Prière de vomir dans le bac prévu à cet effet …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 26 Août 2007 à 09:31

Ça fait deux heures que je suis devant mon écran, et que je ne vois rien. Ho non, aucun pro­blème avec mes yeux. Ça fait des années que j’ai appris qu’il n’y qu’avec le cœur qu’on voit vrai­ment bien, et là, devant mon écran, j’ai une énorme, une colos­sale, une divine *gerbe*.

Mes yeux voient des mots …

Dans le but de délo­ger les SDF de son centre-ville, la mai­rie d’Argenteuil (Val-d’Oise) a ache­té cet été des répul­sifs nau­séa­bonds appe­lés « Mal­odore », « une solu­tion triste » mais néces­saire selon la mai­rie […].

… et puis des mots …

« C’est un pro­duit pas dan­ge­reux qui laisse une réma­nence nau­séa­bonde pen­dant plu­sieurs semaines. On l’utilise nor­ma­le­ment pour évi­ter que des gens en état d’ébriété ne sta­tionnent près d’endroits dan­ge­reux, sous les ponts ou près des routes », a expli­qué à l’AFP le res­pon­sable de Fir­chim, Pierre Pas­tu­rel. Selon lui, d’autres col­lec­ti­vi­tés uti­lisent « Mal­odore » à cet effet.

… et encore des mots …

Cepen­dant, a-t-il pré­ci­sé, les agents muni­ci­paux ont refu­sé d’épandre ce pro­duit, appe­lé « Mal­odore », car « le car­ton [de Mal­odore] pré­ci­sait que le pro­duit était toxique et irri­tant, et qu’il ne fal­lait pas le res­pi­rer ». Les agents « veulent bien chas­ser des rats mais pas des SDF », a-t-il encore lan­cé.
Fina­le­ment, le répul­sif aurait été direc­te­ment don­né aux agents d’entretien du centre com­mer­cial du centre d’Argenteuil pour qu’ils le dif­fusent eux-mêmes.

Mais avec mon cœur, là où on voit bien ?

J’ai la nau­sée. La gerbe, la gerbe, la gerbe. La gerbe finale.

Jusqu’où est-ce que l’homme du ving­tième siècle est prêt à aller ? Il y a des types qui fabriquent ce genre de salo­pe­ries, qui savent pour­quoi elles sont pré­vues et uti­li­sées. Mais bon, il faut bien man­ger … Et puis il y a un homme, un ÉLU, qui donne l’ordre à ses employés d’utiliser cette merde. Parce qu’il faut bien que les com­mer­çants puissent man­ger … Et, après que, quand même quelques employés muni­ci­paux aient refu­sé l’utilisation, il y a d’autres employés (pri­vés, eux), qui ont aus­si besoin de man­ger, ont uti­li­sé le Zyk­lon B du pauvre.

Est-ce que l’humain du ving­tième siècle ne peut plus voir bien qu’avec l’estomac, ou le porte-mon­naie ? Il n’y donc plus per­sonne qui sache dire «non» ?

C’était déjà bien assez grave qu’on puisse «s’habituer» à l’idée qu’il y a des gens qui couchent dehors. Qu’on puisse habiller ça d’oripeaux «éco­no­miques». Mais, dites, de là à … GAZER les gens ?

Si l’idée vous prend de par­ta­ger, vous pou­vez écrire à la mai­rie d’Argenteuil, ici.

Chez moi, ça res­sem­blait à ça :

Mon­sieur le maire.
Je vous écris de Ber­lin, en Alle­magne. Je vou­lais juste vous pré­ve­nir que votre bonne ville d’Argenteuil a ici une très triste presse.

Je ne vais pas me lan­cer dans une tirade au sujet de votre affaire mal­odo­rante, parce que je crois que vous n’avez pas ce qu’il faut pour com­prendre ce dont je vous par­le­rais.

Mais je peux au moins vous par­ler «image», et, donc, «éco­no­mique». Parce que ça, vous com­pren­drez.

Petite liste d’articles parus en Alle­magne à votre sujet dans les 24 der­nières heures :
[…]

Je ne vais pas vous les tra­duire, mais vous ima­gi­nez faci­le­ment que ça parle d’odeur.

La votre.

Bonne jour­née …

Natu­rel­le­ment, ça ne règle rien. Et ça ne sou­lage même pas. Mais c’était à faire.

Bien sur, le sujet est beau­coup plus vaste que ça, mais là, je n’ai pas l’estomac à m’attaquer à la «nou­velle» socié­té. Je n’ai pas encore fini de ger­ber.

Toujours un petit peu plus loin (troisième et dernière partie — pour le moment)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 12 Août 2007 à 08:47

Hahaaa ! On était les pre­miers ! Il était 8 heures moins 10, et ils ouvrent à 8 heures et demie. On avait tous les papiers, le pas­se­port à jour, on était dans le tri­bu­nal com­pé­tent … non, vrai­ment, notre réfé­ré ne pou­vait pas nous échap­per. Ils allaient voir ce qu’ils allaient voir, chez Vat­ten­fall ! Non mais !

Ha ! On a vu un type arri­ver à huit heures moins 5 (débu­tant, va !) qui était visi­ble­ment fâché de ne pas avoir le numé­ro UN. Mais nous on l’avait. On avait un moral à man­ger le bureau du juge, à cas­ser des briques avec la tête, à gagner tous les concours de cra­chat de bigor­neaux, et le bagad de Lann-Bihouë, tam­bour binaire et pre­mier sabot en prime.

Et puis le pan­neau lumi­neux s’est allu­mé. Et puis ça a fait «ding-dong», et le numé­ro 001 c’est affi­ché … porte 13. Nous, on atten­dait la 6, parce que l’auxiliaire, on la connaît, et elle connaît l’affaire, et c’était elle qui nous avait dit d’arriver tôt pour être sûrs de tom­ber sur elle. Mais, d’une courte tête, c’est le treize, c’est le treize, le treiiiiiize, casaque de cuir et cri­nière blonde qui la coiffe au poteau. Et le 13, c’était la pénible de la veille, celle du pas­se­port, celle qui nous avait dit que si on arri­vait avant 5 heures on pas­se­rait direc­te­ment …

Bon. Après tout, la loi est la même pour tout le monde, hein. Alors ça com­mence, ques­tion, ques­tion, ques­tion, blah-blaaaah …

Après plus d’une heure, on nous envoie au tri­bu­nal, je veux dire chez le juge. On clo­pine jusque là, on se fait indi­quer l’endroit, on nous invite à nous asseoir sur un banc pour attendre.

Donc, on attend.

Et, après un (long) moment, on voit arri­ver un homme, rela­ti­ve­ment vieux, avec des mous­taches bizarres, une démarche … hési­tante. Et il vient «direc­te­ment» vers nous, par le zig-zag le plus court. Il a les yeux injec­tés de sang, les joues tra­ver­sées de veines gon­flées, il a dans la main un dos­sier, et il tremble, et tremble. Et quand il parle … disons gen­ti­ment que son élo­cu­tion laisse à dési­rer, plus même que la mienne, si ça peut vous don­ner une idée. Bref, le por­trait clas­sique, presque aca­dé­mique, d’un ivrogne.

Et l’ivrogne, c’est le juge.

De la diar­rhée ver­bale qui a sui­vi, on a fini par com­prendre : ce n’est pas ce tri­bu­nal qui n’est com­pé­tent, mais celui de Köpe­nick, à l’autre côté de la ville. Parce que Vat­ten­fall, même si le bureau qui nous a cou­pé le cou­rant est à Wed­ding, habite à Köpe­nick.

Cool. Et nous, on fait quoi ?

On retourne chez l’auxiliaire, on demande un for­mu­laire de trans­fert de dos­sier, on revient chez le juge, pour qu’il signe (s’il en est encore capable), et ensuite on nous expli­que­ra la suite.

clac — clac — tounc, on retourne dans le pre­mier bâti­ment, et on va chez la pre­mière auxi­liaire libre. Elle est conster­née. Elle appelle ses col­lègues. La 13, la «nôtre», fait un geste désa­buśe. Le gra­vat juri­dique est un juge, donc il a rai­son, rien à faire. Au bout du compte, on nous fait asseoir pour attendre un petit peu.

Drrrr­ring ! Le por­table sonne. C’est un type qui gueule après Vio­la en l’appelant madame Schulze, et lui dit puisqu’elle en retard, ce n’est pas la peine qu’elle vienne. Vio­la lui répète plu­sieurs fois qu’elle n’est pas madame Schulze. Le type rac­croche. Vio­la le rap­pelle, le ton monte, et Vio­la lui rap­pelle que *son* ren­dez-vous est à quatre heures (le type est un employeur puta­tif). Le type ne se démonte pas : «madame Schulze, je ne sais pas com­ment vous avez pu savoir l’heure du ren­dez-vous de madame S. (le nom de Vio­la), mais vous ne m’aurez pas. Après la conver­sa­tion, Vio­la tourne vers moi un regard un petit peu hagard. Drôle de mati­née …

Ensuite, nous obte­nons le for­mu­laire de trans­fert de dos­sier. clac — clac — tounc, on remonte chez le juge. On nous invite à nous asseoir et … à attendre. À midi moins le quart, arrive le déchet juri­dique. Ver­dict, nous devons être à Köpe­nick avant une heure. Le dos­sier part par cour­sier et nous atten­dra là-bas.

clac — clac — tounc, clac — clac — tounc. Départ de la Wed­ding — Köpe­nick. Quinze minutes avant d’arriver à la gare de S-Bahn. En com­mence la course contre la montre. Et, contre toute attente, on la gagne ! Il est une heure moins dix. Nous entrons dans le tri­bu­nal, et nous pré­sen­tons, comme indi­qué, a l’entrée.

«Un dos­sier de Wed­ding ? On a pas ça. Allez voir au deuxième.»

À ce stade, on oscille entre la rage pure et dure et un désa­bu­se­ment cynique. Devi­nez : on nous invite à nous asseoir et attendre un petit peu. Après 45 minutes, le dos­sier appa­raît. J’aurais du pos­tu­ler comme cour­sier juri­dique, moi. Et dix minutes après le dos­sier, un juge !

Il a deux jambes, le regard clair, il parle clai­re­ment … l’espoir renaît. Seule­ment il ne pose que des ques­tions annexes au cas. Et il fait des aller-retours entre son bureau et notre bureau, euh par­don, notre banc. Entre-temps, Vio­la appelle l’avocat et lui raconte toute l’affaire. L’avocat *hurle* de rage au télé­phone. J’ai appris de nou­veaux jurons.

Au bout du compte, le juge nous dit que le for­mu­laire de demande de juge­ment en réfé­ré était très mal for­mu­lé (mer­ci, madame 13), et qu’il nous écrit un juge­ment «mai­son». ON A GAGNÉ.

Hola, n’applaudissez pas encore. Il n’est que 3 heures. La jour­née est encore jeune. Et main­te­nant je vais vous expli­quer pour­quoi :

Le juge­ment, pour deve­nir «offi­ciel», doit d’abord être noti­fié par huis­sier. Donc on nous aiguille vers le bureau des huis­siers. Mais c’est l’heure de la fer­me­ture. La nénette cherche un huis­sier sus­cep­tible de faire ça. Et elle en trouve un ! … À Wed­ding. À moins de cent mètres de chez nous. Elle nous donne les papiers, à nous d’aller là-bas et don­ner le juge­ment à l’huissier.

clac — clac — tounc, S-Bahn, métro, bus, clac — clac — tounc, et on trouve l’huissier. Le type regarde le papier et nous dit :«Köpe­nick ? Je ne suis pas com­pé­tent.»

Là, on oscille plus du tout. Rage, rage, et rage.

Bon un bon quart d’heure de négo­cia­tion dure, et l’huissier va nous envoyer le juge­ment … par la poste. C’est tout ce qu’il peut faire. Et il nous explique que nous ne trou­ve­rons per­sonne pour aller ce soir à Köpe­nick, et que le juge­ment sera là lun­di matin à l’ouverture, ce qui revient au même vu que au siège de Vat­ten­fall, on est ven­dre­di et 5 heures et demie, il n’aurait de toute façon trou­vé per­sonne à qui don­ner le juge­ment.

En sor­tant de là, Vio­la appelle l’avocat qui nous dit que, noti­fié ou pas, nous avons un juge­ment. Il nous dit d’appeler un élec­tri­cien, et de faire remettre le cou­rant tout de suite.

Le pro­blème, c’est qu’aucun élec­tri­cien n’a le «droit» de faire sau­ter le plom­bage du comp­teur sans … deman­der per­mis­sion à Vat­ten­fall. Enfin : le droit il a. Mais si il veut gar­der sa conces­sion de Vat­ten­fall, il lui est «conseillé» d’appeler Vat­ten­fall avant de faire quoi que ce soit. C’est la Mafia.

Ha-ha.

Au bout du compte, Vio­la finit par appe­ler Vat­ten­fall. Elle dit au type que nous avons obte­nu un juge­ment en réfé­ré contre Vat­ten­fall. Le type couine au télé­phone pen­dant un moment sur le thème «mais vous auriez du aller au ser­vice clien­tèle, on aura arran­gé ça gen­ti­ment, les juge­ments c’est pas bon pour nous, bla-bla …»

Et une heure plus tard (7 heures du soir), on avait le cou­rant !

Je n’a pas la force d’écrire main­te­nant la dia­tribe vio­lente que vous êtes en droit d’attendre si vous me connais­sez. Peut-être demain …

Toujours un petit peu plus loin … (deuxième partie)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 11 Août 2007 à 11:31

Troi­sième jour …
Jeu­di. La résis­tance tente de s’organiser. Après confé­rence avec l’avocat, le ver­dict est tom­bé : c’est à nous de faire. Le plan est simple : obte­nir un juge­ment en réfé­ré du retour du cou­rant pour rai­sons de san­té. Ben oui, vous ima­gi­nez bien qu’aucun juge va prendre une affaire aus­si tor­due que celle-ci en réfé­ré. Les réfé­rés, c’est seule­ment pour les urgences. On gagne­ra contre Vat­ten­fall, à la longue, aucun doute. Mais ça va peut-être prendre des mois s’ils ne veulent pas admettre leurs erreurs. Mais nous on ne peut pas res­ter des mois sans cou­rant.

On pour­rait payer, bien sûr. Mais il n’en est natu­rel­le­ment pas ques­tion. Ces fac­tures ne nous appar­tiennent pas, nous payons (l’avocat paye) l’électricité tous les mois, et si on paye, d’accord, on a le cou­rant, mais les sous dis­pa­raissent pour tou­jours.

Donc non. Et puis c’est une ques­tion de prin­cipe. On déteste ces méthodes maf­fieuses qui s’apparentent à du racket.

Pour pro­fi­ter d’un juge­ment il faut donc pou­voir prou­ver une urgence sani­taire ou sociale. Et nous, ça, on a. D’abord, Vio­la a dans son fri­go des médi­ca­ments qui peuvent lui sau­ver la vie en cas de piqûre de guêpe. Elle en a besoin. Et puis, moi, après tout, je suis main­te­nant un grand inva­lide (oups, j’ai oublié dans la page de mar­di que j’ai reçu la déci­sion qui me dit que j’ai 50% de han­di­cap, eh bien main­te­nant, vous savez. L’expert avait deman­dé 70%, mais on m’en a don­né 50.).

Donc, en route, vers le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif de Wed­ding. Notez qu’avant d’y aller, on a appe­lé pour savoir si ils étaient com­pé­tents pour une affaire contre Vat­ten­fall. On a fait répé­ter. Oui, c’est eux.

clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, clac — clac — tounc. Vio­la a du mal à mar­cher, et elle marche très len­te­ment, avec des béquilles. Déjà une semaine et deux visites à l’hôpital. Ils ne lui trouvent rien, et lui pres­crivent … de l’exercice. Hal­lu­ci­nant. Sur le conseil de son médecin,Viola dit aller voir un ortho­ma­chin, dès qu’elle aura le temps. Je le dis une fois pour toutes, les deux jours à venir sont un dou­lou­reux cal­vaire pour Vio­la. Sou­rire, bien sûr, mais je sais qu’elle a mal, mal, mal. Elle devrait être allon­gée.

clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, 20 minutes pour arri­ver au métro. clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, 10 minutes pour la cor­res­pon­dance pour le bus qui va au tri­bu­nal.

On passe devant une auxi­liaire de jus­tice, et là, les petits pro­blèmes admi­nis­tra­ti­co-judi­ciaires de Vio­la la rat­trappent : son pas­se­port n’est plus valable. Et elle ne peut pas en avoir un nou­veau. Pour­quoi ? Parce que le juge qui a pro­non­cé le divorce ne peut pas envoyer le juge­ment à l’ex-mari de Vio­la. Il a dis­pa­ru sans lais­ser d’adresse. Et tant que celui-ci n’a pas offi­ciel­le­ment reçu le juge­ment, le juge­ment n’est pas valable. Donc, «logi­que­ment», l’administration le conteste. Et au bout du compte, Vio­la ne peut pas chan­ger son nom, et depuis qu’elle patiente, elle ne peut plus -nor­ma­le­ment- faire encore une fois pro­lon­ger son pas­se­port. Vio­la explique le pro­blème à l’auxiliaire, laquelle la plaint de tout son «cœur», mais exige d’elle une décla­ra­tion de l’administration avant d’accéder à sa demande. Et elle nous dit qu’on a de la chance, parce qu’on a deux heures pour reve­nir avant qu’elle ferme.

clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, bus, métro, clac — clac — tounc, clac — clac — tounc.

Mai­rie. On négo­cie, on explique, et on obtient une nou­velle pro­lon­ga­tion. Mais il faut une pho­to.

clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, le par­vis, tra­ver­ser la rue, se faire mas­sa­crer le por­trait par un «pho­to­graphe», clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, la rue, le par­vis, on attend encore un petit peu, il faut, natu­rel­le­ment, payer, et puis, avec le nou­veau papier, on repart.

clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, métro, clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, bus, clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, tri­bu­nal.

On était 15 minutes en avance !

Mais il n’y avait plus de juge à cette heure là. Pas de chance. Reve­nez donc demain matin tôt. Et puis l’auxiliaire (une autre) nous donne plein de conseils, et des papiers à rem­plir, de façon à ce qu’on soit prêts demain.

On a man­gé des vat­ten­toasts à la bou­gie.

Et puis on s’est levés à 6 heures, par­tis à 7 heures, clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, métro, clac — clac — tounc, clac — clac — tounc, bus, et, pleins d’entrain, cer­tains de tou­cher au but  …

Toujours un petit peu plus loin … (première partie)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 10 Août 2007 à 22:17


Voir la pho­to encore plus grand : cli­quer ici

Je suis res­sus­ci­té. Élec­tri­que­ment par­lant.

Que ceux qui ont devi­né que Vat­ten­fall nous a «encore» cou­pé le cou­rant lève la main  …

Alors, je vais vous racon­ter ces quatre jours d’enfer. Tout y est : le four­nis­seur sans scru­pules, l’avocat impuis­sant, Vio­la sur ses béquilles (clac — clac — tounc, clac — clac — tounc), un flic très obser­va­teur, des auxi­liaires de jus­tice incom­pé­tents mais sobres, un juge alcoo­lique mais éga­le­ment incom­pé­tent, un employeur puta­tif com­plè­te­ment dingue, un huis­sier «j’m’en fous», et fina­le­ment le triomphe des forces du bien. Pour com­bien de temps ?

pre­mier jour …
Mar­di matin … Ce n’était pas exac­te­ment une sur­prise pour les lec­teurs assi­dus. Mais les péri­pé­ties gagnent à être racon­tées. Après avoir lu la petite carte décrite dans l’épisode pré­cé­dent, Vio­la a appe­lé Vat­ten­fall. Mar­di matin, jus­te­ment. Et tout d’un coup, elle apprend qu’aucun gel du compte n’a jamais eu lieu (alors qu’elle a la lettre dans la main …). Mieux : la dame qui a écrit la lettre est incon­nue ! Et on leur doit main­te­nant … 3000 euros. La lettre de la semaine d’avant par­lait de 2029 euros. Ils n’ont jamais enten­du par­ler de l’avocat de Vio­la, il n’est dans l’ordinateur.

Vio­la essaye les quelques numé­ros de télé­phone qu’elle a gla­nés au fil du temps chez Vat­ten­fall, et retrouve la dame en ques­tion. Laquelle ne se mouille pas, et dit qu’elle va véri­fier avec le ser­vice juri­dique. Cinq minutes après, le ser­vice juri­dique appelle, une femme engueule Vio­la comme du pois­son pour­ri, et lui dit : «je vous envoie le gars pour cou­per. Immé­dia­te­ment.»

On appelle l’avocat, il nous dit de ne pas répondre à la son­nette, et d’appeler la police.

Et 20 minutes après l’appel, ding-dong …

30 secondes après le type étant sur le pal­lier (inté­res­sant, j’y reviens immé­dia­te­ment) et ouvre la porte de l’armoire élec­trique. Je sors, j’essaye de lui faire entendre rai­son (arf !), et à un moment il me menace d’appeler la police. Je lui dis de faire exac­te­ment ça. Et, curieu­se­ment, ça ne l’intéresse plus du tout. Là, on a fait notre seule erreur : on n’a pas appe­lé la police nous-même immé­dia­te­ment.

Cinq minutes après, le type est par­ti, et le cou­rant cou­pé.

On l’a appe­lée, la Police, tout de même. Un petit peu après. Et puis en les atten­dant, je suis sor­ti pour aller cher­cher à man­ger. Sur le che­min j’ai vu une voi­ture de police, et j’ai jet­té un œil parce que le poli­cier était tout seul, ce qui est rare. Et puis quand je suis ren­tré, à l’intérieur (je sais …) il y avait un poli­cier, lequel m’a immé­dia­te­ment dit qu’il m’avait vu à l’angle de rue du Schil­ler Park. Woaw.

Après s’être fait racon­ter toute la scène par Vio­la, il lui a recom­man­dé de por­ter plainte contre … le concierge. De la façon les choses se sont pas­sées, le concierge n’avait pas le droit d’ouvrir la porte de l’immeuble. Pas sans venir chez nous pour véri­fier lui-même si on était là ou pas. Comme ce petit con (c’est même son sur­nom chez nous, lui, «petit con») n’arrête pas de nous faire chier, on l’a por­tée, la plainte. Le poli­cier l’a immé­dia­te­ment enre­gis­trée.

Ce poli­cier a tra­vaillé dans ce quar­tier pen­dant des années. Il connaît tout le monde. Sur­tout le voi­sin d’en-face du qua­trième. Qui est très copain avec le concierge. Et qui a, comme sa femme a fait toute sa car­rière à la BEWAG, dont le nou­veau nom est … Vat­ten­fall. Le poli­cier nous a mis en garde contre le couple B., lequel, dieu seul sait pour­quoi, ne nous aime pas.

Le soir, on a man­gé des Vat­ten­toasts, grillés à la bou­gie.

deuxième jour …
Mer­cre­di. Jour­née calme. On a eu le temps de jeter tout ce qu’on avait au congé­lo, et on a chan­gé les pho­tos au mur.

Du côté du front, on a appris de l’avocat que Mafiat­ten­vall (vous ne m’en vou­drez pas, j’imagine, si je laisse un petit peu d’agacement fil­trer) lui envoyé une fac­ture. De 6000 euros. Au nom du frère de Vio­la, domi­ci­lié chez les parents de Vio­la. Quelques ques­tions inté­res­santes :

  • pour­quoi envoyer une fac­ture à un avo­cat qu’on ne connaît pas?
  • pour­quoi le frère de Vio­la ?
  • com­ment pas­ser en moins de 24 heures de 3000 á 6000 euros ?
  • Vat­ten­fall a appa­rem­ment plu­sieurs comptes sur un seul comp­teur

L’avocat est allé chez Vat­ten­fall, et a fait chou blanc. Nous, on a fini le jam­bon avec des vat­ten­toasts grillés à la bou­gie.

«Non.»

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le dim 5 Août 2007 à 11:45


Voir la pho­to encore plus grand : cli­quer ici

Je dis­cu­tais avec un ami. Il me par­lait de cette pho­to. Il m’a expli­qué qu’elle man­quait de forme/​fond (quoi que ce soit), que les plans hori­zon­taux et ver­ti­caux le confon­daient. Il me disait, que dans ce monde d’images, celle-ci n’avait rien d’«évident» à (lui) dire. Il a par­lé de «la fusée» …

Vous me connais­sez. Je *hais* la «faci­li­té» comme prin­cipe fon­da­teur. Un des mes héros, ou hérauts, sur ce coup là, s’était fen­du d’un com­men­taire à pro­pos de cette faci­li­té, et je vais vous le rap­pe­ler :

At the time we star­ted wri­ting, we saw this as a kind of pro­test record. It could be seen as our pro­test against a world where fear has become a cultu­ral and poli­ti­cal wea­pon, a pro­test against a world where a lack of nuance and detail is consi­de­red a good thing, a pro­test against a culture that values that which can be consu­med in the smal­lest bites over the kind of achie­ve­ments that can only come with a life­time of work and stu­dy.

Comme je suis gen­til, je tra­duis, et j’explique :

Au moment où nous avons com­men­cé à écrire, nous voyions ceci comme une sorte d’album de pro­tes­ta­tion. On peut le consi­dé­rer comme notre pro­tes­ta­tion contre un monde où la peur est deve­nue une arme cultu­relle et poli­tique, une pro­tes­ta­tion contre un monde où un manque de nuance et de détail est consi­dé­ré comme une bonne chose, une pro­tes­ta­tion contre une culture qui donne plus de valeur à ce qui peut être consom­mé à bou­chées les plus petites pos­sibles qu’à ce qui ne peut être accom­pli qu’avec une vie entière de tra­vail et d’étude.

Le héros de l’histoire, un nom­mé Pat Methe­ny, pré­sen­tait avec ces mots son album du moment, album com­po­sé d’un seul mor­ceau de 68 minutes. Un album que, après plus de deux ans d’écoute fré­quente, je ne peux pas écou­ter sans y décou­vrir un détail nou­veau.

Je ne crois pas à la civi­li­sa­tion du facile. Pire : je ne l’aime pas.

Lorsque je regarde une pho­to, j’aime bien regar­der «dans les coins». Cher­cher les petits détails. Par­fois, sur mes pho­tos, j’en découvre, des nou­veaux détails. Par exemple. dans le coin en bas à droite de celle-ci, avant hier je n’avais jamais remar­qué la main.

Mais je m’égare. Ce qui m’a fait tiquer, lors de cette conver­sa­tion, c’est au moment où j’ai deman­dé à mon inter­lo­cu­teur : «Tu veux que je te raconte cette pho­to ?»

La réponse a été … euh … laco­nique :

- «Non.»

Bon. Je vais la racon­ter à quelqu’un d’autre, hein …

Le bâti­ment de gauche, c’est le «Palast der Repu­blik», l’Élysée de l’ex-RDA. La «fusée», c’était *le* monu­ment de l’ex-RDA. à l’époque, le palais de la Répu­blique et la fusée étaient hau­te­ment sym­bo­liques. Ils *étaient* le «socia­lisme». Et le palais est en pleine des­truc­tion. Et la «fusée» porte encore (la tâche rose) le logo de la très non-socia­liste Tele­kom, en marque du spon­so­ring par Tele­kom de la coupe du monde qui s’était pas­sé quelques mois avant.

Pire : la main, dans ma pho­to, elle est un petit haute, quand on ima­gine que j’étais debout sur le sol quand j’ai pris cette pho­to. Elle appar­te­nait à quelqu’un qui se trou­vait sur la *tri­bune*. Il y avait une tri­bune, per­ma­nente, où les gens s’installaient pour regar­der la des­truc­tion de ce monde pas­sé.

Il y avait deux genre de gens de spec­ta­teurs : les tou­ristes. et les nos­tal­giques. Je pour­rais en par­ler pen­dant des heures …

- «Non.»

Une autre ! Une autre !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 3 Août 2007 à 18:20


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Bon. Je ne vou­drais pas déce­voir, hein !

Hier, on était à la mai­son. On était reve­nus de l’hôpital (Vio­la a des pro­blèmes avec son genou droit, c’est vach­te­ment drôle) depuis une bonne heure quand je suis des­cen­du (pour aller à l’hôpital, j’ai des pro­blèmes de san­té aus­si, faut se soi­gner). Et devant la porte, j’ai trou­vé …

… un type qui se pré­pa­rait à mettre un papier dans notre boite à lettres. Ce qui m’a tiré l’œil, c’est sa veste bleue avec mar­qué «Vat­ten­fall» dans le dos. Du coup, je lui ai deman­dé ce qu’il vou­lait. Il m’a dit qu’il vou­lait à par­ler à Vio­la. Mais puisqu’elle n’était pas là, me dit-il, il lui laisse un mot. Je lui ai, l’air angé­lique, deman­dé :«elle n’est pas là ?». Il me dit non, elle n’a pas répon­du à la son­nette. Et puis se deman­dait sou­dai­ne­ment si je n’étais pas en train de lui faire un coup vache, il m’a deman­dé qui j’étais. Moi, le lui ai mon­tré mon nom, voi­sin de celui de Vio­la, sur le bou­ton de la son­nette. Du coup j’ai ouvert la porte, et je lui fait signe de ren­trer  …

Il m’a répon­du qu’il n’avait en fait pas besoin de par­ler à Vio­la, et qu’il allait par­tir. Du coup, j’ai effec­tué une douce, digne -mais ferme- trac­tion sur la manche de sa veste, et l’ai emme­née à l’intérieur. Il a sui­vi, parce qu’il l’aime, sa veste. Ensuite je l’ai «invi­té» dans l’ascenseur, et je l’ai envoyé chez Vio­la, au 5ème.

Et puis je suis par­ti faire mon scan­ner à l’hôpital.

Et quand je suis ren­tré, j’ai deman­dé à Vio­la ce qu’il s’était pas­sé. Le type lui a mon­tré ses papiers, et son «ordre de mis­sion», lequel disait qu’il était juste là pour rele­ver le comp­teur. Mais Vio­la l’a fait pas­ser à la mou­li­nette, lui a mon­tré les der­nières papiers reçus par Vat­ten­fall, consé­cu­tifs à l’incident que j’ai racon­té plus tôt. Elle lui ai mon­tré la lettre dans laquelle Vat­ten­fall annon­çait qu’ils annon­çaient toute fac­ture émise. Elle l’a obli­gé à appe­ler au siège. Le type, après un (rela­ti­ve­ment long) moment, le type prend congé, et glisse son papier à Vio­la (celui qu’il s’apprêtait à nous lâcher dans la boite à lettres).

Quelques moments plus tard, on se rend compte qu’ils ont encore essayé. Ce que le type a écrit sur la carte est en totale contra­dic­tion avec l’histoire qu’il a racon­té à Vio­la. Son papier nous annon­çait qu’il vien­drait mar­di nous récla­mer une paire de mil­liers d’euros, et à défaut de paie­ment, cou­per le cou­rant.

C’est pas fabu­leux, la pri­va­ti­sa­tion ?

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