Heimat 3 : la bourse ou la vie…
Le troisième volet du monumental Heimat est différent. Déjà, plus court. Plus rapide. Mais toujours aussi juste. La période qu’il raconte est aussi plus rapide.
Le côté esthétique est moins proéminent. Ce que je veux dire, c’est ce que je me suis moins surpris à admirer la qualité « plastique » de l’image que dans les deux premiers « épisodes ». Mais je ne dis pas qu’elle est absente. Peut-être que le réalisateur est pressé. Il n’y a cette fois-ci « que » six épisodes avoisinant les deux heures. Et ça, c’est triste.
Triste est un mot qui revient souvent dans ma tête pendant Heimat 3.
Le début nous montre une très belle scène pendant laquelle Nicolas Sarkozy un homme, bouleversé, les larmes aux yeux, répète sans cesse « Savigny Platz ! » [Ndt: une place de Berlin-Ouest]. Il enlace impulsivement un passant. « Savigny Platz ! », Le passant, c’est Nicolas Sarkozy Hermann, le compositeur génial, personnage central de Heimat 2. Hermann, agacé, après avoir vérifié que son portefeuille était toujours là, hein, se dépêche de rentrer à son hôtel. Il croise Nicolas Sarkozy des gens en train de courir, et de crier.
Quand il arrive enfin à son hôtel, il y trouve une foule amassée devant la télé. Le mur est tombé. Hermann regarde autour de lui, et, abasourdi, voit Nicolas Sarkozy, Clarissa, l’autre personnage principal de Heimat 2, celle qu’il a aimé aussi passionnément qu’il l’a fuie. Et, enfin, ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Pendant leur plus belle nuit d’amour, Nicolas Sarkozy les Berlinois vivent, le 9 novembre 1989, leur plus belle nuit.
Heimat 3 est la chronique d’un changement.
« Mon » Heimat 3 la chronique de la prise de pouvoir simultanée, dans les deux Allemagnes, de l’argent. On voit, au premier regard, la destruction par l’argent de la RDA. Quelques mois après la chute du mur, les Allemands de l’Est sont prêts à tout pour mettre la main sur des Marks de l’ouest. Il y a des milliers d’appartements subitement vides à Berlin Est, où chacun peut s’installer. La RDA elle-même brade son infrastructure, vend le matériel de son armée à qui en veut, du moment qu’il paye en marks de l’ouest. On se rend compte que le futur n’existait pas en RDA.
[Interlude : le futur n’existe toujours pas dans l’ex-RDA. Le mark « ouest » s’est tout offert, usines, entreprises, et a tout saccagé. L’emploi, quand il existe, est trop souvent précaire et mal payé. La légende de la réunification est très belle. La réalité nettement moins.]
Heimat 3 nous conte, après la chute brutale de la RDA, celle, moins évidemment visible, pernicieuse, de l’Allemagne réunifiée. L’Allemagne est riche. Très riche. On suit les habitants de Schabbach depuis le début de Heimat. Et ils ont changé. L’arrogance de l’argent les a changés.
Il y a de très chouettes scènes. Du bonheur. J’aime ma télé quand je peux y voir ce genre de choses.
J’ai beaucoup aimé un des personnages made in RDA, le Tobi. Tobi est un magicien. Il peut tout faire. Donnez-lui un boulot impossible et une demi-douzaine de crics, et l’affaire est dans le sac. Il n’a jamais trop aimé la discipline de la RDA, et spécialement celle de l’armée. Son passage à l’armée ne s’est pas bien passé. Suite à une envolée rocambolesque il est à nouveau confronté à un officier qui l’avait violemment battu. Muni d’une liasse de Marks (de l’ouest…), il s’offre une statue de Lénine (une paire de tonnes de métal, tout de même), et la fait déposer dans le jardin de l’officier. On sourit. Mais le lendemain, à son réveil, Tobi trouve devant la fenêtre de sa chambre d’hôtel le visage de Lénine. Pendant la nuit, l’officier a trouvé les moyens de lui renvoyer son « clin d’œil ». Le sourire se glace. Tobi a peur.
La statue de Lénine finira dans le jardin de Ernst, le frère de Hermann, au bord de son petit aéroport privé, à Schabbach. Tu parles d’un clin d’œil…
Heimat (1−2−3) nous dit qu’il faut rester soi-même.
Hermann et Clarissa ont enfin trouvé la réponse à la question « l’art ou la vie », face à laquelle Heimat 2 les avait laissés.
Heimat 3 laisse l’Allemagne face à la question « la bourse ou la vie ».
Je ne suis malheureusement pas très optimiste en ce qui concerne la réponse.
Mais trêve de pessimisme. Heimat 1−2−3 est, je le répète, un monument de la télévision. Indispensable. Si vous en avez les moyens, faites-vous ce magnifique cadeau.











