Le jour d’avant…
Demain, le monde politique allemand change. C’est le jour où Heiner Geißler, l’arbitre du conflit «Stuttgart 21» rend sa copie. Quoi en attendre, et pourquoi ?
- Les huit (il me semble) séances de conciliation, indépendamment de leur résultat pratique ont été un exercice de démocratie pédagogique extraordinaire. J’en veux pour preuve les chiffres de spectateurs. Un petit peu moins de 500 000 téléspectateurs le premier jour, plus d’un million pour la dernière. Le commentateur de la chaîne SWR était, au début, pratiquement seul dans une grande salle avec les écrans géants : à la fin, des classes entières y défilaient, profs en tête. Il n’est plus possible de prétendre que les gens ne s’intéressent pas à ce qui va leur arriver. Geißler avait, au début, annoncé la fin de l’ère des décisions prises derrières les portes. Je crois qu’il a raison, et que les portes des cabinets devront s’ouvrir.
- Le projet «Stuttgart 21» pose problèmes. Je pense que Geißler en donnera demain une vision au moins contrastée. Le projet « le mieux planifié du monde » va en sortir en boitant. Les prétentions, voire la prétention de la Deutsche Bahn ont volé en éclat pendant ces heures de débat public.
- Les positions sont définitivement irréconciliables. La conciliation a au moins permis d’établir ça, si besoin en était. Demain, les mots de Geißler sont très attendus. Il a accepté cette mission pour calmer les esprits, mais rien n’ayant en fait changé, que peut-il faire ?
- L’appel au referendum est « légalement » impossible, cette porte a été fermée par le parlement du Land. Donc, j’imagine qu’il falloir choisir
- Mais comment choisir ? Demain, après le discours de Geißler, rien, *rien du tout* n’empêche la Deutsche Bahn à reprendre le cours des travaux comme si de rien n’était. Légalement. Geißler n’a aucun pouvoir : il annonce qu’il proposera des modifications, mais il dépend totalement du bon gré de la Deutsche Bahn et du gouvernement.
Alors pourquoi est-ce que dans Google News je peux trouver plus de 1 500 articles de presse (en allemand) concernant ce discours de demain ? Pourquoi est ce que, personnellement, je compte les heures ?
Parce que je crois que Geißler a fait sauter la baraque. Je crois que la gestion des « grands projets » va être profondément modifiée. Je crois que les citoyens ne se conteront plus des « enquêtes d’intérêt général », qu’ils voudront pouvoir proposer des alternatives. Je crois que l’Allemagne va devoir modifier sa conception de « démocratie ».
Ce lundi, ce sera le cinquante-quatrième lundi de manifestation à Stuttgart. Plus d’un an que les citoyens de Stuttgart battent le trottoir. Armés de sifflets et de pancartes, ils ont réussi l’impossible. Peut-être pas celui dont ils rêvaient : je ne crois pas que la gare va « rester en haut » [oben bleiben, le slogan de rassemblement des opposants au projet], mais ils ont probablement réussi à empêcher que ça se reproduise.
Geißler aura demain probablement moins d’amis qu’hier : il va fatalement décevoir tout le monde. Mais il aura, je crois, j’espère, tourné le cou à ce qu’il a appelé les « politiques basta » [il a déclaré : « Die Zeiten der Basta-Entscheidungen sind vorbei.», les temps des décisions basta sont révolus, visant par ces mots les décisions imposées par le haut sans possibilité de dialogue].
Aujourd’hui, c’est le dernier jour d’avant.
Et après… ?







