Ça avait commencé quand le jeune George, qui grimpait quatre à quatre l’escalier qui menait au parvis de la cathédrale, faillit tomber en se prenant les pieds dans un couffin. Un couffin apparemment abandonné là.
George, une fois la trajectoire rectifiée, s’approcha de la porte, la main sortant déjà de la poche, clés à la main.
Du couffin, derrière lui, une voix se fit entendre : «George, il faut qu’on cause.»
George tourna la tête. Le parvis était vide. Juste le couffin. Mais George savait très bien qu’aucun bébé tenant dans un couffin ne pouvait parler. Il introduisit la clé dans la serrure.
«George, il faut qu’on cause !». George se figea. Le regard fixé sur la serrure, il répondit à la cantonnade : «je ne suis pas de service, repassez dans un quart d’heure…». Il resta immobile, comme attendant une implausible réponse. Puis il entrouva la porte, et attendit encore quelques secondes.
Alors qu’il passait le seuil de la porte, la voix se fit entendre à nouveau, insistante : «George ? Ça va attendre longtemps ?»
George se retourna, marcha résolument droit sur le couffin, se pencha, et attrapa le bébé qui se trouvait dedans. Il le leva à la hauteur de son regard, l’air méfiant.
Ils se regardèrent une petite minute. George prit la parole : «tu as les yeux bleus, je ne suis pas le père. Qu’est-ce que tu veux ?»
Le bébé garda le silence. Après une autre minute, George reprit la parole : «Bon, c’est pas tout ça, hein, mais j’ai du travail. Va falloir que j’y aille.»
Il reposa le bébé dans le couffin, et, le laissant où il l’avait trouvé, entra dans la cathédrale, et ferma la porte. Ensuite, il marcha le long de l’allée, et se plaça devant l´autel. Il se signa négligemment, et tourna la tête vers la plus grande des statues : «excusez-moi pour le retard, Seigneur, il y avait un moutard à la porte.»
«George : il faut définitivement qu’on cause».