Résistance « plus »… Stuttgart 21 passe, ou casse…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 13 Déc 2010 à 14:15

Same­di, plus de cin­quante mille oppo­sants au très célèbre pro­jet Stutt­gart 21. Le pro­jet, plus ou moins cri­ti­qué par le média­teur Geiß­ler, qui l’a lui-même renom­mé « Stutt­gart 21 plus » en fonc­tion du nombre de modi­fi­ca­tions qu’il a ordon­nées, ne passe tou­jours pas. Boris Pal­mer, qui a été un inqui­si­teur impla­cable pen­dant les jour­nées de média­tion appelle encore à la résis­tance. Avec « Résis­tance plus », et « argu­ments plus ».

La média­tion de Geiß­ler a eu un énorme effet au niveau natio­nal. Mais dans la ville, laquelle veut encore « oben blei­ben » [res­ter à la sur­face], en fait aucun effet. La Deutsche Bahn a toutes les cartes en mains, et peut relan­cer les tra­vaux quand elle veut, ou presque. En ce moment, le patron de la DB tente de négo­cier le paie­ment des modi­fi­ca­tions ordon­nées. Der­nière ligne droite ?

Peut-être pas. Si les oppo­sants au pro­jet par­viennent à main­te­nir une telle pres­sion, à main­te­nant moins de quatre mois des élec­tions, il faut réflé­chir.

Le pro­blème des Verts, fer de lance de la résis­tance, « plus » ou pas, est la cam­pagne que les par­tis de droite viennent de lan­cer. Les Verts, ne seraient qu’un par­ti contes­ta­taire. Rien de plus. Ils seraient contre tout, et pour rien.

Mais dans le cas de Stutt­gart, le pro­jet « K21 », appuyé par les verts, est, jus­te­ment, un vrai pro­jet. Un pro­jet qui tient la route, au moins sur le papier. La moder­ni­sa­tion de la gare exis­tante est sédui­sante.

Logique d’entreprise et d’argent contre une popu­la­tion tou­jours plus créa­trice… J’attends la suite !

Le lendemain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 1 Déc 2010 à 11:38

Voi­là.

«Stutt­gart 21» c’est fini…

Non, j’rigole… :)

Enfin fini un petit peu quand même. Disons que la média­tion est finie. Et encore…

Bon. Je cesse de ten­ter de réflé­chir, je mets tout sur la page, et vous triez vous-mêmes.

La jour­née a com­men­cé un petit peu solen­nel­le­ment. Il faut dire qu’il y avait du beau linge à la corde, hein. Le pre­mier ministre Map­pus (il avait fait une appa­ri­tion le pre­mier jour, mais était par­ti à midi man­ger —on ne l’a plus revu dans la salle avant ce matin), le patron de la Deutsche Bahn, Grube, qui n’avait jusque ce jour pas dai­gné d’honorer le petit peuple de sa pré­sence, et il y avait aus­si le maire de Stutt­gart, Schus­ter, lequel n’avait pro­ba­ble­ment pas trou­vé la salle avant aujourd’hui. Notez c’est un petit dom­mage, je trouve : ils sont ceux qui ont pro­vo­qué la crise, tout de même.

Du coup, dans le camp des « pour », les vaillants petits sol­dats qui en ont pris plein la tête pen­dant les six semaines étaient relé­gués au deuxième rang, comme les cancres.

Le média­teur, Geiß­ler, a com­men­cé à pré­sen­ter tout le monde. Non : le pre­mier rang. Il a, tout sou­rire, com­men­cé à pour­rir la mati­née de Gru­ber, en lui disant, sous cou­ver­ture de plai­san­te­rie, tout le mal qu’il pense sur l’état de la Deutsche Bahn. Il regrette que les auto­mates aient rem­pla­cé les gui­che­tiers, par exemple.

Ensuite, il a lan­cé la der­nière de média­tion : cha­cun des par­ti­ci­pants (du pre­mier rang) avaient cinq minutes pour leur « plai­doyer ».

Les « pour » ont com­men­cé. Ils ont res­pec­té les formes, remer­ciant Geiß­ler pour son tra­vail. Deux entre eux, ont fait un mea culpa dont j’espère qu’il était sin­cère : ils ont regret­té que le tra­vail effec­tué pen­dant la média­tion n’ait pas été fait avant. Ils ont pro­mis, l’un pour la DB et l’autre pour le gou­ver­ne­ment, que on ne tra­vaille­ra jamais plus comme ça. Série tota­le­ment sans inté­rêt, à part la phrase de Map­pus, dans laquelle il a dit qu’on n’avait jamais eu une telle occa­sion en Alle­magne à part à Ber­lin après la chute du mur. Il par­lait immo­bi­lier.…

La riposte n’a pas tar­dé. Le pre­mier « contre » à par­ler a indi­qué, en pas­sant, qu’à son avis Stutt­gart per­sonne n’a envie d’avoir une Pots­da­mer Platz [le « coeur » hideux du « nou­veau » Ber­lin construit après la chute du mur]. Les « contre » ont été plus agres­sifs. Et sur­tout beau­coup plus pas­sion­nés.

Une fois le tour de table fini, Geiß­ler a deman­dé une heure de patience pour s’entretenir avec les « pour », puis avec les « contre ».

Il est reve­nu cinq heures plus tard. Et il a ren­du son ver­dict. Son ver­dict était pré­vi­sible : il a recom­man­dé un cer­tain nombre de chan­ge­ments au pro­jet, les­quels sou­lignent les points sur les­quels les « contre » avaient mené le plus gros de leurs charges. Il a avoué que le pro­jet alter­na­tif des « contre » était fai­sable, et appa­rem­ment il lui plai­sait bien, mais il a dit qu’il ne pou­vait pas le recom­man­der pour rai­sons finan­cières (le DB avait annon­cé que le renon­ce­ment à son pro­jet venait accom­pa­gné d’une fac­ture de plus d’un mil­liard d’euros, ce qui natu­rel­le­ment fait un petit peu peur…)

Le juge­ment :

  • il a pré­co­ni­sé la créa­tion d’un cadre légal empê­chant la spé­cu­la­tion au sujet des ter­rains « libé­rés » par l’enterrement de la gare, deman­dant que ces ter­rains soient uti­li­sés à autre chose que les centres com­mer­ciaux pré­vus. La ville semble avoir accep­té ça, en ser­rant les dents, tou­te­fois. À suivre.
  • il a exi­gé que les arbres cen­te­naires du parc soient épar­gnés : sauf mala­die « mor­telle », les arbres devraient, le cas échéant être trans­plan­tés, pas abat­tus. Pas négo­ciable. À suivre.
  • il a exi­gé que la DB prouve que dans sa confi­gu­ra­tion du moment le pro­jet pou­vait accep­ter une aug­men­ta­tion du tra­fic d’au moins 30%, et si non, il recom­mande que le pro­jet soit modi­fié, avec entre autres l’ajoût de deux quais à la nou­velle gare sou­ter­raine. La DB com­mente, avec un sou­rire cris­pé, que le test ne pose aucun pro­blème, facile, les doigts dans le nez. Ton­ton, pour­quoi tu tousses ? À suivre plus que le lait sur le feu.
  • il a allu­mé les condi­tions d’accès des han­di­ca­pés à la gare, et au plan de sécu­ri­té en géné­ral. Ça fait sérieux.

J’en oublie cer­tai­ne­ment.

Les « pour » ont pava­né, tous sou­rires devant les camé­ras, mais avec une rai­deur qui avait un je-ne-sais quoi genre « manche à balais dans le cul », les « contre » ont pris acte, sou­li­gné que le « pro­jet le mieux pla­ni­fié du monde » avait appa­rem­ment des lacunes sérieuses, que leurs remarques avaient visi­ble­ment du bon, mais ils ont annon­cé qu’ils ne renon­çaient pas à leur pro­jet alter­na­tif. Les manifs vont reprendre.

Seul point com­mun à tout les par­ti­ci­pants : ils ont, avec Geiß­ler, enter­ré le pro­ces­sus exis­tant concer­nant les « grands » pro­jets. Ils ont pro­non­cé le nom de la Suisse avec une insis­tance ras­su­rante. Geiß­ler a lui car­ré­ment recom­man­dé un pro­ces­sus en trois étapes :

  • une défi­ni­tion du pro­jet (qu’est-ce qu’on veut faire), sou­mise à refe­ren­dum
  • une défi­ni­tion du plan (com­ment on veut faire ça), sou­mise à refe­ren­dum)
  • une fois tout ça dûment accep­té, les tra­vaux

Gagnants et per­dants : tous les par­ti­ci­pants ont per­du, au moins en par­tie. Tous les autres, c’est à dire la popu­la­tion de Stutt­gart, et plus lar­ge­ment la popu­la­tion alle­mande a gagné : per­sonne ne pour­ra plus leur enfon­cer dans la gorge un pro­jet du genre «Stutt­gart 21». Mais ils vont pro­ba­ble­ment tout devoir ava­ler « Stutt­gart 21 plus ».

Les comp­tables de la DB ont très cer­tai­ne­ment pas­sé une sale nuit. Com­bien pour toutes ces modi­fi­ca­tions, et qui va payer ? Ce matin, en urgence, le Bun­des­tag met « Stutt­gart 21 plus » (le sobri­quet que Geiß­ler a uti­li­sé) au menu. Le but, sau­ver le pro­jet.

Au niveau local, cer­tains ont per­du cer­tai­ne­ment beau­coup d’argent dans l’affaire, sur­tout si la ville fait ce qu’elle a pro­mis au niveau des ter­rains construc­tibles libé­rés.

Geiß­ler a gagné son pari. Il n’avait peu de cer­ti­tudes quant sa capa­ci­té à trou­ver un com­pro­mis entre une gare de sur­face et une gare sou­ter­raine, mais il avait misé sur la mise à mort du « bas­ta busi­ness ». Il semble avoir vrai­ment gagné.

Je crois que il y aura un jour avant, et un jour après Stutt­gart 21.

Il y a pas mal à parier que Stutt­gart va reprendre le che­min de la rue. Voyons si « Stutt­gart 21 plus » lui résis­te­ra…

Le jour d’avant…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 29 Nov 2010 à 14:04

Demain, le monde poli­tique alle­mand change. C’est le jour où Hei­ner Geiß­ler, l’arbitre du conflit «Stutt­gart 21» rend sa copie. Quoi en attendre, et pour­quoi ?

  • Les huit (il me semble) séances de conci­lia­tion, indé­pen­dam­ment de leur résul­tat pra­tique ont été un exer­cice de démo­cra­tie péda­go­gique extra­or­di­naire. J’en veux pour preuve les chiffres de spec­ta­teurs. Un petit peu moins de 500 000 télé­spec­ta­teurs le pre­mier jour, plus d’un mil­lion pour la der­nière. Le com­men­ta­teur de la chaîne SWR était, au début, pra­ti­que­ment seul dans une grande salle avec les écrans géants : à la fin, des classes entières y défi­laient, profs en tête. Il n’est plus pos­sible de pré­tendre que les gens ne s’intéressent pas à ce qui va leur arri­ver. Geiß­ler avait, au début, annon­cé la fin de l’ère des déci­sions prises der­rières les portes. Je crois qu’il a rai­son, et que les portes des cabi­nets devront s’ouvrir.
  • Le pro­jet «Stutt­gart 21» pose pro­blèmes. Je pense que Geiß­ler en don­ne­ra demain une vision au moins contras­tée. Le pro­jet « le mieux pla­ni­fié du monde » va en sor­tir en boi­tant. Les pré­ten­tions, voire la pré­ten­tion de la Deutsche Bahn ont volé en éclat pen­dant ces heures de débat public.
  • Les posi­tions sont défi­ni­ti­ve­ment irré­con­ci­liables. La conci­lia­tion a au moins per­mis d’établir ça, si besoin en était. Demain, les mots de Geiß­ler sont très atten­dus. Il a accep­té cette mis­sion pour cal­mer les esprits, mais rien n’ayant en fait chan­gé, que peut-il faire ?
  • L’appel au refe­ren­dum est « léga­le­ment » impos­sible, cette porte a été fer­mée par le par­le­ment du Land. Donc, j’imagine qu’il fal­loir choi­sir
  • Mais com­ment choi­sir ? Demain, après le dis­cours de Geiß­ler, rien, *rien du tout* n’empêche la Deutsche Bahn à reprendre le cours des tra­vaux comme si de rien n’était. Léga­le­ment. Geiß­ler n’a aucun pou­voir : il annonce qu’il pro­po­se­ra des modi­fi­ca­tions, mais il dépend tota­le­ment du bon gré de la Deutsche Bahn et du gou­ver­ne­ment.

Alors pour­quoi est-ce que dans Google News je peux trou­ver plus de 1 500 articles de presse (en alle­mand) concer­nant ce dis­cours de demain ? Pour­quoi est ce que, per­son­nel­le­ment, je compte les heures ?

Parce que je crois que Geiß­ler a fait sau­ter la baraque. Je crois que la ges­tion des « grands pro­jets » va être pro­fon­dé­ment modi­fiée. Je crois que les citoyens ne se conte­ront plus des « enquêtes d’intérêt géné­ral », qu’ils vou­dront pou­voir pro­po­ser des alter­na­tives. Je crois que l’Allemagne va devoir modi­fier sa concep­tion de « démo­cra­tie ».

Ce lun­di, ce sera le cin­quante-qua­trième lun­di de mani­fes­ta­tion à Stutt­gart. Plus d’un an que les citoyens de Stutt­gart battent le trot­toir. Armés de sif­flets et de pan­cartes, ils ont réus­si l’impossible. Peut-être pas celui dont ils rêvaient : je ne crois pas que la gare va « res­ter en haut » [oben blei­ben, le slo­gan de ras­sem­ble­ment des oppo­sants au pro­jet], mais ils ont pro­ba­ble­ment réus­si à empê­cher que ça se repro­duise.

Geiß­ler aura demain pro­ba­ble­ment moins d’amis qu’hier : il va fata­le­ment déce­voir tout le monde. Mais il aura, je crois, j’espère, tour­né le cou à ce qu’il a appe­lé les « poli­tiques bas­ta » [il a décla­ré : « Die Zei­ten der Bas­ta-Ent­schei­dun­gen sind vor­bei.», les temps des déci­sions bas­ta sont révo­lus, visant par ces mots les déci­sions impo­sées par le haut sans pos­si­bi­li­té de dia­logue].

Aujourd’hui, c’est le der­nier jour d’avant.

Et après… ?

Le temps se couvre sur Stuttgart 21…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 17 Nov 2010 à 14:39

Non, vrai­ment, il y en a qui n’ont pas de chance, tout de même.

Pre­nez Ange­la [Mer­kel, chan­ce­lière fédé­rale], par exemple. Juste dimanche, elle a encore pris publi­que­ment par­ti pour Stutt­gart 21, et regar­dez ce qui lui est tom­bé des­sus en à peine deux jours :

  1. Lun­di :
    • un cour­rier du Bun­des­rech­nung­shof (la cour des comptes fédé­rales) qui accuse le ministre des trans­ports fédé­ral de men­songe quand il raconte que le finan­ce­ment de Stutt­gart 21 est bou­clé et accep­té par la cour des comptes
    • un exper­tise qui met en doute le carac­tère consti­tu­tion­nel du finan­ce­ment de Stutt­gart 21
  2. Mar­di :
    • on découvre dans la presse une lettre du Eisen­bahn Bun­de­samt (l’établissement des che­mins de fer fédé­ral, « supé­rieur hié­rar­chique » de la Deutsche Bun­des­bahn, sans l’accord duquel rien ne peut se pas­ser) qui déclare que l’autorisation de mise en tra­vaux pour le chan­tier de la créa­tion de la voie à grande vitesse entre Wedd­lin­gen et Ulm (ce tra­cé est par­tie pre­nante du pro­jet Stutt­gart 21 —sans cette ligne, le pro­jet de la gare perd pra­ti­que­ment tout inté­rêt) est, pro­vi­soi­re­ment, gelé. Et ceci depuis le 7 sep­tembre…
    • une exper­tise dénonce l’utilisation du ter­rain « libé­ré » par la construc­tion de la gare sou­ter­raine : pas assez de loge­ments, trop de bâti­ments de bureaux, trop de centres com­mer­ciaux

Et il n’est qu’à peine midi, hein…

Quelle démocratie voulons-​​nous ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 13 Nov 2010 à 00:03

Quelle démo­cra­tie vou­lons-nous ?

Cette ques­tion est posée, live à la télé, sur deux chaînes, ain­si que sur l’Internet, chaque ven­dre­di. À Stutt­gart, ven­dre­di après ven­dre­di, on dis­cute. Mais le sujet du vrai débat n’est que rare­ment évo­qué…

Le sujet « offi­ciel », est la future gare de Stutt­gart. Un pro­jet débu­té il y a au moins quinze ans, vali­dé plu­sieurs fois par le par­le­ment [du land de Baden-Würt­tem­berg, l’Allemagne est un état fédé­ral], déjà finan­cé, et dont les tra­vaux ont même com­men­cé. Donc pour­quoi est-ce qu’on en débate aujourd’hui ?

Il y a un petit peu plus de six mois, des habi­tants sont entrés en « résis­tance ». Chaque lun­di, au début, des mani­fes­ta­tions. Puis plus, tou­jours plus de mani­fes­ta­tions. Avec plus, tou­jours plus de par­ti­ci­pants. Et quels par­ti­ci­pants ? Des vieux, des jeunes. Des « de droite », des « de gauche ». Des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir défi­ler dans la rue, et qui avouent éga­le­ment que c’est quelque chose de nou­veau pour eux.

Mille, puis cinq mille, dix mille, cin­quante mille, puis près de cent mille.

Cet été, les tra­vaux ont com­men­cé. Le pre­mier coup de pelle a déclen­ché une qua­si-insur­rec­tion. Des gens se sont enchaînes à la vieille gare, ils se sont enchaînes aux arbres des­ti­nés à l’abattage. Des mamies et des papys ont bran­di leurs cannes en direc­tion des poli­ciers. Des gamins en pagaille. Et le drame : la police perd un petit peu les nerf. Un homme y perd un œil. Des pho­tos dra­ma­tiques déferlent sur les « une » des jour­naux du pays entier. Les canons à eau balayant des retrai­tés et des enfants par dizaines.

Le patron de la DB [Deutsche Bahn, la SNCF alle­mande] s’oppose, pen­dant les semaines menant à tout ça à tout chan­ge­ment. À son côté, le pre­mier ministre [du land]. Leur image est détruite. Les élec­tions légis­la­tives du mois mars 2011 s’annoncent désas­treuses.

Et sur­tout, sur­tout, le dis­cours des gens change. Au delà le pro­jet, ils mettent en ques­tion le gou­ver­ne­ment, et au delà, la gou­ver­nance. Ils voient des hommes arc-bou­tés en faveur de leurs pro­jets qu’on com­mence à décrire comme « per­son­nels ».

En der­nière extré­mi­té, crai­gnant encore une esca­lade, le pre­mier ministre tente un « coup »  il annonce la nomi­na­tion d’un arbitre. Le mot uti­li­sé est « média­teur ».

Le coup semble au début osé, mais en fait rela­ti­ve­ment tor­du. Très poli­tique, en fait. En effet, le fos­sé entre les adver­saires est tel­le­ment pro­fond qu’on n’imagine pas très faci­le­ment une récon­ci­lia­tion. Et quel pou­voir a le média­teur pour faire annu­ler un pro­jet chif­fré à plu­sieurs mil­liards d’euros ? Le pre­mier ministre a nom­mé comme média­teur un ancien sécré­taire géné­ral de son propre par­ti. Il s’imaginait jouer sur du velours.

Et voi­là que, après à peine quelques heures de sa dési­gna­tion, le média­teur crée une énorme sur­prise  il annonce un gel des tra­vaux. La foudre aurait frap­pé le pre­mier ministre qu’il n’aurait pas paru plus sur­pris. Lui, comme le pré­sident de la DB annoncent dans les minutes sui­vantes que non, les tra­vaux ne seront pas gelés.

Mais, contre toute attente, le média­teur s’impose. Il par­vient à obte­nir un gel des tra­vaux, mais demande en échange aux mani­fes­tants de res­ter chez eux. Et, autre sur­prise, il annonce que l’intégralité des séances qu’il va orga­ni­ser sera dif­fu­sée à la télé. Et sur l’Internet. Et il pro­nonce des mots très lourds. Il déclare que les temps de ce genre de façon de gou­ver­ner sont réso­lus. Finies les déci­sions prises en cati­mi­ni dans les cabi­nets. Il se pro­pose de faire le contraire de ce que les citoyens « attendent » des poli­tiques  ouvrir les portes. En grand.

Le média­teur a, en cinq minutes, bous­cu­lé les fon­de­ments du régime. Il a peut-être com­men­cé une révo­lu­tion.

Il n’a, en fait, aucun sta­tut offi­ciel. Il n’a aucun pou­voir. Le pro­jet est en fait béton­né  voté par la repré­sen­ta­tion élue. Et, de fait, le fos­sé entre les « pour » et les « contre », après un mois de dia­logue de sourds, est tou­jours aus­si béant. Et ça n’échappe à per­sonne.

Mais, ce ven­dre­di 12 novembre, la ques­tion que le média­teur n’a jamais direc­te­ment posée est appa­rue au grand jour. Un « poli­to­logue » a osé la poser : quelle démo­cra­tie vou­lons-nous?

En fait elle est sor­tie un petit peu avant ça. Live. Le débat en était à une oppo­si­tion entre le modèle alle­mand (fer­ro­viaire) et le modèle suisse. Et un des experts « contre » a, en réponse à un argu­ment de la DB qui lui disait que le pro­jet avait été voté, figé donc, il a dit : « oui, mais en Suisse, les poli­tiques sont déci­dées par les citoyens ».

Et, encore une fois, quel pou­voir a le média­teur ? Que peut-il faire ? Me en fai­sant abs­trac­tion du conte­nu des débats, si il valide le pro­jet de la DB, la guerre reprend là où elle s’arrêtée. D’un autre côté, si il ne veut pas de ce pro­jet, il ne peut pas déva­li­der les actions du gou­ver­ne­ment. Au pire, il peut appe­ler à l’organisation d’un réfé­ren­dum. Et le cadre légis­la­tif ne garan­tit pas qu’on puisse l’organise. Et en tout cas qu’on l’impose.

Alors pour­quoi tout ça ?

Pour moi, tout ça, c’est sur­tout pour empê­cher que ça puisse se répé­ter. Il ne va plus être pos­sible de mettre en place des pro­jets de cette taille sans une vraie consul­ta­tion de la popu­la­tion concer­née. J’en veux pour preuve les son­dages d’hier dans le land de Baden-Würt­tem­berg : les verts, fer de lance des « contre », frôles les 50% d’intentions. Et le CDU, jusque là confor­ta­ble­ment majo­ri­taire est à moins de 25%. Les gens ne se décident pas en fonc­tion de la gare, mais en fonc­tion de la gou­ver­nance. Ils n’ont appris le conte­nu du pro­jet pra­ti­que­ment au début des tra­vaux. Les poli­tiques n’ont pas fait leur bou­lot. Et les gens dans la rue com­mencent à dire qu’ils n’ont plus besoin de par­tis poli­tiques…

Quelle démo­cra­tie veulent-ils ?

Alors qu’en quelques semaines, les asso­cia­tions et les gens inté­res­sés ont mon­té de toutes parts un pro­jet alter­na­tif. Qu’au fil des séances, on voir le pro­jet de la DB secoué, et le pro­jet alter­na­tif prendre de la cré­di­bi­li­té, les gens de Stutt­gart se confortent appa­rem­ment dans leur idée que le pou­voir n’est pas dans les bonnes mains. Et les bonnes mains ne sont pas toutes vertes… Pen­dant que les acteurs s’envoient à la tête des sta­tis­tiques et des chiffres, les spec­ta­teurs se posent la vraie ques­tion. Le gou­ver­ne­ment ne veut pas « être otage » de la rue. Mais quoi faire ? Appa­rem­ment, une grosse par­tie de la solu­tion est le dia­logue ouvert. C’est la voie choi­sie par le média­teur. Et elle va très pro­ba­ble­ment avoir des consé­quences.

Le pre­mier ministre a, impru­dem­ment, ouvert la boîte de Pan­dore… Stutt­gart est à sur­veiller de très près.

Démocratie live…?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 23 Oct 2010 à 22:45

Mon jour­nal de la pre­mière ses­sion d’arbitrage dans l’affaire «Stutt­gart-21»
Ven­dre­di, entre 11:00 et 13:00

Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire aupa­ra­vant, le pro­jet «Stutt­gart-21» sus­cite débat. Enfin, il a d’abord sus­ci­té des dizaines de mani­fes­ta­tions, et a crée un cli­mat tel­le­ment délé­tère que l’idée du débat s’est impo­sée. Le débat a été [enfin] *impo­sé*. L’idée de faire appel à un média­teur « impar­tial » a été adop­tée.

Déjà, et il faut encore insis­ter sur ce point, on avait là un pro­ces­sus démo­cra­tique. Les citoyens de Stut­gart, la « révolte » des citoyens de Stutt­gart était au moins autant due au manque de trans­pa­rence, ou en d’autres termes de démo­cra­tie qu’au conte­nu intri­sèque du pro­jet. Les chiffres cir­cu­laient dans tous les sens, les sta­tis­tiques, les affir­ma­tions… per­son­nel­le­ment j’y per­dais mon latin. D’autant que les diverses guerres se pro­dui­saient à tra­vers la presse, la radio, mais il n’y avait jamais moyen d’entendre la par­tie adverse au moment où un dia­logue aurait pu aider à com­prendre…

Ce matin, sur deux chaînes de télé, et aus­si sur l’Internet, le dia­logue.

L’arbitre (par­don : le média­teur) a tout sim­ple­ment impo­sé le dia­logue. Il n’y connait rien en trains, logis­tique, pro­ba­ble­ment rien non plus en éco­no­mie, mais il s’y connait en dia­logue, et il est par­ti de l’idée que si il met­tait les deux camps autour d’une table, il pour­rait cer­tai­ne­ment se faire une idée du pro­blème…

Je ne sais pas com­ment l’affaire va finir. Je ne sais même pas si l’arbitre aura le der­nier mot en ce qui concerne le *conte­nu* du pro­jet, mais le volet « démo­cra­tie » de l’affaire a défi­ni­ti­ve­ment été ouvert. À la mai­rie, comme il convient, sur la chaîne de télé régio­nale (publique), et sur la chaîne (publique) « cultu­relle » qui retrans­met habi­tuel­le­ment les débats du Bun­des­tag, pour ceux qui, pour manque de cable ou de satel­lite ne pour­raient pas cap­ter de chez eux la chaîne régio­nale. Et pour (très) bien faire, le débat est éga­le­ment retrans­mis sur l’Internet.

J’ai allu­mé ma télé, et je n’en décroche plus.

D’un côté, la Deutsche Bahn et le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-Wür­ten­berg (pro Stuttgart21), de l’autre hété­ro­clite coa­li­tion « citoyenne » (contra Stutt­gart-21). Et au milieu, Geiß­ler.

Ne nous mécom­pre­nez pas : coa­li­tion hété­ro­clite ne veut pas dire qu’elle n’est pas tout autant bar­dée de diplomes et d’experts avec des titres impres­sion­nants que les autres. Et pour être hon­nête, je m’attendais à une guerre de chiffres pure et dure, entre deux camps sérieu­se­ment entraî­nés. Et là je com­prends vrai­ment en quelle mesure ce dia­logue est un véri­table exer­cice de démo­cra­tie. On devrait faire tra­duire ce débat et le mon­trer dans toutes nos « démo­cra­ties ».

Car ce matin, j’ai assis­té à la pre­mière bataille. Entre une bande de « Papp­na­sen » [je me ger­ma­nise, moi… un Papp­nase (« nez de car­ton ») est un type qui parle bien et beau­coup, mais qui ne dit pas grand-chose d’utile] et des types déter­mi­nés, pré­pa­rés et armés en consé­quence. Les poli­tiques « clas­siques » du gou­ver­ne­ment brassent du vent, mais ne répondent pas vrai­ment aux ques­tions pré­cises et visi­ble­ment génantes de leurs adver­saires.

Il est l’heure pour tout le monde de man­ger…

Ven­dre­di soir

C’est par­ti. La vraie « dis­cus­sion » est lan­cée. Expert contre expert, chiffres contre chiffres. Pen­dant des heures. Chaque camp à sa tête un (contra) ou deux (pro) « tête ». Ils sont res­tés en retrait au début de l’après-midi. Jusqu’à ce que la tête des contra ouvre le feu. Il résume ce qui vient d’être dit, et pose une simple ques­tion. Le genre de ques­tion qui fait peur à tout poli­tique. C’est la bombe ato­mique dans un débat  : tant qu’on n’a pas sa réponse « oui ou non », on répète la ques­tion. Ambiance.

Au début, les pro ont ten­té de réponse avec d’autres experts. Comme la ques­tion ne ces­sait pas de leur reve­nir dans la figure, leur « tête » poli­tique a dégai­né. Le ton a fran­che­ment chan­gé.

Natu­rel­le­ment, tout ça a été un dia­logue de sourds, dans un sens. Mais même moi, plus clam­pin que le plus clam­pin, j’ai pu me faire une idée du pour­quoi du com­ment du conflit qui a mis Stutt­gart à feu et à sang. Lit­té­ra­le­ment.

Same­di soir : Mes conclu­sions
Les pro­ta­go­nistes : côté « pro », pas de sur­prise. Des experts qui ont la tête qui va bien. Ils pré­sentent impec­cable, et parlent clai­re­ment. Par­fois, quand on les contre­dit, cer­tains sont agres­sifs, au point que Geiß­ler a du en cal­mer un. En ce qui concerne leurs « têtes!, celle de la Deutsche Bahn est très sym­pa­thique. On a envie de le croire, quand ses yeux rieurs émergent au-des­sus de ses lunettes de lec­ture. Il a cer­tai­ne­ment une poi­gnée de main très agréable. Je devine sans pro­blème pour­quoi il a été envoyé là. Lui semble, de temps en temps, d’en dou­ter. Et dans ces moments entre en action la « tête » poli­tique. La tueuse à gages. Elle a un lan­gage cor­po­rel qui me fait peur. Elle flingue tout ce qui bouge. Elle a même essayé d’intimider Geiß­ler… bonne chance.

Les pro­ta­gon­nistes : côté « contra », là le 169 de ma télé ne suf­fit pas à cou­vrer le spectre. Du jeune d’à peine vingt ans, avec une écharpe rose, un badge « oben blei­ben », à peine d’âge de se raser à deux retrai­tés, les mains trem­blantes. Hété­ro­clite est un terme à peine suf­fi­sant. Ils bafouillent, se mélangent, mais mal­gré tout ça, ils convainquent. Et à leur tête, le maire d’une ville du coin, pas la quan­ran­taine. Il est calme, et on lui confie­rait les clés de la mai­son. Mais quand il parle… tout est pré­cis, trés, *très* bien tour­né. Le type que je ne veux jamais à affron­ter dans un débat.

Geiß­ler : Il sait où il veut aller. Je ne suis pas cer­tain qu’il est sûr d’y aller. Il a lan­cé ce qu’il appe­lé « un pro­to­type de nou­velle démo­cra­tie », et j’ai envie de le croire. Mais il faut attendre et voir.

Aujourd’hui, à Stutt­gart deux manifs. Les « pro » (10 000 per­sonnes) et les « contra » (70 000 per­sonnes).

Per­son­nel­le­ment, ce genre de débats devrait être obli­ga­toire pour les gros pro­jets. Ou les réformes de retraites. Deux adver­saires, un arbitre, et des camé­ras. His­toire de vrai­ment *savoir* pour­quoi on est « pour » ou « contre », déjà. Quant au résul­tat de l’arbitrage, c’est le pro­chain cha­pitre de l’histoire.

Stuttgart 21 : pourquoi est-​​ce que ça devrait nous intéresser ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le ven 15 Oct 2010 à 08:31

C’est quoi, Stutt­gart 21 ?
La ville de Stutt­gart est la capi­tale du land de Baden-​​Würt­tem­berg. Un bas­tion du CDU depuis la créa­tion de l’Allemagne d’après-guerre. Depuis quinze ans la DB [la SNCF alle­mande] tra­vaille sur un pro­jet énorme : faire pas­ser la gare de Stutt­gart au sous-sol. et les tra­vaux ont débu­té en juillet. Durée des tra­vaux : des années.

Pour­quoi Stutt­gart 21 ?

  • sans ce pro­jet, Stutt­gart et le Land seraient déser­tés par le tra­fic fer­ro­viaire inter­na­tio­nal « rapide »
  • le temps de voyage entre Stutt­gart et Ulm serait réduit de moi­tié
  • 4000 emplois. Le ter­rain déga­gé sera construc­tible : un nou­veau quar­tier
  • Les espaces verts seraient aggran­dis, ain­si que la qua­li­té de vie
  • la ligne Paris-Buda­pest, enfin…
  • confort des voya­geurs (pas­sage de 16 quais à 8, etc.)
  • l’aéroport et les centre de congrès seront reliés à la ligne rapide d’Ulm

Jusque là, rien à dire… ou bien… voyons ce que disent les adver­saire :

Pour­quoi PAS Stutt­gart 21 ?

  • le prix dérape sans fin. Jusqu’où ? Ils réclament plu­tôt des écoles, et un effort au niveau san­té et social
  • une « mise à jour » de la gare actuelle cou­te­rait beau­coup moins cher
  • rien n’empêche les connexions envi­sa­gées en sur­face
  • une grande par­tie de la gare actuelle est « monu­ment his­to­rique ». Pour­quoi la détruire ?
  • les arbres (au moins cen­te­naires) vont être abat­tus
  • le nou­veau quar­tier sera un quar­tier « à riches »
  • on soup­çonne cer­tains membres du gou­ver­ne­ment [du Land] de conflit d’intérêt : beau­coup d’argent va cir­cu­ler

Le pro­jet a des adver­saires depuis le pre­mier jour. Cela dit, il a été déci­dé « à la régu­lière », en sui­vant les pro­cé­dures habi­tuelles. Donc, dans un pays où les conflits se gèrent nor­ma­le­ment plu­tôt bien, pour­quoi depuis main­te­nant trois mois de mani­fes­ta­tions qua­si-quo­ti­diennes, dans un cli­mat de plus en plus ten­du ?

Les adver­saires sont divers. Tel­le­ment divers qu’il est impos­sible de les dif­fé­ren­cier à la popu­la­tion. « Tout le monde » est contre. Des lycéens, des chô­meurs, des gens avec emploi, des mères au foyer, des retrai­tés… tout le monde. De plus, le carac­tère paci­fique de toutes ces mani­fes­ta­tions exclut la carac­té­ri­sa­tion « clas­sique » qui veut que les mani­fes­ta­tions sont pleines de « mani­fes­ta­teurs pro­fes­sion­nels » vio­lents. Com­ment cas­ser une telle dyna­mique ? Une —et une seule— mani­fes­ta­tion a dégé­né­ré : entre cent et quatre cents bles­sés, uti­li­sa­tion des canons-pompes. Les gamins comme les mamies balayées comme des fétus de paille. Un *grand* suc­cès popu­laire.

En fait, cette mani­fes­ta­tion est visi­ble­ment un tour­nant. Un tour­nant d’une ampleur pas encore tota­le­ment révé­lée, mais déjà très impor­tante.

Ce 30 sep­tembre, la DB et le gou­ver­ne­ment ont appuyé sur deux bou­tons très impor­tants. Un pro­cès en réfé­ré avait été ins­ti­tué contre l’abattage des arbres du parc du châ­teau. La DB le savait, natu­rel­le­ment, mais a tout de même ordon­né l’abattage. Ça a duré toute la nuit. Pen­dant la manif, pen­dant que des cen­taines d’ambulances tour­naient, sous les pro­jec­teurs, les tron­çon­neuses ont tra­vaillé. Seule­ment au matin l’abattage a ces­sé. 25 arbres (énormes, cen­te­naires) sur le car­reau. Et, remar­quable coïn­ci­dence, la zone éla­guée cor­res­pond en gros à la sur­face néces­saire pour un autre chan­tier, vital pour le pro­jet.

Le second bou­ton, est natu­rel­le­ment, la vio­lence. Natu­rel­le­ment, les deux camps se rejettent la faute. Cela dit, l’usage des canons-pompes contre une « foule » appa­rem­ment pas pré­pa­rée à une action vio­lente (à l’exception des vieux à cannes…?), vous ima­gi­nez sans pro­blème le résul­tat : un désastre média­tique. On a pu voir des pho­tos très dures, dont celles d’un homme dont les yeux lui pen­daient hors des orbites, san­glantes. Depuis, dans les mani­fes­ta­tions, des cen­taines se maquillent les yeux en rouge et noir. Ambiance.

Pour­quoi ça devrait nous inté­res­ser ?
Le phé­no­mène « contes­ta­taire » est en train de chan­ger, en ce qui concerne Stutt­gart 21. D’une contes­ta­tion « docu­men­tée », où les slo­gans étaient « sur mesure », on est en train de pas­ser à une contes­ta­tion « de sys­tème ». On s’en prend à « la poli­tique », et aux poli­tiques. À Ber­lin, des dis­cours que j’ai enten­dus (et com­pris…), je retire des phrases du genre : « on n’a plus besoin des par­tis poli­tiques », ou « la manière est inac­cep­table ». Aux noms de Map­pus [pre­mier ministre du Land] et Grube [pré­sident de la DB], on ajoute main­te­nant le nom de Mer­kel [chan­ce­lière, fédé­rale]. Le dis­cours change, et, je crois, se radi­ca­lise.

Le média­teur a réus­si hier [jeu­di] soir à faire le dia­logue s’entamer. Nou­veau­té : à la demande des oppo­sants, les dis­cus­sions seront retrans­mises en direct sur l’Internet. C’est une vic­toire pour la démo­cra­tie directe, dit Geiß­ler [le média­teur]. La trans­pa­rence et la cré­di­bi­li­té de sa mis­sion ren­forcent son auto­ri­té d’arbitre.

Les dis­cus­sions auront lieu entre deux équipes d’experts de chaque camp. Geiß­ler aura accès à chaque pièce du dos­sier. Map­pus sera de la par­tie (dans le camp « pour », natu­rel­le­ment). Il est pré­vu que le chan­tier cru­cial (il s’agit de « pro­té­ger » les tun­nels à creu­ser de l’eau), celui au site duquel les arbres ont été abat­tus, sera arrê­té pen­dant les dis­cus­sions. À ce sujet, à l’heure où j’écris (00:39…) le pro­cès en réfé­ré semble tour­ner assez mal pour la DB : le juge l’accuse d’avoir dis­si­mu­lé des pièces… la DB savait que qu’un insecte mena­cé vivait dans ces arbres.

Stutt­gart 21 *est* vrai­ment inté­res­sant. Com­ment un pro­jet mul­ti­mil­liar­daire peut être gêné, voire stop­pé par de simples citoyens.

Et en France ?
Simple : 3,5 mil­lions de per­sonnes dans la rue sans effet.

Vous voyez ce que je veux dire ?

« Oben bleiben »… Stuttgart 21 : le médiateur est arrivé. Ou presque…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 11 Oct 2010 à 23:12

Quel feuille­ton ! On ne pour­rait presque pas ima­gi­ner mieux. Jeu­di, ou ven­dre­di, je ne me sou­viens pas exac­te­ment, le pre­mier ministre Map­pus, après avoir ten­té d’embaucher Joa­chim Gauck comme média­teur, lequel a, pas fou, immé­dia­te­ment bot­té en touche. Map­pus, en recherche d’une per­son­na­li­té incon­tes­table, a ensuite choi­si de s’adresse à Hei­ner Geiß­ler. Et lui, peut-être pas tota­le­ment réveillé, à dit : « oui ».

Le Geiß­ler est pour­tant un vieux renard. Tiens, pour ceux que ça pour­rait inté­res­ser, en alle­mand, un vieux renard ce dit « ein alter Hase », c’est à dire un vieux lièvre. Je le vois de temps en temps à la télé, dans des débats à thé­ma­tique « sociale ». Ancien secré­taire géné­ral du par­ti le plus conser­va­teur (CDU) pen­dant une dizaine d’années, il est en géné­ral, pour ce que j’en com­prends, quand il est oppo­sé à des « socia­listes » (SPD) ou des gens de « die Linke », il est le seul vrai « social » du pla­teau. Il ne fait pas d’effets de manches, et me fait régu­liè­re­ment pen­ser que c’est vrai­ment dom­mage que je sois pas de droite. Il par­le­ment rare­ment, et jamais pour ne rien dire. Il n’hésite pas à contre-cou­rant de son par­ti, et en fait je le voyais rela­ti­ve­ment bien « cas­té » comme média­teur.

Et donc, le vieux Geiß­ler prend son bâton de pèle­rin, et his­toire de cal­mer les esprits, il com­mence par une décla­ra­tion très « Geiß­le­resque » : il annonce, en direct à la télé, que pen­dant qu’il fait son bou­lot, les tra­vaux sont arrê­tés. En fait c’est plein de bon sens. Dif­fi­cile de dis­cu­ter entre les manifs et les tron­çon­neuses…

Et pata­tras.

À peine une heure plus tard, Map­pus et le patron de la Deutsche Bahn se pré­ci­pitent devant toute camé­ra pas­sant dans leur champ ocu­laire, et bre­douillent que non, il n’en est pas ques­tion, mais qu’est-ce que cette affaire, les tra­vaux conti­nuent.

Deux jours de confu­sion dans les médias, que je com­prends par­fai­te­ment. La ques­tion a été, tout le oui­kende, de savoir qui a dit quoi, et sur­tout est-ce que Geiß­ler va racro­cher…

Pen­dant ce temps là, à Stutt­gart, plus de cent mille per­sonnes sont des­cen­dues dans la rue. His­toire que tout soit clair.

Les poli­tiques natio­naux se font dis­crets. Ils ne veulent se faire prendre entre le mar­teau et l’enclume. À part l’ineffable Gui­do, lequel, est natu­rel­le­ment, un défen­deur du pro­jet Stutt­gart 21. Son par­ti était des­cen­du de telle façon dans les son­dages qu’il peut se le per­mettre. La chan­ce­lière Mer­kel doit, elle, encore se mordre les doigts d’avoir pris posi­tion la semaine der­nière.

Aujourd’hui, lun­di, le boxon conti­nue dans la presse. Arrêt des tra­vaux ou pas ? Ce soir, devant le siège de la Deutsche Bahn, Post­da­mer Platz (dont je ne dirai *jamais* assez la lai­deur intrin­sèque de cet ancien cœur de Ber­lin trans­for­mé en… trot­toir d’autoroute, ou quelque chose de ce genre là), Schwa­bens­treich, c’est à dire manif. Un petit plus de monde que mer­cre­di der­nier, moins que mer­cre­di pro­chain.

Oben-blei­ben, oben-blei­ben… C’est main­te­nant le slo­gan qua­si offi­ciel du mou­ve­ment d’opposition à Stutt­gart 21. C’est le refrain de l’hymne qua­si-offi­ciel du même mouv­ment. Vous pou­vez, si vou­lez, jeter un œil. C’était au mois de mai, et regar­dez dans les plans larges la taille de la foule, à la fin du clip… elle ne cesse plus de gran­dir.

Oben blei­ben. Res­ter en haut.

Ce soir, Le patron de la Deutsche Bahn annonce qu’un arrêt des tra­vaux est impos­sible. Pour rai­son finan­cière. Oben blei­ben, ou dans le mur… il semble avoir choi­si.

Stuttgart 21 : une leçon de démocratie appliquée…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le jeu 7 Oct 2010 à 05:59

En Alle­magne, ça fait un bon mois que Stutt­gart-21 réside sur les cou­ver­tures des gazettes. L’affaire évo­lue en ce moment, d’une affaire prin­ci­pa­le­ment régio­nale à une affaire défi­ni­ti­ve­ment natio­nale.

Au début, Stutt­gart-21 était la der­nière « géniale » idée du patron de la Deutsche Bahn (la SNCF locale). Une gare sou­ter­raine ultra-moderne de 8 voies pour rem­pla­cer, à Stutt­gart, la gare « tra­di­tion­nelle » à 16 voies. Stutt­gart (la gare) est pour le moment une gare genre Gare de l’Est (ou en fait comme toute gare pari­sienne) : un cul de sac. Alors que Stutt­gart-21 (21 comme le siècle) ne le sera plus. On devait y gagner du temps (oh, dix minutes…) sur cer­tains tra­jets. La gare devrait être une étape impor­tante, stra­té­gique, bla-bla, etc. Ah oui, ça sera cher, et le centre ville devra s’habituer aux engins de construc­tion pour… oh… à peine dix ans. Une paille.

Je ne sais pas exac­te­ment depuis com­bien de temps les habi­tants de Stutt­gart se battent contre ce pro­jet. Moi, habi­tant Ber­lin, je ne connais­sais même pas ce pro­jet jusqu’à ce qu’il atter­risse sur les pages « une ». Ça a com­men­cé le jour où ils ont com­men­cé à détruire une par­tie de la gare actuelle. Construite en 1918, clas­sée monu­ment his­to­rique. Ou plus exac­te­ment le jour où des habi­tants de Stutt­gart ont com­men­cé à s’enchaîner à leur gare. À grim­per sur la façade. C’est ce jour là que la lutte est deve­nue visible.

Dans la ville, les mani­fes­ta­tions s’enchaînent. Les chiffres gonflent. Jusqu’à jeu­di der­nier : plus de 50 000 per­sonnes. Ce jour là, les ouvriers ont com­men­cé à abattre les arbres du parc. Des arbres au moins cen­te­naires. Stutt­gart est fâchée. Et jeu­di, la police a per­du les nerfs. Entre 100 et 400 bles­sés. Un des mani­fes­tants a per­du la vue. On a vu des scènes oubliées en Alle­magne : des canons à eau balayant la foule, des gamins, des vieux. Et les ouvriers ont tra­vaillé de la tron­çon­neuse toute la nuit…

Au début, dans la presse, le dis­cours de la DB, relayé par le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-Würt­tem­berg, était simple : « on s’en fout ». Le pro­jet est une prio­ri­té abso­lue pour la DB, pour le Land, et pour la ville. On de dis­cute pas avec les mani­fes­tants, et on n’interrompt cer­tai­ne­ment pas les tra­vaux. Point.

Main­te­nant, tous ces gens tran­quilles ont l’impression que leurs bureaux feu­trés ont été subi­te­ment démé­na­gés dans une zone de guerre. Ils sont bom­bar­dés de tous les côtes. Les pro­cès pleuvent. Les son­dages s’effondrent. Une catas­trophe au niveau image. Et, pire : le front s’étend.

On voit les mani­fes­tants réuti­li­ser les slo­gans et les tech­niques uti­li­sées contre la RDA, et ça, pour un poli­tique alle­mand, c’est le scé­na­rio-catas­trophe. Depuis au moins un mois, à Stutt­gart, chaque lun­di, on mani­feste. Sur les pan­cartes, « nous sommes le peuple ». Dans le bureau du pre­mier ministre de Baden-Würt­tem­berg, mon­sieur Map­pus, ça sent la sueur et la panique. Il pro­pose des négo­cia­teurs. Il a annon­cé qu’il arrête le démo­lis­sage de la gare d’origine, il veut dis­cu­ter.

À Ber­lin, dans le bureau de madame Mer­kel, chan­ce­lière, c’est la même odeur. Sa majo­ri­té ne sur­vi­vrait pas à une défaite en Baden-Würt­tem­berg. Et cette défaite s’annonce. Elle ne veut sur­tout pas devoir s’en mêler. Pour com­bien de temps ?

À Ber­lin, on com­mence à mani­fes­ter. Depuis hier. Chaque mer­cre­di. « Nous sommes le peuple ».

Oh, il n’y avait pas grand monde. Une petite cen­taine de gens. On ver­ra bien la semaine pro­chaine. Mais l’Allemagne ne sup­porte plus ce genre de gou­ver­nance. Si les Ber­li­nois s’y mettent, c’est natu­rel­le­ment par soli­da­ri­té. Mais pas seule­ment. Les dis­cours d’hier soir étaient sou­vent des­ti­nés aux poli­tiques natio­naux. Sur l’air « change de ton ».

Comme en Argen­tine, comme un Islande, les gamelles appa­raissent dans les manifs.

Et madame Mer­kel n’est tout de même pas un Sar­ko­zy. Elle n’a pas de boucs émis­saires à dépor­ter.

Je vais suivre ça de près. La démo­cra­tie, loin des dis­cours fati­gués, dans la rue.

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