Démocratie live…?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 23 oct 2010 à 22:45

Mon jour­nal de la pre­mière ses­sion d’arbitrage dans l’affaire «Stuttgart-​​21»
Ven­dredi, entre 11:00 et 13:00

Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire aupa­ra­vant, le pro­jet «Stuttgart-​​21» sus­cite débat. Enfin, il a d’abord sus­cité des dizaines de mani­fes­ta­tions, et a crée un cli­mat tel­le­ment délé­tère que l’idée du débat s’est impo­sée. Le débat a été [enfin] *imposé*. L’idée de faire appel à un média­teur « impar­tial » a été adoptée.

Déjà, et il faut encore insis­ter sur ce point, on avait là un pro­ces­sus démo­cra­tique. Les citoyens de Stut­gart, la « révolte » des citoyens de Stutt­gart était au moins autant due au manque de trans­pa­rence, ou en d’autres termes de démo­cra­tie qu’au contenu intri­sèque du pro­jet. Les chiffres cir­cu­laient dans tous les sens, les sta­tis­tiques, les affir­ma­tions… per­son­nel­le­ment j’y per­dais mon latin. D’autant que les diverses guerres se pro­dui­saient à tra­vers la presse, la radio, mais il n’y avait jamais moyen d’entendre la par­tie adverse au moment où un dia­logue aurait pu aider à comprendre…

Ce matin, sur deux chaînes de télé, et aussi sur l’Internet, le dialogue.

L’arbitre (par­don : le média­teur) a tout sim­ple­ment imposé le dia­logue. Il n’y connait rien en trains, logis­tique, pro­ba­ble­ment rien non plus en écono­mie, mais il s’y connait en dia­logue, et il est parti de l’idée que si il met­tait les deux camps autour d’une table, il pour­rait cer­tai­ne­ment se faire une idée du problème…

Je ne sais pas com­ment l’affaire va finir. Je ne sais même pas si l’arbitre aura le der­nier mot en ce qui concerne le *contenu* du pro­jet, mais le volet « démo­cra­tie » de l’affaire a défi­ni­ti­ve­ment été ouvert. À la mai­rie, comme il convient, sur la chaîne de télé régio­nale (publique), et sur la chaîne (publique) « cultu­relle » qui retrans­met habi­tuel­le­ment les débats du Bun­des­tag, pour ceux qui, pour manque de cable ou de satel­lite ne pour­raient pas cap­ter de chez eux la chaîne régio­nale. Et pour (très) bien faire, le débat est égale­ment retrans­mis sur l’Internet.

J’ai allumé ma télé, et je n’en décroche plus.

D’un côté, la Deutsche Bahn et le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-​​Würtenberg (pro Stuttgart21), de l’autre hété­ro­clite coa­li­tion « citoyenne » (contra Stuttgart-​​21). Et au milieu, Geißler.

Ne nous mécom­pre­nez pas : coa­li­tion hété­ro­clite ne veut pas dire qu’elle n’est pas tout autant bar­dée de diplomes et d’experts avec des titres impres­sion­nants que les autres. Et pour être hon­nête, je m’attendais à une guerre de chiffres pure et dure, entre deux camps sérieu­se­ment entraî­nés. Et là je com­prends vrai­ment en quelle mesure ce dia­logue est un véri­table exer­cice de démo­cra­tie. On devrait faire tra­duire ce débat et le mon­trer dans toutes nos « démocraties ».

Car ce matin, j’ai assisté à la pre­mière bataille. Entre une bande de « Papp­na­sen » [je me ger­ma­nise, moi… un Papp­nase (« nez de car­ton ») est un type qui parle bien et beau­coup, mais qui ne dit pas grand-​​chose d’utile] et des types déter­mi­nés, pré­pa­rés et armés en consé­quence. Les poli­tiques « clas­siques » du gou­ver­ne­ment brassent du vent, mais ne répondent pas vrai­ment aux ques­tions pré­cises et visi­ble­ment génantes de leurs adversaires.

Il est l’heure pour tout le monde de manger…

Ven­dredi soir

C’est parti. La vraie « dis­cus­sion » est lan­cée. Expert contre expert, chiffres contre chiffres. Pen­dant des heures. Chaque camp à sa tête un (contra) ou deux (pro) « tête ». Ils sont res­tés en retrait au début de l’après-midi. Jusqu’à ce que la tête des contra ouvre le feu. Il résume ce qui vient d’être dit, et pose une simple ques­tion. Le genre de ques­tion qui fait peur à tout poli­tique. C’est la bombe ato­mique dans un débat  : tant qu’on n’a pas sa réponse « oui ou non », on répète la ques­tion. Ambiance.

Au début, les pro ont tenté de réponse avec d’autres experts. Comme la ques­tion ne ces­sait pas de leur reve­nir dans la figure, leur « tête » poli­tique a dégainé. Le ton a fran­che­ment changé.

Natu­rel­le­ment, tout ça a été un dia­logue de sourds, dans un sens. Mais même moi, plus clam­pin que le plus clam­pin, j’ai pu me faire une idée du pour­quoi du com­ment du conflit qui a mis Stutt­gart à feu et à sang. Littéralement.

Samedi soir : Mes conclu­sions
Les pro­ta­go­nistes : côté « pro », pas de sur­prise. Des experts qui ont la tête qui va bien. Ils pré­sentent impec­cable, et parlent clai­re­ment. Par­fois, quand on les contre­dit, cer­tains sont agres­sifs, au point que Geiß­ler a du en cal­mer un. En ce qui concerne leurs « têtes!, celle de la Deutsche Bahn est très sym­pa­thique. On a envie de le croire, quand ses yeux rieurs émergent au-​​dessus de ses lunettes de lec­ture. Il a cer­tai­ne­ment une poi­gnée de main très agréable. Je devine sans pro­blème pour­quoi il a été envoyé là. Lui semble, de temps en temps, d’en dou­ter. Et dans ces moments entre en action la « tête » poli­tique. La tueuse à gages. Elle a un lan­gage cor­po­rel qui me fait peur. Elle flingue tout ce qui bouge. Elle a même essayé d’intimider Geiß­ler… bonne chance.

Les pro­ta­gon­nistes : côté « contra », là le 169 de ma télé ne suf­fit pas à cou­vrer le spectre. Du jeune d’à peine vingt ans, avec une écharpe rose, un badge « oben blei­ben », à peine d’âge de se raser à deux retrai­tés, les mains trem­blantes. Hété­ro­clite est un terme à peine suf­fi­sant. Ils bafouillent, se mélangent, mais mal­gré tout ça, ils convainquent. Et à leur tête, le maire d’une ville du coin, pas la quan­ran­taine. Il est calme, et on lui confie­rait les clés de la mai­son. Mais quand il parle… tout est pré­cis, trés, *très* bien tourné. Le type que je ne veux jamais à affron­ter dans un débat.

Geiß­ler : Il sait où il veut aller. Je ne suis pas cer­tain qu’il est sûr d’y aller. Il a lancé ce qu’il appelé « un pro­to­type de nou­velle démo­cra­tie », et j’ai envie de le croire. Mais il faut attendre et voir.

Aujourd’hui, à Stutt­gart deux manifs. Les « pro » (10 000 per­sonnes) et les « contra » (70 000 personnes).

Per­son­nel­le­ment, ce genre de débats devrait être obli­ga­toire pour les gros pro­jets. Ou les réformes de retraites. Deux adver­saires, un arbitre, et des camé­ras. His­toire de vrai­ment *savoir* pour­quoi on est « pour » ou « contre », déjà. Quant au résul­tat de l’arbitrage, c’est le pro­chain cha­pitre de l’histoire.

2 commentaires

  1. Comment by Giorgio — 26/10/2010 at 22:05

    La four­naise à échauf­fer les têtes fonc­tionne bien cer­taines années. Pen­dant les autres, elle n’a pas la quan­tité de rayons vou­lue et des mil­lions d’êtres sur cette pla­nète insuf­fi­sam­ment cri­blée, laissent d’écouler, sans un vrai sur­saut, une vie aux étapes insen­sibles, les yeux fixés avec fas­ci­na­tion sur les époques his­to­riques de cala­mi­tés et de gran­deur tra­gique, où l’on n’avait pas à bou­cher les années sim­ple­ment avec des jours, des jours, tou­jours des jours.

    (Henri Michaux, Face aux ver­rous, 1967)

  2. Comment by olivier — 02/11/2010 at 13:11

    Il a l’air gen­til, le mon­sieur Henri Michaux. Mais en fran­çais, ça veut dire quoi ?

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