Je ne suis pas un démocrate … ou bien ?
C’est peut-être simplement une question de vocabulaire. J’en suis même à espérer que c’est le cas. Ça me rendrait la vie plus simple, et plus confortable. Notez que je ne parle pas de mon confort matériel.
Je manque de confort dans ma tête, dès que je mets le nez dehors. J’ai trop de mal à confronter ce que je vois avec ce que je lis, ou entends. Dehors, j’ai un problème avec le mot «démocratie».
La démocratie, c’est un concept. Avec des corollaires. Par exemple, il est acquis pour «tout le monde» que, dans le cadre d’une démocratie, le langage des gouvernants doit être clair (compréhensible par tout le monde), transparent (on peut vérifier ce qui a été dit), et sincère (si la vérification se passe mal, il y a possible sanction). Et l’axiome de base, c’est que le peuple fait ce qu’il veut.
ALLÔ LA TERRE ?
Je vis en démocratie. Enfin, je veux dire : je vis dans un pays dont le système politique est la démocratie. C’est marqué dans les papiers.
Nom : République fédérale d’Allemagne
Date de naissance : 1949
Systéme politique : démocratie
Vous voyez. Une démocratie.
L’Allemagne va mieux. Les chiffres du chômage ne cessent pas de baisser. La Sainte Croissance est en pleine santé, ne cessant pas de … croître. Tout va bien. On fait des réformes. Et c’est bon.
Mais quand je sors dans le rue, curieusement, je manque de confort, à l’intérieur. Par exemple, la Müllerstraße, la rue perpendiculaire à la mienne, me rend facilement inconfortable. Déjà, il faut y aller souvent pour savoir ce qu’on peut y trouver : les commerces ne cessent pas de changer. Les vitrines nous parlent de nouvelles ouvertures, et ça c’est confortable. En théorie. Parce que ces ouvertures, elles se font dans des endroits où, la semaine d’avant, la même vitrine nous annonçait une liquidation. J’ai vu certaines boutiques changer trois ou quatre fois d’enseigne en moins d’un an. Un des plus populaires et mieux situés supermarchés est fermé depuis plus d’un an. Sur la façade, il y a des graffiti qui disent qu’ils veulent un Aldi, ou un Lidl. Vous connaissez Lidl et Aldi ? En Allemagne ça veut dire : de la nourriture *pas chère*. La moins chère possible. Même au prix de la qualité.
Sur Müllerstraße il y a des mendiants. Avec ou sans musique, avec ou sans gamins, avec ou sens mutilations. Il y a un an, je n’en voyais pas. J’ai peut-être une mauvaise mémoire …
En face de la nouvelle Gare Principale de Berlin, il y a le palais de justice. Enfin un des palais de justice. Là, c’est le juge «social» qui travaille. Ce n’est pas très facile de lui parler. C’est pas une question de principe, c’est juste qu’il est très occupé. Il est littéralement submergé de dossiers. Ses dossiers ? Des gens illégalement expulsés par … les services sociaux. Des gens qui ne peuvent pas payer leur électricité, leur téléphone …
Notez que pour ces gens là, l’encombrement va dans les deux sens : les huissiers sont tellement débordés qu’il faut facilement 3 semaines entre le moment où un juge donne un ordre et le jour où l’huissier arrive. Eux, les huissiers, ils sont principalement débordés à cause des … faillites.
LA FAILLITE DU SYSTÈME, PAR L’EXEMPLE
Vous pouvez croire ça ? Un juge qui reçoit des plaintes de gens expulsés totalement illégalement par l’administration ?
Bien sûr, on peut imaginer que ça puisse arriver. Par erreur. Mais là, ce n’est pas un accident. Ces expulsions sont organisées. Je veux dire : c’est volontaire. C’est systématique.
Les cibles : les pauvres. Les gens qui touchent des prestations sociales. Un bon jour, ils reçoivent un courrier qui les convoque au «job center». Au niveau du vocabulaire, on pourrait déjà s’inquiéter du fait que l’administration (allemande) qui gère les prestations sociales s’appelle «job center», en anglais dans le texte. Et champ lexical me choque un petit peu. Pour moi, ça suggère que l’idée que tout tourne autour du travail. Les gens en difficulté sont souvent au chômage, et l’idée c’est de les remettre au travail. Coûte que coûte. Les prestations sociales ont l’air d’être hors sujet.
Et, de fait, elles sont de plus en plus hors-sujet.
Les expulsions concernent les gens au chômage occupant un appartement jugé par le job center «trop cher». Car pour ces gens-là, c’est le job center qui paye le loyer. Une famille qui a habité là pendant des décennies peut être «relogée» d’un coup de stylo. Les cas se comptent par milliers.
Quel est le problème ? Le job center manque d’argent, et essaye d’en économiser, c’est logique, non ?
Logique, oui. Mais illégal. Les textes ne permettent pas ça. Mais d’ici à ce que le job center soit condamné … il a «économisé». Et les propriétaires des logements à bas prix ont gagné beaucoup d’argent. D’autant que combien des gens expulsés auront le courage de s’attaquer au job center ? Tout gestionnaire vous dira que le risque valait le coup.
Les prestations sociales sont hors sujet. C’est la raison pour laquelle, par exemple, je n’en bénéficie pas. Illégalement. Le job center considère que mes revenus sont trop hauts. Or, légalement, je n’ai pas de revenus. Je vis (mal) de mon allocation maladie. Et, la loi est formelle : ce n’est pas un revenu. Je pourrais broder sur ce thème avec mon propre exemple pendant des heures, tellement d’abus ont lieu dans mon cas. Allez, un petit pour la route : Viola, comptable, a eu un entretien avec un «conseiller» qui lui a parlé pendant plus de cinq minutes avant que Viola puisse comprendre de quoi il parlait. Il croyait que Viola était coiffeuse. Bon. L’erreur est humaine. Là où ça se gâte, c’est quand il refuse de croire que Viola est comptable, pas coiffeuse, et qu’il la menace de sanctions si elle refuse de prendre cet emploi de coiffeuse.
Je vous le dis : je peux en parler des heures. Spécialement depuis l’autre jour où nous avons eu une conversation avec quelqu’un qui travaille avec le juge social. La dame en question nous a prétendu que nous n’avions pas envoyé un document dont elle avait besoin. Et alors qu’on lui a montré le petit papier rose, le récépissé du recommandé que nous lui avions envoyé, elle nous posé la question suivante : «pouvez me prouver que ce document se trouvait dans l’enveloppe ?».
La base du système est morte. À l’instant où cette question a été posée, j’ai fini de croire à la démocratie.
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Les exemples sont légion. Et là, je ne vous parle que de moi, de ce que je vois. De ce que je vis. Mais mon voisin en a autant à dire. Et son voisin. Et ainsi de suite.
Comment accepter le discours officiel quand on vit dans ce monde ? Et surtout : faut-il accepter ce discours ? Et si non, quoi faire ?
Je parle de démocratie, là. Vous l’avez reconnue, non ? Dans mes trois questions, je parle des fondements de la démocratie.
La démocratie, ça part, comme on me l’a écrit récemment du principe de la délégation. «Parce qu’on a décidé, il y a longtemps, qu’on se ferait justement représenter.» Donc, on élit des gens qui font ce qu’on leur dit de faire. Donc, aussi, si ils ne font pas ce qu’on leur demande, on les vire.
Dans le cas que j’évoquais précédemment, il me parait clair que le système, volontairement ou pas, est en faillite.
Et comme dans tout cas de faillite, il faut comprendre pourquoi.
La faillite de la démocratie, c’est le principe de délégation tel qu’il est mis aujourd’hui en action.
Vous connaissez tous la raison. Coluche nous avait (il me semble) résumé ça en une seule phrase : «un homme au pouvoir n’est ni de gauche ni de droite : il est au pouvoir». Un homme politique veut arriver au pouvoir. Puis y rester. Et ça ouvre les portes à toutes les compromissions. Pour rester au pouvoir, il faut trouver (ou créer) les problèmes qui intéressent les gens (non : les électeurs), et leur promettre la solution.
Promettre suffit. Réfléchissez : ça fait au moins 20 ans qu’on nous promet une victoire contre le chômage. Vous avez vu une ? Non. On a changé les termes de la question : jobs précaires, jobs sous-qualifiés, jobs, sous-payés. Chômeurs radiés, volés. Mais la victoire ? Non.
Et pourtant, depuis 20 ans, les mêmes dont au pouvoir. Avec une dose d’alternance. Histoire de préserver les apparences.
Le chômage n’est qu’un exemple. Parlez droits sociaux, parlez justice, parlez sécurité, écologie, paix …
Réfléchissez. Regardez vingt ans en arrière, et regardez le chemin parcouru.
ET ALORS ?
Maintenant, si après avoir regardé 20 ans en arrière vous faites encore confiance au système «démocratique», vous pouvez cesser de lire. Votre problème est plus basique. Vous avez un petit problème avec la réalité. Vous vous racontez des histoires. Vous vivez dans un monde de détails. Et si vous croyez que «dieu est dans les détails», je vous dis que MON «dieu» est dans la statistique.
LE TAS RÉPUBLICAIN
Seule la statistique peut nous donner la démocratie. Je n’utilise pas le mot «promettre» (comme dans «la statistique peut nous promettre la démocratie»). La promesse est à proscrire de la démocratie, et de la politique. La promettre est la base de la corruption.
Et naturellement, les gens auxquels je parle me demandent toujours : «et alors, gros ballot, tu proposes quoi, toi ?»
Moi, je propose un système sans promesse. Et donc sans élection. Une démocratie sans élection. Ma solution à cette équation apparemment insoluble, c’est le TAS républicain. TAS comme dans Tirage Au Sort.
Si la promesse et la corruption est la faillite du système, il faut s’en protéger.
Si j’admets facilement qu’il FAUT une représentation, parce que 60 millions de gens ensemble ne peuvent rien faire, il nous faut une représentation incorruptible. Et seul le TAS peut nous donner ça. Le TAS, ça fonctionne comment ?
On désigne des gens pour nous représenter. Ces gens, disons 1000, n’en auraient aucun avantage. Ils gardent leur statut, leur salaire. Rien de plus. C’est un boulot de merde, mais il faut que quelqu’un le fasse. Pour deux ans, trois ans, on abandonne tout, et on devient député. Et aprés les deux ou trois ans, on rentre à la maison, comme si de rien n’était. On retrouve son boulot (garanti).
Être député, c’est essayer de faire marcher le pays. Le mieux possible. Tout le monde sait quels sont les problèmes. Et les députés *décident* la façon dont laquelle la situation doit être gérée.
Comme on garde son salaire, et comme ne peut avoir aucun avantage, pas un centime, pas une piscine, pas une voiture, on garde l’intérêt général comme cible.
Comme même un groupe de 1000 (ou 2000) personnes ne peut rien *faire* de concret, si les députés ont le pouvoir législatif (et le contrôle), ils délèguent quelques membres comme «ministres». Comme une personne seule est toujours menacé par une corruption, les ministres seront des groupes de trois.
Député ou ministre sera viré, et puni, si il obtient un avantage quelconque à sa fonction.
Et si les députés étaient cons ? Statistiquement improbable. Très improbable. Il y aura toujours le même pourcentage de gens «intelligents», et d’«imbéciles». Comme dans le système actuel. Les députés et ministres actuels ne sont ni plus intelligents ni moins intelligents que vous ou moi. On ne leur demande pas de tout savoir. On leur demande de décider. De choisir les directions à prendre. Aux fonctionnaires de leur dire comment le faire, et leur montrer les alternatives.
Les députés auront un contrôle certain sur les fonctionnaires. Les fonctionnaires seront tous *bien* payés pour faire leur boulot au mieux. Et si ils sont coupables de corruption, ils seront châtiés en conséquence.
Au bout du compte, on aura un pays gouverné par les gens.
On appelle ça une démocratie.