La ballade des gens qui sont nés quelque part …
Même les cons peuvent poser de bonnes questions. Souvent le savoir, vu que ce qui les intéresse est généralement plus les réponses que les questions. Mais moi j’aime bien les questions.
Quand les cons posent de potentiellement bonnes questions, ça ressemble à ça :
• Dans quel pays êtes-vous installé ?
• Depuis combien de temps ?
• Pour quelles raisons avez-vous quitté la France ?
• Est-ce temporaire ou définitif ?
• Quand vous revenez en France, quelles sont vos impressions ?
• ce qui vous manque ? ne vous manque pas ?
• Dans votre pays d’adoption, comment voit-on la France d’aujourd’hui ? les Français ? (quelques grandes lignes)
• Comment considérez-vous votre pays d’accueil ?
• etc.
Vous pouvez vous imaginer la nausée à la lecture des réponses, quand la question est posée sur un site «légèrement» xénophobe, naturellement arabophobe, et généralement hanté par, comme le disait Georges Brassens, des «imbéciles heureux qui sont nés quelque part».
Je pourrais vous infliger la critique des réponses données par les cons (c’est beaucoup plus court à écrire que «imbéciles heureux qui sont nés quelque part»), mais à quoi bon ? Quand la raison de s’exiler évoquée ressemble à : «Constat impuissant de l’islamisation effrénée de la France», généralement alliée à une sordide raison économique, je ne ressens pas le besoin de discuter. Ho, il y a quelques années, j’aurais sorti mon glaive et mon verbe, rêvant de lance-flammes, et en avant. Mais aujourd’hui ?
Aujourd’hui je m’interroge sur le bien-fondé de de la question posée par le con en chef (pseudo : François Desouche, ahaha …).
Car les cons qui ont répondu ont en général émigré vers un pays «riche». Et quand on y pense, quelle est la différence entre un pays riche ?
Il n’y en a plus. Si on veut du dépaysement, en fait, il faudrait aller dans un pays «pauvre», peuplé de gens que, dans la langue des cons, sont tous des immigrés en puissance.
J’ai testé. Mon parcours «étranger» m’a fait passer par la Palestine (pays pauvre), et par trois pays riches Israël –fugitivement, j’avoue – , le Danemark, et maintenant l’Allemagne. Dans les trois pays riches, je suis bien en peine à discerner les différences profondes avec la France.
Dans les rues de Tel Aviv, celles de Copenhague et celles de Berlin, je vois les mêmes enseignes qu’à Paris, par exemple. Quelle est la différence entre un Pizza Hut ? Quelle est la différence entre un McDonald’s ? Quelle est la différence entre un C&A ? Entre une Peugeot ? Esprit ? Starbucks ?
Les gens marchent tous avec une main à l’oreille (Nokia, LG, etc.), ou avec un iPod. Si vous en voyez un, comment savoir si c’est un danois à Tel Aviv ou un français à Berlin ?
Et si on gratte un petit peu … les politiques (et les hommes politiques) sont les mêmes. J’ai oublié (bienheureux) le nom du détestable premier ministre danois de l’époque où j’y habitais, mais je *sais* que j’aurais du mal à le distinguer de notre petit Nicolas. À part la taille, le reste est le même. Le même discours. Ce discours je l’entends aussi en Allemagne. Et si vous aviez un quelque doute, réfléchissez : l’Europe nous oblige à avoir tous les mêmes lois. Les lois qui s’attaquent aux fromages au lait cru (chers aux français) s’attaquent également aux «bouletten» berlinoises. D’ici 20 ans, nous mangerons tous la même chose. Et je ne parle pas de MacDo, là.
Deux pays qui ont les mêmes lois peuvent-ils être différents ? En fait c’est même le rêve français, ça, non ? Même à Alger, c’était la France, non ? Et à Saïgon aussi. Les mêmes lois pour tous.
Vous ne me croyez toujours pas ? Je vais vous aider. Vous savez comment en dit «Ségolène Royal» en allemand ? Ça se dit «Ursula von der Leyen». Je n’invente rien. Comparez vous même : Clone1 contre Clone2.
Sans rire : même les «imbéciles heureux qui sont nés quelque part» existent partout. Ils ont le même discours, les mêmes phobies, les mêmes armes. Sauriez-vous me dire quelle est la nationalité d’un «imbécile heureux qui sont nés quelque part» juste à voir sa tête ?
