Déjà, l’anniversaire, en fait, c’est aujourd’hui. J’étais persuadé, hier, qu’on était le 6.
Ha-ha.
À chaque fois qu’on prend le bus (le M21, en tout cas), on passe à côté de la fin des pistes de l’aéroport de Tegel. Et Tout au bout des pistes, il y a un tas de trucs exposés là. Et à chaque fois je me dis que je devrais y aller, et enfin on l’a fait.
C’est un musée. Le «musée des alliés». Notez que je n’en sais pas beaucoup plus qu’avant, vu que c’était fermé. Mais j’ai au moins pu voir de plus près le bazar qui est exposé dehors. On voit un mirador, trois avions, un char d’assaut, et (pour la première fois, jusque là je ne l’avais jamais repéré) un incroyable wagon militaire américain.
La photo ne nous montre pas vraiment, mais ce wagon est tout simplement énorme. En tout cas il me fait une énorme impression. C’est un monstre. Il faut que j’arrive à rentrer là histoire de le voir de plus près.
Pour prendre la photo, il a fallu tatonner. J’ai tenu l’appareil à bout des bras, parce qu’il y un mur entre le wagon et moi. Et il y a aussi un grillage. C’est pour ça que les bords de la photo sont bizarres.
Entre le wagon et moi, il y a également un avion. Si vous ne l’avez pas reconnu, c’est le Fouga Magister. Moi je l’ai vu pour la première fois au Bourget, en exhibition avec la patrouille de France. De l’avoir trouvé là en train de rouiller, je me suis surpris à l’identifier sans hésiter. J’ai eu un flash, je me suis revu au Bourget.
C’est marrant, la mémoire.
Ça fait deux ans que je me demande si, en plus d’aphasie, je ne souffre pas également d’amnésie. Par exemple, au niveau de la musique. Pour toute personne qui m’a connu, j’étais un juke-box humain. Je pouvais instantanément identifier un morceau que j’entendais, et parfois même quand je ne l’avais jamais entendu. Je pouvais en quelques notes identifier un certain nombre de guitaristes, de bassistes. Et maintenant … même mes morceaux préférés, dont certains que j’ai écouté des centaines de fois, des morceaux que je connais depuis facilement 20 ans, ces morceaux qui faisaient partie de moi, me sont devenus anonymes.
Par «anonymes», j’entends que par exemple je suis souvent incapable de dire du morceau que j’entends comment il s’appelle. Ni qui le joue. Je ne suis plus capable de le fredonner, même pendant que je l’entends.
C’est probablement le dégât le plus grave que j’ai subi avec cet accident. Je me suis (pas de très bon gré, certes, mais tout de même) habitué à ne plus être capable de parler, à m’exprimer correctement. Je vis avec. Mais d’avoir perdu ma musique …
J’ai aussi perdu mes livres. Je suis en train de [re-] lire la monumentale histoire de la guerre d’Algérie d’Yves Courrière. J’en suis au troisième tome. Et l’auteur met des notes de bas de pages genre «voir tome 1». Et je suis incapable de me souvenir. C’était il y deux semaines.
Je ne sais pas si c’est techniquement de l’amnésie. Et en fait, naturellement, je m’en fous, de savoir comment ça s’appelle. Mais j’en souffre, parce que je *sais* que ce genre de choses ne me serait pas arrivé «avant».
Mais l’amnésie ?
Je ne sais pas si il me manque par exemple des souvenirs. Le Fouga Magister, je n’y a pas pensé pendant ces deux années, donc il ne m’a pas manqué, et pourtant il était là. Est-ce que pour savoir si on est amnésique il faut consciemment se rendre compte qu’on ne réagit pas à un stimuli précis ?
Évidemment, si on ne connait pas son propre nom, d’accord. Mais quand on n’est plus capable de reconnaître Queen quand on l’entend ?
Le pire, avec ma musique, c’est qu’elle ne revient pas. En tout cas totalement.
Ça me fait penser à cette blague qu’on fait à propos d’Alzheimer : «Ce qu’il y a de bien avec la maladie d’Alzheimer, c’est que chaque jour, on rencontre des gens nouveaux» …
Enfin bon. Comme je vous y invitais hier, prenez-donc une tasse de thé à ma santé. Joyeux anniversaire.