
Ouaips, cette nuit, j’étais à Bordeaux.
En bord de Garonne. J’étais avec Juppé. Oui, ce Juppé là. Alain Juppé. Il était en train de cloper tranquille, en bras de chemise, la veste posée sur le parapet de la rive, malgré la pluie.. Il voulait me faire rencontrer un jeune, qui venait de faire un documentaire. En Palestine. Il voulait mon avis.
Ah, là on peut découvrir un des avantages de l’écrit. Une question du genre : « vous connaissez la différence entre un documentaire et un «documentaire» ? », si on la pose à l’oral, perd pas mal de son sens.
À la porte s’est présenté un gamin. Peut-être 20 ans. Avec un look scrupuleusement étudié. Assez «artiste» pour faire oublier tout le reste –en incluant l’âge du gamin. Il s’exprimait très bien. Et il m’a parlé de la Palestine. Après quelques minutes de son discours, lequel s’est rapidement avéré n’être qu’un nauséabond bla-bla, je l’ai interrompu, et lui ai demandé de me montrer son documentaire.
Après la première scène, le machin est devenu un «documentaire».
Naturellement, c’était un rêve.
Les rêves «made in Palestine» se sont faits rares. Et c’est très bien comme ça. Mes rêves palestiniens, normalement, sont violents. Ils sentent le métal chaud, les gaz d’échappement. La mort. La bande son regorge de moteurs hurlant, d’hélicoptères, et de coups de feu.
Aujourd’hui, donc 6 ans après, j’ai encore des sueurs froides quand j’entends dans la rue des moteurs genre pelleteuse, ou bulldozer. Ou quand des gamins jouent avec des pétards, et tout ça m’explique très facilement les bandes son de mes rêves palestiniens.
On voit un taxi palestinien qui roule sur une route déserte. Il prend un virage. Au bord de la route, il y a un véhicule (ça me fait penser à une dépanneuse) israélien. Et alors que le taxi ralentit, le véhicule lâche deux gros boules métalliques sur le toit du taxi. Ça fait des morts. Mais le véhicule démarre son moteur, et part.
Ensuite, la caméra plusieurs témoins, et c’est là que tout commence à partir en quenouille couille. Les témoins sont tous joués par le même acteur, pas vraiment bien déguisé. Alors je demande au gamin où il avait tourné ça. La réponse : Vénissieux. Je commence à me fâcher un petit peu, et le gamin parte en claquant la porte, après m’avoir traité d’agent provocateur sioniste.
Houla. Là, je sais exactement d’où ce rêve me vient. Ce rêve palestinien me vient droit de Vénissieux. Le déclencheur a été, ces jours-ci un jugement. Le réalisateur du film Jénine, Jénine avait été attaqué en diffamation par un collectif de soldats israéliens. Et il a gagné. Enfin en apparence. En fait le juge a décrété que les soldats n’avaient pas le droit de l’attaquer *de cette façon là*. Il a aussi déclaré que la mauvaise foi du réalisateur était patente. Et je ne suis pas loin d’être d’accord avec lui. Et pour ceux qui n’auraient pas suivi les épisodes précédents, l’auteur du texte cité par le lien «Vénissieux», c’est moi.
À ce jugement, ajoutez la … libération d’Ingrid Bétancourt. Ou plutôt certains commentaires à ce sujet. L’utilisation à l’iranienne du mot «Sioniste» –majuscule comprise– dans le titre d’un article venant d’une «Agence de presse associative» m’a, la nuit dernière, envoyé tout droit dans ce rêve curieux.
Ai-je dit «curieux» ? Voyez donc la fin :
Alors que je discutais avec Juppé, au bord de la Garonne, j’ai vu une colonne de temple grec passer dans l’eau. Puis des statues qui flottaient comme des canards de bain. Alors que, interloqué, je tournais la tête vers Juppé pour lui demander si il avait vu ça aussi, il m’a simplement répondu : «Laisse, c’est de l’art». Ensuite, il a écrasé sa cigarette, a repris sa veste, et est parti.
Il a un petit peu de bon sens, le Juppé de mon rêve.