Viola est fâchée, fâchée, fâchée. Fâchée.
C’est juste une histoire de statues et d’arbres, mais honnêtement il y a de quoi se fâcher. Mais j’imagine que le plus simple serait que je vous raconte ce qui s’est passé. Alors voilà :
C’était hier. On ést allés au château de Charlotte (Charlottenburger Schloß), et mon but primaire était de faire des photos d’une statue précise. Et, descendant du bus, on s’est immédiatement rendus compte que … la statue n’était plus là. En fait, il n’y avait plus aucune statue le long de l’allée menant à l’entrée. Mais à ce stade, Viola n’était pas encore fâchée, hein.
Menés par l’espoir que quelqu’un pourrait nous dire où je pourrais trouver cette statue, nous sommes entrés dans la boutique du musée, et Viola a posé la question qui fâche, ou plus exactement la question qui lui amené la réponse qui fâche :
- Bonjour, excusez nous, mais pourriez nous dire ce qui est arrivés aux quatre statues de l’allée ?
– Les statues ? Quelles statues ?
– Pardon ? Les statues qui étaient là (pointant l’emplacement des statues à travers la porte vitrée).
– Vous êtes sûre ?
– Ça fait plus de 30 ans que viens ici !
– Attendez, je demande à ma collègue. Ginette ?
(Oui, les noms des protagonistes impliqués ont était finement remplacés, pour raison de sécurité, art. 156748−25−112 du code de protection des employés des musées de Prusse.)
- Ginette, la dame demande ce qui s’est passé avec les statues (roulant les yeux)
Arrive Ginette. Autant le premier employé était jeune, l’autre avait la démarche de la guide confirmée. Elle était guide officielle, c’était marqué sur son badge.
- De quelles statues parlez vous ?
– Celles-ci !!! (doigt accusateur de Viola, à travers la porte vitrée)
– Attendez une minute … (Ginette réfléchit visiblement) maintenant que vous le dîtes …
– Vous êtes en train de me dire qu’un jour vous êtes venue au travail, que les statues ont disparu, et que vous ne vous êtes rendue compte de rien ?
– C’est fou, ça, non ? (Ginette apparemment même pas mal à l’aise) Attendez, je vais demander aux collègues.
Après conciliabule, aucun des employés du musée se trouvait dans cette salle ne s’était rendu compte de rien. Aucun ne pouvait nous dire où les statues se trouvaient, et nous ont laissés avec la suggestion qu’on appelle la Fondation (ou quelque soit le nom de l’organisme qui gère les monuments de la Prusse) lundi (parce qu’ils ne travaillent pas le lundi.
Viola, un petit peu choquée, se dirige d’un pas ferme vers la *seconde* boutique. Elle a posé les mêmes questions, et s’est attiré les mêmes réponses plus ou moins gênées.
Mais après un moment, une explication, ou au moins une tentative d’explication : de mystérieux émissaires du château de Potsdam (et c’est maintenant que ça fâche vraiment) viennent régulièrement au château, et repartent avec des peintures, des porcelaines, et peut-être aussi des statues. Les œuvres en questions auraient été «volées» et devaient repartir vers leur lieu d’origine.
Et là, on entre dans le champ de mines. La guerre de réconcilation (je propose ici officiellement qu’ainsi soit nommée cette guerre entre l’Est et l’Ouest) fait pas mal de victimes.
Ce matin (lundi, donc le lendemain), Viola s’est entretenu au téléphone avec l’administration de la culture de Prusse. Elle s’est entendue dire, littéralement ceci :
c’était du pillage à l’époque de la guerre [1939 – 1945], ces objets nous ont été volés par les Wessies, et nous les récupérons pour leur remettre à leur lieu d’origine [à Potsdam]
Vous imaginez l’ambiance ? Les Wessies contre les Ossies [ouest / est]. Avec les petits sobriquets qui vont bien. Entre les deux châteaux, il y a moins de 40 kilomètres. Ils sont été construits par la même famille. Et, depuis bientôt 20 ans, le mur est tombé.
Quand je vous dis que le mur est toujours là …
Mais revenons à un ton plus léger. Aucune des personnes que Viola a jointes ne sait où cette fameuse statue se trouve. Parmi celles-ci une seule savait que cette statue (celle que je cherchais) existait (elle en connaissait même le nom) ne savait pas qu’elle avait disparu. Son collègue, lequel a rappelé Viola, l’ignorait également.
Ah, la statue que je vous ai montrée, photo prise hier, orne le toît du château. Au fil des coups de fil, Viola a appris que (non, vraiment ?) ce n’était pas l’originale, que l’orginale est à … Potsdam, mais une «re-création» faite par un «artiste» au concept … euh … [ho, putain]
Voilà. Viola est fâchée.
Et vous savez quoi ? Elle a raison.