
J’ai passé une journée… folle. Totalement folle.
Je ne vais pas publier ce soir toutes les photos de la journée, bien sûr. Ni tout raconter.
J’ai beaucoup appris sur mon appareil photo et la photographie.
J’ai encore une fois –même fugitivement– le meilleur de l’humain.
Bon… par quoi je commence ?
On a failli rater le train, pour commencer. On a raté un métro, et de fil en aiguille, on a failli devoir regarder le train partir sans nous. Mais il était encore là…
Ce qui manquait, c’est la loco à vapeur. Je n’étais, à ce stade, que déçu. Mais c’est devenu encore pire quand j’ai compris pourquoi, et quand j’ai pu voir les conséquences. À la base, l’équipe de Berlin macht Dampf (Berlin à toute vapeur) a été punie par… le beau temps. En raison de risque d’incendie sur le trajet, sur les quatre machines à vapeur allemandes engagées pour la parade internationale, trois sont restées au dépot.
La déception était perceptible dans le train. Et, quand on a commencé à approcher de Wolsztyn, la gare polonaise que je commence à appeler «La Mecque de la vapeur», j’ai vu des dizaines de photographes. Ils attendent les machines allemandes, certains depuis des heures pour être certains d’avoir «le bon emplacement». J’en ai vus grimpés dans des arbres. J’ai vu des femmes, tranquillement installées sur un siège pliant, à l’ombre, en train de lire pour attendre leurs maris, lesquels attendaient les allemandes. Et les allemandes ne sont pas venues.
C’était un coup dur pour la parade. «Notre» machine, la 52 8177, aurait été la plus grosse machine de la parade, avec la machine du dépôt de Cottbus. De la fenêtre de mon wagon (d’époque, banquette en bois, et tout), j’avais vraiment mal pour tous ces passionnés. À force d’entendre les passionnés parler, j’ai fini par apprendre le pourquoi du comment. Dans le temps, il n’était naturellement pas question d’interdire la circulation des machines à vapeur durant tout l’été à cause des [le mot refuse de passer : des petits morceaux de charbon enflammés éjectés et projetés sur la voie]. Les voies étaient protégées (le long des voies, tout était nettoyé), pour empêcher l’incendie. Mais maintenant, on ne fait plus ça, et un fonctionnaire quelconque, à Berlin, a décidé d’ordonner la remise des machines au dépôt.
Et puis on est arrivés à Wolsztyn.
Là, le chrono s’est arrêté. J’ai commencé à courir dans tous les sens, l’œil rivé dans le viseur de mon K10D. Je ne voulais rien rater. Clic! Clic! Clic!

Le chrono s’est réenclenché. Ça allait l’heure de la parade.
La foule s’amassait. Des milliers de gens. Pratiquement autant d’appareils photo que de gens. Tout le long du trajet de la parade. C’était incroyable de ressentir l’excitation collective au fur et à mesure. Il a fallu d’abord subir une demi-heure de discours. Je n’en ai pas compris grand-chose. Moi et le Polonais, hein. Par moments ils se relayaient à deux. Un en Polonais, et l’autre en Allemand. Ils nous lisaient des poèmes à la gloire de la vapeur.
Les gens grimpaient partout. On attendentait. Moi même, j’étais au sol. J’avais deux problèmes : les gens autour de moi ne me permettaient par beaucoup de possibilités d’angles de vue sur la parade, et en plus, vu que les locos ont tendance à être noires, il me fallait si possible d’être protégé du soleil si je voulais avoir des photos avec un ciel bleu.

J’ai fini par grimper sur le toit d’un appentis vaguement branlant. Ensuite, j’ai passé l’heure de la parade à crier, danser, applaudir, embrasser tous mes voisins, laissant couler toutes les larmes de mon âme tellement c’était magnifique.
Enfin presque.
Occupé que j’étais à photographier tout ce qui bougeait, je me suis limité aux larmes. Mais le cœur y était. Je ne sais pas comment je pourrais décrire ce que je n’ai pas vu. Car, naturellement, j’étais concentré sur les machines et leurs conducteurs. Donc j’ai assez peu fait attention aux gens. Mais je les sentais vibrer, et je les entendais crier. Maintenant, derrière mon clavier, je pense à tous ces gens. Certains sont venus du monde entier. Et l’ambiance était extraordinaire.
On a tout partagé.

J’arrête pour ce soir.
Hier, j’étais avec Viola et Giorgio. Ils m’ont supporté, à tous les sens du mot,etJe ne sais pas comment dire la gratitude que je leur dois.