
D’abord, c’est quoi, un communiste ?
Un communiste, c’est comme un livre de BHL, comme un tableau Made In Montmartre, ou comme un Best Of de Jacques Pradel. Ce que je veux dire, ça dépend de qui pose la question.
Ça, je le savais depuis longtemps. À chacun «son» communiste. Le mien est né avec un dessin de presse (je crois que c’était un dessin de Plantu), qui montrait l’inénarrable Georges Marchais faisant pivoter sa mappemonde, et criant «c’est où, ça, l’Afghanistan ?» Ensuite j’ai eu la «chance» de rencontrer divers militants CGT, qui ont fini, en ce qui me concerne, de plomber le tableau.
Chez moi, comme chez pas mal de gens de ma connaissance à l’époque, le communiste, c’était par définition un militant –à tous les sens du terme, probablement honnête, certainement pas très futé, drôle, et donc définitivement pas dangereux. Le genre de gens qui, un petit peu après l’invasion de l’Afghanistan par la maison mère, arpentaient le pavé avec des pancartes «paix», si vous voyez ce que je veux dire.
Mais tout change, hein.
En fait, je vais devoir remercier (et c’est rare …) la télé française. J’ai été amené à voir une émission de France 5 qui s’appelle «Échappées belles», qui nous montrait le «nouveau Berlin». Elle m’a obligé à clarifier «mon» communiste.
Je n’ai rien appris pendant cette émission. Et sur le moment, c’est l’amusement qui a prévalu. La petite présentatrice (journaliste ?) et sa «guide» nous a montré et raconté un Berlin idéal, le reportage culminant par une scène «touchante» où une nénette qui, après les avoir trimballées dans une Trabant couleur safari, offrait à l’animatrice un joli Ampelmänn, lui expliquant ce que c’est : le petit bonhomme des feux rouges, avec son chapeau, Made In RDA, qu’il est tellement chou, et c’est le nouveau symbole de Berlin, la Nouvelle Berlin.
Sur le moment, j’ai juste ri.
Et les gens en France ?
Moi j’ai ri, parce que je vis à Berlin. La ville qui m’a montré le communisme.
Je vais vous dire ce qui se passe en Allemagne et à Berlin en ce moment. Au niveau national, il existe un parti politique qui s’appelle «Die Linke» (La Gauche), qui est le nième avatar du parti communiste de la RDA. Ils n’arrêtent pas de changer de nom. Pourquoi est-ce que La Gauche est en ce moment sur toutes les premières pages des journaux ? Parce qu’on a appris que La Gauche est maintenant officiellement dans le collimateur du Verfassungschutz, l’organisme (gouvernemental) chargé de, comme son nom l’explique, protéger la constitution. Le Verfassungschutz garde à l’œil les divers groupes néo-nazis et assimilés, la Scientologie, et, donc, La Gauche. Vous voyez les voisins ?
Vous voyez ce que je veux dire ? «La Gauche» est à comparer avec les groupes néo-nazis pour ce qui concerne la constitution. Les droits de l’homme, la liberté de pensée, tout ça. Les Allemands sont *très* scrupuleux en ce qui concerne ce genre de problèmes, parce que les dictatures, ils ont donné. Et alors que une moitié de pays n’a aucune intention d’y retourner, l’autre moitié, la moitié ex-communiste, ne demande visiblement que ça. Ils sont en train de noyauter tous les rouages de l’état, et ont fixé le cap direction «le bon temps». La RDA.
Autre exemple : à Berlin, il y a trois débats en ce moment. Le premier, c’est la reconstruction du palais royal (du roi de Prusse) sur l’emplacement de feu le Palais De La République, un des symboles de la RDA, détruit récemment. Le second, c’est le futur de Tempelhof, l’aéroport qui fait successivement l’aéroport chéri du régime nazi et ensuite l’aéroport qui a permis le ravitaillement de Berlin par le pont aérien de l’USAF à l’époque où les russes avaient coupé toutes les routes terrestres. Et troisième débat, l’école. La Gauche demande au Land de Berlin de changer le système scolaire pour revenir à l’école Made In RDA.
Au sujet de ces trois questions, la presse a enquêté, et en arrivé à un constat très simple : le mur de Berlin n’est pas tombé. La carte des sondages au sujet de ces trois questions coïncide exactement avec la carte de Berlin pré-chute du mur. Que ce soit sur le passé, le présent ou le futur, les berlinois de «l’ouest» et les berlinois «de l’est» ont des opinions diamétralement contraires. Depuis la «chute» du mur, et sous l’impulsion des députés de La Gauche (pour être honnête, ils ne sont pas seuls en cause), on assiste en ce moment au saccage de la protection sociale. Une idée de gauche, ça ?
Je pourrais en parler pendant des heures.
Je suis de gauche.
Voilà pourquoi ce «reportage» m’a fait rire. La dame n’a rien vu de tout ça. Et elle est rentrée chez elle avec son Ampelmann, et son album de photos avec des artistes, des écolos, et des Trabant. Et un sourire même pas jaune.