
Aujourd’hui, j’avais un rendez-vous. À l’hostau.
C’était le coup d’un quart d’heure, à la base. C’était ma visite de contrôle (une tous les six mois) département Doppler. C’est sympa, ils me reconnaissent, je les reconnais. Je m’allonge, elle me flanque (schlaf) une giclée de gel (brrrrr, c’est froid) dans le cou, et commence à me passer sa sonde. Elle l’a fait plusieurs fois. Et, en cours de passage, elle prend son téléphone, et demande qu’on lui envoie monsieur Machin, celui qui est parkinsonien, et aussi monsieur Dugenou. Et elle continue à travailler. Son appareil est nouveau, avec un écran beaucoup plus grand. J’ai l’impression qu’elle ne l’aime pas beaucoup, son nouvel appareil, mais bon.
La porte s’ouvre. C’est monsieur Dugenou.
Il ne s’appelle pas Dugenou. Notez que je ne sais pas comment il s’appelle, mais je connais son boulot. Il porte une blouse blanche. Il s’assied, et prend la sonde, me met lui aussi une giclée de cet innommable gel (re-schlaf), et puis aussi dans les cheveux, et il me fait me contorsionner, et il dit que des mots cochons, puis il se relève, m’abandonne un petit moment, passe un coup de fil, et revient : est-ce que ça me gênerait de revenir dans une petite heure, histoire que le patron puisse me voir ?
Aha. Là, je voyais la queue d’un loup. Dugenou me dit qu’il n’est pas tout à fait sûr, mais qu’il pense que mon artère fermée depuis mon accident n’est en fait plus exactement fermée, et il me confirme que ce n’est pas une très bonne nouvelle. Il nous conseille d’aller prendre un café, et de ne pas s’inquiéter, avant que le patron m’ait vu.
Avant de sortir, il me donne un chiffon, histoire que je me puisse me séparer de cette saleté de gel. Merci.
Bon. Pas de panique. En plus, on a trouvé dans un café (en face de l’hostau, plutôt mourir que retourner dans la cafet’ de cet hôpital, de funeste mémoire) des croissants mangeables ! On papote, et à l’heure dite, on revient.
Là, il y avait une nouvelle. Elle me demande si ça me gêne pas. Ho mais non, je vous en prie. Et Schlaf, une couche de gel sur la tronche. Et elle commence à jouer avec le scanner. En fait, mais je ne le savais pas, elle c’était une étudiante. Et en attendant le patron … elle a joué au docteur. Argl.
Au bout d’un moment, arrive le patron. Avec Dugenou. Même lui se souvient de moi, tiens. Et il reprend l’examen, avec des variantes, où il pose ses doigts sur mes artères et tape dessus pour savoir d’où vient le sang qu’il entend couler dans la machine. Et schlaf, il me colle une giclée de gel. Il me pousse les doigts dans les yeux, aussi. Et dans le doute, il me (schlaf) me regicle un p’tit coup de gel. Ils sont quatre autour de moi.
Puis le patron dit que je peux me relever. Il m’explique que ma carotide est très probablement réouverte, me reconfirme que ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle, et me dit qu’il faudrait pour bien faire passer un scanner (un ECT, le boudin dans lequel il faut s’allonger) pour être vraiment sûr. Et après, il faudrait discuter. Et puis il me dit d’attendre dehors le temps qu’il tape dicte à Dugenou son rapport.
Ayant pitié pour moi, l’étudiante me tend de quoi de dé-geler la tronche. Merci.
Et puis un attend un petit peu, et revient Dugenou. On lui pose quelques questions, tout de même. Quand on dit que ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle, c’est naturellement parce qu’il y a un risque. Un risque que j’aie une seconde attaque. Oh, pas grand-chose, hein, 5, ou 10%. Et pour la suite, en fait, on est dans le brouillard, car ce cas est rare, et donc il n’y a pas d’études.
Ah, il faut aussi que je prenne un rendez-vous pour dans six mois avec mon doppler de contrôle.
Nous, on part, et on va à l’accueil, histoire de prendre pour mon rendez-vous de dans six mois. Après un quart d’heure de queue, on apprend que c’est directement au labo qu’on peut prendre rendez-vous. Alors on y retourne, et on attend qu’ils ouvrent la porte. La dame très gentille du labo nous dit qu’il faut qu’on repasse plus tard, en janvier, car elle n’a pas encore reçu son agenda.
Voilà. Trois heures à l’hôpital, cinq giclées de gel, et une fissure au futur.