Notre dernière visite (lire : la plus récente) au Job Center a été le cadre de scènes intéressantes, comme souvent. En début de mois, naturellement, il y a «un petit peu» de queue. En fait la queue s’allongeait sur plus de 50 mètres dans la rue. Encore une fois, mon atout m’a épargné cette partie de l’épreuve. Rassurez-vous : on a eu droit à presque deux heures d’attente …
On allait là, munis des précieux sésames issus par les deux autres protagonistes de notre grande pièce à succès Trois agences publiques, deux citoyens et un auteur. L’Agentur für Arbeit nous confirmait qu’elle n’était pas compétente dans mon cas, et le Sozialamt aussi. Donc …
Donc, avant tout, on avait deux heures à tuer. On était au deuxième étage, normalement calme. Mais ce jour là, c’était plein. Ça parlait toutes les langues, les téléphones sonnaient également dans toutes les langues, et ma tête était pas loin de l’explosion. Le stress, c’est définitivement pas ma tasse de thé. Au point que, alors que j’avais dans mon sac un thermos plein d’un excellent thé lequel n’attend que moi pour le boire, je n’en avais même pas envie.
Il y avait derrière nous (les sièges sont disposées en deux rangées dos à dos) trois noirs que je décrirais comme bruyants. Je crois qu’ils parlaient wolof.
À gauche de Viola, il y avait une gamine chinoise (euh … disons asiatique) que sa mère avait étendue sur deux places, avec les manteaux sous la tête. La gamine dormait. La mère, accroupie à côté était occupée à lui introduire sous le pull un thermomètre jusqu’à l’aisselle.
Mais mêmes les meilleures choses ont une fin, et on nous a appelés.
Nous sommes entrés, nous sommes assis (finalement pas la meilleure idée …), Viola a donné à la dame nos deux documents (résultats de deux semaines de démarches, tout de même …), et environ une minute plus tard on nous invitait, à peine poliment, à déguerpir.
Pourquoi ?
Après avoir regardé les deux papiers, la dame a émis son verdict : elle (lire : La Glorieuse Filiale De L’Administration Séculaire, et Éternelle Dont Elle, Qui Nous Parlait, Avait Le Privilège d’Être Une Employée Sans Peur Ni Reproches) était incompétente. Majuscules comprises.
Dans la minute suivante, Viola, (Bonjour, ma colère ! Salut, ma hargne ! Et mon courroux, coucou !) a également émis son verdict : elle (lire : La Ginette Fagotée Comme Une Victime De La Mode Et Qui De Plus Travaillait Au Job Center, Rejetant Les Traditions Séculaires De l’Administration Qui Demandent Qu’on Puisse Au Moins Lire Avant De Dire n’Importe Quoi, pas l’Admirable Administration Sus-Citée) était incompétente. Et Siouplait, appelez votre chef, parce que nous on n’a pas que ça à faire. Et vos Majuscules, tant que vous y êtes.
La dame, fâchée, après nous avoir mis dehors, s’est ruée, notre dossier sous le bras, tremblant d’indignation, chez la chef.
Entre temps, les noirs de derrière avaient été remplacés par deux jeunes rigolos.
Après un moment, la dame est revenue. Elle m’a demandé mon passeport, et, ahurissement général garanti, mon titre de séjour.
Si vous ne parlez pas couramment l’administratif, je vais vous traduire ça. Ce qu’elle nous a dit voulait, en langue vulgaire, ceci : «bande d’enfoirés, ma chef vient de me coller une avoine parce que j’ai dit une connerie, et je vais *tout* tenter pour vous plomber votre dossier».
Quand on a entendu ça, après les quelques secondes d’ahurissement garanties, Viola a commencé à expliquer à la dame que moi, citoyen français, et donc européen, n’avais pas de titre de séjour, vu qu’il n’existe plus, ce document pour les ressortissants européens. J’ai tendu mon passeport, et la dame est repartie vers son bureau, sous les rires et les commentaires des deux jeunes assis derrière nous, qui lui recommandaient en gros de regarder son calendrier et se faire confirmer par les autorités idoines qu’on est maintenant en 2008.
Après un moment, la dame est revenue, nous a tendu sans un mot un document nous donnant (partiellement, mais on va revenir) raison. Elle ne s’est naturellement pas excusée.
Le plus incroyable, c’est qu’elle nous avait condamnés à vivre sans un rond, sans nous donner aucune explication, le tout à tort, et en une minute.
Si ma Maman avait été là, elle m’aurait demandé si la dame n’avait pas «un petit vélo qui va tourne pas rond» dans sa tête à elle …