
Voilà.
«Stuttgart 21» c’est fini…
Non, j’rigole… :)
Enfin fini un petit peu quand même. Disons que la médiation est finie. Et encore…
Bon. Je cesse de tenter de réfléchir, je mets tout sur la page, et vous triez vous-mêmes.
La journée a commencé un petit peu solennellement. Il faut dire qu’il y avait du beau linge à la corde, hein. Le premier ministre Mappus (il avait fait une apparition le premier jour, mais était parti à midi manger —on ne l’a plus revu dans la salle avant ce matin), le patron de la Deutsche Bahn, Grube, qui n’avait jusque ce jour pas daigné d’honorer le petit peuple de sa présence, et il y avait aussi le maire de Stuttgart, Schuster, lequel n’avait probablement pas trouvé la salle avant aujourd’hui. Notez c’est un petit dommage, je trouve : ils sont ceux qui ont provoqué la crise, tout de même.
Du coup, dans le camp des « pour », les vaillants petits soldats qui en ont pris plein la tête pendant les six semaines étaient relégués au deuxième rang, comme les cancres.
Le médiateur, Geißler, a commencé à présenter tout le monde. Non : le premier rang. Il a, tout sourire, commencé à pourrir la matinée de Gruber, en lui disant, sous couverture de plaisanterie, tout le mal qu’il pense sur l’état de la Deutsche Bahn. Il regrette que les automates aient remplacé les guichetiers, par exemple.
Ensuite, il a lancé la dernière de médiation : chacun des participants (du premier rang) avaient cinq minutes pour leur « plaidoyer ».
Les « pour » ont commencé. Ils ont respecté les formes, remerciant Geißler pour son travail. Deux entre eux, ont fait un mea culpa dont j’espère qu’il était sincère : ils ont regretté que le travail effectué pendant la médiation n’ait pas été fait avant. Ils ont promis, l’un pour la DB et l’autre pour le gouvernement, que on ne travaillera jamais plus comme ça. Série totalement sans intérêt, à part la phrase de Mappus, dans laquelle il a dit qu’on n’avait jamais eu une telle occasion en Allemagne à part à Berlin après la chute du mur. Il parlait immobilier.…
La riposte n’a pas tardé. Le premier « contre » à parler a indiqué, en passant, qu’à son avis Stuttgart personne n’a envie d’avoir une Potsdamer Platz [le « coeur » hideux du « nouveau » Berlin construit après la chute du mur]. Les « contre » ont été plus agressifs. Et surtout beaucoup plus passionnés.
Une fois le tour de table fini, Geißler a demandé une heure de patience pour s’entretenir avec les « pour », puis avec les « contre ».
Il est revenu cinq heures plus tard. Et il a rendu son verdict. Son verdict était prévisible : il a recommandé un certain nombre de changements au projet, lesquels soulignent les points sur lesquels les « contre » avaient mené le plus gros de leurs charges. Il a avoué que le projet alternatif des « contre » était faisable, et apparemment il lui plaisait bien, mais il a dit qu’il ne pouvait pas le recommander pour raisons financières (le DB avait annoncé que le renoncement à son projet venait accompagné d’une facture de plus d’un milliard d’euros, ce qui naturellement fait un petit peu peur…)
Le jugement :
- il a préconisé la création d’un cadre légal empêchant la spéculation au sujet des terrains « libérés » par l’enterrement de la gare, demandant que ces terrains soient utilisés à autre chose que les centres commerciaux prévus. La ville semble avoir accepté ça, en serrant les dents, toutefois. À suivre.
- il a exigé que les arbres centenaires du parc soient épargnés : sauf maladie « mortelle », les arbres devraient, le cas échéant être transplantés, pas abattus. Pas négociable. À suivre.
- il a exigé que la DB prouve que dans sa configuration du moment le projet pouvait accepter une augmentation du trafic d’au moins 30%, et si non, il recommande que le projet soit modifié, avec entre autres l’ajoût de deux quais à la nouvelle gare souterraine. La DB commente, avec un sourire crispé, que le test ne pose aucun problème, facile, les doigts dans le nez. Tonton, pourquoi tu tousses ? À suivre plus que le lait sur le feu.
- il a allumé les conditions d’accès des handicapés à la gare, et au plan de sécurité en général. Ça fait sérieux.
J’en oublie certainement.
Les « pour » ont pavané, tous sourires devant les caméras, mais avec une raideur qui avait un je-ne-sais quoi genre « manche à balais dans le cul », les « contre » ont pris acte, souligné que le « projet le mieux planifié du monde » avait apparemment des lacunes sérieuses, que leurs remarques avaient visiblement du bon, mais ils ont annoncé qu’ils ne renonçaient pas à leur projet alternatif. Les manifs vont reprendre.
Seul point commun à tout les participants : ils ont, avec Geißler, enterré le processus existant concernant les « grands » projets. Ils ont prononcé le nom de la Suisse avec une insistance rassurante. Geißler a lui carrément recommandé un processus en trois étapes :
- une définition du projet (qu’est-ce qu’on veut faire), soumise à referendum
- une définition du plan (comment on veut faire ça), soumise à referendum)
- une fois tout ça dûment accepté, les travaux
Gagnants et perdants : tous les participants ont perdu, au moins en partie. Tous les autres, c’est à dire la population de Stuttgart, et plus largement la population allemande a gagné : personne ne pourra plus leur enfoncer dans la gorge un projet du genre «Stuttgart 21». Mais ils vont probablement tout devoir avaler « Stuttgart 21 plus ».
Les comptables de la DB ont très certainement passé une sale nuit. Combien pour toutes ces modifications, et qui va payer ? Ce matin, en urgence, le Bundestag met « Stuttgart 21 plus » (le sobriquet que Geißler a utilisé) au menu. Le but, sauver le projet.
Au niveau local, certains ont perdu certainement beaucoup d’argent dans l’affaire, surtout si la ville fait ce qu’elle a promis au niveau des terrains constructibles libérés.
Geißler a gagné son pari. Il n’avait peu de certitudes quant sa capacité à trouver un compromis entre une gare de surface et une gare souterraine, mais il avait misé sur la mise à mort du « basta business ». Il semble avoir vraiment gagné.
Je crois que il y aura un jour avant, et un jour après Stuttgart 21.
Il y a pas mal à parier que Stuttgart va reprendre le chemin de la rue. Voyons si « Stuttgart 21 plus » lui résistera…