Est-Ouest ? Naaan, j’ai pas grand-chose à dire…

Ça va faire vingt ans, demain, que le mur de Berlin est tombé.
Ça se fête, tout de même !
Non ?
Beeeen, oui. tenez, on aura Hillary, Mikhail, et même le petit Nicolas à la Brandenburger Tor. Et puis mille dominos géants qui vont tomber. On a eu U2, tiens. Je me demande où Jesse Jackson est resté, tiens.
Une grande fête donc. Populaire. Sisi.
Notez, il n’y aura pas de manifestations spontanées. Imaginez que des Berlinois veulent se mêler de La Fête… Ça, c’est pas possible. La fête a été confiée à deux agences, avec exclusivité. Donc le petit bal pour la fête au mur, beeen… non.
On aurait pu faire la fête au mur partout. Mais comme il n’y a pas de Latte Machiatto, et pas d’hôtels de luxe à, disons, près de chez moi, à Wedding, les agences ont fait l’impasse.
Mais les dominos, grande idée. L’idée que le Mur De Berlin ait été le premier domino qui, tombant a fait tomber le communisme, ça va faire de chouettes images. Symboliques.
Donc, demain, on est tous frères. Champagne pour Hillary, Mikhail et le petit Nicolas (si il n’a pas oublié sa carte d’identité). Pour les autres, bière, j’imagine.
Tiens, au fait, vous savez quel domino a fait tomber le mur de Berlin ? Ben oui, hein, les symboles c’est bien joli, mais le premier domino est tombé à l’étranger. En Hongrie, en fait. Il est tombé le jour où la Hongrie a décidé d’ouvrir sa frontière avec l’Autriche. Dans les heures qui ont suivi, des milliers d’Allemands de l’Est se engouffrés dans cette brèche. Après quelques jours, c’est devenu définitivement intenable. L’édifice vacillait déjà. Ces dizaines milliers d’Allemands, tenaces, courageux, qui manifestaient depuis des semaines, semaine après semaine, avaient déjà miné la maison RDA. Et le 9 novembre, elle est tombée, dans la confusion totale.
La fête sera très bien organisée, j’en suis sûr.
Le Mur n’a pas fini sa carrière. Une petite portion devient un musée. Éducatif, donc, le mur. Il y a un petit champ de mines (maaaais non, pas des vraies !) avec un mirador et tout. Pour voir ça, il faut grimper à la terrasse. Et tant qu’a éduquer, on fait des panneaux qui montrent des pages d’une BD (en vente…) bilingue. Allemand, Anglais.
Il y a des gens qui ne respectent vraiment rien. Le panneau que j’ai photographié aujourd’hui est «décoré» d’une petite affiche qui célèbre l’anniversaire de… la RDA. Avec un extrait d’un discours du chancelier Kohl (RFA), et une citation de la constitution de la RDA.
Notez que tout les ex-Est-Allemands ne sont pas nostalgiques. Bon, on en a vu un l’autre jour (en fait moi je ne l’ai pas vu, mais Viola l’a vu). Il se faisait passer pour un membre de la Berliner Tafel (en français ça se dit les Restaus du Cœur). Il faisait la quète à Wedding (pas vraiment un quartier riche). Il a été arrête par la police et a déclaré qu’il trouvait normal que les «Wessis» (c’est le petit nom gentil que les gens de l’allemagne de l’est donnent à ceux de l’ouest) payent pour sa situation économique. Il y en a eu aussi 1 500 pour manifester hier, pour protester contre la chute du mur, à Berlin.
Il y en a quelques uns qui se sont bien adaptés, aussi. Prenez Wolfgang Tiefensee, par exemple. Il est né à l’Est. Il est entré en politique (du bon côté, naturellement) à l’age de 34 ans. En 1989, donc, il a commencé à militer. Bon timing. Donc, avec ces milliers d’anonymes (pas pour tout le monde, naturellement, la STASI était là aussi), il a scandé «Wir sind das Volk !», le peuple, c’est nous. Eh bien, histoire de montrer qu’il a bien évolué avec son temps, il a déposé, le 12 mars 2002, la marque «Wir sind das Volk». Il a perdu son ministère la semaine dernière, mais ne vous inquiétez pas pour lui : il est encore député.
Le personnage qui nous raconte, sur le panneau que j’ai photographié, nous dit : Est-Ouest ? Naaan, j’ai pas grand-chose à dire…
Moi non plus.
Ping par chassez le mur de Berlin, il revient au galop — intraordinaire — 09/11/2009 at 22:45
[…] Olivier Six, Est-Ouest ? Naaan, j’ai pas grand-chose à dire… […]