Le jour d’avant…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 29 Nov 2010 à 14:04

Demain, le monde poli­tique alle­mand change. C’est le jour où Hei­ner Geiß­ler, l’arbitre du conflit «Stutt­gart 21» rend sa copie. Quoi en attendre, et pour­quoi ?

  • Les huit (il me semble) séances de conci­lia­tion, indé­pen­dam­ment de leur résul­tat pra­tique ont été un exer­cice de démo­cra­tie péda­go­gique extra­or­di­naire. J’en veux pour preuve les chiffres de spec­ta­teurs. Un petit peu moins de 500 000 télé­spec­ta­teurs le pre­mier jour, plus d’un mil­lion pour la der­nière. Le com­men­ta­teur de la chaîne SWR était, au début, pra­ti­que­ment seul dans une grande salle avec les écrans géants : à la fin, des classes entières y défi­laient, profs en tête. Il n’est plus pos­sible de pré­tendre que les gens ne s’intéressent pas à ce qui va leur arri­ver. Geiß­ler avait, au début, annon­cé la fin de l’ère des déci­sions prises der­rières les portes. Je crois qu’il a rai­son, et que les portes des cabi­nets devront s’ouvrir.
  • Le pro­jet «Stutt­gart 21» pose pro­blèmes. Je pense que Geiß­ler en don­ne­ra demain une vision au moins contras­tée. Le pro­jet « le mieux pla­ni­fié du monde » va en sor­tir en boi­tant. Les pré­ten­tions, voire la pré­ten­tion de la Deutsche Bahn ont volé en éclat pen­dant ces heures de débat public.
  • Les posi­tions sont défi­ni­ti­ve­ment irré­con­ci­liables. La conci­lia­tion a au moins per­mis d’établir ça, si besoin en était. Demain, les mots de Geiß­ler sont très atten­dus. Il a accep­té cette mis­sion pour cal­mer les esprits, mais rien n’ayant en fait chan­gé, que peut-il faire ?
  • L’appel au refe­ren­dum est « léga­le­ment » impos­sible, cette porte a été fer­mée par le par­le­ment du Land. Donc, j’imagine qu’il fal­loir choi­sir
  • Mais com­ment choi­sir ? Demain, après le dis­cours de Geiß­ler, rien, *rien du tout* n’empêche la Deutsche Bahn à reprendre le cours des tra­vaux comme si de rien n’était. Léga­le­ment. Geiß­ler n’a aucun pou­voir : il annonce qu’il pro­po­se­ra des modi­fi­ca­tions, mais il dépend tota­le­ment du bon gré de la Deutsche Bahn et du gou­ver­ne­ment.

Alors pour­quoi est-ce que dans Google News je peux trou­ver plus de 1 500 articles de presse (en alle­mand) concer­nant ce dis­cours de demain ? Pour­quoi est ce que, per­son­nel­le­ment, je compte les heures ?

Parce que je crois que Geiß­ler a fait sau­ter la baraque. Je crois que la ges­tion des « grands pro­jets » va être pro­fon­dé­ment modi­fiée. Je crois que les citoyens ne se conte­ront plus des « enquêtes d’intérêt géné­ral », qu’ils vou­dront pou­voir pro­po­ser des alter­na­tives. Je crois que l’Allemagne va devoir modi­fier sa concep­tion de « démo­cra­tie ».

Ce lun­di, ce sera le cin­quante-qua­trième lun­di de mani­fes­ta­tion à Stutt­gart. Plus d’un an que les citoyens de Stutt­gart battent le trot­toir. Armés de sif­flets et de pan­cartes, ils ont réus­si l’impossible. Peut-être pas celui dont ils rêvaient : je ne crois pas que la gare va « res­ter en haut » [oben blei­ben, le slo­gan de ras­sem­ble­ment des oppo­sants au pro­jet], mais ils ont pro­ba­ble­ment réus­si à empê­cher que ça se repro­duise.

Geiß­ler aura demain pro­ba­ble­ment moins d’amis qu’hier : il va fata­le­ment déce­voir tout le monde. Mais il aura, je crois, j’espère, tour­né le cou à ce qu’il a appe­lé les « poli­tiques bas­ta » [il a décla­ré : « Die Zei­ten der Bas­ta-Ent­schei­dun­gen sind vor­bei.», les temps des déci­sions bas­ta sont révo­lus, visant par ces mots les déci­sions impo­sées par le haut sans pos­si­bi­li­té de dia­logue].

Aujourd’hui, c’est le der­nier jour d’avant.

Et après… ?

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