dés.

Nous avons pas­sé la seconde porte auto­ma­tique. Nous étions dans un hall. Béton, métal et verre. Et vide.

On est là, tous les deux, un petit peu comme des cons, devant un petit gui­chet « infor­ma­tion » (je pré­sume que c’est l’accueil) vide. De der­rière, une voix  « je peux vous aider ? »

Ho, oui !

La dame (pas d’ambiguité) demande à Vio­la le papier de la caisse de san­té, l’examine lon­gue­ment, et le pose sur le gui­chet. « Atten­dez-moi une minute, il faut que j’aille cher­cher mes lunettes ». Et, elle fait le tour du gui­chet, far­fouille dans ses tiroirs, et en sort des (ses, j’espère…) lunettes. Sur sa che­mise d’uniforme, le mot magique : « sécu­ri­té ».

Elle nous envoyés à l’accueil d’un ser­vice voi­sin. La dame nous a ren­voyé au second étage. Là… per­sonne. Des cou­loirs vides. Avec à droite comme à gauche un pan­neau annon­çant « Besu­cher­schleuse », avec un bou­ton. Pas facile à tra­duire, ça. Si je fais du mot à mot, ça donne « écluse à visi­teurs ». En tant que visi­teur, je pense qu’on doit son­ner, et ren­trer pour s’asseoir pour attendre que quelqu’un vienne pour s’occuper de lui. À gauche, « Besu­cher­schleuse » de la « sec­tion 147 » (ne me deman­dez pas ce que c’est), alors qu’à droite, il y avait la « Besu­cher­schleuse » de la « sec­tion 148 ».

On a fait preuve d’initiative, et on a avan­cé un petit peu plus loin. Les portes sont toutes numé­ro­tées, et sur l’étiquette on trouve le nom et la fonc­tion de la per­sonne qui tra­vaille à l’intérieur. Ah, il y a aus­si la sur­face exacte de la pière. 16,21 m2, la pièce à la porte de laquelle Vio­la a déci­dé de frap­per. Ça disait « secré­ta­riat ».

« Vous avez une prise en charge ? Et un ren­dez-vous ? ».

La dame était, curieu­se­ment, en civil. Elle est allée consul­ter ses col­lègues, et après plu­sieurs minutes de palabres, elle a ren­du à Vio­la ses papiers, et lui a recom­man­dé d’aller à l’accueil prin­ci­pal.

Une fois dans la rue, Vio­la décide de ten­ter sa chance dans le bâti­ment d’en face, se fiant à la plaque « cli­nique ambu­la­toire ». Pour­quoi pas. L’accueil prin­ci­pal, on le connais­sait déjà.

Là, pour la pre­mière fois, nous avons affaire à du per­son­nel médi­cal. La dame s’interroge, et nous donne —enfin !!— l’adresse du ser­vice gyné­co. C’est facile à trou­ver. Troi­sième étage, à gauche de l’ascenseur.

Radiants, après un petit bisou dans l’ascenseur, on arrive au troi­sième étage.

Vide.

Plus que vide. Les éti­quettes des portes com­pre­nant le numé­ro, la fonc­tion, le nom, et la sur­face exacte, sont dégui­sées. Recou­vertes de scotch opaque. On est dans un cou­loir fan­tôme. En levant les yeux, vic­toire :! Un pan­neau, avec une flèche, indi­quant le ser­vice gyné­co. On avance, jusqu’à la fin du cou­loir. Rien. On revient à l’ascenseur, et on entend quelqu’un. On court, et on voit un gamin, peut-être 19 ans, en tongs, en train de fer­mer à clé une des portes fan­tômes. Il n’a pas la réponse à la ques­tion, mais nous dit de le suivre. Il va jusqu’à là où nous étions. En pas­sant, je note qu’il y a une éti­quette qui n’a pas été cachée. Elle indique fiè­re­ment « cou­loir ». Le gamin trouve (com­ment, je ne sais pas) deux infir­mières (euh… deux femmes avec des blouses blanches). Après un court palabre, une des deux se lance dans une expli­ca­tion insui­vable. Tout ce que j’ai pu en com­prendre, c’est que, bien qu’on était en des­sous du pan­neau « ser­vice gyné­co », il fal­lait aller dans un autre bâti­ment. Enfin je crois. La dame ayant à plu­sieurs reprises mon­tré du doigt à tra­vers la fenêtre un bâti­ment, dehors, j’en ai au moins tiré ça.

Voyant nos visages, le gamin nous dit : « sui­vez-moi ».

On est allés à la cave. On a sui­vi des kilo­mètres de cou­loirs sou­ter­rains à la « X-Files ». Machi­na­le­ment, je me suis deman­dé si je n’aurais pas, par hasard, une lampe de poche dans mon sac. Et, après je ne sais com­bien de portes, on se retrouve dehors. Et le gamin nous montre du doigt un bâti­ment, et, sui­vi du bruit de ses tongs, il est par­ti.

Nous ren­trons dans le bâti­ment. Il y a un pan­neau « infor­ma­tion »… le gui­chet est fer­mé. Il y a des stores véni­tiens fer­més, et un pan­neau annon­çant « pas d’informations dis­po­nibles ».

Donc, pas de trace d’un ser­vice gyné­co. Mais un petit peu plus loin, dans le cou­loir, il y a un papier, manus­cript, indi­quant que le ser­vice gyné­co avait démé­na­gé, et qu’il se trou­vait au troi­sième étage.

Ben tiens…

Arri­vés à l’ascenseur (en fait il y en a deux, mais un des deux est en panne, avec un papier annon­çant la remise en ser­vice fin 2023…), nous trou­vons une note manus­cripte nous indi­quant que pour aller au qua­trième étage, il faut des­cendre au troi­sième et finir l’ascension à pieds. Et, en effet, il n’y a que trois étages sur le pan­neau de com­mande. Appa­rem­ment, le rez-de-chaus­sée est au bou­ton « 1 ». En des­sous, ça passe direc­te­ment de « 1 » à « -1 ».

Une fois arri­vés au troi­sième étage, le champ de dis­tor­tion tem­po­rale com­mence à se dis­soudre. La vie com­mence à reprendre un cours « nor­mal ». J’avoue d’avoir hési­té à deman­der pour­quoi je ne pou­vais pas trou­ver de toi­lettes pour hommes, juste par peur d’une réponse du genre « ce ser­vice est un ser­vice gyné­co », et pour­quoi les deux clientes et le méde­cin qui dis­cu­taient par­laient russe, mais sinon, le reste était visi­ble­ment nor­mal. On a du attendre, rem­plir des for­mu­laires, tout ça. On était heu­reux d’être sor­tis de ce piège.

La sor­tie de la machine à explo­rer le temps la RDA des années 70 est donc située à la porte du ser­vice de gyné­co. Si vous la cher­chez…

Et dire que je me deman­dais pour­quoi j’avais lu qu’il existe des visites gui­dées de la Cha­ri­té…

Économie(s) sélective(s)…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 5 Juil 2010 à 09:50

C’est bien connu : l’Allemagne doit éco­no­mi­ser. Encore que, per­son­nel­le­ment, j’ai encore un petit peu de mal à com­prendre pour­quoi, mais c’est un autre débat…

Donc, puisque nous par­lons d’Économie (syno­nyme d’économies…), par­lons chiffres. Juste des chiffres, sans com­men­taire :

Bud­get pro­vi­sion­nel de l’Allemagne pour 2011 (par rap­port à 2010)

Pré­si­dence de la répu­blique +5,1%
Assem­blée natio­nale (Bun­des­tag) -0,8%
Sénat (Bun­des­rat) -0,2%
Chan­cel­le­rie -1,4%
Affaires étran­gères -3,0%
Inté­rieur -1,9%
Jus­tice -0,5%
Finances -1,2%
Éco­no­mie -1,1%
Agri­cul­ture et pro­tec­tion des consom­ma­teurs -6,1%
Affaires sociales et tra­vail -7,9%
Construc­tion, tra­fic et déve­lopp­ment des villes -5,0%
Défense +1,5%
San­té -2,1%
Envi­ron­ne­ment +3,1%
Familles, « anciens », femmes et jeu­nesse -1,6%
Cour « suprème » (« consti­tu­tion­nelle ») +7,6%
Cour des comptes +6,1%
Coopé­ra­tion 0%
For­ma­tion et recherche +7,2%
Dette natio­nale -1,9%

Voi­là. Comme pro­mis, sans com­men­taire.

Bon, d’accord : juste un petit. Le minis­tère le plus tou­ché est le minis­tère des affaires sociales.

À dada sur mon bidet de « gauche »…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 1 Juil 2010 à 17:11

J’ai déjà dit, ici ou là, tout le mal que je pense de Die Linke, « La Gauche ».

Non, pas tout le mal que j’en pense. Le meilleur reste tou­jours à venir.

Hier, j’ai vu le cama­rade Gysi faire live Hara-Kiri. En d’autres termes, un sui­cide poli­tique. Aidé par le récem­ment retrai­té Oskar Lafon­taine.

Je vous résume l’affaire : hier, il était arith­mé­ti­que­ment pos­sible de faire capo­ter l’élection pré­si­den­tielle alle­mande. Le can­di­dat « de droite » avait en théo­rie la majo­ri­té abso­lue (l’élection pré­si­den­tielle ne se joue pas au suf­frage uni­ver­sel, mais dans une assem­blée de « super-élec­teurs » —dont les dépu­tés, etc.), mais au pre­mier tour, il lui a man­qué plus de 40 voix. Ces voix se repor­tées sur un can­di­dat « a-poli­tique », lequel béné­fi­cie dans le pays d’une cote *très* haute. À côté de ces deux can­di­dats « prin­ci­paux », une can­di­date de « la gauche » (Die Linke), et un trou­du­cul­dex­tre­me­de­droite, lequel a eu 3 voix (sur 1245 votants).

Le second tour néces­si­tait éga­le­ment une majo­ri­té abso­lue, que le can­di­dat de droite n’a tou­jours pas reçue, mal­gré le savon pas­sé aux « traîtres » (ceci étant du temps per­du, le suf­frage étant secret…).

Mais au troi­sième tour, une majo­ri­té rela­tive suf­fi­sait.

C’était donc enfin l’heure de véri­té pour « la gauche ». Ils avaient les moyens de faire élire le can­di­dat pré­sen­té par le par­ti socia­liste et les verts. Pour ceci, il fal­lait que leur can­di­dat se désiste (ce qu’elle a fait), et que les voix de « la gauche » se reportent sur le can­di­dat res­tant de l’opposition. « La gauche » est dans l’opposition.

Résul­tat des choses, le can­di­dat de droite a gagné *avec la majo­ri­té abso­lue*, et on sup­pose que des voix de « la gauche » lui ont per­mis ça.

La ques­tion, natu­rel­le­ment, est : « pour­quoi » ?

La réponse est simple. Le can­di­dat des socia­listes et des verts s’appelait Gauck. Gauck était cré­di­té dans les son­dages d’entre 75 et 85% d’opinions posi­tives. Mais pour « la gauche », le slo­gan est « tous, sauf Gauck ». Gauck a des prin­cipes, et une morale. Et « la gauche » s’oppose à ça. Une bonne par­tie de ses cadres et de ses élus est mouillée de par les rela­tions avec la Sta­si à l’époque de la RDA. La can­di­date de « la gauche » a décla­ré qu’elle ne pou­vait pas cau­tion­ner les décla­ra­tions de ceux qui disent que la RDA était une dic­ta­ture. Il faut oser, tout de même. Lafon­taine a dit, au jour de l’élection, à la télé, que Gauck n’était pas un « can­di­dat accep­table ».

Donc « la gauche » était accu­lée. Elle ne vou­lait pas voter pour Gauck, mais ne pou­vait natu­rel­le­ment pas dire pour­quoi. Donc le cama­rade Gysi est mon­té, comme un brave, sans filet, et a décrit Gauck comme un « deuxième can­di­dat de droite » (effet comique garan­ti), et a lais­sé ses grands-élec­teurs libres de leur choix. Mais il lui fal­lait une vic­toire nette du can­di­dat de droite, espé­rant que l’on ne puisse pas l’accuser. D’où, très pro­ba­ble­ment la sur­pre­nante vic­toire à la majo­ri­té du can­di­dat de droite. Gysi a accu­sé les socia­listes d’avoir eux-mêmes sabo­té l’affaire, disant qu’ils auraient « pu l’appeler avant ». Aha.

Au bout du compte, « la gauche » peut pro­ba­ble­ment oublier tout pro­jet de coa­li­tion avec les socia­listes et les verts. Je leur sou­haite une mort poli­tique lente et dou­lou­reuse. Les 80% d’Allemands qui appe­laient de leurs vœux l’élection de Gauck ne seront pro­ba­ble­ment pas tom­bés amné­siques à la pro­chaine élec­tion.

Appa­rem­ment, « la gauche » prend les Alle­mands pour des cons.

Un grand bond en avant…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 20 Juin 2010 à 18:23

On s’est plan­tés. Col­lec­ti­ve­ment.

Au moins.

Si j’étais un écri­vain, un phi­lo­sophe, un jour­na­liste, ou même un gagnant du Loft, je dis­po­se­rais d’une tri­bune, et du haut de ma tri­bune je ferais appel à ce qu’il reste d’humain dans cha­cun de nous. Et vue l’importance de la tri­bune (rêvons… France-Soir, ou bien l’émission de Ruquier, par exemple !) j’aurais pris le temps de construire le texte de cet appel. Je le figno­le­rais, car il aurait de l’importance (Ruquier, vous vous ren­dez compte ?!?).

Mais comme je ne suis que moi et que j’écris dans mon jour­nal « intime » (bien que acces­sible par le public, bon­jour le concept…), je vais me conten­ter de vomir ce texte, comme on vomit, à genoux, vide, subi­te­ment épui­sé, après une cuite, ou après s’être ren­du compte qu’on s’est plan­té. Indi­vi­duel­le­ment aus­si bien que col­lec­ti­ve­ment .

D’abord : le constat du plan­tage. Je pleure (lit­té­ra­le­ment) de rage comme de tris­tesse quand je suis expo­sé à des pho­tos du genre « péli­can englué ». Notez que ceci n’est pas en soi un symp­tôme de plan­tage. C’est humain, et même rela­ti­ve­ment sain. Enfin j’espère. Mais je suis inca­pable de la moindre larme made in Kir­ghizs­tan, Chine, Tur­quie, etc. Le « etc. », vous le connais­sez comme moi, ou l’ignorez comme moi. Com­bien de drames indi­vi­duels ou col­lec­tifs passent-ils sous le radar ? Com­bien de « petites » guerres, ici ou là, avec leurs cor­tèges de viols, tor­tures « col­la­té­raux » ?

Le mas­sacre est per­ma­nent. Les armes tuent. Mais notre niveau de vie tue aus­si. En Inde, des gamins gra­vissent chaque jour des mon­tagnes de débris « élec­tro­niques » qu’ils fouillent pour ten­ter de sur­vivre. Ce sont nos vieux ordi­na­teurs, nos vieilles télés, nos vieux grille-pains qui sont expé­diés au bout du monde. Au nom du pro­fit indi­vi­duel, au nom du confort indi­vi­duel.

Le plan­tage indi­vi­duel, mon plan­tage indi­vi­duel, est mul­tiple. Je me déshu­ma­nise. Que je n’aie pas dix, cinq, ou même un euro à don­ner à chaque clo­chard que je vois, je n’en fais pas une affaire. Per­sonne n’a les moyens. Mais que je n’aie même pas le cou­rage de croi­ser le regard de ceux aux­quels de refuse l’euro que j’ai (ou pas) dans la poche… Que j’aie des larmes à ver­ser quand je vois une tétine per­due sur un trot­toir mais pas pour une femme qui se rend spon­ta­né­ment à la police après d’avoir conge­lé son enfant… Que ma réac­tion à l’article du Canard Enchaî­né qui raconte la convo­ca­tion du patron du Monde à l’Élysée se borne à un haus­se­ment d’épaule fati­gué… J’attendais mieux de moi.

Le plan­tage col­lec­tif est patent. Je com­mence par quoi ? Je regarde la des­truc­tion de ma ville. Verre, métal, et béton. Uni­for­mi­sa­tion des bâti­ments et des gens. Les gares qui se trans­forment en « locaux logis­tiques », les petits com­merces qui ferment, l’invasion des rues popu­laires par des chaînes de casi­nos méca­niques, vitrines opaques, avec des gorilles à l’entrée —façon maf­fia, la pro­li­fé­ra­tion des « hard-dis­coun­ters » (Aldi, Net­to, etc.) qui ne vendent que de la merde, aux caisses des­quels l’alcool a rem­pla­cé les sucre­ries. On casse la sécu, la poste, les retraites. On muscle la police. On sur­veille. Quoi ? Pour­quoi ?

Tant qu’on peut avoir une prime pour ache­ter une nou­velle voi­ture, on accepte tout. L’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de se creu­ser, mais les gou­ver­ne­ments n’ont rien de plus urgent que dres­ser les pauvres contre les un-petit-moins pauvres. Et après, on les ré-élit. Les Amé­ri­cains vont s’intéresser à l’énergie « propre », et c’est bien, natu­rel­le­ment. Mais si BP avait fait acci­den­tel­le­ment sau­ter une plate-forme au large du Nigé­ria et pas au large de la Loui­siane ? Les QCM vont enva­hir l’éducation. La télé pro­duit à la tonne de la merde. Mais en HD. Aha.

Et nous, dans tout ça ? On fait quoi ? L’acte d’accusation est tel­le­ment énorme qu’on ne le voit même plus. On nous donne de temps en temps un arbre à abattre, mais la forêt est tou­jours là. Nous détrui­sons tout et, en fait, tous. Au nom du pro­fit indi­vi­duel, au nom du confort indi­vi­duel.

C’est en temps qu’espèce qu’on s’est plan­tés. Nous sommes au bord du gouffre. Qui va nous gui­der pour le grand bond en avant ?

Bah. Du moment que l’Italie ne gagne pas la coupe du monde

Rubrique nécro : mon meilleur objectif…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le sam 19 Juin 2010 à 08:51

Je ne sais pas com­ment j’ai pu lais­ser tom­ber mon sac, mais le résul­tat est là : mon DA* 50 – 135mm est mort. Tom­bé de même pas un mètre, mais exac­te­ment dans l’axe. Je peux entendre le « gling-gling » des len­tilles à l’intérieur. Il n’est —natu­rel­le­ment— plus sous garan­tie. Donc à pas­ser par pro­fits et pertes.

Je publie donc la der­nière (au sens chro­no­lo­gique) pho­to prise avec cet admi­rable objec­tif.

Dom­mage que j’aime pas le blues, tiens…

La belle vacance ! (jour 3)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 15 Juin 2010 à 17:54

Aujourd’hui, Vio­la, Noi­sette et moi fai­sons le tour de la vieille ville. Un che­min magni­fique. Avec piste cyclable, natu­rel­le­ment. Outre ça. dans les douves, il y a un petit skate-park, des aires de jeu, tout le confort. À part des toi­lettes.

Le fait que le che­min cir­cu­laire est actuel­le­ment inter­rom­pu nous a per­mis de visi­ter le Hen­kers­teg (un petit lac, qui était dans le temps bor­dé de piques sur les pointes des­quelles on pou­vait trou­ver les têtes des condam­nés), et la mai­son du bour­reau. Vu d’ici, c’est buco­lique à sou­hait.

Et, à dix-huit heures, on avait réser­vé. Hooo que oui ! Et com­ment ! Le res­tau s’appelait (en fran­çais dans le texte) La crê­pe­rie du cha­teau. Et sur la carte, en pre­mière place, La Com­plète. Oui-oui : galette avec fro­mage, jam­bon et œuf. Com­ment résis­ter ? On est pas ren­trés; on avait réser­vé une des deux tables de la « ter­rasse ». Avec vue sur la tour du Kai­ser­berg.

Défi­ni­ti­ve­ment, Nürn­berg, c’est que du bon­heur…

La belle vacance ! (jour 2)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 14 Juin 2010 à 20:16

Nürn­berg, c’est, comme je l’ai dit hier, la ville natale du che­min de fer alle­mand. Donc, dès le saut du lit, direc­tion le musée des trans­ports. Euh… du train. Rela­ti­ve­ment peu de maté­riel rou­lant expo­sé, mais que du bon. Des machines exem­plaires, et/​ou his­to­riques. Celle qui m’a le plus mar­qué est la 05001, née à Ber­lin-tegel, aux usines Bor­sig (la mou­li­nette pré­fé­rée de Gior­gio). Machine caré­née de 1931, elle tient encore le record de vitesse pour une machine à vapeur en Alle­magne (200,2 kmh). Elle est rouge, comme ma voi­ture à pédales de quand j’étais petit. Une machine de rêve.

Le reste du musée est tout sim­ple­ment magni­fique. Des col­lec­tions de pho­tos, d’objets, d’affiches, d’uniformes. On y apprend beau­coup et en res­sent encore plus. Un étage entier est consa­cré aux enfants. Ludique comme édu­ca­tif.

Je sors du musée avec dans la tête Trans Euro­pa Express de Kraft­werk.

Le reste de la jour­née à déam­bu­ler dans la vieille ville. Je ne m’en remets pas.

Il fait très chaud. On prend le temps. On en plein dans la belle vacance.

Ah, la belle vacance ! (jour 1)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 13 Juin 2010 à 11:51

Les vacances, c’est chouette.

Même si le com­po­si­tion du train est bous­cu­lée à son arri­vée à la sinistre Haupt­bahn­hof de Ber­lin, dont j’ai peut-être, ici ou là, dit tout le mal que j’en pense. Mais on était lar­ge­ment à l’heure, très déten­dus. Voyage sans his­toire.

Cinq heures plus tard, on débarque à une tout autre Haupt­ban­hof : Nürn­berg est, outre la capi­tale des pro­cès de Nurem­berg, la ville natale du che­min de fer alle­mand. Et, mode en retard, la gare res­semble à une gare. C’est un bon­heur.

Mais qu’il fait chaud !

Après avoir dépo­sé la valise à l’hôtel (dont je repar­le­rai un de ces jours, ne quit­tez pas !), on s’offre une pre­mière balade dans la vieille ville. Un pur bon­heur.

Je sais : en par­lant de la vieille ville, je men­tionne par défi­ni­tion aus­si la « nou­velle ville ». Je n’en connais que les quelques cen­taines de mètres qui séparent l’hôtel de la vieille ville. Au pre­mier coin de rue, je tombe sur le siège du PS (SPD, dans le texte). La place qu’il borde est nue. Il y a des bancs, orga­ni­sés dans un quart de cercle par­fait, cou­verts (aha !) par une grille en inox. Pour en faire une treille, il ne manque que les plantes grim­pantes. Mais en atten­dant qu’elles soient plan­tées, la place Karl Brö­ger est en fait un gigan­tesque bar­be­cue. Il y a une fon­taine, aux heures de bureau. À 17:00, elle s’éteint. « Curieu­se­ment », il n’y a pra­ti­que­ment per­sonne sur cette place.

Cin­quante mètres plus loin (allez, peut-être même cent mètres), il y a la cen­trale natio­nale de l’ANPE (Agen­tur für Arbeit, dans le texte). Et c’est moche, ça. Moche de chez moche.

Mais il y a un tun­nel pour tra­ver­ser la grande rue. Et, en sor­tie du tun­nel, on avait le choix entre le cir­cuit qui fait le tour de la vieille ville (il suit en fait les douves —j’en repar­le­rai un autre jour), et la vieille ville elle même.

J’avoue que j’ai eu un petit peur, en entrant dans la vieille ville. Jolis bâti­ments, certes, mais… sex-shops, bor­dels (par­don : peep-shows avec com­pa­gnie per­son­na­li­sée dans cabine indi­vi­duelle, déso­lé, mais en bon apha­sique, j’ai ten­dance à uti­li­ser des mots courts et clairs), « casi­nos » (offi­cines de blan­chis­se­ment d’argent sale en tout genre), salles de « jeux » (même des­crip­tion), bou­tiques de tatouage et pier­cing, et je n’oublie natu­rel­le­ment pas les sau­cisses. Tout un quar­tier comme ça. En face, il y a un com­mis­sa­riat de police magni­fique. Le bâti­ment.

Mais quand on a tra­ver­sé tout ça, après il n’y a plus que se lais­ser aller. Toute la ville est sim­ple­ment magni­fique. Je sais qu’on va avoir une chouette semaine. Je vous laisse juges.

Devoirs de vacances…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 7 Juin 2010 à 03:34

Je ferme. Jusque dimanche pro­chain. Une petite semaine de vacances. Au menu, Nurem­berg. Musée des trans­ports (lire TCHOOOO), et une ville magni­fique. :)

Une journée en paradis…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 6 Juin 2010 à 11:43

Com­ment racon­ter une jour­née pareille ?

On est par­tis de la gare la plus moderne, moche, imper­son­nelle, moche, pas pra­tique, ai-je men­tion­né qu’elle est moche, de Ber­lin. En fait peut-être pas la pire, mais ils ont beau­coup tra­vaillé pour atteindre la finale. La gare, qui s’appelait Papens­traße quand je suis arri­vé à Ber­lin s’appelle main­te­nant « Süd­kreuz », la croix du sud. Devi­nez où elle est située à Ber­lin, hein.

Et en gra­vis­sant les … euh… deux marches qui nous sépa­raient du wagon, on a chan­gé de monde. Le wagon, un vieux wagon, res­pire. On a de la place. On a aus­si le temps. Les gens qui montent avec nous sont déten­dus, ils ont le sou­rire. Et, déjà en retard, mais tout le monde s’en fout, Else siffle. Le reste de la gare la regarde, éber­lué. ceux qui en ont ont sor­ti leurs appa­reil pho­tos, ou leurs télé­phones « intel­li­gents ». Else, dont l’état civil ne la connaît que sous son matri­cule (52−8177−9) s’ébroue, et on part.

Le tra­jet est pas­sé très vite. Inven­taire : des cigognes, des biches, des rapaces, des che­vaux, des usines en ruines, des che­mi­nots enthou­siastes, des dingues qui nous guet­taient avec des camé­ras, des tré­pieds, des appa­reils pho­tos plus gros qu’eux. Ah, un petit cha­pitre tech­no­lo­gique : de temps en temps ça parle dans la sono du train. Mais une fois, on a pu dis­tinc­te­ment entendre les ins­truc­tions d’un… GPS. J’avoue avoir rou­lé des yeux à entendre : « tour­nez à gauche — tour­nez à gauche ». Qui peut bien uti­li­ser un GPS dans un train ? J’espère que ce n’est pas le chauf­feur, hein. Et l’épilogue du cha­pitre ? J’ai trou­vé dans un wagon un type qui avait le regard fixé sur son GPS, ven­tou­sé à la fenêtre. Moi pas com­prendre, mais pas ques­tion que ça puisse me pour­rir la jour­née.

Une fois arri­vés, il a fal­lu mar­cher un petit peu. Et puis on est arri­vés dans Lüb­be­nau. Et on a encore chan­gé d’univers.

À part dans quelques endroits, il n’y a pas de voi­tures. Et pour cause : il n’y a pas de rues. Que des canaux. On a fait facile, on a pris part une barque à tou­ristes. On n’avait pas beau­coup de temps. Mais le temps est mort de l’instant qu’on a quit­té le quai. Le gon­do­lier (faut pas l’appeler comme ça, natu­rel­le­ment, mais le prin­cipe est le même : il se tient à la poupe, et nous pro­pulse avec une perche.) n’a pas chan­té. On s’est enfon­cés (oh, pas beau­coup, mais quand même) dans la forêt. La Spree­wald. C’est une réserve natu­relle. Les gens y vivent. tran­quille­ment.

La poste est livrée par le même moyen. Hiver comme été, la fac­trice vogue chaque jour. Il y a aus­si une ligne de « bus ». En été.

C’est vrai­ment un autre monde. Même le côté « indus­trie tou­ris­tique » évident ne peut pas nous gâcher la jour­née. Il fau­dra qu’on revienne hors sai­son, et qu’on ait un petit plus de temps.

Et puis après, on a repris le train pour ren­trer. Else sif­flo­tait tran­quille­ment. Et, pour finir, les deux marches du wagon nous ont télé­por­té dans la gare la plus moderne, moche, imper­son­nelle, moche, pas pra­tique, ai-je men­tion­né qu’elle est moche, de Ber­lin.

Mais on a pas­sé une jour­née au para­dis. Il existe. Cha­cun le sien, en plus.

[free Plastine] épisode 3 : je n’ai plus de pain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Free Plastine... — le mer 2 Juin 2010 à 18:41


épi­sode un : la pou­pée qui dit « non » épi­sode deux : le jouet extra­or­di­naire

Jénine, 2002 — Ber­lin, 2010

Ça n’a l’air de rien, je sais, mais je n’ai plus de pain. Et bien que ça n’ait l’air de rien, je suis en fait bien embê­té.

Je sais, il y a une solu­tion simple : aller en ache­ter.

Mais je suis à Jénine. Et les Israé­liens aus­si. Donc la ville est fer­mée.

Depuis 4 jours.

Mais je n’ai plus de pain. Donc il va fal­loir que je sorte. Mais la ville est fer­mée. Mais je n’ai plus de pain.

Je retourne toute la cui­sine, et suis obli­gé d’admettre la véri­té : il va fal­loir que je sorte.

Mon pro­blème est loin d’être unique, natu­rel­le­ment. Dans un sens, j’ai de la chance d’être à Jénine. Naplouse, par exemple, a été fer­mée cette année plu­sieurs fois, pen­dant par­fois des semaines d’affilée. Et même dans la « ban­lieue » de Jéru­sa­lem où j’étais avant, il m’est arri­vé d’avoir une fois plus d’une semaine de fer­me­ture.

À défaut d’être unique, mon pro­blème est cela dit tou­jours dif­fé­rent de celui de mes voi­sins. Dif­fé­rent com­ment ? C’est d’un côté plus facile, et d’un autre côté moins facile. La face « facile » de mon pro­blème par­ti­cu­lier est, natu­rel­le­ment, mon pas­se­port. Avec un pas­se­port euro­péen, il est géné­ra­le­ment plus facile de « pas­ser » au cas où, un jour de fer­me­ture, en cas de ren­contre de sol­dats israé­liens. J’insiste sur le mot « géné­ra­le­ment ». La face « moins facile », c’est que je suis seul. Pas de famille, peu de connais­sances, et mon carac­tère ne me pré­dis­pose pas à avoir des rap­ports avec mon entou­rage.

Donc il va fal­loir que je sorte.

Je ne sors jamais sans mon grand cha­peau. Pour ceux qui connaissent, mon cha­peau est un Tilly. En gros, un cha­peau de brousse. Même quand il pleut, je porte mon cha­peau. C’est à peu près l’équivalent de por­ter une pan­carte qui dit d’un côté « je ne suis pas d’ici, je ne suis pas un autoch­tone, ne tirez pas s’il vous plaît », et de l’autre côté « c’est moi, le type qui habite dans la ville et qui prend tout le temps des pho­tos, vous me connais­sez, je ne suis pas un sol­dat, ne tirez pas s’il vous plaît ».

Sérieu­se­ment, ce cha­peau m’a déjà évi­té des pro­blèmes sérieux. L’autre jour, ou plus exac­te­ment l’autre nuit, je suis allé au café Inter­net. La ville était fer­mée, mais je n’ai pas vu de sol­dats. Mais le len­de­main matin, alors que je dis­tri­buais à man­ger avec une ambu­lance, dans une mai­son occu­pée, un sol­dat m’a dit de ne plus sor­tir la nuit, que lui avait été bonne pomme, mais que ses col­lègues n’avaient pas appré­cié mon esca­pade noc­turne. Quand, sur­pris je lui ai deman­dé d’où il sor­tait cette drôle d’idée que je me bala­dais en pleine nuit en plein couvre-feu, il a fait un grand sou­rire, et a poin­té mon cha­peau du doigt. « J’te connais, Cow-Boy… »

À part l’agacement de voir mon magni­fique Tilly être pris pour un vul­gaire cha­peau de cow-boy, le fait est qu’il m’a bon et bien sau­vé la mise. Ce n’est pas la pre­mière fois, mais cer­tai­ne­ment la plus sérieuse : le sol­dat por­tait un fusil de tireur d’élite.

C’est pas tout ça, mais j’ai faim. Cha­peau, t-shirt bario­lé -cou­leur « tou­riste »-, j’ai mon sac à dos En route.

Je suis le che­min, entre deux murs, sur quelques mètres, jusqu’à ce que j’arrive à la rue. Là, pre­mier pas­sage « déli­cat ». Je sais bien que les sta­tis­tiques sont plu­tôt de mon côté, et qu’il est rela­ti­ve­ment impro­bable qu’un sol­dat israé­lien ouvre le feu sans som­ma­tion juste parce que je vais tra­ver­ser la rue, mais il suf­fit d’une fois, et c’est déjà arri­vé. À d’autres que moi, certes, mais tout de même. Donc, comme tout le monde, avant de tra­ver­ser la rue, je passe dou­ce­ment la tête, et regarde à droite et à gauche. En fait, il convient de prendre son temps pour regar­der. Les Israé­liens sont par­fois coif­fés de sortes d’énormes crêpes, ou plu­tôt de bérets de chas­seurs alpins, mais beau­coup plus larges. C’est ridi­cule, natu­rel­le­ment, quand on voit un type mar­cher dans la rue avec un truc comme ça sur la tête, mais dans mon cas, la pre­mière fois où j’ai sou­dain vu un sol­dat en uni­forme et en arme se lever là où je n’avais vu jusque là qu’un tas informe, j’ai com­pris que les Israé­liens prennent le camou­flage au sérieux. En gros, tant qu’ils ne bougent pas, on ne les voit pas. C’est là qu’ils sont dan­ge­reux.

Bon. Per­sonne en vue. Je tra­verse la rue. Len­te­ment, sans me dépê­cher. C’est plus sûr. Je sais que la plu­part des sol­dats ont au moins autant peur que moi, et je ne veux bous­cu­ler per­sonne. Le mélange « peur + arme » à feu est trop sou­vent déton­nant.

Ce genre de tra­jets, dans des rues vides, j’en ai déjà fait des cen­taines. Mais je ne peux pas m’y habi­tuer. Et c’est très bien ain­si. Quand on s’habitue, on cesse de faire atten­tion.

Ça y est, j’ai tra­ver­sé la rue. Main­te­nant je suis tran­quille : il n’y a aucune chance que les sol­dats s’aventurent dans ce quar­tier sans le sou­tien de blin­dés, et si ils étaient là, je le sau­rais. Dans une ville morte, le bruit des moteurs de blin­dés s’entend de loin. Notez que par­fois, ils rusent, les sol­dats. Moi j’habite à flanc de col­line, et j’ai une chouette vue sur le centre-ville. L’autre nuit, j’ai enten­du des blin­dés entrer en ville. Je suis sor­ti avec mes jumelles sur la ter­rasse, et je les ai obser­vés. Curieux, ils étaient trois. Nor­ma­le­ment, les blin­dés sont tou­jours par deux. Mais là, trois. Ils ont lon­gé l’hôpital, et se sont arrê­tés à côté de la mos­quée. Et ils ont éteint leurs moteurs. Ils sont res­tés là plus de trois heures. Moi, j’étais ren­tré, natu­rel­le­ment. Per­sonne n’attend trois heures. Et d’un seul coup, vers minuit, moteurs. Ins­tic­ti­ve­ment, j’ai pris mes jumelles, et j’ai vu deux chars, toutes lumières allu­mées, qui pre­naient la direc­tion de leur camp. Mais j’ai vu aus­si le troi­sième, un trou noir mou­vant, qui lui sui­vait, sans lumières. Je les ai per­dus de vue dans la ville, et quand j’ai pu à nou­veau les voir, il n’étaient plus que deux. Le troi­sième était main­te­nant caché quelque part.

Quoi qu’il en soit, je pense que pour le moment, je suis tran­quille. Je marche nor­ma­le­ment.

Enfin, quand je dis « nor­ma­le­ment »…

Essayez d’imaginer votre ville, en plein jour, sous le soleil, mais vide. Silen­cieuse. Pas un gamin en train de jouer, pas une voi­ture, rien. C’est ce que j’appelle « mar­cher nor­ma­le­ment », ces jours-ci.

Ha, la bou­tique que je vou­lais visi­ter. Elle est fer­mée. Avant, j’aurais fait la tête, et j’aurais cher­ché plus loin. Mais depuis le temps… je frappe au store. Je sais que, quelque part, peut-être d’une fenêtre d’en face, on me regarde. Le guet­teur attend d’être sûr que ce n’est pas une embrouille. Mais si près de chez moi, je suis connu. Donc, à peine une petite minute plus tard, la porte s’entrouvre. Je rentre, et la porte est immé­dia­te­ment à nou­veau fer­mée, mais pas ver­rouillée.

Ils sont trois dans la bou­tique. Le patron, un gamin d’une dou­zaine d’années —pro­ba­ble­ment son fils— et un autre adulte. On « dis­cute » un moment. Mes trois mots d’arabe, leurs trois mots d’anglais, et beau­coup, beau­coup de sou­rires. On m’offre le café, natu­rel­le­ment. J’ai hor­reur de leur café, avec de la car­da­mone, mais il est impen­sable de le refu­ser. Et puis on com­mence à cau­ser bou­tique. La ques­tion n’est pas ce que je veux, mais ce qu’ils ont en stock. L’approvisionnement est un pro­blème. Chez moi, par exemple, il n’y a plus d’eau. L’eau est dis­tri­buée par camions. Mais quand la ville est fer­mée, on se retrouve rapi­de­ment au sec. Inven­taire : du hum­mus (israé­lien), des sucre­ries (made in Israël), deux car­tons de Pringles (j’en prends deux tubes), un stock de Coca (J’en prends deux bou­teilles), et c’est tout que je peux m’imaginer ache­ter. Pas de pain, natu­rel­le­ment. Il y a des nouilles, certes, mais les nouilles sans eau…

Même en temps « nor­maux », c’est à dire en période où la ville est ouverte, l’approvisionnement est dif­fi­cile. Les trois routes qui mènent à Jénine sont contrô­lées par les Israé­liens. Donc, en gros, les camions israé­liens passent, les autres, non. Je vois régu­liè­re­ment le camion de Coca-Cola, par exemple. Mais les Pales­ti­niens doivent ache­ter et man­ger israé­lien. Prin­ci­pa­le­ment.

Au moment de payer, le télé­phone du patron sonne. Le patron fait à son ami un geste, et l’autre se rue sur la porte, et la ver­rouille. Le gamin passe dans l’arrière-boutique, ferme la porte der­rière lui, et j’entends les clés. Il nous enferme.

Le patron rac­croche, et me dit un des trois mots d’arabe que je connais. Celui qui veut dire « sol­dats ». Et la seconde sui­vante, j’entends un moteur. À l’oreille, une jeep. D’accord : une Range Rover. Pour les féti­chistes.

Quand on vit dans une zone « chaude » comme Jénine, on éduque ses oreilles. C’est une ques­tion de sur­vie. Je peux recon­naître les armes israé­liennes (M14, M16, de très petits calibres) et les armes pales­ti­niennes (AK, calibre un petit peu plus gros). Pareil avec les moteurs : le moteur d’une jeep ne me fait pas le même effet que celui d’un APC (trans­port de troupes blin­dé, sur che­nilles) ou celui d’un char de com­bat. Le moins dan­ge­reux des moteurs est celui des bull­do­zers (D9). Le pire, c’est celui des « drones », des robots volants. Ils sont tou­jours sui­vis d’un assaut. Au sol, ou aérien.

La jeep passe, len­te­ment. J’entends de l’intérieur des grands rires. Les sol­dats sont de bonne humeur. C’est géné­ra­le­ment une bonne nou­velle.

D’un seul coup, un bruit sourd. Quelque chose qui tombe au sol, et qui atteint le store. Puis BANG!. Une gre­nade. Le genre qu’ils uti­lisent aux check-points quand ils veulent dis­per­ser la foule. Ça fait un bruit d’enfer. Et ils conti­nuent leur route, en riant. Bonne blague, non ? Il faut bien que les enfants s’amusent.

Le temps de se remettre, en se frot­tant les oreilles, et le pro­chain bruit. Je me fige. C’est un blin­dé. Un APC. Le modèle qu’ils uti­lisent à Jénine a un moteur que je trouve ter­ri­fiant. Et si j’y ajoute l’image, ce truc est vrai­ment ter­ri­fiant. Très large, et très bas. Il y a deux mitrailleuses à l’avant, télé­com­man­dées de l’intérieur. Et il est rapide, le monstre. Je l’entends mon­ter la côte par la route. Il roule len­te­ment. Il passe devant la bou­tique. Le patron et moi on est assis der­rière le comp­toir. Pas à l’aise. Il s’arrête, pro­ba­ble­ment à un dizaine de mètres. J’entends son binome arri­ver. Ils sont tou­jours deux par deux. Ils pro­gressent sou­vent comme ça. Le pre­mier avance, s’arrête, le second le rejoint, s’arrête, le pre­mier repart, etc.

Le second s’arrête der­rière le pre­mier, et donc devant la bou­tique. J’entends le pre­mier repar­tir.

Après une ou deux minutes, le second s’ébranle. Je le sens; la bou­tique entière tremble.

D’un seul coup, une rafale d’arme auto­ma­tique. Énorme. Du 12,7, à vue d’oreille. C’est une des deux mitrailleuses. Et immé­dia­te­ment der­rière, un explo­sion. Je suis main­te­nant allon­gé der­rière le comp­toir, sans m’en être ren­du compte. Et puis le second blin­dé s’en va.

Le télé­phone sonne. Le patron, visi­ble­ment secoué, décroche. Quand il a fini de par­ler, il me fait signe de le suivre. Il déver­rouille la porte de la bou­tique, et sort. Je l’accompagne. Sans un mot, il me montre du doigt, par terre, une grande flaque d’eau. Je ne com­prends pas tout de suite. Je vois une femme sor­tir d’une mai­son, la plus proche de la flaque. Elle est visi­ble­ment déses­pé­rée. Je finis par com­prendre : les sol­dats ont des­cen­du sa citerne d’eau. C’est une de leurs grandes blagues favo­rites. Pour­quoi ? Parce que. Pour rigo­ler. Les citernes sont ins­tal­lées sur le toit. De ma ter­rasse, un jour, j’ai pu suivre le tra­jet d’un binome blin­dé en voyant les colonnes d’eau pro­vo­quées par l’explosion des citernes.

C’est fini ici. Je n’entends plus de moteur, je peux par­tir. Si j’ai un petit peu de chance, les blin­dés ne seront pas arrê­tées sur la route à proxi­mi­té de l’endroit où je la tra­verse.

Je décide de prendre un autre che­min. Je tra­verse la route une cin­quante de mètres plus bas. Je vois des gamins ins­tal­ler tout un bric à brac sur la route. Il y a une bat­te­rie de voi­ture, un tam­bour de machine à laver rouillé, ce genre de trucs. Un blin­dé n’avance pas comme ça à l’aveugle. Cha­cun de ces obs­tacles pour­rait être une bombe. Les sol­dats vont devoir véri­fier chaque obs­tacle. Ils ont hor­reur de ça. Ça fait des moments les plus dan­ge­reux pour eux. Il suf­fi­rait d’un sni­per, un seul… C’est la revanche pour la citerne. Il faut bien que tous les enfants s’amusent.

Je suis en route depuis pra­ti­que­ment une heure, et j’ai par­cou­ru en gros deux cent mètres.

Et je n’ai tou­jours de pain.

[Note de l’auteur : la pho­to est de la même ville, mais quelques jours plus tard. L’eau est, ce jour là, de l’eau de pluie.]

Feu sur la rampe…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 30 Mai 2010 à 13:10

J’avais pro­mis, plus ou moins…

Alors voi­là une petite col­lec­tion de loco­mo­tives « uti­li­taires » que je trouve mar­rantes, quelques por­traits, quelques situa­tions. Un bien piètre résu­mé d’une jour­née magni­fique.

Un conseil. Si un jour vous enten­dez par­ler d’une mani­fes­ta­tion « à vapeur », quels que soient l’heure, l’endroit, la météo, le pro­gramme à la télé ce jour là, ou même (clin d’œil) la date de la paru­tion de la ver­sion « direc­tor » d’Avatar, pre­nez vos chaus­sures. Lais­sez à la mai­son votre montre. Invi­tez des gens que vous aimez, ouvrez grand les yeux, les oreilles, le cœur, et lais­sez-vous trim­bal­ler. Chaque fois que j’ai assis­té à une mani­fes­ta­tion de ce genre, j’en ai pris pour des années de bon­heur en stock.

Voi­là, à vous de cli­quer…

La belle, la bête…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 23 Mai 2010 à 14:17


La machine le plus impo­sante que j’aie jamais vue. Construise en Alle­magne en 1957, à deux exem­plaires seule­ment. Les deux machines ont fonc­tion­né pen­dant dix ans avant d’être mises à la retraite d’office. Elle souf­frait aus­si d’anémie. Je veux dire par là qu’elle n’avait pas le ren­de­ment qu’on avait atten­du d’elle.

Mais quelle sil­houette !

Le musée de Neuen­mark-Wins­berg n’est pas très grand, mais très agréable. On est par­tis de Ber­lin à 6 heures du matin, et ren­trés à minuit. La pre­mière moi­tié du tra­jet était, mal­heu­reu­se­ment, assu­rée par une loco die­sel, et non à vapeur. Mais un peu après Leip­zig, on a retrou­vé l’autre moi­tié de notre train, avec la 01 0509 – 8 à vapeur, qui nous emme­née jusqu’à la gare de Neun­markt-Wins­berg.

Ce qui m’époustoufle tou­jours, c’est la réac­tion des gens qui se trouvent, d’un seul coup, en pré­sence d’une machine à vapeur. L’enthousiasme est géné­ral, et même conta­gieux. Des ginettes (géné­ra­le­ment trou­vées par groupes de deux) qui agitent fré­né­ti­que­ment les bras en criant, s’immobilisant de temps en temps pour prendre une pho­to avec leur télé­phone aux adultes qui spon­ta­né­ment explosent en applau­dis­se­ments incré­dules, tout le monde sou­rit. La machine à bon­heur.

L’autre truc qui me « troue » à chaque fois que je voyage à vapeur, c’est le nombre de gens, pla­cés dans les endroits les plus impro­bables, mais tous munis qui de camé­ras, qui d’appareils pho­to. Dans les arbres, dans les champs, en ville ou au plein milieu de nulle part, on en trouve un. Je ne sais pas com­ment ils savent, mais ils sont là, en embus­cade. Ils nous attendent. Une petite minute de bon­heur, et la machine est par­tie. Je pour­rais parier qu’après ils sprintent jusqu’á leur voi­ture, et roulent à tom­beau ouvert sur des iti­né­raires pré­ci­sé­ment éta­blis à l’avance, pour rejoindre à temps leur posi­tion en aval, pour une nou­velle minute de bon­heur. Des accros.

Une chouette jour­née. Vrai­ment.

Vision d’hier, photos de demain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 21 Mai 2010 à 06:30


Au dépour­vu. On vou­lait prendre le train, à la gare de Ber­lin-Frie­drichs­traße. Un train de ban­lieue. Et, arri­vé sur le quai, je trouve d’un seul coup sur un quai d’en face, une loco­mo­tive à vapeur. Ça me fait tou­jours le même effet. Notre train arri­vait sur notre quai, donc je n’ai eu que quelques secondes pour en pro­fi­ter.

J’adore ces machines.

Sur­tout la pro­chaine. Ça tombe bien, car la pro­chaine, c’est demain matin. Une jour­née dans un train à vapeur. Direc­tion la Bavière, et retour.

Tchoooooooo !!

Haut les mains !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 12 Mai 2010 à 07:53

Ça fait au moins deux jours que je cherche une idée de texte pour accom­pa­gner cette pho­to que j’adore. Je renonce.

Je me rends.

« Wir rocken die Bundesliga »… le foot qui vit : FC Sankt Pauli

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 10 Mai 2010 à 12:00

J’écrivais, il y a un peu plus de deux ans ces quelques lignes :

Les joueurs de Sankt Pau­li sont répu­tés pour leur jeu rugueux. Mais la plu­part des fautes qu’ils com­mettent sont dues à leur manque de tech­nique, pas à leurs inten­tions. On ne les voit pra­ti­que­ment jamais avoir un geste violent ou dan­ge­reux.

Mais il n’est cepen­dant pas recom­mandé de les cher­cher, et encore moins de les trou­ver.

[…]

Je sou­haite au FC Sankt Pau­li de res­ter en deuxième divi­sion.

Hier, sur le stade de Mil­lern­tor, le FC Sankt Pau­li fêtait sa pro­mo­tion en Bun­des­li­ga, la pre­mière divi­sion alle­mande. J’en ai encore les larmes aux yeux. Les rai­sons, en vrac :

Sankt Pau­li a tou­jours été une club dif­fé­rent. Et, de plus, il a et l’intention et les moyens de le res­ter. Le club n’est pas limi­té à l’équipe : le public est à la fois le moteur et le garde-fou de l’équipe. Après un match (vic­to­rieux : 5 – 1 contre Koblenz), il y a deux semaines, le public entier sif­flait l’entraîneur, en récla­mant sa démis­sion. Le « jour­na­liste » de télé de ser­vice demande, sérieu­se­ment, à l’entraîneur la rai­son de ce com­por­te­ment. L’entraîneur a, sérieux comme un pape, sug­gé­ré que le but concé­dé à Koblenz a pro­ba­ble­ment déplu. Le même public, tou­jours com­plice, a, quelques semaines plus tôt, décla­ré une grève. Les Ultras ne sont entrés dans le stade que cinq minutes après le début du match, pri­vant l’équipe et la direc­tion de ces incroyables scènes qui se passent quand l’équipe pénètre sur le ter­rain. La rai­son ? La direc­tion avait deman­dé et obte­nu un ban­nis­se­ment des fans de Rostock, les­quels n’avaient envoyé que *sept* per­sonnes dans leur tri­bune vide. Rostock est *l’ennemi*. Les fans de Rostock et ceux de Sankt Pau­li en viennent régu­liè­re­ment aux mains. Mais pour les Ultras de Sankt Pau­li, il était inad­mis­sible qu’on inter­disse l’entrée à ceux mêmes qui les insultent à chaque ren­contre. Même l’ennemi a des droits.

Sankt Pau­li a dans son effec­tif le seul joueur à ce jour à être ouver­te­ment trai­té pour dépres­sion. La dépres­sion, dans le monde du foot, n’existe pas. Il a fal­lu le sui­cide, très, très média­ti­sé, du gar­dien de l’équipe natio­nale pour qu’on en parle. Pen­dant quelques jours. Chez Sankt Pau­li, le mot existe, on en parle. Le pré­sident de Sankt Pau­li est ouver­te­ment homo­sexuel. Il est direc­teur d’un théâtre qui pro­gramme régu­liè­re­ment des revues de tra­ves­tis. Et tout le monde s’en fout. À Mil­lern­tor per­sonne n’est indé­si­rable. À part les fas­cistes. Il y a, dans l’effectif, un titu­laire, vice-capi­taine, qui est, en fait un joueur à temps par­tiel. Il cumule avec un métier… sur­pre­nant : il est com­mis­saire de police. Dans la ville. Ce cas est unique en Alle­magne.

Le stade de Mil­lern­tor fait « peur ». Il impres­sionne. On peut voir les réac­tions des arbitres et des adver­saires quand ils entrent sur la pelouse. La musique est Hell’s Bells. Cette « entrée  » est répu­tée et « crainte » dans toute l’Allemagne. Le stade contient (une des tri­bunes est en cours de recons­truc­tion) 19 000 per­sonnes. Au moins la moi­tié des places sont des places « debout ». Et le stade chante de la pre­mière minute jusqu’à la der­nière. C’est dans ma liste de trucs « à faire avant de mou­rir ». L’ambiance est com­pa­rable à celle du stade de Dort­mund (le plus grand d’Allemagne, 80 552 places, et en moyenne plus de 79 000 spec­ta­teurs). Les fans des « grands » clubs alle­mands (Bayern, Schalke, etc.) en rêvent tout haut.

Hier, Sankt Pau­li a raté le « bou­clier », et n’est pas deve­nu cham­pion de seconde divi­sion. Alors quelqu’un (un joueur ?) a démon­té un enjo­li­veur de sa voi­ture. On fait la fête pareil. Car la deuxième divi­sion, c’est fini. Pour tou­jours, bien sûr. Comme les cinq fois pré­cé­dentes.

L’équipe dont je par­lais il y a deux ans, et que je décri­vais comme des « gar­çons bou­chers au grand cœur » a beau­coup évo­lué. Mais avec le même effec­tif. Le capi­taine de l’équipe a signé au club quand celui-ci était mena­cé de relé­ga­tion de la troi­sième divi­sion. Plus de la moi­tié de l’effectif actuel (voire deux-tiers) date de cette période, dont au moins 5 titu­laires. C’est rare. Ils ont tra­vaillé. L’entraîneur est un ancien joueur du club, ain­si que son adjoint. Après chaque match, il ras­semble toute l’équipe au centre du ter­rain. Y-com­pris les mas­seurs, les cou­peurs de citrons, les ramas­seurs de balle, les jar­di­niers, tout le club. Ils donnent leur avis, et font la fête ensemble.

L’équipe a main­te­nant un jeu magni­fique. Pas par­fait, mais fluide, rapide. « À la nan­taise ». Ils sont « tech­niques », et donnent tout. Ils ont mis *soixante-douze* buts avec une dif­fé­rence de buts de +35. L’entraîneur a recru­té très intel­li­gem­ment. Il a fait venir des jeunes, qui font par­tie des équipes natio­nales de leurs caté­go­ries. Encore une curio­si­té : au début de sa car­rière, l’entraîneur n’en était pas un. Il n’avait pas les diplômes néces­saires. L’année der­nière, il a fait tous ses stages et pris ses cours *en plus* de son tra­vail d’entraîneur. Il entraîne, et il forme.

Je les suis depuis bien­tôt plus de quatre ans. J’ai vu une équipe naître, et gran­dir. Le club a gran­di aus­si. Les infra­struc­tures changent. Mais le FC Sankt Pau­li demeure. Dif­fé­rent. Hier, ils ont défi­lé avec une ban­de­role qui pro­met­tait : « Wir rocken die Bun­des­li­ga ». En fran­çais ça se dirait pro­ba­ble­ment « on va mettre le feu ». Je leur fais confiance.

Je vais pou­voir prendre une bouf­fée de vent frais dans la Bun­des­li­ga.

[Free Plastine] Le jouet extraordinaire

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Free Plastine... — le dim 9 Mai 2010 à 10:13

La sta­tion du Crois­sant Rouge de Jénine a quelques « annexes », dont une qui se trouve hors de la ville elle-même. Chaque nuit, une ambu­lance et deux « infir­miers » passent la nuit dans un ce petit vil­lage annexe. Et cette nuit, j’en suis.

C’est moi qui conduis l’ambulance. Natu­rel­le­ment, si j’ose dire. Je pars avec Hus­sein et Moham­med (ce ne sont pas leurs vrais pré­noms; j’ai oublié les vrais), avec les­quels je béné­fi­cie d’une avan­ta­geuse répu­ta­tion de porte-bon­heur, depuis le temps que je conduis pour eux : j’ai pu les mener à tra­vers tous les bar­rages. Je semble avoir un talent de diplo­mate, ce qui ferait hur­ler de rire les gens qui me connaissent « dans le civil ». Ma répu­ta­tion a dépas­sé le cadre de la sta­tion ce matin, car j’ai réus­si à faire pas­ser le bou­lan­ger et deux de ses employés entre leurs domi­ciles res­pec­tifs et la bou­lan­ge­rie cen­trale de la ville, qui appro­vi­sionne —entre autres— l’hôpital. Et depuis deux jours, plus de bou­lan­ger…

Évi­dem­ment, trans­por­ter dans une ambu­lance des gens qui ne soient ni malades ni bles­sés me pose un pro­blème. Un pro­blème « moral ». Mais dans plus de 99% des cas, je sais qui je trans­porte. Et, pour être hon­nête, depuis le début de la semaine, seules les ambu­lances peuvent rou­ler sans —trop de— risques de se faire tirer des­sus sans som­ma­tions. Et il y a des gens qui doivent se dépla­cer. Les malades, les bles­sés, natu­rel­le­ment. Mais, excu­sez-moi de le dire comme je le pense, le bou­lan­ger aus­si. Entre autres. Donc mon pro­blème « moral » est géné­ra­le­ment très rapi­de­ment réglé.

On m’a pro­mis un lit pour la nuit, ce qui est en fait un pro­grès en ce qui concerne le cou­chage : dans la sta­tion de l’hôpital, on dort à même le sol. C’est la rai­son pour laquelle je ne prends la nuit qu’occasionnellement. Le ser­vice de jour m’occupe très faci­le­ment à plein temps.

Il va être l’heure. J’achète à man­ger pour les trois, car je sais qu’Hussein est fau­ché : des sol­dats israé­liens « habitent » dans sa mai­son, avec sa famille comme otages depuis deux jours. Il est à bout de nerfs. Je n’ai pas pu négo­cier sa visite à sa famille, mais j’ai pu aller les voir moi-même. Piètre conso­la­tion.

La nuit tombe. On part. En petit en vacances. C’est la sta­tion calme. C’est pra­ti­que­ment une récom­pense d’être envoyé là-bas. J’étais sur­pris qu’Abu George m’y envoie. Il rem­place le chef de sta­tion titu­laire : celui-là a été tué quand une balle israé­lienne a tou­ché une bou­teille d’oxygène. La car­casse de l’ambulance cal­ci­née n’est pas loin de l’entrée de la sta­tion. Abu George ne parle pas un mot d’anglais, mais il ne manque pas de tra­duc­teurs. Avant le départ, il est venu en per­sonne me sou­hai­ter une bonne nuit.

Je sais que la route à prendre passe « pas loin » d’un camp mili­taire. Dans cette zone, je roule très len­te­ment, avec le gyro­phare, pleins phares. Pas ques­tion que qui­conque puisse croire qu’on tente de pas­ser en cachette. Les sol­dats ont la détente notoi­re­ment facile, et je n’aime pas ce genre de jeux.

D’un seul coup, je vois, en tra­vers de la « route », en tra­vers du che­min, un énorme bloc de béton. Cul de sac. Et merde…
J’arrête le moteur, et je des­cends. À peine sor­ti de l’ambulance, je me trouve ébloui par un pro­jec­teur. Et il y a une voix qui me crie des­sus. Natu­rel­le­ment, je ne com­prends rien de ce qu’il dit. Enfin en tout cas pas les détails. Je peux devi­ner le sens géné­ral du dis­cours. Je com­mence à avoir de l’expérience : je lève les bras, et je parle, len­te­ment, dis­tinc­te­ment, en anglais. « J’ai dû me trom­per de route. Je vais repar­tir dans la direc­tion dont je suis venu, si vous n’avez pas d’objection ».

Je suis, à force, un fin psy­cho­logue. Je sais « tra­duire » le lan­gage, cor­po­rel ou pas, de mes inter­lo­cu­teurs. Par exemple, le sol­dat auquel je viens de dire ça a visi­ble­ment une objec­tion. Com­ment je le sais ? Facile : j’entends le bruit de la culasse de son trom­blon, qu’il vient d’armer. Com­ment je sais que j’ai rai­son ? facile : il me hurle des­sus, pas trop dis­tinc­te­ment, quelque chose qui va dans le genre : « ne bou­gez pas, un offi­cier va venir vous par­ler. »

Je remonte à bord, et j’explique à mes deux coéqui­piers ce qui se passe. J’éteins les phares, et j’ouvre une bou­teille de Coca. Je la fais tour­ner. On n’a aucune idée du temps que l’officier va prendre pour arri­ver.

Après avoir pris le temps de regar­der autour de moi, je me rends compte que nous sommes pra­ti­que­ment devant l’entrée du camp mili­taire. Je vois le por­tail à peut-être cin­quante mètres sur la droite. Et je vois un type qui marche vers nous. Il ne traîne pas, l’officier.

Et d’un coup, j’ai comme un coup de panique : j’entends le bruit d’un moteur infer­nal. La seconde sui­vante, je vois un tube de métal, sui­vi de plus de soixante tonnes de métal.

Ça me donne une image curieuse… je m’imagine d’abord que le monstre pro­mène son maître. Mais, la col­lec­tion de bruits que le char fait me met en tête Le jouet extra­or­di­naire de Clo­clo :

Il fai­sait « Zip » quand il rou­lait
« Bap » quand il tour­nait
« Brrr » quand il mar­chait

J’aurais pu en rire, dans d’autres cir­cons­tances, j’imagine…

L’officier arrive jusqu’à nous, le char s’installe juste devant nous. Je vois bien que l’officier est en train de nous par­ler, mais en fait sa voix, comme le reste de l’univers entier, est cou­verte par le bruit incroyable du moteur (900 che­vaux nour­ris au die­sel, tout de même…).

L’officier lève le bras, et le moteur démen­tiel s’arrête. L’univers sou­pire. L’officier est un gamin de peut-être vingt ans.
Il me demande en anglais mes papiers. Je lui donne mon pas­se­port, et je vois son visage s’illuminer. « Ho, un fran­çais ! Je viens de Besan­çon, moi. Je m’appelle Claude. ».

J’imagine qu’il n’interprète pas exac­te­ment cor­rec­te­ment le sou­rire qui me passe sur le visage. Il s’imagine qu’il s’est trou­vé un ami, peut-être. Dans ma tête, c’est Clo­clo, pas un offi­cier israé­lien. Une sorte de pan­tin mul­ti­co­lore et sonore.

Il m’invite à des­cendre de l’ambulance, et ordonne à Hus­sein et Moham­med d’en faire autant. Puis il leur parle (en hébreu, langue que chaque pales­ti­nien peut au moins com­prendre). Moi je ne com­prends pas un mot de ce qui se dit, mais je vois les consé­quences : mes deux coéqui­piers vont s’asseoir sur le talus. Clo­clo ne me demande même pas ce qu’on fait là, et com­mence à par­ler dans sa radio. Pen­dant ce temps là, je rejoins Hus­sein et Moham­med.

Clo­clo m’appelle. Je ne bouge pas. Clo­clo se déplace.

— Qu’est-ce que tu fais ?
 — Comme les autres.
 — Pour­quoi ?
 — Tu nous as ordon­né de nous asseoir, non ?
 — Eux, oui. Pas toi. Toi, c’est pas pareil !
 — Pour­quoi ?
 — Ben… t’es comme nous, toi. Eux ce sont des arabes. Allez, viens.
 — […]
 — Tu veux visi­ter le char ?
 — Est-ce que mes deux amis peuvent aus­si le visi­ter ?
 — T’es chiant,toi.

La radio de Clo­clo gré­sille. Il se retourne, se déplace de quelques pas, et dis­cute. Je vois que l’équipage du char est sor­ti. Ils sont assis sur la tou­relle, et sont en train d’en griller une.

Hus­sein me demande dans quelle langue Clo­clo me parle. Je lui explique que, curieu­se­ment, j’ai trou­vé là un com­pa­triote. Enfin vague­ment. Moham­med me dit que je devrais me lever, que je ne devrais pas res­ter avec eux. Quand je lui demande pour quelle rai­son, il me répond, sur­pris : « Toi, c’est pas pareil ! »

Ben tiens.

Clo­clo revient.

— Je suis déso­lé, il va fal­loir attendre un petit peu. Tu veux une clope ?
 — Fume pas. Mais mes deux potes fument.
 — T’es vrai­ment chiant, toi. Sérieux.

Il tend son paquet de ciga­rettes à Hus­sein. Hus­sein, imper­tur­bable, prend une ciga­rette, et, sans un mot, l’allume. Clo­clo en pro­pose une à Moham­med, dont le visage s’éclaire. Il le remer­cie avec un grand sou­rire. Un dia­logue en hébreu com­mence. Sans moi, natu­rel­le­ment. Après quelques minutes, Moham­med éclate de rire. Clo­clo crie quelques mots en direc­tion de ses hommes. Ils le regardent tous avec l’air sur­pris. Hus­sein et Moham­med se lèvent, se dirigent vers le char. Un sol­dat les aide à mon­ter.
 — T’es content ?
 — Sur­pris. Content…
 — Je peux te poser une ques­tion ?
 — Tant qu’on est là…
 — Qu’est-ce que tu fais là ?
 — Je conduis une ambu­lance.
 — Oui, j’ai bien vu. Mais pour­quoi ?
 — C’est simple : si j’étais pas là, qu’est-ce qui se pas­se­rait, là ? Hon­nê­te­ment.
 — Je sais pas. Mais pour­quoi tu es de leur côté ?
 — Ils ont besoin d’aide, et je suis là.
 — Et nous, on en a pas besoin, d’aide ?
 — Com­bien d’ambulanciers israé­liens tués cette année ? Com­bien bles­sés ? Com­bien arrê­tés ?
 — C’est pas qu’une ques­tion d’ambulanciers !
 — Si. Votre guerre ne m’intéresse pas. Entre les kami­kazes et ton engin, je ne fais pas la dif­fé­rence.
 — Nous on se défend !
 — Chez eux.
 — T’es chiant.
 — Déso­lé. Avant-hier j’ai un bébé qui est mort dans mon ambu­lance. Un type comme toi, dans un char, m’a inter­dit de tra­ver­ser la place pour ame­ner le gamin à l’hôpital. Note que je ne suis pas cer­tain que le gamin aurait été sau­vé à l’hôpital : le per­son­nel a aus­si inter­dic­tion de venir tra­vailler. Tu vois ce que je veux dire ? Tes bles­sés, quand tu en as, il n’y a pas de bar­rages pour aller à l’hostau, je crois.
 — Mais ils trans­portent des ter­ro­ristes dans les ambu­lances !
 — Aha. Un ter­ro­riste de deux mois.
 — Écoute, je suis déso­lé…
 — J’en suis tout à fait cer­tain.
 — Eh, t’es vrai­ment chiant, hein !

Clo­clo se retourne. Il reste silen­cieux pen­dant un petit moment. Sa radio lui parle. Il répond.

— Bon. Tu vas où, avec ton ambu­lance ?
 — Tu le sais très bien. On passe ici tous les jours.
 — On a déci­dé de cou­per cet accès.
 — Et je fais quoi ?
 — Pour toi, je vais faire une excep­tion. Je vais te lais­ser pas­ser, mais demain il fau­dra pas­ser ailleurs.
 — Où ?
 — Je vais expli­quer ça à tes gars.
 — Mer­ci.
 — Je peux te poser encore une ques­tion ?
 — Je t’en prie.
 — Si Israël était enva­hi, et que les ambu­lances juives avaient des pro­blèmes, est-ce que tu serais là ?
 — Juifs, non juifs, je m’en fous. À même pro­blème, même solu­tion. Oui, je serais là. Pareil.
 — Mer­ci.
 — J’t’en prie.

Clo­clo me tend la main. Je la prends. Il s’en va. Il grimpe sur son char. Hus­sein et Moham­med en sortent. Il leur parle, leur mon­trant une carte rou­tière. Ils le remer­cient, visi­ble­ment, et grimpent à bord de l’ambulance.

Le moteur du char démarre. Un membre de l’équipage accroche un câble entre le bloc de béton et le char.

Il fai­sait « Zip » quand il rou­lait
« Bap » quand il tour­nait
« Brrr » quand il mar­chait

Le char remorque le bloc de béton. Pen­dant ce temps là, Hus­sein réper­cute ce qui s’est pas­sé au télé­phone. Je redé­marre, j’avance, len­te­ment.

Je m’arrête au niveau de Clo­clo. Il me fait un clin d’œil. Je hoche la tête. Dans ma tête, notre dia­logue. On roule en silence.
Clo­clo m’aurait-il lais­sé sau­ver le gamin d’avant-hier ? M’aidera-t’il à sau­ver un gamin demain ? Et quand bien même… com­bien de Clo­clo dans l’armée israé­lienne ?

Jénine, novembre 2002 — Ber­lin, mai 2010.

[Free Plastine] La poupée qui fait « non »…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Free Plastine...,Journal — le sam 1 Mai 2010 à 20:56

Je ne suis pas tran­quille, contrai­re­ment à la ville. Et quand je dis « pas tran­quille », j’abuse des formes de style. Je suis ter­ro­ri­sé, je crois, en fait.

Non. Pas ter­ro­ri­sé. Ce n’est pas le mot juste. Le mot juste me manque, là tout de suite. Le mot « ter­ro­ri­sé » me paraît adé­quat, mais l’utiliser aurait été comme une défaite. Donc, je ne suis « pas tran­quille », ce matin là. À défaut de voca­bu­laire adap­té.

L’adaptation du voca­bu­laire me semble, à tout dire, être ce jour là le moindre de mes pro­blèmes. Mais puisque j’ai le temps… et puis com­ment pen­ser quand les mots manquent ?

Alors est-ce que je suis ter­ro­ri­sé, ou pas ? Un petit coup d’œil à tra­vers le pare-brise : le canon du char n’a pas bou­gé. Il est tou­jours diri­gé direc­te­ment vers moi, donc pas de panique.

Ou bien ?

C’est fou ce qu’on a comme temps pour pen­ser, quand on attend au volant, face à un char de com­bat immo­bile. Je l’ai trou­vé en sor­tie de virage, en bas de la côte. Enfin, trou­vé n’est pas le mot juste. J’ai failli l’emboutir en sor­tie de virage. Et, immo­bile ou pas, un char de com­bat n’est pas un objet qu’on « trouve » juste comme ça. Juste après avoir enfon­cé la pédale des freins, j’ai éteint le moteur.

Ça fait au moins une demi-éter­ni­té que je suis là. Peut-être même cinq pleines minutes. Mon regard cou­lisse, régu­liè­re­ment, mais, sur­tout, sans bou­ger la tête, vers mon pas­sa­ger, lequel est tout aus­si figé que moi. Sa ciga­rette finit de se consu­mer, il ne res­tait plus que de la cendre. Mais il n’osait même pas lever la main pour la secouer. Il finit par ouvrir la bouche, et laisse tom­ber le mégot sur ses cuisses, comme dans une comé­die.

Cinq minutes hors-vie. Oh, j’imagine que j’ai tout de même déglu­ti de temps en temps, mais à part ça…

Et ensuite ?

La parole est reve­nue. Sans bou­ger, et en par­lant dou­ce­ment. « On fait quoi, là ? ». Mon pas­sa­ger prend son temps pour me répondre. « Rien ». Après une ou deux minutes, j’insiste. « On peut tout de même pas res­ter là toute la jour­née ! »

« Oh si, on peut ! » chu­chote mon pas­sa­ger.

Sou­pirs par­ta­gés. Puis mon pas­sa­ger, un méde­cin, a chan­gé d’avis.
 — Tu as rai­son, on ne peut pas pas­ser la jour­née ici. On a un malade à l’arrière.
 — Alors je fais quoi ? Demi-tour ?
 — T’es dingue ? Non, il faut leur par­ler.
 — Aha.

Len­te­ment, très len­te­ment, je lève la main pour atteindre le micro. J’enclenche la sono et, len­te­ment, j’amène le micro devant ma bouche. « Est-ce que vous m’entendez ? » Dans mon meilleur anglais.

Rien.

« Est-ce que vous m’entendez ? »

Une sac­cade ter­ri­fiante : le canon du char s’abaisse de quelques cen­ti­mètres. Puis il remonte.

— Tu crois qu’ils m’entendent ?
 — Aucune idée. Insiste.
 — D’accord.

« Est-ce que je peux redé­mar­rer le moteur ? »

Rien. Juste la frousse et la sueur. Mon pas­sa­ger se décon­tracte un petit peu. Il épous­sette de la main la cendre de sa ciga­rette qui était sur son pan­ta­lon, ouvre la fenêtre, et éjecte son mégot. Il se passe les mains dans les che­veux.
Nous sommes encore en vie.

Du coup, on com­mence à se relaxer. Je ramasse ma bou­teille d’eau, et bois. Mon pas­sa­ger quitte son siège et va à l’arrière pour ras­su­rer le malade.

Je monte le son. « Est-ce qu’on peut redé­mar­rer le moteur ? »

Le canon s’agite. Un coup à droite, un coup à gauche, puis il recentre sur nous. Sur moi.

— Qu’est-ce qu’ils disent ?
 — Rien.
 — Galère…

Le petit doc­teur revient à l’avant. Il prend le micro. Il parle len­te­ment, en hébreu.

Au milieu de sa phrase, le canon du char s’agite. Droite, gauche, droite, gauche, droite, gauche. Aus­si curieux que ça puisse paraître, j’ai l’impression que le char est tota­le­ment pani­qué. Les mou­ve­ments du canon me semblent être pra­ti­que­ment fré­né­tiques. Droite, gauche, droite, gauche…

Dans le doute, on ne touche à rien. On s’installe dans l’attente.
Curieu­se­ment, je ne regarde pas le « pay­sage ». Où je suis est tota­le­ment inin­té­res­sant. Pour moi. Le petit doc­teur prend ses aises, les pieds sur le tableau de bord, le clope au bec, dont il secoue la cendre par la fenêtre grande ouverte.
Après un cer­tain temps (en fait vrais­sem­ble­ment pas plus d’une ou deux dizaines de minutes, mais je trouve ça vrai­ment long), je décide de reten­ter la com­mu­ni­ca­tion. Je prends le micro, et je demande (an anglais) : « est-ce que nous pou­vons par­tir ? ».

Et ça recom­mence, le char tres­saute, le canon se balance, et je n’ai aucune idée de ce que ça peut vou­loir dire. Aga­cé, je demande, encore une fois,dans le micro : « est-ce qu’on peut par­tir ? ».

Pas de réac­tion appa­rente. Pas de mou­ve­ment mena­çant, pas de pen­dule…

Et d’un seul coup, à l’avant du char, je vois une trappe s’ouvrir. Comme un diable qui sort d’une boîte, appa­raît sou­dain une main et un bras. une toute petite tête, cou­verte par un casque énorme Le bras me fait l’honneur d’un doigt d’honneur, et la bouche de la petite tête s’ouvre. Le type hurle : « ça fait une heure que je te dis Non ! ». Là des­sus, la tête dis­pa­raît, et la main tatonne quelques secondes avant d’attrapper la trappe, et de la cla­quer bru­ta­le­ment. Fin de la repré­sen­ta­tion.

Et là j’ai l’illumination : les sol­dats sont en fait morts de trouille. Pro­té­gés par le blin­dage des soixantes tonnes d’acier, ils n’osent même pas par­ler. Ils ne parlent que par gestes. Notez que ça ne me ras­sure pas. Le canon qui balance de droite à gauche me dit en fait « non ». Et de même, le canon qui oscille de haut en bas me dit « oui ».
Que dire ? Le petit doc­teur et moi échan­geons juste quelques regards. Le petit doc­teur s’allume une nou­velle ciga­rette. On attend.

Plus tard, (com­bien de temps ?), le moteur du char se met en marche. Il recule len­te­ment, le canon tou­jours bra­qué sur nous, jusqu’à la pre­mière inter­sec­tion. Tourne à droite, et dis­pa­raît.

Je relance le moteur, je passe la pre­mière, et, len­te­ment, je com­mence à avan­cer.

Per­sonne ne lui a appris
Qu’on pou­vait dire oui.

Ramal­lah, avril 2001.

« Page précédentePage Suivante »
Moteur du site : wordpress 4.9.3 - Thème : «Back in Black 2» crée par Frederic de Villamil (traduit en français par amnesix)