Le jour d’avant…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 29 Nov 2010 à 14:04

Demain, le monde poli­tique alle­mand change. C’est le jour où Hei­ner Geiß­ler, l’arbitre du conflit «Stutt­gart 21» rend sa copie. Quoi en attendre, et pour­quoi ?

  • Les huit (il me semble) séances de conci­lia­tion, indé­pen­dam­ment de leur résul­tat pra­tique ont été un exer­cice de démo­cra­tie péda­go­gique extra­or­di­naire. J’en veux pour preuve les chiffres de spec­ta­teurs. Un petit peu moins de 500 000 télé­spec­ta­teurs le pre­mier jour, plus d’un mil­lion pour la der­nière. Le com­men­ta­teur de la chaîne SWR était, au début, pra­ti­que­ment seul dans une grande salle avec les écrans géants : à la fin, des classes entières y défi­laient, profs en tête. Il n’est plus pos­sible de pré­tendre que les gens ne s’intéressent pas à ce qui va leur arri­ver. Geiß­ler avait, au début, annon­cé la fin de l’ère des déci­sions prises der­rières les portes. Je crois qu’il a rai­son, et que les portes des cabi­nets devront s’ouvrir.
  • Le pro­jet «Stutt­gart 21» pose pro­blèmes. Je pense que Geiß­ler en don­ne­ra demain une vision au moins contras­tée. Le pro­jet « le mieux pla­ni­fié du monde » va en sor­tir en boi­tant. Les pré­ten­tions, voire la pré­ten­tion de la Deutsche Bahn ont volé en éclat pen­dant ces heures de débat public.
  • Les posi­tions sont défi­ni­ti­ve­ment irré­con­ci­liables. La conci­lia­tion a au moins per­mis d’établir ça, si besoin en était. Demain, les mots de Geiß­ler sont très atten­dus. Il a accep­té cette mis­sion pour cal­mer les esprits, mais rien n’ayant en fait chan­gé, que peut-il faire ?
  • L’appel au refe­ren­dum est « léga­le­ment » impos­sible, cette porte a été fer­mée par le par­le­ment du Land. Donc, j’imagine qu’il fal­loir choi­sir
  • Mais com­ment choi­sir ? Demain, après le dis­cours de Geiß­ler, rien, *rien du tout* n’empêche la Deutsche Bahn à reprendre le cours des tra­vaux comme si de rien n’était. Léga­le­ment. Geiß­ler n’a aucun pou­voir : il annonce qu’il pro­po­se­ra des modi­fi­ca­tions, mais il dépend tota­le­ment du bon gré de la Deutsche Bahn et du gou­ver­ne­ment.

Alors pour­quoi est-ce que dans Google News je peux trou­ver plus de 1 500 articles de presse (en alle­mand) concer­nant ce dis­cours de demain ? Pour­quoi est ce que, per­son­nel­le­ment, je compte les heures ?

Parce que je crois que Geiß­ler a fait sau­ter la baraque. Je crois que la ges­tion des « grands pro­jets » va être pro­fon­dé­ment modi­fiée. Je crois que les citoyens ne se conte­ront plus des « enquêtes d’intérêt géné­ral », qu’ils vou­dront pou­voir pro­po­ser des alter­na­tives. Je crois que l’Allemagne va devoir modi­fier sa concep­tion de « démo­cra­tie ».

Ce lun­di, ce sera le cin­quante-qua­trième lun­di de mani­fes­ta­tion à Stutt­gart. Plus d’un an que les citoyens de Stutt­gart battent le trot­toir. Armés de sif­flets et de pan­cartes, ils ont réus­si l’impossible. Peut-être pas celui dont ils rêvaient : je ne crois pas que la gare va « res­ter en haut » [oben blei­ben, le slo­gan de ras­sem­ble­ment des oppo­sants au pro­jet], mais ils ont pro­ba­ble­ment réus­si à empê­cher que ça se repro­duise.

Geiß­ler aura demain pro­ba­ble­ment moins d’amis qu’hier : il va fata­le­ment déce­voir tout le monde. Mais il aura, je crois, j’espère, tour­né le cou à ce qu’il a appe­lé les « poli­tiques bas­ta » [il a décla­ré : « Die Zei­ten der Bas­ta-Ent­schei­dun­gen sind vor­bei.», les temps des déci­sions bas­ta sont révo­lus, visant par ces mots les déci­sions impo­sées par le haut sans pos­si­bi­li­té de dia­logue].

Aujourd’hui, c’est le der­nier jour d’avant.

Et après… ?

Le temps se couvre sur Stuttgart 21…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 17 Nov 2010 à 14:39

Non, vrai­ment, il y en a qui n’ont pas de chance, tout de même.

Pre­nez Ange­la [Mer­kel, chan­ce­lière fédé­rale], par exemple. Juste dimanche, elle a encore pris publi­que­ment par­ti pour Stutt­gart 21, et regar­dez ce qui lui est tom­bé des­sus en à peine deux jours :

  1. Lun­di :
    • un cour­rier du Bun­des­rech­nung­shof (la cour des comptes fédé­rales) qui accuse le ministre des trans­ports fédé­ral de men­songe quand il raconte que le finan­ce­ment de Stutt­gart 21 est bou­clé et accep­té par la cour des comptes
    • un exper­tise qui met en doute le carac­tère consti­tu­tion­nel du finan­ce­ment de Stutt­gart 21
  2. Mar­di :
    • on découvre dans la presse une lettre du Eisen­bahn Bun­de­samt (l’établissement des che­mins de fer fédé­ral, « supé­rieur hié­rar­chique » de la Deutsche Bun­des­bahn, sans l’accord duquel rien ne peut se pas­ser) qui déclare que l’autorisation de mise en tra­vaux pour le chan­tier de la créa­tion de la voie à grande vitesse entre Wedd­lin­gen et Ulm (ce tra­cé est par­tie pre­nante du pro­jet Stutt­gart 21 —sans cette ligne, le pro­jet de la gare perd pra­ti­que­ment tout inté­rêt) est, pro­vi­soi­re­ment, gelé. Et ceci depuis le 7 sep­tembre…
    • une exper­tise dénonce l’utilisation du ter­rain « libé­ré » par la construc­tion de la gare sou­ter­raine : pas assez de loge­ments, trop de bâti­ments de bureaux, trop de centres com­mer­ciaux

Et il n’est qu’à peine midi, hein…

Générations…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le mar 16 Nov 2010 à 15:25

Et si on ne par­lait pas de Stutt­gart ?

Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, hein : rien qu’hier, une exper­tise est sor­tie, laquelle met en cause le carac­tère consti­tu­tion­nel du finan­ce­ment de Stutt­gart-21. Figu­rez-vous qu’un Land ne peut pas par­ta­ger le finan­ce­ment d’un pro­jet avec l’état, et ça pour évi­ter que les « Län­der » [plu­riel de « Land »] riches soient trop favo­ri­sés par rap­port aux Län­der pauvres. Et dans le même temps, on exhu­mait une lettre du vice-pré­sident de la Cour des Comptes [Bun­des­rech­nung­shof], laquelle met­tait le ministre (fédé­ral) des trans­ports au sujet du finan­ce­ment de Stutt­gart-21, ou plu­tôt au sujet de ses décla­ra­tions appa­rem­ment au moins intem­pes­tives, dans les­quelles il a tou­jours pré­ten­du qu’il avait l’accord de la cour des comptes. La cour des comptes n’a pas modi­fié son avis sur Stutt­gart-21, le consi­dère encore comme un pro­jet à hauts risques, et n’a en l’état auto­ri­sé le finan­ce­ment qu’un des sept chan­tiers consti­tuant Stutt­gart-21. Un ministre fédé­ral accu­sé de men­songe, ça ne se passe pas « à la Woerth », en Alle­magne…

Bon, donc, chan­geons de sujet. Je vais gérer la tran­si­tion en dou­ceur, pro­mis.

Dimanche, j’ai assis­té à un départ en retraite. Celui d’un tram­way. Le der­nier exem­plaire d’un matê­riel crée en 1953. Du coup, on est allés visi­ter le dépot de Nie­der­schön­hau­sen, siège du « musée » du tram­way (et bus) ber­li­nois. Et on y est allés avec mon nou­veau appa­reil pho­to…

C’était pas une chouette tran­si­tion, ça ? Stutt­gart-21, donc train, donc rail, donc tram­way, donc musée du tram­way, et DONC nou­vel appa­reil pho­to. Non, vrai­ment, je confine au génie lit­té­raire, là.

Le nou­veau Pentax (le K-5), est sor­ti il y a quelques semaines. J’ai lu les pre­miers tests, et j’ai été embal­lé. J’ai par­ta­gé mon enthou­siasme avec l’ami Gior­gio, lequel a, sur un coup de tête, déci­dé de m’offrir un K-5. Je n’ai pas de mots pour ça. Mais j’ai des pho­tos.

Je n’ai pas beau­coup par­lé de mon appa­reil de l’époque (le K-7). Mais je pense que le vais par­ler (rela­ti­ve­ment) sou­vent au sujet de mon K-5, et ça va vous expli­quer pour­quoi je ne par­lais pas du K-7.

Le K-5, est ce que j’aurais vou­lu trou­ver dans le K-7. Le K-7 n’a en fait été qu’un appa­reil de tran­si­tion. Le boi­tier du K-7 était déjà « par­fait », un boi­tier à l’ergonomie extra­or­di­naire, « cus­to­mi­sable » dans les détails les plus extrêmes, mais pour être hon­nête, j’avais été déçu par le cap­teur.

Les images étaient un petit peu « creuses ». C’est pas facile à défi­nir, je sais. Et le « bruit » frô­lait le grave dès 1600 ISO. Ça ne m’a pas empê­ché de publier quelques pho­tos à 3200 ISO, je sais, mais je n’avais pas la conscience tran­quille… à juste titre.

Le K-5 est un K-7 pas­sé à l’âge adulte. Le boi­tier est pra­ti­que­ment le même (seule dif­fé­rence : le « sque­lette » est main­te­nant tota­le­ment métal­lique), l’interface est encore plus « cus­to­mi­sable » (j’y revien­drai), mais sur­tout, le cap­teur est tota­le­ment neuf. Et net­te­ment meilleur.

Par exemple, là, je publie une pho­to à 5000 ISO, et j’ai défi­ni­ti­ve­ment la conscience tran­quille.
Regar­dez :

Oh, ne nous mécom­pre­nez pas : il y a du bruit dans l’image. Mais, d’une part moins que dans une pho­to du K-7 avec 3200 ISO, et d’autre part, le bruit du K-5 est net­te­ment plus « propre ». Je veux dire, si je le vou­lais, je pour­rais beau­coup plus faci­le­ment « net­toyer » cette image que si je l’avais prise avec mon K-7.

À l’arrivée, une jour­née mémo­rable. Déjà, bien que leur col­lec­tion ne soit pas très grande, j’ai eu beau­coup de plai­sir à la décou­vrir. Dehors , il y avait même un *très* vieux tram *à che­vaux*. J’ai ado­ré ça. Ensuite, la sor­tie inau­gu­rale de mon K-5 m’a éga­le­ment don­né beau­coup de plai­sir.

En fin de soi­rée (j’exagère : en fait c’est en fin de soi­rée sui­vante…) je me suis déci­dé à faire quel­que­chose que je ne fais que *très* rare­ment : je suis allé récu­pé­rer le code source de mon logi­ciel « pho­to » prin­ci­pal (en fait pra­ti­que­ment le seul que j’utilise), Raw­The­ra­pee, et à le com­pi­ler, his­toire d’avoir accès à la ver­sion qui me per­mette de « déve­lop­per » les RAW com­pri­més de Pentax. J’ai hor­reur de faire ça : ça me fait tra­ver­ser la fron­tière entre « usa­ger » de mon sys­tème, état qui me satis­fait tota­le­ment, et « bidouilleur infor­ma­ti­cien », état pour lequel je n’ai aucune appé­tence. J’étais bidouilleur, il y a encore quelques années, car l’état de Linux m’y obli­geait. Mais ça fai­sait au moins deux ans que je n’avais pas ins­tal­lé sur ma machine les outils per­met­tant une com­pi­la­tion.

D’autant que à peine vingt-quatre plus tard, une ver­sion déjà com­pi­lée était dis­po­nible.…

Donc, vous pou­vez vous attendre, dans le futur, à ce que je me mette à cau­ser « pho­to ».

Et si vous n’aimez pas ça, vous pou­vez déjà prendre date avec le pro­chain du type Stutt­gart-21 : on a décou­vert hier, dans la presse, les plans du pro­jet des­ti­né à uti­li­ser le ter­rain de l’aéroport de Ber­lin-Tegel (dont la fer­me­ture est, si je ne me trompe pas, pré­vue pour 2010), déjà approu­vé par le sénat, dont per­sonne ne savait rien. Le Sénat de Ber­lin n’a appa­rem­ment pas la télé, ou bien ils n’ont rien com­pris à ce qui s’est pas­sé depuis mai à Stutt­gart. À mon humble avis, ça va chauf­fer. Et là, je serai aux pre­mières loges : nous fai­sons par­tie des concer­nés…

Quelle démocratie voulons-​​nous ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 13 Nov 2010 à 00:03

Quelle démo­cra­tie vou­lons-nous ?

Cette ques­tion est posée, live à la télé, sur deux chaînes, ain­si que sur l’Internet, chaque ven­dre­di. À Stutt­gart, ven­dre­di après ven­dre­di, on dis­cute. Mais le sujet du vrai débat n’est que rare­ment évo­qué…

Le sujet « offi­ciel », est la future gare de Stutt­gart. Un pro­jet débu­té il y a au moins quinze ans, vali­dé plu­sieurs fois par le par­le­ment [du land de Baden-Würt­tem­berg, l’Allemagne est un état fédé­ral], déjà finan­cé, et dont les tra­vaux ont même com­men­cé. Donc pour­quoi est-ce qu’on en débate aujourd’hui ?

Il y a un petit peu plus de six mois, des habi­tants sont entrés en « résis­tance ». Chaque lun­di, au début, des mani­fes­ta­tions. Puis plus, tou­jours plus de mani­fes­ta­tions. Avec plus, tou­jours plus de par­ti­ci­pants. Et quels par­ti­ci­pants ? Des vieux, des jeunes. Des « de droite », des « de gauche ». Des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir défi­ler dans la rue, et qui avouent éga­le­ment que c’est quelque chose de nou­veau pour eux.

Mille, puis cinq mille, dix mille, cin­quante mille, puis près de cent mille.

Cet été, les tra­vaux ont com­men­cé. Le pre­mier coup de pelle a déclen­ché une qua­si-insur­rec­tion. Des gens se sont enchaînes à la vieille gare, ils se sont enchaînes aux arbres des­ti­nés à l’abattage. Des mamies et des papys ont bran­di leurs cannes en direc­tion des poli­ciers. Des gamins en pagaille. Et le drame : la police perd un petit peu les nerf. Un homme y perd un œil. Des pho­tos dra­ma­tiques déferlent sur les « une » des jour­naux du pays entier. Les canons à eau balayant des retrai­tés et des enfants par dizaines.

Le patron de la DB [Deutsche Bahn, la SNCF alle­mande] s’oppose, pen­dant les semaines menant à tout ça à tout chan­ge­ment. À son côté, le pre­mier ministre [du land]. Leur image est détruite. Les élec­tions légis­la­tives du mois mars 2011 s’annoncent désas­treuses.

Et sur­tout, sur­tout, le dis­cours des gens change. Au delà le pro­jet, ils mettent en ques­tion le gou­ver­ne­ment, et au delà, la gou­ver­nance. Ils voient des hommes arc-bou­tés en faveur de leurs pro­jets qu’on com­mence à décrire comme « per­son­nels ».

En der­nière extré­mi­té, crai­gnant encore une esca­lade, le pre­mier ministre tente un « coup »  il annonce la nomi­na­tion d’un arbitre. Le mot uti­li­sé est « média­teur ».

Le coup semble au début osé, mais en fait rela­ti­ve­ment tor­du. Très poli­tique, en fait. En effet, le fos­sé entre les adver­saires est tel­le­ment pro­fond qu’on n’imagine pas très faci­le­ment une récon­ci­lia­tion. Et quel pou­voir a le média­teur pour faire annu­ler un pro­jet chif­fré à plu­sieurs mil­liards d’euros ? Le pre­mier ministre a nom­mé comme média­teur un ancien sécré­taire géné­ral de son propre par­ti. Il s’imaginait jouer sur du velours.

Et voi­là que, après à peine quelques heures de sa dési­gna­tion, le média­teur crée une énorme sur­prise  il annonce un gel des tra­vaux. La foudre aurait frap­pé le pre­mier ministre qu’il n’aurait pas paru plus sur­pris. Lui, comme le pré­sident de la DB annoncent dans les minutes sui­vantes que non, les tra­vaux ne seront pas gelés.

Mais, contre toute attente, le média­teur s’impose. Il par­vient à obte­nir un gel des tra­vaux, mais demande en échange aux mani­fes­tants de res­ter chez eux. Et, autre sur­prise, il annonce que l’intégralité des séances qu’il va orga­ni­ser sera dif­fu­sée à la télé. Et sur l’Internet. Et il pro­nonce des mots très lourds. Il déclare que les temps de ce genre de façon de gou­ver­ner sont réso­lus. Finies les déci­sions prises en cati­mi­ni dans les cabi­nets. Il se pro­pose de faire le contraire de ce que les citoyens « attendent » des poli­tiques  ouvrir les portes. En grand.

Le média­teur a, en cinq minutes, bous­cu­lé les fon­de­ments du régime. Il a peut-être com­men­cé une révo­lu­tion.

Il n’a, en fait, aucun sta­tut offi­ciel. Il n’a aucun pou­voir. Le pro­jet est en fait béton­né  voté par la repré­sen­ta­tion élue. Et, de fait, le fos­sé entre les « pour » et les « contre », après un mois de dia­logue de sourds, est tou­jours aus­si béant. Et ça n’échappe à per­sonne.

Mais, ce ven­dre­di 12 novembre, la ques­tion que le média­teur n’a jamais direc­te­ment posée est appa­rue au grand jour. Un « poli­to­logue » a osé la poser : quelle démo­cra­tie vou­lons-nous?

En fait elle est sor­tie un petit peu avant ça. Live. Le débat en était à une oppo­si­tion entre le modèle alle­mand (fer­ro­viaire) et le modèle suisse. Et un des experts « contre » a, en réponse à un argu­ment de la DB qui lui disait que le pro­jet avait été voté, figé donc, il a dit : « oui, mais en Suisse, les poli­tiques sont déci­dées par les citoyens ».

Et, encore une fois, quel pou­voir a le média­teur ? Que peut-il faire ? Me en fai­sant abs­trac­tion du conte­nu des débats, si il valide le pro­jet de la DB, la guerre reprend là où elle s’arrêtée. D’un autre côté, si il ne veut pas de ce pro­jet, il ne peut pas déva­li­der les actions du gou­ver­ne­ment. Au pire, il peut appe­ler à l’organisation d’un réfé­ren­dum. Et le cadre légis­la­tif ne garan­tit pas qu’on puisse l’organise. Et en tout cas qu’on l’impose.

Alors pour­quoi tout ça ?

Pour moi, tout ça, c’est sur­tout pour empê­cher que ça puisse se répé­ter. Il ne va plus être pos­sible de mettre en place des pro­jets de cette taille sans une vraie consul­ta­tion de la popu­la­tion concer­née. J’en veux pour preuve les son­dages d’hier dans le land de Baden-Würt­tem­berg : les verts, fer de lance des « contre », frôles les 50% d’intentions. Et le CDU, jusque là confor­ta­ble­ment majo­ri­taire est à moins de 25%. Les gens ne se décident pas en fonc­tion de la gare, mais en fonc­tion de la gou­ver­nance. Ils n’ont appris le conte­nu du pro­jet pra­ti­que­ment au début des tra­vaux. Les poli­tiques n’ont pas fait leur bou­lot. Et les gens dans la rue com­mencent à dire qu’ils n’ont plus besoin de par­tis poli­tiques…

Quelle démo­cra­tie veulent-ils ?

Alors qu’en quelques semaines, les asso­cia­tions et les gens inté­res­sés ont mon­té de toutes parts un pro­jet alter­na­tif. Qu’au fil des séances, on voir le pro­jet de la DB secoué, et le pro­jet alter­na­tif prendre de la cré­di­bi­li­té, les gens de Stutt­gart se confortent appa­rem­ment dans leur idée que le pou­voir n’est pas dans les bonnes mains. Et les bonnes mains ne sont pas toutes vertes… Pen­dant que les acteurs s’envoient à la tête des sta­tis­tiques et des chiffres, les spec­ta­teurs se posent la vraie ques­tion. Le gou­ver­ne­ment ne veut pas « être otage » de la rue. Mais quoi faire ? Appa­rem­ment, une grosse par­tie de la solu­tion est le dia­logue ouvert. C’est la voie choi­sie par le média­teur. Et elle va très pro­ba­ble­ment avoir des consé­quences.

Le pre­mier ministre a, impru­dem­ment, ouvert la boîte de Pan­dore… Stutt­gart est à sur­veiller de très près.

Je suis le petit centre chaud de ce monde…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 5 Nov 2010 à 13:15

J’écoute Street Figh­ting Years de Simple Minds. Et j’ai la rage.

Ce qui me dérange, c’est que cette rage devrait être per­ma­nente, et qu’elle ne l’est plus. Main­te­nant j’ai besoin de « déclen­cheurs ». Triste, dans un sens.

Notez que mon déclen­cheur du jour est au moins trois fois « pla­tine », hein…

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore recon­nu, je vous pré­sente un homme, condam­né par la jus­tice de son pays (le mien, mais je n’y suis pour rien, pro­mis !), tou­jours le pre­mier au front quand il s’agit d’expulser des Roms (j’exagère; il est tout au plus le pre­mier à se pava­ner devant les camé­ras quand on expulse des Roms), qui vise (à ce qu’il paraît) la mai­rie de… *Vichy* (ça ne s’invente pas, ça…), qui —quand il se trouve quelqu’un pour lui deman­der s’il ne trouve pas tout de même un tout petit peu trou­blant, cette série de cam­brio­lages visant des jour­na­listes, tous tra­vaillant sur l’affaire Bet­ten­court— déclare, sans rire, « ce n’est pas la Sta­si ou le KGB  ». Il est (encore) ministre de l’intérieur en France. Son nom : Brice Hor­te­feux.

Je n’en reviens pas. Depuis le 4 juin 2010, on a un type offi­ciel­le­ment raciste a gou­ver­ne­ment. Je n’invente rien.

« Déclare Brice HORTEFEUX cou­pable de la contra­ven­tion d’injure non publique envers un groupe de per­sonnes à rai­son de leur ori­gine, en l’espèce les per­sonnes d’origine arabe, com­mise à Sei­gnosse dans les Landes, le 5 sep­tembre 2009. »

J’aurais pu, en d’autres cir­cons­tances, avoir l’impression de tirer sur l’ambulance, notez. Sur­tout quand on a enten­du le conduc­teur, se tenant le nez à pleines mains, expli­quer que non, il ne par­lait pas d’arabes, mais des… auver­gnats.

Notez que je ne pense pas qu’il sera « offi­ciel­le­ment » raciste long­temps. Ha ben oui, hein, il a fait appel, tout de même. Et il fini­ra bien par gagner. Ou à nous le faire croire. tenez, déjà, il a encore la pleine confiance du pré­sident de la répu­blique. Ça prouve bien qu’il n’est pas raciste, non ? C’était un lap­sus, voi­là tout !

Et ses col­lègues le sou­tiennent aus­si !


Hor­te­feux est-il raciste ?
envoyé par repor­ter­ci­toyen. — L’info video en direct.

À ce rythme, c’est pra­ti­que­ment ras­su­rant d’avoir un peu la rage, quand on tombe sur la pho­to de ce type… et si je suis cam­brio­lé, je deman­de­rai à la police de cher­cher s’ils ne trouvent pas d’empreintes géni­tales

Vingt-huit ans plus tard…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 3 Nov 2010 à 10:48

C’était hier. À (un petit peu plus de…) vingt-huit ans près. Je rac­com­pa­gnais Vio­la chez elle. Elle habi­tait (lit­té­ra­le­ment) au pied du mur. Par­don : du Mur.

Mais ce que j’ai rame­né de cette pro­me­nade là, ce n’est pas le mur. Déjà, le mur, hein, je l’avais déjà vu. Dif­fi­cile à rater quand on arrive dans le Ber­lin en 1982, le mur. Notez qu’il est pra­ti­que­ment encore plus dif­fi­cile à rater aujourd’hui, mais je m’éloigne de mon sujet.

Une par­tie de ce que j’ai rame­né de cette pro­me­nade, c’est une cité. À pro­non­cer à la fran­çaise d’aujourd’hui, hein. Une CITÉ. Des immeubles qui m’écrasaient. Et je n’étais pas un débu­tant, hein : j’habitais à quelques cen­taines de mètres de Grand Vaux, et j’allais pati­ner à Évry le same­di soir. Les cités, je connais­sais. Mais, cette soi­rée de l’été 1982, alors que je sui­vais une jeune fille qui mar­chait pieds nus, qui se trou­vait être mon élève, j’ai été impres­sion­né par la cité. Car pour arri­ver chez Vio­la, pieds nus ou pas, il fal­lait tra­ver­ser Gro­piuss­tadt.

C’était gris. Tout gris. C’était oppres­sant. Je n’ai pas aimé du tout.

Mais…

L’image que j’ai rame­né de ma pro­me­nade, c’était des lapins qui fai­saient papote tran­quille­ment à Gro­piuss­tadt. Je n’avais pra­ti­que­ment jamais vu de lapins avant, mais les voir là, ça m’a mar­qué. De mon pre­mier séjour à Ber­lin, outre Vio­la, j’ai rame­né des images de lapins. Lapins à Gro­piuss­tadt. Clic. Des lapins au Tier­gar­ten. Clic. Des lapins pas­sant devant les sen­ti­nelles (russes) du monu­ment (russe) juste avant la porte de Bran­de­bourg. Ber­lin, c’était Lapins City. Je ne pou­vais abso­lu­ment pas m’imaginer des lapins à Grand Vaux, mais aucun pro­blème pour me rap­pe­ler des lapins de Gro­piuss­tadt.

Je suis pas­sé il y a quelques mois à Gro­piuss­tadt, mais c’était l’hiver. Avec la neige, tout ça. C’était encore gris. Et froid.

Et, same­di, on avait déci­dé de mon­trer Gro­piuss­tadt à l’ami Gior­gio. Et là, sur­prise. C’était blanc, calme, plein de lumière et de ver­dure. Au point de me dire que je pour­rais y habi­ter.

C’est une ques­tion de lumière, peut-être.

Moteur du site : wordpress 4.9.3 - Thème : «Back in Black 2» crée par Frederic de Villamil (traduit en français par amnesix)