Aux chiottes la crise !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie,Journal — le mar 30 Sep 2008 à 09:04

Est-ce que vous sou­ve­nez de «Vive la crise !» ?

C’était un show d’Yves Mon­tand à la télé. Le show qui m’a fait peur qu’il veuille être pré­sident, comme Rea­gan. Et ça com­men­çait par ces mots : «La crise ? Quelle crise ?». Sui­vait un dis­cours qui aurait pu avoir écrit par notre Petit Nico­las. Ça disait en gros qu’il fal­lait arrê­ter de râler, qu’il fal­lait tra­vailler (plus), et accep­ter quelques sacri­fices (retraite, etc.).

Les sacri­fices, on a don­né. On a lâché par des­sus bord l’école et la fac, et les profs. On est en train de jeter par des­sus bord l’hôpital, les retraites, la poste, la SNCF. Ça fait 25 ans que ça dure. 25 ans de pri­va­ti­sa­tions.

Et aujourd’hui ?

Une autre crise. Mieux : une suite de crises. La bulle ici, le cré­dit là. Hier le gou­ver­ne­ment alle­mand a allon­gé 35 mil­liards d’euros pour ren­flouer une banque. La banque a joué, et … alors que j’aurais dit «per­du», et bien elle a gagné, la banque. Tout va pou­voir conti­nuer.

Aux USA, hier soir, les banques ont «per­du». Et c’était pré­vu. Le par­ti répu­bli­cain l’a annon­cé (pro­phé­ti­que­ment) dans son pro­gramme :

We do not sup­port govern­ment bai­louts of pri­vate ins­ti­tu­tions. Govern­ment inter­fe­rence in the mar­kets exa­cer­bates pro­blems in the mar­ket­place and causes the free mar­ket to take lon­ger to cor­rect itself. We believe in the free mar­ket as the best tool to sus­tai­ned pros­pe­ri­ty and oppor­tu­ni­ty for all.

Nous ne sommes pas d’accord avec les sau­ve­tages d’instutions pri­vées par le gou­ver­ne­ment. Les inter­fé­rences du gou­ver­ne­ment avec les mar­chés ne fait que rendre les pro­blèmes plus aigus, et la mar­ché libre prend plus de temps à se cor­ri­ger. Nous croyons que le mar­ché est le meilleur outil pour par­ve­nir à une pros­pé­ri­té durable avec des oppor­tu­ni­tés pour cha­cun. — Tra­duit au nez par ma pomme.

Je vous ras­sure : je ne me sens aucun gène com­mun avec le par­ti répu­bli­cain amé­ri­cain. Avec le par­ti «démo­crate» non plus, notez. Et je suis cer­tain que la «phi­lo­so­phie» des répu­bli­cains va se cal­mer, et qu’ils vont voter le fameux «paquet» qui per­met­tra (peut-être) aux banques de gagner à la Grande Tom­bo­la Du Mar­ché.

Et si ils perdent, c’est avec notre argent, de toute façon.

Je suis par­ta­gé. D’un côté, ça m’emmerde jusqu’aux trous de nez embête un petit peu de pen­ser que le contri­buable doive payer pour finan­cer l’échec d’un sys­tème gou­ver­né par le gain à tout prix. Mais si le sys­tème finan­cier se casse la gueule, ce sont au moins 3 géné­ra­tions qui vont perdre leurs éco­no­mies, leurs retraites, sans comp­ter leurs mai­sons et leurs bou­lots.

Mais je n’ai pas de doute : le Petit Nico­las va nous faire un nou­veau «Vive la crise !». Et ce dis­cours libé­ral (le mot «libé­ral» étant à rat­ta­cher aux mots «mar­ché libre» que nous avons croi­sés plus tôt), la louange fré­né­tique du gain comme prin­cipe de la vie éco­no­mique me fout la gerbe met mal à l’aise.

Pas vous ?

Fritz, c’est le roi, patate !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Galerie,Idiocratie,Journal — le ven 26 Sep 2008 à 19:00

Frie­drich der Große. Frie­drich le grand. Celui qui a héber­gea Vol­taire à sa cour à l’époque où la cour de Ver­sailles était inhos­pi­ta­lière pour lui, était et est encore un roi aimé par son peuple de Prusse. Com­ment je le sais ? Hier j’ai (re)vu sa tombe. Plus simple, c’est dif­fi­cile à ima­gi­ner. Il a été enter­ré de nuit, sans aucune pompe, à l’endroit qu’il avait choi­si : à côté des tombes de ses chiens. Et des­sus, il y a encore aujourd’hui des gens qui déposent des patates. Et pour un prus­sien, c’est vrai­ment impor­tant, les patates. Il a intro­duit les patates en Prusse.

On a beau­coup par­lé et écrit au sujet du «Alte Fritz», le vieux Fritz. Son his­toire est pleine de contrastes, natu­rel­le­ment, mais je crois que c’était un homme, un roi qu’on pou­vait aimer. Et accep­ter.

Cela me déplaît beau­coup que les pauvres impli­qués dans des affaires juri­diques à Ber­lin soient aus­si mal trai­tés et qu’on menace de les arrê­ter comme cela a été le cas avec Jacob Dre­her de la Prusse-Orien­tale qui a séjour­né à Ber­lin à cause d’un pro­cès et que la police a vou­lu arrê­ter. J’ai déjà inter­dit cela et je vous ai déjà indi­qué qu’un pay­san pauvre est aus­si impor­tant qu’un comte et qu’un riche gen­til­homme. Le droit vaut de la même manière pour les gens impor­tants que pour les simples

Cité dans Wiki­pe­dia, un extrait d’une lettre de Frie­drich à son ministre de la jus­tice

Inca­pable d’imposer à sa noblesse l’abolition du ser­vage, il la met en place dans tous les domaines royaux. Au du début du 18ème siècle, il y a une grande mos­quée à Ber­lin.

Son palais, à Ber­lin, a été détruit depuis. Mais son châ­teau d’été, situé à Pots­dam, est tou­jours là. Il s’appelle «Sans Sou­ci». En fran­çais dans le texte. Fran­co­phile, il a col­lec­tion­né des tableaux d’artistes fran­çais, et ensuite a aus­si ache­té une col­lec­tion remar­quable. Il jouait de la musique. Il aimait s’entourer de phi­lo­sophes, bien plus que de ministres ou de cour­ti­sans. Le châ­teau est petit. Le parc, lui est immense.

Petite balade pho­to dans le parc de Sans Sou­ci, par­se­mé de pavillons. À l’autre extré­mi­té du parc, il y a le châ­teau de l’empereur Guillaume II, un per­son­nage net­te­ment moins atti­rant. Et ensuite, on remonte jusqu’à Sans Sou­ci, pour finir sur la tombe du vieux Fritz.

Dockers en souffrance …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie,Journal — le dim 21 Sep 2008 à 10:43

J’ai un talent recon­nu (sur­tout par moi) pour choi­sir une pho­to pour illus­trer mon pro­pos du jour, à moins que ce soit un talent pour racon­ter quelque chose rela­tif à la pho­to du jour. J’ai aus­si un talent recon­nu (etc.) en ce qui concerne le titre que je donne à mon his­toire du jour, à moins que ce soit à ma pho­to du jour. Donc, en fait, il est pru­dent, une fois qu’on a lu la page jusqu’en bas, de reve­nir en haut, his­toire de déter­mi­ner qui illustre quoi.

Vous ne trou­vez pas ?

Ah, oui. Il fait que je vous raconte de quoi je vou­lais par­ler.

Dont acte. C’était hier. On est allés «en ville» pour m’acheter un pan­ta­lon. Je vou­lais un «Dockers» noir. Muni de la recette magique (W36 L32) qui m’évite même de devoir essayer mon nou­veau pan­ta­lon dans le maga­sin.

Il y avait des soldes chez Peek & Clop­pen­burg. C’est le seul maga­sin que je connais à Ber­lin où je suis cer­tain de trou­ver mon pan­ta­lon sans cher­cher. Vous note­rez donc que je suis équi­pé pour ache­ter un pan­ta­lon dans un temps le plus court pos­sible : j’ai la taille exacte (je l’ai prise de mon défunt Dockers pré­cé­dent), et je sais exac­te­ment où l’acheter.

Notez, j’aurais dû méfier. Entre le métro «Zoo­lo­gi­scher Gar­ten» (la gare du zoo, chère à mon cœur depuis 1982) et le maga­sin (qui se trouve juste avant le fameux «Kadewe», un des maga­sins les plus pres­ti­gieux du monde civi­li­sé), il y a, en face de la «Gedächt­nis­kirche» (un des monu­ments les plus connus de Ber­lin), une agence de ma banque. C’est pas for­cé­ment facile de tirer de l’argent, même en plein cœur de la ville. Il y a rela­ti­ve­ment peu de dis­tri­bu­teurs. Mais je savais qu’il y en avait un dans l’agence de ma banque.

Ce que j’ignorais, c’était qu’il n’y avait plus d’accès à l’agence. La porte ne «mar­chait» plus (lire : il n’y avait plus de méca­nisme per­met­tant d’ouvrir la porte avec la carte ban­caire). Et il y avait même un mot sur la porte. Ça disait : «Suite à un pro­blème tech­nique, nous ne sommes plus en mesure d’ouvrir les portes hors des heures d’ouverture.»

Ben oui. Le week-end entier, l’agence la mieux située de la capi­tale n’était pas en mesure.

Là, déjà, j’étais un petit fâché.

Mais bon, je n’allais pas lais­ser un bête non-dis­tri­bu­teur m’empêcher d’acheter mon Dockers, hein. Donc on est arri­vés au maga­sin. On est direc­te­ment mon­tés à l’étage concer­né (le qua­trième), on a deman­dé à un ven­deur où trou­ver les Dockers, il m’en a sor­ti un. J’ai pris ma che­ck­liste :

  1. Modèle : D4 Confort. Check.
  2. Taille : W36 L32. Check.
  3. Cou­leur : noir. Check
  4. Prix : en solde. Check

Montre en main, moins d’une minute pour ache­ter mon pan­ta­lon. VICTOIRE ÉPIQUE, comme on dit sur l’internet. J’avais mon pan­ta­lon dans la main. Mais j’ai dû le rendre au ven­deur.

Chez Peek & Clop­pen­burg, l’usine à vendre des vête­ments (quatre étages gigan­tesques, avec des cen­taines de ven­deurs, des mil­liers de pan­ta­lons, des dizaines de mil­liers de sous-vête­ments, robes, acces­soires, et visi­ble­ment beau­coup de marques), il n’y a qu’une (je répète : une) caisse. Donc le ven­deur nous donne l’étiquette, avec le code barre, et nous on doit des­cendre à la caisse. Le temps qu’on des­cende à la caisse, le pan­ta­lon des­cend éga­le­ment à la caisse (bien que ce ne soit pas par le même che­min que nous), et une fois à la caisse …

… il y a la queue. Natu­rel­le­ment, quand je dis qu’il n’y a qu’une caisse, ce n’est tech­ni­que­ment pas vrai. Il y a 6 caisses, der­rière un seul comp­toir. Donc disons qu’il y a 6 caisses. Pour les grin­cheux. D’accord. 6 caisses, 6 queues. Mais tout de même un seul comp­toir. Der­rière le comp­toir, je n’ai pas comp­té, mais au moins 30 femmes debout en plus des 6 cais­sières assises. Au pre­mier abord, ça res­semble à, je ne sais pas, un cou­loir de métro à l’heure de pointe. Elles cour­raient dans toutes les direc­tions.

On avait un petit de temps, le temps de faire la queue, on a regar­dé les femmes der­rière le comp­toir. Appa­rem­ment, les règles du jeu étaient simples. Échan­ger les sous contre les vête­ments.

Nous on en était à l’étape «queue». Moi, métho­dique, j’avais à la main :

  1. mon éti­quette
  2. ma carte de fidé­li­té
  3. ma carte ban­caire

Arrive une ginette (tari­fée, mais pro­ba­ble­ment pas syn­di­quée) qui, après avoir obser­vé que j’avais en main ma carte ban­caire, me demande : «Vous vou­lez payer par carte ?».

Pas­sée la pre­mière seconde, temps que je réprime mon ins­tinct (lequel, aiguillon­né par l’histoire de la banque et le début de queue, m’aurait pous­sé à répondre : «non, évi­dem­ment, andouille !»), je sou­ris, et je réponds (modèle de conci­sion) : «oui».

La ginette me désigne une machine. On peut payer sans pas­ser par les cais­sières. Vous ima­gi­nez que je la suis sans hési­ter, tour­nant le dos à la queue. J’aime les machines. Elles n’ont aucune ima­gi­na­tion, n’ont que rare­ment l’idée d’engager la conver­sa­tion, en résu­mé, par­faites. D’accord, il a fal­lu au moins 7 ou 8 ten­ta­tives à la machine pour lire le code barre, et deux ou trois ten­ta­tives pour lire ma carte de fidé­li­té, mais en gros, en deux minutes, j’ai eu en main mon ticket de caisse.

Et c’est là que l’horreur m’a sai­si.

IL FALLAIT RETOURNER FAIRE LA QUEUE !!!

Les règles du jeu du comp­toir n’étaient pas si simple que ça. Pour les cais­sières, il s’agissait de prendre l’étiquette (avec le code barre), prendre l’argent, trans­for­mer l’étiquette en ticket de caisse, trans­fé­rer le cas à une femme qui court, pas­ser au client. Point barre. Facile.

Mais pour le client muni d’un ticket de caisse …? il fal­lait trou­ver une femme *libre* pour prendre le ticket de caisse, et ensuite don­ner les vête­ments. Et les femmes cour­raient. On au pu pen­ser à un gigan­tesque pou­lailler dans lequel quelqu’un aurait mis le feu. Ça cou­rait dans tous les sens, à toute allure.

Au bout d’un moment, une jeune blonde nous tend la main, et a pris mon ticket de caisse. Et puis elle a com­men­cé à cou­rir. Elle allait d’un côté, d’un autre, elle est allée dans une arrière-bou­tique, et au bout d’un moment elle est reve­nue. Sans pan­ta­lon.

Elle a pris un télé­phone, et a par­lé à quelqu’un. En a lu à son inter­lo­cu­teur ce qu’il y avait sur le ticket. Après une minute de conci­lia­bules, elle met la main sur le com­bi­né, et me demande : «c’est quoi, votre pan­ta­lon, quel tis­su ?». Là, moi, inter­lo­qué, j’ai per­du toute capa­ci­té à m’exprimer en alle­mand cor­rect. Vio­la a pris le relais : «euh … en coton. Noir.»

Vio­la était aus­si inter­lo­quée que moi, visi­ble­ment.

Et la blonde reprend son dia­logue au télé­phone : «noir, en coton». Et après avoir rac­cro­ché, elle est repar­tie en cou­rant.

Après quelques minutes, elle revient. Prend son télé­phone. Et repart. En cou­rant.

Nous, on n’avait que ça à faire, donc on a atten­du. On a consta­té que les clients avaient *beau­coup* de mal à se voir remettre les vête­ments qu’ils avaient payés. En gros, les femmes qui courent cherchent les vête­ments, et le sys­tème de ran­ge­ment, mal­gré les code barres, est en fait un énorme fou­toir.

La queue était par­cou­rue par des ginettes tari­fées. L’une offrait aux gamins des bal­lons, l’autre offrait aux gogos qui avaient à la main leur carte ban­caire une pos­si­bi­li­té de cou­per à la queue (Aha.) en payant à l’automate, et une troi­sième essayait d’empoisonner les clients en leur dis­tri­buant des barres de céréales pié­gées.

Il lui a fal­lu quatre coups de télé­phone (et plus de vingt minutes) pour trou­ver mon pan­ta­lon, à la cou­reuse de fond blonde. Au point que les cais­sières n’avaient plus de tra­vail, ayant momen­ta­né­ment endi­gué le flot de clients. Une, à l’affut d’un client, me regarde, et me dit : «Ah, non. Vous, c’est le pan­ta­lon.»

Dans le com­merce, nor­ma­le­ment, sur­tout en ce qui concerne les vête­ments, le temps per­du est per­du dans les étapes «choix» et «essayages». Pas à l’étape «paie­ment», et sur­tout pas à l’étape «course de blondes assis­tées par télé­phone».

Mon rêve d’achat rapide d’un simple pan­ta­lon est mort. Le pro­chain, je l’achèterai sur le net.

Ah, alors, main­te­nant que vous allez reve­nir à début de la page, comme je vous vous l’ai conseillé, vous allez com­prendre que le mot «maître» de la pho­to n’est pas «Dockers», mais bel et bien «bites».

Et toc.

Pour le plaisir …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le sam 20 Sep 2008 à 11:32

Par­fois, je ne sais pas pour­quoi j’appuie sur le bou­ton.

Je sais, en géné­ral, «com­ment» j’appuie sur le bou­ton. Ce que je veux dire par ça, c’est que je choi­sis (ou au moins véri­fie) l’ouverture et la vitesse avant d’appuyer sur le bou­ton. Et je fais atten­tion au cadrage, plus ou moins. C’est à dire qu’au moment où je prends la pho­to, je sais à quoi je veux qu’elle res­semble, mais pas pour­quoi.

Donc, si ma déci­sion de prendre une pho­to est, à la limite, incons­ciente, l’acte de prendre la pho­to ne l’est géné­ra­le­ment pas. Je n’y pense que rare­ment, mais quand ça m’arrive, je trouve ça presque curieux. Et à la fois …

Je crois que mes pho­tos sont –le plus sou­vent– des «ins­tan­ta­nés». Je dis ça parce qu’il n’y a pas de démarche «intel­lec­tuelle» en ce qui concerne le sujet que je choi­sis de pho­to­gra­phier. Si on me deman­dait pour­quoi je prends la pho­to, je serais sou­vent tota­le­ment inca­pable de répondre à la ques­tion. Et, si j’ose ajou­ter, ça ne m’intéresserait que très moyen­ne­ment d’essayer.

Pen­dant un moment, j’ai ten­té de dia­lo­guer avec d’autres «pho­to­graphes» (disons des gens qui prennent des pho­tos), via un cer­tain nombre de sites sur l’Internet. Par exemple Fli­ckr, et un cer­tain nombre de forums «spé­cia­li­sés». Avec la «com­mu­nau­té», en gros.

Et puis j’ai, en gros arrê­té. J’ai mis à la pou­belle les deux tiers de mes book­marks (mes «favo­ris»), en ce qui concerne les forums. Par las­si­tude.

En fait, j’ai décou­vert que la «com­mu­nau­té» n’aime pas les ins­tan­ta­nés. C’est presque une insulte d’utiliser le mot «ins­tan­ta­né» dans un com­men­taire au sujet d’une pho­to. Je vous ras­sure, ce ne m’est pas arri­vé à moi. En géné­ral, quand j’ai pos­té des pho­tos sur un forum, je n’ai sus­ci­té aucun com­men­taire. Mais quand je lis ce que la «com­mu­nau­té» dit, je suis obli­gé de diag­nos­ti­quer une forte snap­shot­pho­biæ epi­der­micæ. Je suis sen­sé croire que les pho­tos qui sont pos­tées sont toutes des pho­tos «réflé­chies». En plus d’être, sou­vent, moches, pré­ten­tieuses, mais savam­ment argu­men­tées.

Mes pho­tos ne sont (géné­ra­le­ment) pas réflé­chies.

Je crois qu’elles sont res­sen­ties.

Le res­sen­ti exclut, je crois, le «argu­men­té».

Pour moi.

Je sais qu’il y a des gens très occu­pés à expli­quer, docu­men­ter, savam­ment argu­men­ter, pour­quoi ils aiment quelque chose, mais je suis soit trop sage soit intel­lec­tuel­le­ment inca­pable (ou pire : intel­lec­tuel­le­ment fai­néant) pour m’adonner régu­liè­re­ment à ce genre d’exercice.

Aimer, c’est per­son­nel.

Ode GPS …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie,Journal — le jeu 18 Sep 2008 à 10:56

On était dans le métro. Rien d’exceptionnel, hein, ça peut arri­ver à n’importe qui. Même des gens très bien.

Même à un couple de japo­nais.

Elle était (très) visi­ble­ment enceinte. Sous son man­teau on pou­vait voir qu’elle était en t-shirt de nuit. Si il nous avait fal­lu une preuve qu’elle était japo­naise (à part son visage asia­tique et ses deux couettes), je dirais que le T-shirt de nuit «Hel­lo Kit­ty», aurait fait l’affaire.

Elle avait un sac en plas­tique (un Hel­lo Kit­ty aus­si), visi­ble­ment bour­ré de vête­ments. Elle avait les deux mains sur son ventre. On aurait faci­le­ment parié qu’elle était sur le point d’accoucher.

Elle était sur le quai, et, appa­rem­ment éner­vée, elle atten­dait son mari.

Son mari était très concen­tré sur l’écran de son télé­phone (por­table, natu­rel­le­ment).

Après quelques secondes, il a rele­vé la tête, et a poin­té un doigt accu­sa­teur vers l’extrémité du quai, et a dit (en japo­nais, mais vous me connais­sez, je parle cou­ram­ment japo­nais, j’ai com­pris qu’il par­lait de l’hôpital Vir­chow, *mon* hôpi­tal) : «c’est par là ! Kran­ken­haus Vir­chow !». Et il est par­ti, concen­tré sur l’écran de son por­table, et sui­vi par sa femme.

C’était à la sta­tion Amru­mer Straße. Ils étaient sous le pan­neau qui indi­quait la direc­tion de l’hôpital Vir­chow.

Dans Idiocratie, il y a «cratie» …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie — le mer 17 Sep 2008 à 20:08

Le mot idio­cra­tie est construit de la même façon que, par exemple, démocra­tie. Ma plus grande peur, c’est que le pre­mier mot devienne le futur du second … volon­tai­re­ment ou pas. Encore qu’une évo­lu­tion invo­lon­taire me parait hau­te­ment impro­bable, mais c’est peut-être mon fond opti­miste [léger racle­ment de gorge] qui colore le tableau, là.

En fait ces deux sys­tèmes poli­tiques sont com­pa­tibles. Les par­ti­sans de l’Idiocratie ont tout à gagner de par­tir d’une démo­cra­tie pour la créer. Par contre, faire le che­min retour relève pro­ba­ble­ment de l’exploit héroïque. Dom­mage, natu­rel­le­ment. Mais il est évident (de très sérieuses et cré­dibles ont été effec­tuées aux USA, à une échelle stu­pé­fiante) qu’il est très facile d’abêtir toute popu­la­tion dans une démo­cra­tie. Avec men­tion spé­ciale pour les popu­la­tions équi­pées de postes de télé­vi­sion.

Notez qu’il existe quelques expé­riences pra­ti­que­ment confi­den­tielles, effec­tuées en Europe, ten­tant de prou­ver que la télé­vi­sion peut aider la popu­la­tion de par­cou­rir le tra­jet dans l’autre sens. Mais je diverge.

Tant qu’il reste quelqu’un pour uti­li­ser le mot «idio­cra­tie», rien n’est –en théo­rie– per­du. Mais, par­tant d’une «démo­cra­tie», on a déjà fait une bonne par­tie du tra­jet qui mène à Idio­cra­tie. Les gens ne voient pas le tra­jet effec­tué. Au contraire. Les gens ont beau­coup d’amis, et donc beau­coup de télé­phones por­tables. Et ils changent tout le temps, les télé­phones. Ben oui, quoi. Tout le monde a besoin d’un télé­phone qui peut pas­ser des émis­sions de … télé­vi­sion. Et puis un GPS, ça c’est abso­lu­ment néces­saire. Et puis aus­si l’internet. Les e-mails. Je n’ose plus ima­gi­ner un monde dans lequel je ne pour­rais plus rece­voir par SMS les cours de la bourse.

Et puis les jour­naux tirent la langue. Qui a le temps de lire un jour­nal ? Alors qu’il y a La Roue De La For­tune à la télé !

Et … quand j’y pense si j’étais un homme poli­tique démo­crate… si les gens ne lisent plus les jour­naux, et regardent tous les mêmes chaînes de télé­vi­sion, si je pou­vais contrô­ler –oh juste un petit peu– les chaînes, je pour­rais être cer­tain que les gens ne s’informeraient plus. Et donc ils ne sau­raient que ce que je vou­drais qu’ils sachent. Et, comble de cynisme, je pour­rais écrire un livre. Je l’intitulerais La ten­ta­tion de l’idiocratie. Et, en plus, je serais cer­tain que les gens ne l’achèteraient pas.

Idiocratie : highway to hell (version Darcos) …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie — le mar 16 Sep 2008 à 11:10

En fait, quand j’ai écrit hier à pro­pos d »idio­cra­tie, le sujet que je vou­lais abor­der était le gran­diose pro­jet du non moins gran­diose Ministre Dar­cos. Son idée de génie : déco­rer les meilleurs bache­liers. Une bre­loque.

Je pour­rais glo­ser sur l’arbre et la forêt, etc.

Mais j’en étais res­té aux titres des jour­naux. Des [tous­se­ment] médailles pour les meilleurs bache­liers. C’était déjà for­mi­dable de cré­ti­ne­rie. En soi. Mais ce matin j’ai *lu* un article.

C’est à l’occasion d’une céré­mo­nie de remise des diplômes, ins­pi­rée du modèle anglo-saxon, que cette dis­tinc­tion devrait avoir lieu.

Lu dans (gasp) France-Soir

Oui !!! C’est ça qu’il nous faut !! Et puis le bal de fin d’année aus­si !!. Avec des mil­liers d’euros dépen­sés en robes, smo­kings, en loca­tion de limou­sines. Deve­nons enfin de vrais amé­ri­cains. Après tout, on a déjà leur télé, leurs fringues, leurs stars, leurs «sports», leur bouffe, leurs guerres… il nous man­quait après tout que le ridi­cule offi­ciel.

C’est impor­tant, l’entrée offi­cielle dans la vie d’adulte. Avec les dettes qui vont avec. His­toire de mar­cher au bon pas.

Non ?

Mon­sieur Dar­cos, per­met­tez-moi de vous offrir, en ver­tu des pou­voirs qui me sont confé­rés, votre diplôme de citoyen d’honneur de notre beau pays d’Idiocratie.

La longue marche vers l’idiocratie …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie — le lun 15 Sep 2008 à 12:29

Vous n’avez (très) pro­ba­ble­ment pas vu le film Idio­cra­cy.

Moi oui.

Je l’ai vu hier soir. Ce n’est pas un film extra­or­di­naire, mais comme toute paro­die, elle per­met par­fois au spec­ta­teur de «voir» plus juste. Le film nous décrit les USA du futur. En deux mots, le pré­sident est une star de por­no, et l’américain de base passe sa vie devant sa télé. La pub est omni­pré­sente, et chez Star­bucks on ne vend que des bran­lettes. Les gens ne savent plus lire, et peuvent regar­der au ciné un film (cou­ron­né de 8 oscars), dans lequel on ne voir qu’un cul. Le titre du film est, jus­te­ment «Cul». Le pro­gramme star de la télé s’appelle «dans les couilles», et l’acteur vedette se prend à lon­gueur d’émission des coups de pieds.

Dans les couilles.

Natu­rel­le­ment.

Pour­quoi je vous parle de ça ? Mer­ci de poser la ques­tion. La réponse est évi­dente. Nous sommes déjà depuis des années en marche vers l’idiocratie.

Les diverses suc­ces­sives réformes de l’orthographe (que ce soit chez nous, ou en Alle­magne, en Angle­terre, aux USA) nous le prouvent faci­le­ment. Les réformes sont faites pour essayer de rendre l’accès à la langue «plus facile». C’est curieux, car les «anciens» comme moi ne la trou­vaient pas spé­cia­le­ment dif­fi­cile. Et mes parents non plus. Mais les chiffres sont là : l’illettrisme est à la mode. Et si apprendre la langue est dif­fi­cile, on peut soit faire des efforts de struc­ture (plus de profs, des profs cor­rec­te­ment payés, etc.) soit capi­tu­ler, et essayer de rendre la langue plus facile. C’est natu­rel­le­ment beau­coup moins cher. Un bache­lier d’aujourd’hui aurait pro­ba­ble­ment des dif­fi­cul­tés si il devait pas­ser le bac que j’ai pas­sé, ou encore pire celui que mes frères et sœurs ont du pas­ser.

Et essayez donc de pas­ser une soi­rée com­plète devant TF1, M6, ou France2. Si vous n’éprouvez pas le moindre pro­blème, vous vivez déjà en Idio­cra­tie. Et si vous trou­vez les pro­grammes tota­le­ment nuls, vous vous trou­vez en pays occu­pé.

Résis­tance ? Offrez des livres à vos proches. Le pire des livres est un bien­fait com­pa­ré à une heure devant TF1.

LES PLUS POPULAIRES sur TF1 : 1. Koh-Lan­ta 2. Jour­nal Télé­vi­sé 3. Gos­sip Girl 4. Dance Floor 5. Star Aca­de­my

à la réflexion, même un livre de BHL ferait l’affaire …

Histoire sans paroles …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 12 Sep 2008 à 20:10

De retour (encore) de chez ma chi­rur­gienne, petite balade dans le centre-ville de Ber­lin. De chouettes pho­tos. Enfin j’espère. C’est à vous de dire …

Temps + élocution + concept : mon équation …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Aphasie,Journal — le jeu 11 Sep 2008 à 20:40

En fait, et je le sais avec cer­ti­tude depuis ce matin, j’ai deux pro­blèmes prin­ci­paux. Je les ai jusque là «confon­dus» dans le terme «apha­sie». Et apha­sie est bel et bien un de ces deux pro­blèmes. Et l’autre ?

À la base, depuis mon acci­dent, je décris mon état de malade comme «apha­sie». Mais ça ne me suf­fit pas pour décrire ma condi­tion. Il y a autre chose, que je ne sais pas décrire, ou plu­tôt que je ne sais pas nom­mer. Mais sur­tout, que je ne pou­vais expli­quer clai­re­ment. Et comme disait mon­sieur Por­chet, mon prof de maths : «Ce qui se conçoit bien s’énonce clai­re­ment et les mots pour le dire arrivent aisé­ment». Même si j’apprends aujourd’hui que ce n’était pas de lui, mais de Boi­leau.

Ça fait un long moment que je sais il y a plus à ma mala­die que de l’aphasie. Mais com­ment le prou­ver ?

Le mieux, ça serait de connaître le nom de la mala­die que j’ai. Qu’un méde­cin me le livre, tout cuit. Mais les gens qui se sont occu­pé de moi (deux neu­ro­logues et deux ortho­pho­nistes) ne me l’ont pas nom­mée. Ou je n’ai pas recon­nu le mot. Et au jour d’aujourd’hui, je ne suis tou­jours pas capable de rem­plir la case d’un for­mu­laire avec le nom qui décrit ma mala­die.

Haaaa, les noms. D’un côté, je com­prends. Le besoin de nomen­cla­ture, c’est visi­ble­ment humain. Déjà pour les fonc­tion­naires. Ça serait tel­le­ment com­mode si je pou­vais expli­quer en trois mots mon cas. Ou, mieux encore : en un mot. Pour les gens qui «gèrent» mon cas. Ceux qui décident si je suis han­di­ca­pé, et si oui, à quel pour­cen­tage. Et même pour les gens aux­quels je parle, ceux qui ne sont pas fonc­tion­naires. La bou­lan­gère. Le bou­cher.

Mais à de défaut de nom …?

Depuis aujourd’hui je peux [lire : je crois que je peux] expli­quer ce qui m’arrive.

Ce matin, je par­lais avec Vio­la. En alle­mand. Avec un alle­mand dont j’avais oublié que je l’avais. Depuis deux ou trois jours, mon niveau d’allemand s’est spec­ta­cu­lai­re­ment amé­lio­ré. Mais à la fois, ma capa­ci­té d’élocution frise le plan­cher. Com­ment com­bi­ner ça ?

Au début, à l’époque où tout s’appelait apha­sie, je savais que mon état fluc­tuait. Si je fai­sais fait un dia­gramme, c’était une courbe. Avec un axe X obli­gé (temps) et un axe Y («apha­sie», ou capa­ci­té d’élocution) Monte, ou des­cend. Mais main­te­nant, si je devais faire un dia­gramme, il aurait un troi­sième axe. Z. La capa­ci­té à conce­voir.

Ce matin, lors de la dis­cus­sion avec Vio­la, j’avais «écrit» dans ma tête le mot «Syl­la­ben­ver­wech­se­lung». Lit­té­ra­le­ment, «confu­sion de syl­labes». Apha­sie, en d’autres mots. Je n’ai jamais réus­si à le pro­non­cer, ce mot. Apha­sie. Jus­te­ment. Mais j’avais le concept dans la tête. Et cet mot alle­mand, c’est bel et bien un concept, puisque je l’ai «inven­té». Com­bi­nai­son des mots «Syl­la­ben» (syl­labes) et «ver­wechs­lung» (confu­sion). Pour ça, l’allemand est une langue fabu­leuse.

Mon pro­blème de com­mu­ni­ca­tion dépend de ma capa­ci­té d’élocution ET de ma capa­ci­té à conce­voir.

Là j’entends déjà le chœur des incré­dules : «Hé, Oli­vier, ça va faire deux ans que tu écris des textes, ne viens pas me racon­ter que tu n’es pas capable de conce­voir !».

Je sais. On me le fait sou­vent. Les gens qui me lisent peuvent igno­rer que je suis malade. Le pro­blème est que je suis le seul à savoir à quel point mes textes sont dif­fé­rents de ce que j’avais en tête au moment où j’ai com­men­cé à les écrire. Un moment comme quand il me faut *cinq minutes* pour trou­ver dans ma tête le verbe «com­bi­ner» dans la phrase «Com­ment com­bi­ner ça ?», je sais main­te­nant que c’est un point bas dans mon axe Z. Un pro­blème de «concept». Un jour où mes textes sont truf­fés de «fautes» (avec une cer­taine pro­por­tion d’inversions de syl­labes, comme aujourd’hui), c’est un pro­blème de Y. D’aphasie

Dans les très bons jours, si je suis en posi­tif en Y et en Z, je pour­rais moi-même croire que je ne suis pas malade. Dans les jours «sans», quand je suis néga­tif en Y et en Z, vous ne me lisez pas. Je n’écris pas.

À l’écrit, il me faut un Z un mini­mum posi­tif. Le Y, posi­tif ou pas, ne compte pas, puisque je ne suis pas «live», et que j’utilise (sou­pir) un cor­rec­teur d’orthographe.

À l’oral, je ne peux pas sur­vivre si mon Y est trop néga­tif. Curieu­se­ment, j’ai rare­ment des pro­blèmes de Z, puisque il y a quelqu’un qui répond. Je peux tou­jours lui pom­per le Z.

Voi­là com­ment je fais illu­sion. Quand mon Z est au plan­cher, je n’écris pas, donc per­sonne ne voit de pro­blème. Quand j’ai le Z en posi­tif, je peux gom­mer le Y, et donc je peux écrire. Et quand il faut par­ler, si mon Z est néga­tif, j’utilise celui de mon inter­lo­cu­teur. Et quand mon Y me râcle les semelles, je sou­ris avec un air enten­du.

Le pro­chain jour de Z haut, je ten­te­rai de voir si je peux ajou­ter deux autres axes. Rem­pla­cer le Z par un Ze (concept in English), Zd (concept auf Deutsch), et Zf (concept en fran­çais). Ça raf­fi­ne­rait l’analyse de mon équa­tion.

Le pire, c’est que ça n’intéresse que moi …

Les titres aux­quels vous avez échap­pé :

  • Syl­la­ben­ver­wechs­lung, ou la «mort» de l’aphasie
  • Un mélange de jazz et de funk sous apha­sie : junk ?
  • Oli­vier phi­lo­sophe
  • Oli­vier vous pompe le Z.

Berlin centre …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 11 Sep 2008 à 10:02

Ha, ça fai­sait un moment, non ?

En sor­tant de chez ma chi­rur­gienne, hier matin, on a mis le cap sur le Tier­gar­ten. En fait c’est la porte à côté. On a mar­ché en gros deux heures. En ne mar­chant pas vite. J’ai ten­dance à aller len­te­ment dès que j’ai mon appa­reil à la main.

Donc, voi­là les pho­tos que j’ai pu sau­ver. Ce n’était pas un «grand jour», je ne suis pas encore en grande forme. Mais ça revient. Cer­taines des pho­tos laisse à dési­rer, peut-être que je vais les refaire.

Enfin. Si la balade vous vous tente, vous n’avez qu’à cli­quer.

Chez Xenu International : libérez les pigeons !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Xenuphobe ... — le mar 9 Sep 2008 à 14:26

«Chez Xenu Inter­na­tio­nal», ça se pré­sente comme un petit bis­tro de quar­tier, sym­pa, avec un ser­vice accueillant, p’tit apé­ro gra­tuit, sou­rire, tout ça. Un endroit où on peut dis­cu­ter de tout, se faire des amis. Le rêve, quoi.

Il y a géné­ra­le­ment des hôtesses sur le trot­toir. L’autre jour, moi, à Char­lot­ten­burg, alors que je pas­sais devant «Chez Xenu Inter­na­tio­nal», une nénette, tous sou­rires dar­dés, a essayé de me prendre par la main pour me faire ren­trer. Moi, j’ai gen­ti­ment répon­du que je n’étais pas inté­res­sé. Elle a insis­té. Vio­la lui fait remar­quer que c’est illé­gal, ce qu’elle fait là, que ça s’assimile à du pro­sé­ly­tisme public. Moi, ça m’aurait gelé sur place, ce genre de mots. Mais la Xenette en a encore rajou­té une couche en sou­rires, dégou­li­nante de gen­tillesses. Mais en des­sous, je pou­vais devi­ner la cui­rasse. Le blin­dage, même. La pro.

La façade de «Chez Xenu Inter­na­tio­nal» est char­mante. Mais vous pou­vez tou­jours essayer de cher­cher le menu. Ou, sur­tout le tarif. On ne parle d’argent, devant «Chez Xenu Inter­na­tio­nal». Á l’intérieur, en revanche … l’addition est tel­le­ment énorme qu’on com­prend faci­le­ment qu’ils ne l’affichent pas à la vitrine …

COURS HUBBARD DE CLARIFICATEUR DE MOTS PROFESSIONNEL 1 600  $
MINI COURS HUBBARD DE SUPERVISEUR DE COURS 1 600 $
COURS PROFESSIONNEL HUBBARD DE SUPERVISEUR DE COURS 1 600 $
OEC (Org. exec. courses) AU COMPLET 15 200 $
COURS HUBBARD ÉLÉMENTAIRE D’ÉVALUATEUR SUR SÉRIE DES DONNÉES 6 000 $
COURS PROFESSIONNEL DE DEBLOCAGE DU PRODUIT 1 600 $

Et le tarif rem­plit des pages, des pages, et des pages.

La pre­mière ques­tion qui vient à l’esprit est «qui peut se per­mettre ce genre de dépenses, et qui *veut* avoir ce genre de dépenses ?» Et ces quoi, ces consom­ma­tions qui coûtent si cher ? Ou en d’autres termes : «c’est qui, «Chez Xenu Inter­na­tio­nal» ?»

Si vous ne l’aviez pas encore com­pris, je parle de l’«Église» de Scien­to­lo­gie. Xenu est un tyran inter­ga­lac­tique, et c’est à lui (via R. Hub­bard, escroc de génie –fon­da­teur (ou plu­tôt inven­teur) de la Scien­to­lo­gie – ) que l’humanité doit toutes ses misères. Ce qui est amu­sant, c’est que la plu­part des scien­to­logues ne connaissent même pas son exis­tence, et ceux des scien­to­logues qui connaissent son exis­tence n’ont pas le droit d’en par­ler publi­que­ment.

Pour­quoi ?

C’est évident. Tout appren­ti escroc pour­rait le dire : «Plus c’est gros, plus ça marche». Je vais essayer de vous démon­trer le truc. Com­men­çons par essayer de com­prendre sur quel modèle la Scien­to­lo­gie est construite. Petit manuel ima­gi­naire (ou pas) du scien­to­logue  :

  1. convaincre le pigeon qu’il a un pro­blème
  2. convaincre le pigeon qu’on a une solu­tion à son pro­blème
  3. deman­der au pigeon une par­ti­ci­pa­tion finan­cière
  4. démon­trer au pigeon qu’il a avan­cé, mais pas encore assez
  5. répé­ter le pas­sage aux points 3 et 4 autant que pos­sible
  6. inté­res­ser –psy­cho­lo­gi­que­ment ou /​ et finan­ciè­re­ment– le pigeon à l’affaire
  7. pro­té­ger le pigeon des influences néfastes de l’extérieur

Main­te­nant que vous avez le manuel, regar­dez la Scien­to­lo­gie. C’est une arnaque par­faite. Impla­cable.

1. convaincre le pigeon qu’il a un pro­blème
C’est le point le plus impor­tant, évi­dem­ment. Mal­heu­reu­se­ment, ce n’est pas le plus dif­fi­cile à mettre en œuvre. Per­sonne ne dit qu’on n’a pas le droit de tri­cher. Tout arna­queur vous le dira : on choi­sit ses pigeons. Le public des sectes est tou­jours prin­ci­pa­le­ment consti­tué de gens fra­giles à la base. Mais la Scien­to­lo­gie a bâti sa clien­tèle avec une tech­nique par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace. Ça com­mence tou­jours par un sou­rire. Je me sou­viens, du temps où je vivais à Copen­hague, que je ne pou­vais pas tra­ver­ser la ville sans croi­ser un(e) scien­to­logue, avec un blou­son jaune, tout sou­rire devant. Le sou­rire a un but : t’amener à pas­ser le test de per­son­na­li­té *gra­tuit*. Quelques mau­vais esprits ont ten­té de pas­ser le test en répon­dant tota­le­ment au hasard, sans même lire les ques­tions. Le résul­tat du test est en tout cas néga­tif. Très néga­tif. Tou­jours néga­tif. Au point que de temps en temps quelqu’un, après avoir pris connais­sance du résul­tat du test, se sui­cide.

Mais, heu­reu­se­ment, pour les autres, le sou­rire est là. Enga­geant. Le mieux, pour vrai­ment com­prendre le résul­tat du test, ce serait tout de même d’en par­ler avec un autre sou­rire. Un sou­rire sérieux, docu­men­té, outillé. Et tari­fé. Mais le sou­rire cache tout.

2. convaincre le pigeon qu’on a une solu­tion à son pro­blème
Plus le pigeon est convain­cu qu’il a un pro­blème, plus il est facile de lui faire croire qu’on a une solu­tion. Le mieux, pour un arna­queur, c’est tout de même de res­ter le plus vague pos­sible. Mais être à la fois vague et convain­quant demande pra­ti­que­ment un miracle. D’où l’idée de génie de Hub­bard. Habiller l’arnaque avec l’usage de la reli­gion. En gros, d’accord, c’est vague. Mais c’est de la reli­gion, ça ne peut pas être une arnaque ! [large sou­rire]

Autre point fort de l’arnaque : les célé­bri­tés. La Scien­to­lo­gie fait tout ce qu’elle peut pour avoir des têtes de gon­doles. Des acteurs, des chan­teurs. Des gens qui dans le monde réel sont consi­dé­rés. Vous pen­sez donc, si c’est bon pour Tom Cruise, c’est for­cé­ment bon pour moi.

3. deman­der au pigeon une par­ti­ci­pa­tion finan­cière
À par­tir du moment ou les points 1. et 2. sont acquis, on peut pas­ser aux choses sérieuses. Les sous. On com­mence petit. C’est pra­ti­que­ment du don, de l’aumône. Au début …

Car le point 3. est un point cyclique. On y passe régu­liè­re­ment. De plus en plus. Une fois que la méca­nique est embrayée, on ne compte plus. Ce qui compte, ce sont les résul­tats, ou le che­min encore à par­cou­rir. D’autres fac­teurs par­ti­cipent à l’acceptation de la somme tou­jours plus grande grande qu’on est prêt à payer. J’y revien­drai aux points 4, 6 et 7.

Et si on n’a pas d’argent ? Pas de pro­blème. On pour­rait par exemple tra­vailler pour la Scien­to­lo­gie. Et être payé en cours gra­tuits. Les «délin­quants» (voir point 6.) tra­vaillent gra­tui­te­ment, natu­rel­le­ment. Avec Gra­ti­tude. Le contrat de tra­vail interne, chez Xenu Inter­na­tio­nal, est défi­ni­ti­ve­ment un contrat à durée indé­fi­nie. Ou plu­tôt à durée incroyable. On a vu des contrats signés pour un mil­liard d’années.

On connaît des cas d’employés logés par la Scien­to­lo­gie (la Scien­to­lo­gie achète beau­coup d’immobilier). On connaît des cas d’employés logés par la Scien­to­lo­gie dans *leurs propres appar­te­ments* ven­dues à la Scien­to­lo­gie. Sans que d’argent cir­cule : la Scien­to­lo­gie paye l’appartement sous forme de cours gra­tuits.

Sinon, on peut vous aider :

Si des gens ont des dif­fi­cul­tés d’argent, et 99 per­sonnes sur 100 vous diront qu’ils ne peuvent rien se payer main­te­nant, éla­bo­rez pour eux un bud­get, faites-leur réa­li­ser que pour la pre­mière fois, ils dépensent de l’argent pour eux-mêmes. Cela demande du tra­vail, mais j’y ai tou­jours réus­si »».

R. Hub­bard, cité dans Libé­ra­tion

4. démon­trer au pigeon qu’il a avan­cé, mais pas encore assez
C’est le point le plus cru­cial de la méca­nique (finan­cière) de la Scien­to­lo­gie. Il faut qu’il y ait tou­jours un petit peu de pro­grès. His­toire de faire pas­ser l’arnaque pour un inves­tis­se­ment. Mais une arnaque idéale est celle qui se conti­nue indé­fi­ni­ment. Donc à par­tir d’un cer­tain moment, le che­min à par­cou­rir devient un secret. On détient une par­tie du Grand Mys­tère De La Vie, Du Monde, Et Cæte­ra. C’est émi­nem­ment glo­ri­fiant. Et il en reste, des secrets à ache­ter acqué­rir. D’où une hié­rar­chie dans les pigeons. Pas ques­tion de par­ler des secrets avec les nou­veaux pigeons. On reste entre soi, avec les pigeons du même niveau. Jusqu’au moment où on passe au point 6., point auquel on cesse, sciem­ment ou pas, d’être un pigeon pour deve­nir une par­tie du méca­nisme. Un pion de la Scien­to­lo­gie.

Je dirais que l’affaire «Xenu» est un bon test de l’état du pigeon /​ pion. Toute per­sonne capable d’avaler une his­toire tel­le­ment énorme est et res­te­ra toute sa vie un pigeon. Dépour­vu de tout sens cri­tique (soit à la base, soit qu’on en ait été pri­vé par les pions), on est lit­té­ra­le­ment capable d’avaler n’importe quoi. Pour les pions, voir le point 6.

5. répé­ter le pas­sage aux points 3 et 4 autant que pos­sible
À usage interne, natu­rel­le­ment. Une pompe à finance doit s’autoamorcer, tant que pos­sible. C’est le but de l’opération.
Si la pompe se désa­morce, ou menace à se désa­mor­cer, pas­ser aux points 6. et 7.

6. inté­res­ser –psy­cho­lo­gi­que­ment ou /​ et finan­ciè­re­ment– le pigeon à l’affaire
Il faut que le pigeon par­ti­cipe volon­tai­re­ment. Au pire, le trans­for­mer en pion. Le rendre par­tie de la hié­rar­chie visible ou pas de la Scien­to­lo­gie.

Les pions, sont de plu­sieurs types :

  • Le pion «pas­sif»
    Celui-là est deve­nu pion sans s’en rendre compte. Il signe un contrat de tra­vail, et tra­vaille pour payer ses cours. En géné­ral, il reste en bas de l’échelle. De la main d’œuvre pour pas cher.
  • le pion «sur­veillant»
    C’est le mot «pion» à tous ses sens. Celui là jouit ( au sens pre­mier du sens) du pres­tige. Il est un rouage de la machine, et il aime ça. Il a en point de mire la pro­chaine pro­mo­tion. À ce stade il n’est pas inutile de rap­pe­ler que la Scien­to­lo­gie a des uni­formes, et des grades. Il est facile à moti­ver, et s’efforce à moti­ver les pigeons. Plus ses pigeons sont moti­vés, plus il ira loin.
  • les pions actifs
    Ceux-là savent ce qu’ils font. Ils sont les seuls. Ils sont conscients du fait que la Scien­to­lo­gie est une arnaque, et ils en pro­fitent. Lit­té­ra­le­ment. Ils sont les seuls à ne pas être des vic­times de la Scien­to­lo­gie.
  • les «délin­quants»
    Les pions peuvent «perdre la foi» et ne pas vou­loir des pions actifs. Ils sont trai­tés comme la socié­té traite ses déli­quants. La Scien­to­lo­gie a ses camps de réédu­ca­tion. Il faut abso­lu­ment les empê­cher de gâter les bonnes pommes du panier, et les empê­cher de pas­ser «à l’extérieur», c’est à dire quit­ter la Scien­to­lo­gie. Les exemples sont légion de cas où des en-scien­to­logues sont pour­chas­sés sans mer­ci. Cam­pagnes de déla­tion, d’insinuations, de pres­sions. Voir le point 7.

7. pro­té­ger le pigeon des influences néfastes de l’extérieur
Il est évident que le monde exté­rieur menace l’arnaque. Donc, action. Il faut abso­lu­ment cou­per le pigeon du monde exté­rieur, et si ce n’est pas phy­si­que­ment pos­sible, décré­bi­li­ser le monde exté­rieur. Le mode d’emploi :

  • renom­mée
    Par le pro­gramme «stars», sa Scien­to­lo­gie essaie d’asseoir sa renom­mée. Plus il y a de stars à bord, moins il est facile au monde exté­rieur de se rendre compte que l’affaire est une arnaque. Le monde exté­rieur est très sus­pec­tible au monde «people». Donc avoir sa propre bri­gade people.
  • pro­pa­gande
    Même si la Scien­to­lo­gie veut être iso­lée du monde exté­rieur, il est abso­lu­ment néces­saire d’avoir l’air d’en faire par­tie. D’où la palan­quée d’associations écran qui militent pour les droits de l’homme, contre la drogue, pour le droit à la conscience reli­gieuse, pour la nature, les droits de la morue aux pois-chiches, etc. Ça peut vous don­ner des trucs éton­nants genre  :

    Solye­nit­sin était croyant, c’est son regard sur la reli­gion dans un pays comme le notre atteint de « syn­drome dis­fonc­tion­nel de la laï­ci­té », qui l’a alié­né d’une par­tie du public en France.

    On se sert de tout pour pro­té­ger la Scien­to­lo­gie (dans ce cas sous l’angle «reli­gion per­sé­cu­tée» à la sauce «Sol­jen­sit­sine au secours de la foi», le tout écrit par la porte-parole de la Scien­to­lo­gie. On peut lire une des stars de la Scien­to­lo­gie com­pa­rant la posi­tion de la France vis à vis de la Scien­to­lo­gie à la répres­sion chi­noise du mou­ve­ment étu­diant place Tien An Men. Excu­sez du peu. La star (Isaac Hayes) s’adressait au Congrès amé­ri­cain en ces termes :

    En octobre der­nier [2000], je me suis ren­du en France pour prendre part à une marche pour la liber­té de reli­gion à Paris. Nous for­mions un ras­sem­ble­ment cha­leu­reux et paci­fique, agi­tant des dra­peaux et chan­tant des chan­sons pour la liber­té. Pour­tant, contrai­re­ment à d’autres mani­fes­ta­tions, nous n’avons pas obte­nu l’autorisation de la Pré­fec­ture de Paris de défi­ler dans les rues de la capi­tale. Au lieu de cela, sous la pres­sion du gou­ver­ne­ment fran­çais, la Pré­fec­ture a envoyé 300 poli­ciers anti-émeutes pour nous dis­per­ser.

    Et je ne peux pas m’empêcher de me rap­pe­ler 1989, quand les chars chi­nois ont avan­cé sur les étu­diants Place Tien An Men. C’est la peur qui menait ces chars. À Paris, heu­reu­se­ment, per­sonne n’a été bles­sé, mais cela m’a rame­né à l’époque où je mar­chais à Mem­phis avec Mar­tin Luther King, lors de cette der­nière marche avant qu’il soit abat­tu. Et ce n’était pas une bonne sen­sa­tion. Je sais ce qu’est l’oppression, je l’ai res­sen­tie.

  • action directe
    Un concept impor­tant à la Scien­to­lo­gie : la PS (Per­sonne Sup­pres­sive). Toute per­sonne nom­mée PS est de fac­to un enne­mi de la Scien­to­lo­gie. Et là, tous les coups sont per­mis :

    ENEMY – SP Order. Peut être déshé­ri­tée de ses biens ou spo­liée par n’importe quel moyen par n’importe quel scien­to­logue, sans aucune règle pour le scien­to­logue. Elle peut être escro­quée ou pour­sui­vie en jus­tice, on peut lui men­tir ou la détruire.

    Hub­bard, cité par Wiki­pe­dia

En conclu­sion
La Scien­to­lo­gie est une socié­té tota­li­taire. Tom Cruise, lors d’une céré­mo­nie, pas­sée à la pos­té­ri­té grâce à l’Internet, a décla­ré à l’assistance en transes qu’ils allaient «net­toyer» la pla­nète. Ensuite, se tour­nant vers l’effigie de Hub­bard, il esquis­sé un salut mili­taire, le tout qu’on croi­rait extrait d’un film du Pro­fes­sor Goeb­bels.

Et comme dans toute socié­té tota­li­taire, les pigeons sont les légions. Il est urgent de libé­rer les pigeons.

La fête à Xenu …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Xenuphobe ... — le lun 8 Sep 2008 à 13:01

Une fois de temps en temps, la lec­ture des actua­li­tés me met le sou­rire aux lèvres …

L’Eglise de Scien­to­lo­gie va être jugée par un tri­bu­nal fran­çais pour « escro­que­rie en bande orga­ni­sée », une pro­cé­dure qui pour­rait entraî­ner la dis­so­lu­tion de la prin­ci­pale asso­cia­tion s’en récla­mant, a indi­qué lun­di une source proche du dos­sier.

C’est l’AFP qui nous raconte tout ça

C’est la pre­mière que l’«église» de scien­to­lo­gie va être atta­quée, et non ses membres indi­vi­duel­le­ment. Avec en point de mire la fer­me­ture de «Chez Xenu».

Chouette.

Gertrude et moi …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 7 Sep 2008 à 08:09

Ger­trude de Nivelles, vous la connais­sez ?

Mais si ! Sainte Ger­trude de Nivelles. Une vie de souf­frances, une sainte dévouée aux malades. Haaa … j’aurais dû le savoir.

Trois jours avant mon admis­sion, j’ai eu la dis­cus­sion préa­lable avec l’anesthésiste. Enfin en fait non. Pas avec mon anes­thé­siste. Avec un anes­thé­siste. Après m’avoir posé des ques­tions vache­ment poin­tues, il a fer­mé mon dos­sier, et m’a dit que, bon, ça ne serait pas lui, le jour de l’opération, parce que lui serait en vacances, mais il allait tout expli­quer à son col­lègue. Sur­tout le cha­pitre de la conver­sa­tion qui disait que je suis depuis deux ans et demi tota­le­ment imbi­bé de pro­duits des­ti­nés à flui­di­fier mon sang.

Et jeu­di, je me pré­sente.

*Tadaaaaaaaaaaaaaaa* !

Le Cha­pitre «au dodo !»
On m’installe dans une «chambre» de pré­pa­ra­tion. Avec des murs en toile de jute. Je me désha­bille, et j’avale la pilule des­ti­née à me «cal­mer» avant l’anesthésie. Et je m’allonge sur le lit. Pour me cal­mer.

Vu que j’étais de toute façon fati­gué, j’ai fer­mé les yeux.

Mais pas les oreilles. Un des pen­sion­naires était un gamin. Il hur­lait. Il avait mal. C’était très relaxant.

Alors j’ai réou­vert les yeux.

*WOAW* !!!

Au pla­fond, il y avait une lampe (plu­tôt un hublot, vue la taille) de cou­leur verte. Non. Bleue. Non, mauve. Orange. Jaune. Après une petite minute, j’avais dans la tête la chan­son de Kaa.

Aie confiance
Oui, crois en moi
Que je puisse
Veiller sur toi

Là, du coup, j’avais tel­le­ment ri avec Vio­la (elle était avec moi), je n’avais plus du tout envie de dor­mir.

Heu­reu­se­ment, on ne m’a pas deman­dé mon avis.

Je me suis réveillé. Plus tard. Il y avait trois têtes de femmes pen­chées sur moi. J’en connais­sais vague­ment une.
C’était ma chi­rur­gienne. Elle m’a juste dit : «ne vous inquié­tez pas, on y retourne».

Le cha­pitre «Oli­vier s’ouvre au monde»
Je me suis réveillé. Plus tard. J’étais dans mon lit, et j’étais dans un cou­loir, direc­tion ma chambre. Une vraie chambre, hein. Avec des murs. Le seul truc que j’aurais trou­vé bizarre, si j’avais été en état de m’en rendre compte, c’est que la nuit com­men­çait à tom­ber. Alors que la der­nière fois que j’avais su l’heure, il était un petit peu plus tôt que midi. Mais, curieu­se­ment, je ne me sou­viens pas de grand-chose au sujet de ma pre­mière soi­rée avec Ger­trude.

Le len­de­main matin, Vio­la est arri­vée. Et elle m’a racon­té ce que j’avais raté.

HO, PUTAIN !

A début, c’était plu­tôt drôle. Elle était dans la salle d’attente. Une patiente est arri­vée. Elle a sor­ti sa carte de sécu (à puce, natu­rel­le­ment), et l’a don­née à la dame du comp­toir.

La dame du comp­toir a don­né la carte à l’ordinateur.

L’ordinateur a dit «Argl.».

L’ordinateur est mort sur le coup.

Le temps que la dame du comp­toir tente de le res­sus­ci­ter, et toutes les fenêtre de la salle d’attente ont com­men­cé à s’ouvrir. Se fer­mer. S’ouvrir.

Et puis la porte, aus­si. Ouverte. Fer­mée.

Les urgences (infor­ma­tiques) sont arri­vées.

Plus tard, Vio­la m’a vu sor­tir de la salle d’opération. Ensuite elle a remar­qué un tra­fic intense. Des gens en bleu, en vert, avec des masques. Spor­tifs, hein. Vio­la les a vus cou­rir. Appa­rem­ment, il y avait du sang par­tout. Per­sonne n’est venue lui par­ler. Elle n’a pu que recons­ti­tuer. Elle a com­men­cer à s’inquiéter quand elle a vu le conte­nu dans mon esto­mac dans un sac plas­tique. Elle a réus­si à alpa­guer une anes­thé­siste, et lui a fait cra­cher le mor­ceau. J’avais tel­le­ment sai­gné après l’opération que la chi­rur­gienne, très sur­prise, a déci­dé de me faire réanes­thé­sier, et de reve­nir sur le lieu du crime.

À noter : la récep­tion­niste a refu­sé de don­ner de mes nou­velles à Vio­la pen­dant l’opération. Motif : elle n’est pas de la famille. Nous ne sommes pas mariés. Pour­tant, méfiante, Vio­la m’avait deman­dé de lui écrire un «pou­voir». Des queues, lui répon­dit la récep­tion­niste. Pas de mariage, pas de nou­velles au pays de Ger­trude.

Après, rou­tine.

Cha­pitre : «La vie nor­male après l’opération»
Je ne vais pas tout vous racon­ter. D’abord, le temps est dif­fé­rent, là. Tout est leeeeeeeeeeeeent. Trèèèès lent. Donc je vais juste vous don­ner des mor­ceaux choi­sis :

  • Scène de dia­logue à une voix :
    «bon­jour, c’est vrai que vous êtes fran­çais ?»
  • Scène san­glante :
    une petite jeune m’enlève les machins et les tuyaux qui étaient plan­tés dans ma main gauche. Sur­prise : je me mets à sai­gner comme un porc. Stu­pé­fac­tion : elle n’a pas de gants. Quand sa col­lègue le lui signale, elle com­mence à cou­rir en ronds. Je vais au lava­bo, j’attrape un paquet de … tiens, c’est mar­rant, le pre­mier mot qui me vient à l’idée est «PQ», et donc avec mon PQ (lire : les petites ser­viettes en papier pour se laver les mains) je contrôle la situa­tion jusqu’à ce qu’une col­lègue gan­tée arrive sur les lieux.
  • Nou­velle scène de dia­logue :
    «Mon­sieur Six, est-ce que vous par­lez fran­çais ?»
    À ma réponse posi­tive, quoi que sur­prise, un grand sou­rire appa­raît. Ils ont une patiente qui ne parle que fran­çais, et per­sonne ne le com­prend. Aha.
  • Scène(s) de ménage à trois ou quatre
    Les deux mes­sieurs qui peuplent ma chambre sont posi­ti­ve­ment insup­por­tables. Langues de putes en tous genres. Du coup, je démé­nage dans l’«espace visites». À l’heure du café, il y a deux couples dans l’espace visites. Au pre­mier couple (légi­time), on offre deux tasses de café. Au second couple (illé­gi­time, c’est à dire non marié), c’est à dire à Vio­la et moi, on n’en pro­pose pas. Je trou­ve­rai ma tasse de café à côté de mon lit. Un bon­heur.
  • Encore une scène de dia­logue :
    «Vous êtes fran­çais ?»
  • Scène pénible :
    Mes emmer­deurs de chambre ne peuvent pas dor­mir sans avoir les [deux] fenêtres [grandes] ouvertes. C’est pas grave, je demande (pour la deuxième nuit) une deuxième cou­ver­ture. On me répond : «Mais, on vous en déjà don­née une hier soir ! Où est-elle ? Il faut faire atten­tion, vous savez ?»
  • La scène de trop :
    Après une nou­velle de séance «vous par­lez fran­çais ?», une tou­bib me demande mon assis­tance pour pou­voir par­ler avec la patiente qui ne parle que le fran­çais. Elle a été opé­rée la veille au soir, et au genou. Et quelqu’un a oublié de «fer­mer» le lit. Donc elle est tom­bée. Et c’est haut, un lit d’hostau.

Mora­li­té, quand la chi­rur­gienne, hier matin, m’a deman­dé si je vou­lais déjà sor­tir de l’hôpital, j’ai dit oui.

Conclu­sion
Sainte Ger­trude de Nivelles, si il te reste une minute d’attention, hein, il y a une petite vieille, dans ton hôpi­tal, qui aurait bien besoin de toi.

Post­face
L’hôpital Sainte Ger­trude est admi­nis­tré par l’ordre des Sœurs de Katha­ri­na. Dans chaque chambre, la vie de Sainte Katha­ri­na est affi­chée. Elle a été rouée. Tor­tu­rée sur la roue. Le logo de l’hôpital, c’est la roue de tor­ture de Katha­ri­na. Et une épée.

J’aurais du me méfier.

Et le revoilà !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 6 Sep 2008 à 13:47

Séjour court, mais intense. L’opération, qui aurait du durer 4 heures en a pris plus de six, et en deux fois. Je venais de me réveiller que ma chi­rur­gienne m’annonçait qu’elle allait me ré-anes­thé­sier, et se repen­cher sur mon cas. Je sai­gnais beau­coup trop. Au point qu’ils ont du me pom­per de l’estomac le sang que j’avais ava­lé.

À part ça, tout va bien. Et je suis sor­ti ce matin, parce que res­ter n’aurait rien chan­gé. Je rever­rai ma chi­rur­gienne lun­di matin.

Avec la perte de sang, je suis un petit peu ané­mié (ça me fait rire). Je dois res­ter au calme. Et ça, en fait, c’est peut-être plus facile à faire à la mai­son qu’à l’hostau. Et l’idée de res­ter jusque lun­di me fai­sait bouillir. Donc ma chi­rur­gienne m’a lais­sé sor­tir.

Et encore : je ne lui ai rien racon­té de ce que je vais vous racon­ter demain … Mon jour­nal de l’hostau, vous allez ado­rer ça !

Bon, c’est l’heure …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 3 Sep 2008 à 13:37

Je vais m’absenter quelques jours, his­toire de me faire opé­rer. Une sor­dide his­toire de polypes aux mâchoires.

Notez que ça ne va pas chan­ger grand-chose à mon rythme de paru­tion. Mais bon : zêtes pré­vus, cette fois.

J’aime bien cette pho­to. Le monde y est frag­men­té, comme un de ces jeux dans les­quels il faut réor­ga­ni­ser les petits car­reaux pour avoir l’image.

En ce moment, je fais moins de pho­tos. Mais je les trouve plus réflé­chies. Plus mûres, dans un sens.

Mais c’est vous qui savez …

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