
Nous avons fait hier après-midi une balade dans un des bastions de cette Berlin culturelle dont les média nous rabâchent sans cesse les vertus. Prenzlauer Berg. Il y a des squats, et des artistes. Donc, a priori un quartier sympathique, qu’on nous décrit souvent comme attachant. Imaginez-vous donc, ces pôv’ jeunes, dans les ruines du désastre du communisme, qui font de l’art. En toute indépendance, naturellement.
Et en arrivant là, tous les éléments annoncés sont bien là. D’abord, en effet, les ruines. Naturellement, ça ne va pas durer, puisque les méchants investisseurs arrivent, et que –après Kreuzberg– Prenzlauer Berg est sur la liste des commissions. Ça change très vite. Dans quelques ans, il y aura des façades modernes, et des boutiques galeries d’art partout, en alternance avec des vitrines de stylistes. Mais, comme je le disais, pour le moment, les ruines sont le décor.
Le deuxième élément annoncé, l’art, est partout. Les façades sont recouvertes de graffiti, de pochoirs, de collages (je ne sais pas comment appeler cette forme d’Art de rue qui consiste à coller –comme des affiches– des Œuvres d’art), et d’autocollants.
Et le troisième élément, c’est l’indépendance. Revendiquée, affichée. Merde à l’état, à monsieur le maire, et aux gens d’argent. Et voilà. La photo d’un quartier jeune et culturel.
Elle est chouette, la photo. À la télé, au moins. Mais si on regardait d’un petit peu près ?
L’art, depuis toujours, c’est une question, du moment qu’on commence à *parler* d’art au lieu d’en faire, de sous. Les artistes «officiels» (j »entends par là les artistes qui ont le mot « artiste » dans la bouche dès qu’ils l’ouvrent) ont toujours cherché des mécènes. Le problème c’est que les mécènes ont généralement du goût. Et donc quand on brasse de l’art sans talent particulier, il faut trouver une autre source de financement. Ici, il y a des «artistes» qui ouvrent des boutiques dans lesquelles ils vendent aux autres artistes ce dont ils ont besoin. Avec le style, naturellement. Mais ça reste des boutiques. Du commerce.
Les thèmes de l’art de rue à Prenzlauer Berg (quand il y a un thème, je veux dire un message perceptibles), sont très sympathiques. Genre : Les touristes dehors. Il y a un endroit dans lequel un photographe comme moi (vous notrez que je n’ai pas prononcé le mot «artiste»), moi qui me veux comme l’archiviste des divers graffiti, lieux, etc., un endroit donc où je ne suis pas le bienvenu. C’est écrit en gros. «Ici, pas de photographes, pas de touristes.»
L’autre gros thème, c’est la Révolution anticapitaliste, parfum antinazi obligatoire. No Comment.
Bon. Donc, on voit des communautés d’artistes avec des messages d’exclusions (pas de photographes, pas de touristes). Déjà, moi, ça m’agace. Et ensuite je regarde les techniques utilisées : pochoirs, « collages » et autocollants. En un seul mot, l’art préfabriqué, à couper en suivant les pointillés. Comprenez-moi bien : d’une part, ça ne me dérange pas. C’est mieux que de la pub.
Donc, Marlene Dietrich sur les murs, pourquoi pas. Je vous livre une galerie de pochoirs. Pourquoi pas.
Mais pourtant : pour dire quoi ?