Wayne. John Wayne.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le mar 29 déc 2009 à 17:08

Je suis le John Wayne de Berlin-​​Wedding. Je trim­balle mon appa­reil photo à la cein­ture. Et ce n’est pas dif­fi­cile à comprendre…

J’ai com­mencé avec la cour­roie autour du cou. Hon­nê­te­ment, ça n’a pas duré. Ensuite, une cour­roie « high-​​tech », en machin­préone, ça n’a pas duré plus long temps. C’est bien, cer­tai­ne­ment, mais pas pour moi. En été c’est insup­por­table, sur tout le high-​​tech à la sueur. Quand on a un appa­reil de « grande taille », c’est à dire avec un grip, et qu’on en plus un objec­tif « de grande taille » (genre DA* 50 – 135 ou, pire, DA* 60 – 250), il est tout sim­ple­ment impos­sible de se trim­bal­ler avec ça autour du cou. On a tou­jours « peur », et on fini par avoir un per­ma­nence une main qui tient l’objectif.

Dans ma quête pour trou­ver le « véhi­cule » idéal, ma deuxième étape a été une «  dra­gonne  ». C’est un sys­tème très bien fait, qui com­bine avec une plaque me per­met­tant d’utiliser mon pied. Mais hon­nê­te­ment, l’appareil à la main en per­ma­nence, ce n’est pas viable. C’est un sys­tème qui me plait beau­coup (ça donne une bonne sécu­rité), mais qui ne doit pas être uti­lisé seul.

La troi­sième étape a été la décou­verte de la RS2 de Black Rapid. Ce n’était pas par­fait, mais tout de même très bien. Au début, j’ai détesté le sys­tème d’accrochage, et je l’ai rem­placé rapi­de­ment : la plaque de mon pied vivait de toute façon sur la « poi­gnée » de mon DA* 60 – 250, et donc il était facile de l’utiliser à la place de ce sys­tème d’accrochage vrai­ment pas ter­rible. Leur maté­riel a évolué (dans le bon sens), avec la RS4, mais il était déjà trop tard. J’ai trim­ballé mon maté­riel pen­dant à mon côté pen­dant plu­sieurs mois, et je l’utiliserais encore si je n’avais pas eu la révélation

Note : avec la RS, j’ai conti­nué à uti­li­ser ma dragonne.

Et récem­ment, j’ai fait la décou­verte du sys­tème « spi­der ». Celui qui trans­forme un inof­fen­sif pho­to­graphe en un John Wayne digi­tal. Yeeeehaaaa !

Ce sys­tème m’a convaincu en même pas une semaine.

Bon, c’est un petit peu dif­fi­cile au début. S’habituer à l’image du John Wayne du quar­tier. Mais c’est parce que c’est très nou­veau, et pas du tout répandu. Ça ne va pas durer.

On peut uti­li­ser ce sys­tème sans la cein­ture qui vient avec (je veux dire : on peut uti­li­ser sa propre cein­ture), mais elle est tel­le­ment bien étudiée que je la recom­mande. J’aime l’idée qu’on peut « bidouiller » avec l’accrochage, per­met­tant de choi­sir l’équilibre qu’on veut pour le sys­tème (mon DA*60 – 250 ayant une cer­taine ten­dance à se com­por­ter comme un trom­bonne à cou­lisse, j’apprécie par­ti­cu­liè­re­ment de pou­voir le por­ter à l’horizontale).

Sur la pla­tine du sys­tème Spi­der­pro, j’ai fixé la plaque de ma dra­gonne. Sans pro­blème. Et main­te­nant je peux aussi me trim­bal­ler avec mon pied (que je porte dans le dos, ce qui créait des conflits avec ma RS2). Ou avec mon sac à dos.

À recom­man­der sans hési­ter. Ça s’appelle le Spi­der Camera Hol­ster. Moi je l’ai trouvé par l’intermédiaire de enjoyourcamera.com.

Yee­haaaaaaa !

Cet arbre est un espace de vie…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 27 déc 2009 à 07:41

Balade déran­geante hier. Le parc est à quelques cen­taines de mètres de chez nous. On n’y va que de temps en temps, assez pour que les « modi­fi­ca­tions » nous sautent à l’œil. La modi­fi­ca­tion du jour, c’était l’élagage *mas­sif*. Des cen­taines d’arbres ont été –à défaut d’autre terme– mas­sa­crés. Les branches –s’il en reste– ne sont plus que des moi­gnons. Par­fois, le tronc lui-​​même a été « interrompu ».

Une par­tie du parc, consti­tué d’un « lac » et des rives d’icelui, est (ce n’est pas nou­veau) « pro­tégé » des pro­me­neurs par une clô­ture déco­rée d’une pan­carte annon­çant une « bio­sphère », c’est à dire un endroit où la nature est lais­sée à elle seule. Et main­te­nant il y a même des pan­cartes dans les arbres. Sur les pan­cartes, on nous explique que ces arbres sont des mai­sons, qu’ils y pro­tègent des espèces mena­cées (cham­pi­gnons, insectes, chauves-​​souris, et oiseaux).

Alors vous pou­vez ima­gi­ner notre tête quand, après avoir lu la pan­carte, on a levé la tête. La scène, pour cho­quante qu’elle soit, n’est pas du tout rare.

Dans la « bio­sphère », dans le temps, on lais­sait les arbres morts où ils se trou­vaient. Ça fai­sait des « ruines » romantiques.

Si ça conti­nue, on n’osera plus visi­ter les parcs.

À Ber­lin, les bruits cir­culent. On y dit que ces tailles sau­vages sont déci­dées à la mai­rie, et que le bois résul­tant est livré (gra­tui­te­ment, natu­rel­le­ment) à des menui­se­ries, géné­ra­le­ment appar­te­nant à des gens séjour­nant à la mairie.

La mai­rie de Ber­lin, j’insiste, est aux mains d’une coa­li­tion « rouge-​​rouge », c’est à dire du Parti « Socia­liste » et des amis-​​du-​​peuple de « la gauche » (die Linke).

Vive­ment la droite ?

Gigot-​​flageolets !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le jeu 24 déc 2009 à 06:13

Semaine curieuse. Enfin en ce qui concerne la pho­to­gra­phie chez moi.

Au la fin de la semaine der­nière, la tem­pé­ra­ture est des­cen­due jusque –15°. Peut-​​être même plus bas, dans le cas de Span­dau. Et jus­te­ment, on y était, à Span­dau. Et là j’ai pris un coup au moral : mon objec­tif pré­féré (DA* 60-​​250mm) ne sup­porte pas le froid. En tout cas pas –15°. Il refuse de mettre au point. Je ne pou­vais plus l’utiliser que manuel­le­ment. Main­te­nant, il ne fait plus qu’entre 0 et –4°, et il marche comme si il était au soleil. J’appelle ça un sale coup. Même si il ne va pas faire –15° tous les jours, j’aime l’idée que mon maté­riel photo peut fonc­tion­ner par tous les temps.

Sinon, j’ai reçu mon cadeau de Noël : un Spi­der Sys­tem. C’est (après deux jours d’utilisation) une révé­la­tion. Des sys­tèmes pour trim­bal­ler mon appa­reil, j’en ai testé quelques uns, tout de même. Mais celui-​​ci reçoit faci­le­ment la queue du Mickey. Mon appa­reil est tou­jours où je l’attends, à por­tée de main, et j’ai enfin fini d’avoir par­tout des cour­roies dans tous les sens. On peut contrô­ler l’équilibrage du sys­tème, et sur­tout, sur­tout, je ne sens plus le poids de mon appa­reil. Tout de même, mon appa­reil, avec son grip et mon zoom habi­tuel, c’est tout de même entre deux et trois kilos. Après une jour­née de photo, j’ai sou­vent mal au dos. Mais là, rien du tout. Il faut attendre encore un petit peu, mais je crois vrai­ment que j’ai enfin *la* solution.

Hier, on est allés au zoo. Et, sur un coup de « folie », j’ai décidé de lais­ser mon K20D tra­vailler jusque 3200 ISO. Jusque là, je n’avais jamais même tenté de faire ça. Je m’attendais au pire. Mais, à force de renon­cer à prendre des pho­tos (dans les « mai­sons » du zoo, la lumière est tout à fait insuf­fi­sante), je n’avais plus que cette solu­tion. Eh bien j’ai été sur­pris. Oh, ça ne pas marche à tous les coups. Par exemple, les cages des Orangs-​​Outangs ne m’ont pra­ti­que­ment pas donné de bonnes pho­tos. Mais chez les chim­pan­zés et chez les gorilles, j’ai eu par­fois de bons résul­tats. Je suis bien content. Vous pou­vez cli­quer sur la photo, pour la voir en plus grand.

Ce soir, c’est gigot-​​flageolets.

Joyeux Noël !

L’adieu à Jérusalem …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 16 déc 2009 à 15:08

8 ans et 10 kilos de diference ...

Pour ceux qui ne me connaissent pas, ou seule­ment de fraîche date, un petit mot d’introduction s’impose : j’ai passé qua­torze mois dans les « ter­ri­toires pales­ti­niens » en 2001 – 2002. Je suis arrivé à Jéru­sa­lem le 7 sep­tembre 2001. Le 11 sep­tembre, j’arrivais à Gaza, juste à temps pour voir un nou­veau monde naître. J’étais à Ramal­lah le len­de­main du début de l’«invasion» de la Cis­jor­da­nie par les forces israé­liennes. Lorsque j’ai quitté la Pales­tine, mon domi­cile était situé à Jénine. Et si ces dates et ces noms ne vous disent rien…

Avant même de quit­ter mon vil­lage à côté de Jéru­sa­lem pour me baser à Jénine, j’avais décidé d’écrire un livre basé sur ce que j’ai vu et vécu. Dans un élan « huma­niste » dont je ne regrette pas la moindre minute, j’ai arpenté les rues de Jénine. Ville ouverte, ou ville fer­mée. J’ai vécu là mon paroxysme per­son­nel. J’ai rué dans tous les bran­cards. J’en suis, pour la pre­mière fois de ma vie, arrivé au point où j’ai atta­qué un homme, avec la haine au ventre. Cela n’a pas duré long­temps; le canon d’un fusil d’assaut contre le front, ça vous calme un homme. Mais ce jour là j’ai décidé qu’il fal­lait que je quitte Jénine.

Cette scène me hante encore. Je me vois, déchaîné, avec deux sol­dats accro­chés à mes bras, et ma « cible » qui, lui, cal­me­ment, en bon pro­fes­sion­nel, armait son M16 avant d’en col­ler le canon sur mon front. À peine deux heures après, quatre hommes sor­taient d’une ambu­lance, et se jetaient sur moi en pleu­rant pour m’embrasser.

Un mois plus tard, à Copen­hague, dans un autre uni­vers, j’essayais de com­men­cer à écrire ce livre. Mais le pas­sage des mon­tagnes russes émotion­nelles à une vie « nor­male » ne s’est pas passé aussi faci­le­ment que je l’aurais cru. J’ai fermé le livre. Pen­dant pra­ti­que­ment deux ans.

J’ai alors recom­mencé à écrire. Ambi­tieux, nimbé de ce qu’il me res­tait de mon élan humaniste.

Peu après, j’ai encore changé de ville et de vie. J’ai mis le livre dans l’étagère, me pro­met­tant que j’allais m’y remettre dès que j’aurais pris mon nou­veau rythme. Manque de bol, mon état de santé m’a inter­dit l’accès à l’étagère pen­dant plus de deux ans.

Au début de l’année (2009), je me suis remis à écrire pour ce livre.

Et main­te­nant, je crois que je vais le remettre sur l’étagère.

Pour de bon.

Pour­quoi ?

Déjà, je dois me poser la ques­tion : pour qui, ce livre ? Si c’est pour moi, ce n’est plus néces­saire. Je crois que j’ai « digéré » le plus gros de ma vie pales­ti­nienne. Si ce n’est pas pour moi, donc pour qui ? Les gens qui s’intéressent à la Pales­tine ne liront jamais que les livres qui leur caressent la Pales­tine dans le sens du poil. Je sais que j’en aga­ce­rais plus d’un, mais sans jamais créer un débat. Pour les Pales­ti­niens ? Ils ont déjà donné. Des mémoires de mili­tants de la cause pales­ti­nienne, ils ont assez vu. Dans les styles.

Ensuite, la ques­tion sui­vante : com­ment ? Ma mémoire fout le camp. Je ne me sou­viens plus des noms des gens ou des endroits. Si je dois m’en tenir à res­sas­ser le contenu de mon jour­nal, celui-​​là est déjà écrit. Je me suis dis dans un pre­mier temps qu’il fal­lait cor­ri­ger les erreurs que j’y ai écrites, et ensuite que ce serait bien de mettre à jour ce que j’ai raconté en 2002. Mais rien que la mise à jour est un bou­lot à plein temps : la situa­tion sur le ter­rain en Pales­tine est en per­ma­nent mou­ve­ment. Ce n’est pas pos­sible avec un livre.

La ques­tion de la publi­ca­tion est, natu­rel­le­ment, académique.

Il est temps pour moi, je crois, de dire adieu à Jérusalem.

Monsieur Pentax, ton SAV (en Allemagne), c’est de la merde.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Photo — le lun 14 déc 2009 à 17:31

Nuit gravement ...

Ça fait plus de deux ans que je tra­vaille avec du maté­riel pho­to­gra­phique de la marque Pentax. Appa­reils, objec­tifs. J’ai déjà tout ce que je pense de bon au sujet de mon matériel.

Ce maté­riel me donne totale satis­fac­tion. Quand il est là. J’ai dû me pas­ser de mon K10D pen­dant pra­ti­que­ment 3 (trois) mois. Et de mon che­val de labour, ce magni­fique DA* 60-​​250mm pen­dant un mois.

Et ça, c’est défi­ni­ti­ve­ment trop long.

Quand j’ai acheté mon K10D, et mon DA 40mm, il y a deux ans, je les ai envoyés tous les deux au SAV. Pas ensemble, tout de même. Dans les deux cas, j’ai contacté Pentax Alle­magne (via leur site web), et annoncé que j’avais besoin d’eux. Deux jours plus tard, quelqu’un son­nait à la porte, pre­nait mon appa­reil photo, et l’appareil pre­nait la route direc­tion Ham­burg. Deux semaines plus tard, le même livreur me rame­nait mon appa­reil. Même topo pour l’objectif. Le « cour­sier » m’a coûté treize euros. Le tech­ni­cien qui a traité mon maté­riel avait une adresse cour­riel qui finis­sait par pentax.de, et il était au télé­phone au numéro donné pour Pentax.

Qu’est-ce qui a changé ? Main­te­nant, l’atelier est à deux sta­tions de bus de la mai­son. L’atelier est égale­ment chargé des répa­ra­tions de Canon et Tam­ron. Quand je les appelle, tout ce que je peux entendre dans mon télé­phone me rap­pelle furieu­se­ment le pre­mier mou­ve­ment de la trop fameuse « sonate pour pipeau et cla­ri­nette ». Les infor­ma­tions se contredisent.

Mieux : quand j’ai amené mon DA* 60 – 250, la dame au gui­chet l’a donné à un « tech­ni­cien », et est reve­nue en me disant que le tech­ni­cien avait réussi à faire la mise au point avec. À cet ins­tant, je savais qu’elle me disait n’importe quoi : cet objec­tif était blo­qué, de chez blo­qué. Même manuel­le­ment, je ne pou­vais pas obte­nir même un sem­blant de mise au point. Je n’avais pas besoin d’en entendre plus.

J’en suis au point de cal­cu­ler com­bien je pour­rais revendre l’ensemble de mon maté­riel, et esti­mer com­ment le rem­pla­cer au mieux.

Mon pro­blème, mon­sieur Pentax, c’est :

  • dans SAV, il y a « ser­vice ». Mais pas chez vous.
  • un objec­tif du prix d’un DA* 60 – 250 ne devrait pas être absent pen­dant un MOIS. Point. C’est une ques­tion de respect.

Donc, dans un pre­mier temps, je vais arrê­ter de chan­ter les louanges de la mai­son Pentax. Et ensuite, peut-​​être même chan­ger de crémerie.

je ve des fame con peux voir les sin !!!

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie,Journal — le dim 13 déc 2009 à 10:35

"je ve des fame con peux voir les sin"
Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ?

Sérieu­se­ment ! Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ? Et spé­cia­le­ment celui qui s’est pointé sur un moteur de « recherches » de l’Internet, et qui a tapé « je ve des fame con peux voir les sin ».

Ça veut dire quoi ?

C’est une vision d’horreur. C’est ça le futur ? Non. C’est déjà comme ça, en fait, appa­rem­ment. Perdu !

En tout cas, c’est pro­mis, je ne regarde plus les sta­tis­tiques de ce site. J’ai peur de ce que je vais y trouver.

Ce monde me fatigue.

Un photographe…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le mer 9 déc 2009 à 17:32

Il y a toujours deux faces ...

Mon ami Sté­phane est photographe.

Sté­phane est le genre de per­sonne qui m’oblige à réflé­chir sur ce que je fais. Ou ne fais pas.

Par exemple, je ne me pose pas la ques­tion de ce qu’est la pho­to­gra­phie, je ne suis pas le genre à s’interroger sur le mot « pho­to­gra­phie ». Mais Sté­phane, lui, a fait ça. Pho­to­gra­phie signi­fie (à ma sauce) « écrire la lumière ». Là où, pour vous et moi, la pho­to­gra­phie est la dis­ci­pline de la prise de vue, une tech­nique des­ti­née à reflé­ter la réa­lité d’un ins­tant, Sté­phane, qui s’est inter­rogé sur le sens des mots, en est arrivé à quelque chose de tota­le­ment différent.

Mes pho­to­gra­phies ne cherchent pas à dupli­quer le réel mais à cap­tu­rer, inten­si­fier l’émotion. L’étape la plus impor­tante de mon tra­vail n’est pas la prise de vue mais le déve­lop­pe­ment.
Sté­phane, dans son livre Un an à Kyôto

Le résul­tat, un album de pho­tos. Ça s’appelle Un an à Kyôto. Un tirage magnifique.

Chez moi, le « déve­lop­pe­ment » est un pro­ces­sus que j’ai auto­ma­tisé le plus que je le pou­vais. Le déve­lop­pe­ment est un pen­sum. Sté­phane, lui, l’a inté­gré à son pro­ces­sus créa­tif. Moi je n’ai pas de pro­ces­sus créa­tif. J’ai écrit à mon sujet, il y a pra­ti­que­ment deux ans, dans une (rare) phase d’introspection : « Archi­viste du super­fi­ciel, de l’inutile, du pro­vi­soire, et du fra­gile. », et je répète à toute per­sonne me posant une ques­tion à ce sujet que je ne suis *pas* un artiste.

Mais la pho­to­gra­phie est plus large (ou grande, ou pro­fonde, etc.) que mon sim­pliste uni­vers de prise de vue.

Je soup­çonne mon ami Sté­phane d’être capable de –peut-​​être pas révo­lu­tion­ner, mais au moins de s’approprier toute dis­ci­pline sur laquelle il met­trait les doigts, et y lais­ser une trace. C’est un talent rare. Et Sté­phane est une per­sonne rare.

Il est dif­fi­cile de par­ler de Un an à Kyôto. Mais je vous invite à y jeter un œil. Le pire qui puisse vous arri­ver, c’est d’en res­sor­tir avec plus de neu­rones actifs que quand vous y êtes entrés.

La télé qui fait mal : The Wire

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 8 déc 2009 à 18:47

Centre ville ...

The Wire est une série poli­cière de télé amé­ri­caine. Encore une, certes, mais une « à part ». Elle nous parle de la déli­ques­cence de la société amé­ri­caine. Le voca­bu­laire de la plu­part des per­son­nages est digne des meilleures scènes de Idio­cra­tie. Le tableau glo­bal est affli­geant. Au point qu’on oublie pra­ti­que­ment l’intrigue, happé qu’on est, scène après scène, par l’absurdité de la vie ubuesque de la ville de Baltimore.

Good police…
Tout agent de police se bat… d’abord contre sa hié­rar­chie, contre son admi­nis­tra­tion, et même le cas échéant, contre ses col­lègues. À ses moments per­dus, il peut essayer de faire son bou­lot. Il peut taper ses rap­ports sur (on entre 2002 et 2008) sa *machine à écrire*. L’archivage des pièces à convic­tion est, disons, manuel. Dans le meilleur du cas. La police est toute dévouée à ses sta­tis­tiques. Donc, on se fout tota­le­ment de ce qui se passe, tant que les sta­tis­tiques sont « bonnes ». Mais plus encore que les sta­tis­tiques, ce sont les humeurs du maire et du chef qui régissent la vie de la police.
Meilleure scène « poli­cière »» : un chef de divi­sion apprend que « son » empla­ce­ment pour son offrande dans une église a été « gagné » (ce n’est qu’une affaire de prix) par un diri­geant d’un syn­di­cat de dockers. Ren­tré à son bureau, il lance *tout* son effec­tif dans une gué­guerre pri­vée contre ce diri­geant. Il tire toutes les ficelles, demande le « paie­ment » de toutes les faveurs qu’il accu­mu­lées pen­dant sa car­rière, et met tout ce qu’il a contre ce pauvre type. Jusque parce qu’il a payé plus que lui auprès du prêtre du coin, et lui a piqué l’emplacement pour son vitrail votif.

Mes­sieurs, la cour !
Les juges aux États-​​Unis sont élus. Donc la jus­tice vit au rythme des élec­tions. Il faut bien de l’argent pour les cam­pagnes, donc on reçoit de ses contri­bu­teurs finan­ciers des ordres sug­ges­tions quant aux affaires du moment. La jus­tice est dans de bonnes mains.
Meilleure scène juri­dique : une pro­cu­reuse (si le mot existe déjà, le fémi­nin d’un pro­cu­reur), qui a besoin de la signa­ture d’un juge, lui fait un coup de vice à la Basic Ins­tinct, et res­sort du bureau du juge avec sa signature.

J’ai mon flingue, tu as ta mal­lette. Ça fait par­tie du jeu.
Dans une ville gan­gre­née par la drogue, les enjeux finan­ciers sont tels que les avo­cats sont sou­vent sou­mis à des ten­ta­tions… extrêmes. Chaque clan de tra­fi­quants de drogue a son avo­cat.
Meilleure scène mar­ron : L’avocat d’un clan est confronté, au tri­bu­nal, à un témoin à charge contre son client. Omar est bra­queur, et occa­sion­nel­le­ment tueur. Mais il ne s’attaque qu’aux dea­lers de drogue du clan que l’avocat emploie. Omar explique, clai­re­ment, ce qu’il fait dans la vie. On pouffe dans le box du jury. Quand l’avocat tente d’utiliser le « pedi­gree » d’Omar (vol, déten­tion d’armes, agres­sions, etc.) pour le décré­di­bi­li­ser auprès du jury, Omar, le regard sou­riant, lui dit tran­quille­ment : « moi j’ai mon flingue, toi tu as ta mal­lette. Tout ça fait par­tie du jeu. » L’avocat est stu­pé­fié, le juge à un sou­rire jusqu’aux oreilles, le jury se gon­dole de rire. Par­fois, on perd…

Casse-​​toi, sale nègre…
La popu­la­tion est majo­ri­tai­re­ment noire, et pauvre. Le mot « nègre » (nig­ger dans le texte) est uti­lisé régu­liè­re­ment par les noirs. Un « nègre » peut être un sale con, ou un ami. Ou quoi que ce soit d’autre. On l’utilise sans réflé­chir. Comme « putain », « chier », « enculé ». La langue n’est pas raciste : les blancs qu’on voit parlent de la même façon. À part pour le mot « nig­ger ».
Meilleure scène « nègre » : Wal­lace, peut-​​être douze ans, va, sur ordres, être abattu par ses deux meilleurs amis, aussi jeunes que lui. Ses der­niers mots, alors qu’il les sup­plie : « Y’all my nig­gers, yo. »

Regar­der The Wire, c’est un voyage en enfer. C’est fas­ci­nant. J’enfile les épisodes. Par­fois, his­toire de ne pas déses­pé­rer, je suis obligé de rire. Par­fois, l’absurdité des scènes me fait hur­ler de rire. L’exemple qui me vient en tête est le dia­logue hal­lu­ci­nant que deux tueurs psy­cho­pathes tiennent, alors que le pre­mier vient de bles­ser le second, d’une balle tirée à bout portant :

 – lnu­tile de pro­lon­ger.
 – T’as pas envie de savoir ? [pour­quoi je t’ai tiré des­sus]
 – Pas par­ti­cu­liè­re­ment. [il rajuste ses lunettes et son nœud papillon]
 – ll y a un an, un type du nom de Bran­don a été tué à Bal­ti­more. Brûlé et battu avant de mou­rir.
 – Les affaires sont les affaires.
 – C’est sûr. Mais c’était un beau gar­çon, tu vois. Vous n’aviez pas besoin de lui faire tout ça. Tu com­prends ?
 – Un an, tu dis ?
 – A peu près.
 – On t’a mal ren­sei­gné.
 – Tu mens pour sau­ver ta vie.
 – Je suis en paix avec mon Dieu. Fais ce que tu veux.
 – Alors, tu as com­pris ?
 – Ce qui est arrivé à ton copain, c’est pas mon style.
[… Omar réflé­chit…]
 – Vu la façon dont ton dos saigne, la balle a dû tra­ver­ser pro­pre­ment.
 – Du 9 mm à courte por­tée, c’est normal.

Omar prend le télé­phone, hoche la tête pour s’excuser, appelle le SAMU, et lui donne l’adresse où trou­ver sa vic­time. Et après, il va se prendre une bière. Gang après gang, décimes par leurs concur­rents ou la police, les gangs se suc­cèdent. Mais pour la ville, rien ne change. Poli­ti­ciens, escrocs, poli­ciers, dea­lers sont inter­chan­geables. La chape de merde dans laquelle la ville se noie per­dure, imperturbable.

Je n’ai vu que les trois pre­mières sai­sons. La qua­trième va nous par­ler des écoles. J’ai peur.

L’auteur de la série a été poli­cier à Bal­ti­more. Il a, au sujet de la seconde sai­son, déclaré ceci :

a medi­ta­tion on the death of work and the betrayal of the Ame­ri­can wor­king class.…[I]t is a deli­be­rate argu­ment that unen­cum­be­red capi­ta­lism is not a sub­sti­tute for social policy; that on its own, without a social com­pact, raw capi­ta­lism is des­ti­ned to serve the few at the expense of the many. »

« une médi­ta­tion au sujet de la mort du tra­vail et de la tra­hi­son de la classe tra­vailleuse amé­ri­caine… c’est une décla­ra­tion déli­bé­rée que le capi­ta­lisme sans contrôle n’est pas un sub­sti­tut pour une poli­tique sociale; que laissé à lui-​​même, sans un pacte social, le capi­ta­lisme pur est des­tiné à ser­vir quelques uns aux dépenses de la masse. »

Ah oui : la série n’a pas eu de suc­cès aux États-​​Unis, bien que la cri­tique una­nime l’ait applau­die, disant que c’était une des meilleures séries jamais tour­nées. Les amé­ri­cains ont trouvé la série trop dif­fi­cile à suivre…

C’est trop tard ?

Un samedi ordinaire à Berlin…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 6 déc 2009 à 14:08

noB-Day ...

On ne s’ennuie jamais, à Berlin.

Hier, dans l’espace d’une heure et demie, j’ai vu tout de même cinq mani­fes­ta­tions. J’étais venu pour le No B day, la mani­fes­ta­tion inter­na­tio­nale pour la démis­sion de Ber­lus­coni. Pour y arri­ver, il a fallu tra­ver­ser une expo­si­tion de Green­peace, dont le thème était le cli­mat. il y avait là une grue, avec un aqua­rium sus­pendu dans lequel nageait un bureau (au moment où je suis passé, il y avait là appa­rem­ment une fuite, laquelle a forcé l’aquarium à un atter­ris­sage forcé), un ours polaire, et des blocs de glace. Et puis ensuite une mani­fes­ta­tion d’Iraniens. Beau­coup de pho­tos, de dra­peaux, des slo­gans. Le tout très orga­nisé, dis­ci­pliné. La cible, Ahmed­ma­chin­truc, le petit homme fâché d’Iran.

Un petit peu plus loin, devant l’ambassade de Rus­sie, il y avait deux types avec des ban­de­roles (libé­rez la Tchét­che­nie, élec­tions libres en Rus­sie), et un petit dra­peau qui sem­blait repré­sen­ter… un plant de mari­juana. Quand on aime les mélanges…

Quelques cen­taines de mètre plus loin, il y avait deux énormes ban­de­roles appe­lant au boy­cott du maga­sin d’en face, lequel vent de la four­rure. Per­sonne à poil, cela dit.

Ah, j’ai appris ce matin à quoi le ter­rain vague voi­sin du tri­bu­nal social (juste en face de la funeste Haupt­bahn­hof) est des­tiné : on aura là la tour Total. 70 mètre de merde struc­tu­rée béton armé et de verre. Chouette ! J’avais jus­te­ment envie de ça.

Notez, ce n’est même pas la pire idée à la mode, hein. Res­pi­rez à fond : un télé­phé­rique, à trente mètres d’altitude, entre la gare du zoo et Pots­da­mer Platz. Une petite tasse de thé ?

On a raté, à une heure près, une mani­fes­ta­tion kurde. Dom­mage, ils ont raté les Ira­niens aussi. J’ai entrevu, aux infos régio­nale du soir, une manif néo­na­zie, tour­nant rapi­de­ment tour­nant à la police-​​club-​​sandwich party (une tranche de police entre une tranche de néo­na­zis et une tranche d’antifas) . Un samedi ordi­naire à Berlin…

Gueule de bois démocratique …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 3 déc 2009 à 09:31

Iiiiils sont des nooooooooooootres...

Le gou­ver­ne­ment du Land de Bran­de­burg est « à gauche ». Je veux dire: les bons cama­rades de Die Linke font par­tie de la coa­li­tion « rouge-​​rouge », avec le SPD « socia­liste », lequel les a choi­sis pour com­po­ser son gouvernement.

C’était il y a peine deux mois.

Entre-​​temps, 7 (sept) membres de Die Linke ont été « décou­verts ». Ils avaient eu des liens « pas nets » avec la Stasi. Deux membres du gou­ver­ne­ment ont démis­sionné. Le der­nier en date, un député, pro­teste. Il s’en était au préa­lable expli­qué. C’était même écrit sur sa page web, dit-​​il. Le pro­blème, c’est que ce n’était pas si clai­re­ment expli­qué que ça. Enfin au moins jusqu’hier. Son pas­sage à l’armée était, certes men­tionné. Mais le nom du régi­ment ne l’était pas, et pour cause : c’était le régi­ment de la Stasi. Oups.

La mani­pu­la­tion du passé, c’était une dis­ci­pline quasi-​​olympique, à l’époque de la RDA, et les réflexes, c’est dif­fi­cile à perdre. Sans connec­tion avec l’affaire « rouge-​​rouge » du Bran­den­burg, enfin pour le moment, on a décou­vert la semaine der­nière le passé Stasi d’une direc­trice d’hôtel. Une dame qui a fait son trou dans le « bon monde ». La dame, à l’époque, avait comme tâche de récu­pé­rer des infor­ma­tions à la sueur de son cul. Elle était une des très nom­breuses femmes qui devaient séduire des diplo­mates étran­gers. Dans son cv, sur lequel on s’est pen­ché depuis, on s’est rendu compte que ses diplômes étaient tout sim­ple­ment inven­tés. Vingt ans de sa vie avaient été réin­ven­tées. Elle avait pour­tant fait de la pri­son en RDA. Séjour arrangé ou pas… Main­te­nant on se demande dans quelle mesure elle n’a pas conti­nué à ras­sem­bler des infor­ma­tions. Les réflexes, c’est dif­fi­cile à perdre.

Chasse aux sor­cières, ou défense de la démo­cra­tie ? Je ne sais pas. J’aurais ten­dance à effa­cer les ardoises, après vingt ans. Mais les ardoises ouvertes. Les ardoises qu’on découvre après 20 ans, par contre, je trouve ça tout sim­ple­ment sus­pect. Ça ne pousse pas à la confiance.

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