Aux bons soins du docteur Kellogg (Alan Parker, 1993)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) — le mer 8 Oct 2008 à 12:35

Titre ori­gi­nal : The Road To Well­ville
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Ça ne m’arrive pas tous les jours.

Sans rire.

Les pre­mières images de The Road to Well­ville m’ont lais­sé, très lit­té­ra­le­ment, bouche bée. Cata­logue des 4 pre­mières *minutes* du film :

  • Une, deux trois femmes en train de rire, proches de l’hystérie
  • L’hystérie est col­lec­tive, et orga­ni­sée. Une femme énorme avec un porte-voix guide les femmes, en des­sous, avec leurs bot­tines, ali­gnées, riant jusqu’à la démence, tapant sur leurs cuisses en rythme
  • Un homme, visi­ble­ment un *dingue*, est assis sur une plate-forme qui tourne. Il la fait tour­ner en tirant sur des poi­gnées au-des­sus de lui. Il est lui aus­si en sous-vête­ments. Il a les pieds dans des seaux d’eau chaude (elle fume !). Il répond aux ques­tions de jour­na­listes, et son dis­cours est autant hal­lu­ci­né qu’hallucinant. Le Corn-Flake est son cadeau au monde comme le maïs était le cadeau des indiens au monde.
  • La grosse femme en rouge, assise sur un pia­no, porte-voix à la bouche, dirige une séance de gym­nas­tique

Voi­là quatre minutes, incluant le géné­rique. Bien­ve­nue à Well­ville. Un délire visuel autant qu’auditif. Le dis­cours du doc­teur Kel­logg, l’inventeur du corn-flake, m’aurait fait peur si je n’étais pas déjà stu­pé­fié par sa machine. Les seaux d’eau fumante, dans les­quels il plonge ses pieds, sont mani­fes­te­ment reliés à des câbles de cuivre. Élec­tri­ci­té thé­ra­peu­tique.

AU SECOURS !!

Plon­geon pen­dant deux heures dans l’Amérique dont vous n’aviez jamais su qu’elle exis­tait à l’époque. Ho, c’est facile de se moquer des amé­ri­cains aujourd’hui. Avec leurs régimes végé­ta­riens, leur culte hys­té­rique du corps, leur rela­tion au moins ambi­guë avec leurs sexua­li­té, tout ça. Mais décou­vrir ça avec les frou­frous (lit­té­ra­le­ment) du début du siècle pré­cé­dent m’a lais­sé. j’insiste, bouche bée.

En fait, il va fal­loir que je re-voie ce film pour pou­voir enfin rire. Je n’ai pas ri pen­dant le film, cho­qué que j’étais. Ten­tez d’imaginer la scène sui­vante : deux hommes assis, avec les pieds dans des seaux d’eau. Ils reçoivent des décharges élec­triques, venant d’une machine à mani­velle reliée aux seaux d’eau par des câbles en cuivre. Le but ? Les décou­ra­ger d’avoir des érec­tions. Mais natu­rel­le­ment, ils parlent des femmes, de l’infirmière qui est tel­le­ment jolie. L’un des hommes se tourne vers l’assistant, et lui demande «plus d’ampérage, s’il vous plait». Et les hommes ont un sou­rire béat en rece­vant leur décharge.

Alors, rire, ou gémir ?

Le film est d’abord, pour moi, un choc visuel. Les cos­tumes dans ce contexte, les machines uti­li­sées, on en a plein l’œil. Mais si on par­vient à s’en déta­cher et qu’on suit les dia­logues, c’est encore pire !

Les thèmes abor­dés : le sexe, la san­té, le sexe, le végé­ta­risme, le sexe, les affaires, le sexe, le couple, le sexe. Ah, le sexe, aus­si. Alors qu’on est dans un «sana­to­rium», où les clients viennent pour le doc­teur Kel­logg qui leur pro­met un esprit sain (lire : sans sexe dans la tête) dans un corps sain (lire : sans sexe), on se rend compte très vite que le sexe est omni­pré­sent, lit­té­ra­le­ment ou sug­gé­ré. Deux femmes à vélo dis­cutent. L’une vante à l’autre le «sou­rire vélo». L’autre ne com­prend pas. La pre­mière insiste : depuis qu’elle fait régu­liè­re­ment du vélo, avec sa selle en cuir, elle n’a plus du tout besoin de son mari. Et elle s’interrompt, son visage éclai­ré d’un sou­dain sou­rire … de plai­sir. Son «sou­rire vélo». L’hypocrisie géné­rale de l’Amérique pudi­bonde expo­sée en douze secondes. Il reste 117 minutes et 48 secondes à décou­vrir.

C’est scène incroyable sur scène incroyable. Le bon doc­teur Kel­logg, en pleine forme, mène son ins­ti­tut qui n’aurait rien à envier d’une salle de tor­ture de Guan­ta­na­mo d’une main ferme, mais sans jamais ces­ser de sou­rire. Ses clientes et clients vont d’expérience sexuelle en expé­rience sexuelle, sans jamais ces­ser de louer les ver­tus de l’abstinence. Les hommes d’affaire, tous plus véreux et minables que les autres, sont à l’affût du moindre dol­lar.

C’est l’Amérique.

Bien­ve­nue à Well­ville …

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