Démocratie live…?
Mon journal de la première session d’arbitrage dans l’affaire «Stuttgart-21»
Vendredi, entre 11:00 et 13:00
Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire auparavant, le projet «Stuttgart-21» suscite débat. Enfin, il a d’abord suscité des dizaines de manifestations, et a crée un climat tellement délétère que l’idée du débat s’est imposée. Le débat a été [enfin] *imposé*. L’idée de faire appel à un médiateur « impartial » a été adoptée.
Déjà, et il faut encore insister sur ce point, on avait là un processus démocratique. Les citoyens de Stutgart, la « révolte » des citoyens de Stuttgart était au moins autant due au manque de transparence, ou en d’autres termes de démocratie qu’au contenu intrisèque du projet. Les chiffres circulaient dans tous les sens, les statistiques, les affirmations… personnellement j’y perdais mon latin. D’autant que les diverses guerres se produisaient à travers la presse, la radio, mais il n’y avait jamais moyen d’entendre la partie adverse au moment où un dialogue aurait pu aider à comprendre…
Ce matin, sur deux chaînes de télé, et aussi sur l’Internet, le dialogue.
L’arbitre (pardon : le médiateur) a tout simplement imposé le dialogue. Il n’y connait rien en trains, logistique, probablement rien non plus en économie, mais il s’y connait en dialogue, et il est parti de l’idée que si il mettait les deux camps autour d’une table, il pourrait certainement se faire une idée du problème…
Je ne sais pas comment l’affaire va finir. Je ne sais même pas si l’arbitre aura le dernier mot en ce qui concerne le *contenu* du projet, mais le volet « démocratie » de l’affaire a définitivement été ouvert. À la mairie, comme il convient, sur la chaîne de télé régionale (publique), et sur la chaîne (publique) « culturelle » qui retransmet habituellement les débats du Bundestag, pour ceux qui, pour manque de cable ou de satellite ne pourraient pas capter de chez eux la chaîne régionale. Et pour (très) bien faire, le débat est également retransmis sur l’Internet.
J’ai allumé ma télé, et je n’en décroche plus.
D’un côté, la Deutsche Bahn et le gouvernement du Land de Baden-Würtenberg (pro Stuttgart21), de l’autre hétéroclite coalition « citoyenne » (contra Stuttgart-21). Et au milieu, Geißler.
Ne nous mécomprenez pas : coalition hétéroclite ne veut pas dire qu’elle n’est pas tout autant bardée de diplomes et d’experts avec des titres impressionnants que les autres. Et pour être honnête, je m’attendais à une guerre de chiffres pure et dure, entre deux camps sérieusement entraînés. Et là je comprends vraiment en quelle mesure ce dialogue est un véritable exercice de démocratie. On devrait faire traduire ce débat et le montrer dans toutes nos « démocraties ».
Car ce matin, j’ai assisté à la première bataille. Entre une bande de « Pappnasen » [je me germanise, moi… un Pappnase (« nez de carton ») est un type qui parle bien et beaucoup, mais qui ne dit pas grand-chose d’utile] et des types déterminés, préparés et armés en conséquence. Les politiques « classiques » du gouvernement brassent du vent, mais ne répondent pas vraiment aux questions précises et visiblement génantes de leurs adversaires.
Il est l’heure pour tout le monde de manger…
Vendredi soir
C’est parti. La vraie « discussion » est lancée. Expert contre expert, chiffres contre chiffres. Pendant des heures. Chaque camp à sa tête un (contra) ou deux (pro) « tête ». Ils sont restés en retrait au début de l’après-midi. Jusqu’à ce que la tête des contra ouvre le feu. Il résume ce qui vient d’être dit, et pose une simple question. Le genre de question qui fait peur à tout politique. C’est la bombe atomique dans un débat : tant qu’on n’a pas sa réponse « oui ou non », on répète la question. Ambiance.
Au début, les pro ont tenté de réponse avec d’autres experts. Comme la question ne cessait pas de leur revenir dans la figure, leur « tête » politique a dégainé. Le ton a franchement changé.
Naturellement, tout ça a été un dialogue de sourds, dans un sens. Mais même moi, plus clampin que le plus clampin, j’ai pu me faire une idée du pourquoi du comment du conflit qui a mis Stuttgart à feu et à sang. Littéralement.
Samedi soir : Mes conclusions
Les protagonistes : côté « pro », pas de surprise. Des experts qui ont la tête qui va bien. Ils présentent impeccable, et parlent clairement. Parfois, quand on les contredit, certains sont agressifs, au point que Geißler a du en calmer un. En ce qui concerne leurs « têtes!, celle de la Deutsche Bahn est très sympathique. On a envie de le croire, quand ses yeux rieurs émergent au-dessus de ses lunettes de lecture. Il a certainement une poignée de main très agréable. Je devine sans problème pourquoi il a été envoyé là. Lui semble, de temps en temps, d’en douter. Et dans ces moments entre en action la « tête » politique. La tueuse à gages. Elle a un langage corporel qui me fait peur. Elle flingue tout ce qui bouge. Elle a même essayé d’intimider Geißler… bonne chance.
Les protagonnistes : côté « contra », là le 16⁄9 de ma télé ne suffit pas à couvrer le spectre. Du jeune d’à peine vingt ans, avec une écharpe rose, un badge « oben bleiben », à peine d’âge de se raser à deux retraités, les mains tremblantes. Hétéroclite est un terme à peine suffisant. Ils bafouillent, se mélangent, mais malgré tout ça, ils convainquent. Et à leur tête, le maire d’une ville du coin, pas la quanrantaine. Il est calme, et on lui confierait les clés de la maison. Mais quand il parle… tout est précis, trés, *très* bien tourné. Le type que je ne veux jamais à affronter dans un débat.
Geißler : Il sait où il veut aller. Je ne suis pas certain qu’il est sûr d’y aller. Il a lancé ce qu’il appelé « un prototype de nouvelle démocratie », et j’ai envie de le croire. Mais il faut attendre et voir.
Aujourd’hui, à Stuttgart deux manifs. Les « pro » (10 000 personnes) et les « contra » (70 000 personnes).
Personnellement, ce genre de débats devrait être obligatoire pour les gros projets. Ou les réformes de retraites. Deux adversaires, un arbitre, et des caméras. Histoire de vraiment *savoir* pourquoi on est « pour » ou « contre », déjà. Quant au résultat de l’arbitrage, c’est le prochain chapitre de l’histoire.










