Sur la photo, vous voyez un détail du monument nommé «die neue Wache», en français la nouvelle garde. Notez que quand je dis «détail», j’abuse un peu. Une salle de 10m sur 10m (à peu près, hein). vide, avec au milieu la statue que vous pouvez voir.
La neue Wache, c’était pour commémorer les victimes, etc., etc. … Oui, j’habite Berlin, alors quand je vois quelque part le mot «victimes», je m’économise. Les Allemands sont obsédés par «ce qu’ils ont fait». Les mémoriaux sont légion, au point que ça commence à me faire sérieusement suer. Je n’en [peux] plus de cette permanente culpabilité exacerbée.
Cela dit, certains sont apparemment sur la voie de la guérison. Prenez par exemple les anciens (officiels et clandestins) employés de la Stasi.
La Stasi, vous connaissez ? C’était le petit surnom du «Ministerium für Staatssicherheit», le ministère pour la sécurité de l’état. L’état en question, c’est celui qui a construit la Neue Wache (mémorial, victimes, etc.). La République Démocratique Allemande. Et la Stasi, c’était sa main de fer, sans le moindre gant de velours.
Les citoyens «disparaissaient». Étaient «rééduqués». Ils étaient suivis, espionnés, écoutés, photographiés. Parfois liquidés. Le voisin était peut être un «clandestin» de la Stasi. On ne parlait à personne. Les murs avaient, littéralement, des oreilles.
Quand je suis venu à Berlin, peu après la chute (dans l’ordre) du mur puis de l’état, les gens faisaient la queue pour acheter le journal. Parce que le journal, à cette époque, publiait les listes des «clandestins». Et ça en faisait, des pages. Le nombre de «clandestins» (dans la langue locale, on les appelait les IM, pour «Inoffizielle Mitarbeiter») est évalué à … 100 000. Ça dépend des sources, naturellement. Il y en a qui parlent de 175 000. Plus 20 000 en Allemagne de l’Ouest. Ben oui.
La Stasi, c’était, pour parler clairement, la Gestapo de son temps.
Et, pour revenir à mon propos, je crois que les Allemands, ou au moins les Allemands de l’ex-Allemagne de l’Est sont bel et bien sur le chemin de la guérison pour ce qui est du chronique complexe de culpabilité.
Vous savez comment je le sais ?
L’autre jour, aux infos, on nous parlait des «clubs Stasi». Des associations d’anciens collaborateurs de la Stasi. Ils ont des séances régulièrement. Dans des cafés, le plus souvent.
Et ils font quoi ? Eh bien ils parlent du bon vieux temps. Ils reconstruisent leurs réseaux. Au plein jour … Bah, a bout du compte, ils vont s’en remettre. Au pire, ils vont s’y remettre.
NdA : Il m’a fallu plus d’une heure pour écrire ça. Le clou, était le mot «culpabilité». Il m’a fallu plus de 10 minutes pour réussir à l’écrire. Aphasie - Stasi ! Aphasie - Stasi ! :)