Justice, ou droit ?
Cette semaine, à Berlin, un juge fait son boulot. Son boulot, tout son boulot, et rien que son boulot, il le jurerait si on lui posait la question dans un tribunal, j’imagine.
Et son boulot, c’est dire le droit. Vérifier que tout ce qui s’est passé, dans l’affaire qu’il a à juger, s’est passé conformément à la loi. Pas de dire la justice. La justice et le droit, ce sont des choses souvent très différentes, voire contradictoires. Et c’est là que le bât blesse. Parfois.
Ce juge a dit, après avoir consulté son manuel, que le licenciement qui lui était soumis était valable. Le vol constitue, a-t’il dit, une cause de licenciement valable. Perte de confiance qualifiée.
Il a dit le droit.
Il a entériné le licenciement d’une caissière de supermarché. Elle allait finir sa *trentième* année dans la même entreprise. Elle a ramassé deux tickets de consigne oubliés ou perdus par des clients, et les a encaissés. Elle a «volé» –et à qui ?– *un euro et trente cents*. Elle a été licenciée pour faute lourde. Sans préavis. Sans indemnités.
Je vais tâcher de vous traduire correctement une déclaration d’un vice-président du Bundestag :
Nous savons que, dans notre histoire, quand le sentiment de justice est blessé chez beaucoup de gens, alors la confiance en la démocratie et en l’état de droit est ébranlée. Et c’est là que ça devient dangereux
Wolfgang Thierse, lu dans le Stern
Le monsieur Thierse a commenté ce jugement, et l’a appelé «un jugement barbare et de qualité asociale».
Il y a, en effet, parfois, conflit entre droit et justice.
Et les gens, qui voient les dirigeants de banques garder leurs «bonus», le ressentent particulièrement, en ce moment.
Parfois, m’sieur l’juge, on aimerait que la justice prévale contre le droit littéral. Sinon, en effet, on commence à douter du droit.









