Quelle démocratie voulons-​​nous ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 13 Nov 2010 à 00:03

Quelle démo­cra­tie vou­lons-nous ?

Cette ques­tion est posée, live à la télé, sur deux chaînes, ain­si que sur l’Internet, chaque ven­dre­di. À Stutt­gart, ven­dre­di après ven­dre­di, on dis­cute. Mais le sujet du vrai débat n’est que rare­ment évo­qué…

Le sujet « offi­ciel », est la future gare de Stutt­gart. Un pro­jet débu­té il y a au moins quinze ans, vali­dé plu­sieurs fois par le par­le­ment [du land de Baden-Würt­tem­berg, l’Allemagne est un état fédé­ral], déjà finan­cé, et dont les tra­vaux ont même com­men­cé. Donc pour­quoi est-ce qu’on en débate aujourd’hui ?

Il y a un petit peu plus de six mois, des habi­tants sont entrés en « résis­tance ». Chaque lun­di, au début, des mani­fes­ta­tions. Puis plus, tou­jours plus de mani­fes­ta­tions. Avec plus, tou­jours plus de par­ti­ci­pants. Et quels par­ti­ci­pants ? Des vieux, des jeunes. Des « de droite », des « de gauche ». Des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir défi­ler dans la rue, et qui avouent éga­le­ment que c’est quelque chose de nou­veau pour eux.

Mille, puis cinq mille, dix mille, cin­quante mille, puis près de cent mille.

Cet été, les tra­vaux ont com­men­cé. Le pre­mier coup de pelle a déclen­ché une qua­si-insur­rec­tion. Des gens se sont enchaînes à la vieille gare, ils se sont enchaînes aux arbres des­ti­nés à l’abattage. Des mamies et des papys ont bran­di leurs cannes en direc­tion des poli­ciers. Des gamins en pagaille. Et le drame : la police perd un petit peu les nerf. Un homme y perd un œil. Des pho­tos dra­ma­tiques déferlent sur les « une » des jour­naux du pays entier. Les canons à eau balayant des retrai­tés et des enfants par dizaines.

Le patron de la DB [Deutsche Bahn, la SNCF alle­mande] s’oppose, pen­dant les semaines menant à tout ça à tout chan­ge­ment. À son côté, le pre­mier ministre [du land]. Leur image est détruite. Les élec­tions légis­la­tives du mois mars 2011 s’annoncent désas­treuses.

Et sur­tout, sur­tout, le dis­cours des gens change. Au delà le pro­jet, ils mettent en ques­tion le gou­ver­ne­ment, et au delà, la gou­ver­nance. Ils voient des hommes arc-bou­tés en faveur de leurs pro­jets qu’on com­mence à décrire comme « per­son­nels ».

En der­nière extré­mi­té, crai­gnant encore une esca­lade, le pre­mier ministre tente un « coup »  il annonce la nomi­na­tion d’un arbitre. Le mot uti­li­sé est « média­teur ».

Le coup semble au début osé, mais en fait rela­ti­ve­ment tor­du. Très poli­tique, en fait. En effet, le fos­sé entre les adver­saires est tel­le­ment pro­fond qu’on n’imagine pas très faci­le­ment une récon­ci­lia­tion. Et quel pou­voir a le média­teur pour faire annu­ler un pro­jet chif­fré à plu­sieurs mil­liards d’euros ? Le pre­mier ministre a nom­mé comme média­teur un ancien sécré­taire géné­ral de son propre par­ti. Il s’imaginait jouer sur du velours.

Et voi­là que, après à peine quelques heures de sa dési­gna­tion, le média­teur crée une énorme sur­prise  il annonce un gel des tra­vaux. La foudre aurait frap­pé le pre­mier ministre qu’il n’aurait pas paru plus sur­pris. Lui, comme le pré­sident de la DB annoncent dans les minutes sui­vantes que non, les tra­vaux ne seront pas gelés.

Mais, contre toute attente, le média­teur s’impose. Il par­vient à obte­nir un gel des tra­vaux, mais demande en échange aux mani­fes­tants de res­ter chez eux. Et, autre sur­prise, il annonce que l’intégralité des séances qu’il va orga­ni­ser sera dif­fu­sée à la télé. Et sur l’Internet. Et il pro­nonce des mots très lourds. Il déclare que les temps de ce genre de façon de gou­ver­ner sont réso­lus. Finies les déci­sions prises en cati­mi­ni dans les cabi­nets. Il se pro­pose de faire le contraire de ce que les citoyens « attendent » des poli­tiques  ouvrir les portes. En grand.

Le média­teur a, en cinq minutes, bous­cu­lé les fon­de­ments du régime. Il a peut-être com­men­cé une révo­lu­tion.

Il n’a, en fait, aucun sta­tut offi­ciel. Il n’a aucun pou­voir. Le pro­jet est en fait béton­né  voté par la repré­sen­ta­tion élue. Et, de fait, le fos­sé entre les « pour » et les « contre », après un mois de dia­logue de sourds, est tou­jours aus­si béant. Et ça n’échappe à per­sonne.

Mais, ce ven­dre­di 12 novembre, la ques­tion que le média­teur n’a jamais direc­te­ment posée est appa­rue au grand jour. Un « poli­to­logue » a osé la poser : quelle démo­cra­tie vou­lons-nous?

En fait elle est sor­tie un petit peu avant ça. Live. Le débat en était à une oppo­si­tion entre le modèle alle­mand (fer­ro­viaire) et le modèle suisse. Et un des experts « contre » a, en réponse à un argu­ment de la DB qui lui disait que le pro­jet avait été voté, figé donc, il a dit : « oui, mais en Suisse, les poli­tiques sont déci­dées par les citoyens ».

Et, encore une fois, quel pou­voir a le média­teur ? Que peut-il faire ? Me en fai­sant abs­trac­tion du conte­nu des débats, si il valide le pro­jet de la DB, la guerre reprend là où elle s’arrêtée. D’un autre côté, si il ne veut pas de ce pro­jet, il ne peut pas déva­li­der les actions du gou­ver­ne­ment. Au pire, il peut appe­ler à l’organisation d’un réfé­ren­dum. Et le cadre légis­la­tif ne garan­tit pas qu’on puisse l’organise. Et en tout cas qu’on l’impose.

Alors pour­quoi tout ça ?

Pour moi, tout ça, c’est sur­tout pour empê­cher que ça puisse se répé­ter. Il ne va plus être pos­sible de mettre en place des pro­jets de cette taille sans une vraie consul­ta­tion de la popu­la­tion concer­née. J’en veux pour preuve les son­dages d’hier dans le land de Baden-Würt­tem­berg : les verts, fer de lance des « contre », frôles les 50% d’intentions. Et le CDU, jusque là confor­ta­ble­ment majo­ri­taire est à moins de 25%. Les gens ne se décident pas en fonc­tion de la gare, mais en fonc­tion de la gou­ver­nance. Ils n’ont appris le conte­nu du pro­jet pra­ti­que­ment au début des tra­vaux. Les poli­tiques n’ont pas fait leur bou­lot. Et les gens dans la rue com­mencent à dire qu’ils n’ont plus besoin de par­tis poli­tiques…

Quelle démo­cra­tie veulent-ils ?

Alors qu’en quelques semaines, les asso­cia­tions et les gens inté­res­sés ont mon­té de toutes parts un pro­jet alter­na­tif. Qu’au fil des séances, on voir le pro­jet de la DB secoué, et le pro­jet alter­na­tif prendre de la cré­di­bi­li­té, les gens de Stutt­gart se confortent appa­rem­ment dans leur idée que le pou­voir n’est pas dans les bonnes mains. Et les bonnes mains ne sont pas toutes vertes… Pen­dant que les acteurs s’envoient à la tête des sta­tis­tiques et des chiffres, les spec­ta­teurs se posent la vraie ques­tion. Le gou­ver­ne­ment ne veut pas « être otage » de la rue. Mais quoi faire ? Appa­rem­ment, une grosse par­tie de la solu­tion est le dia­logue ouvert. C’est la voie choi­sie par le média­teur. Et elle va très pro­ba­ble­ment avoir des consé­quences.

Le pre­mier ministre a, impru­dem­ment, ouvert la boîte de Pan­dore… Stutt­gart est à sur­veiller de très près.

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