Jeu de piste…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 19 Mai 2011 à 10:15

Pour les (rares) auxquels je manque, la nouvelle adresse : je suis pas d’humeur

Poil au tableau !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 6 Fév 2011 à 12:53

Il y a cinq ans aujourd’hui que j’ai été victime d’un AVC (accident vasculaire cérébral). Niversaire de rigueur, etc.

Ça fait cinq ans que je suis « retraité » d’office. Cette semaine, ça va changer. Je retourne à l’école. crotte de nez, poils aux pieds, faites sonner la récré.

Il y a quatre ans et huit mois que j’ai commencé à tenir ce journal. À l’époque il avait un thème et un but. « J’ai besoin d’écrire pour (ré)apprendre à écrire. »

J’estime que cette période de ma vie est finie. Ce journal n’a plus de thème discernable, et mes problèmes « aphasiques » sont pratiquement réglés. Enfin : j’ai appris à vivre avec. Ce journal, je le ferme. Il m’a donné ma grenouille, et m’a rendu ma langue. Ou au moins une langue. Un succès définitif.

C’est une fermeture positive. Très positive. Je vais très probablement ouvrir un autre journal. Je ne sais simplement ni quoi ni quand. Mais il n’y a pas de vaccin contre le « journal-isme », et moi j’ai chopé le virus il y a maintenant dix ans. On ne se refait pas.

À bientôt !

La photo est de mon ami Loïc, Et la musique de fond est .

Web 2.0S(arkozy) ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 17 Déc 2010 à 12:19

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fac simile (ou presque) d’un texte, passé à la moulinette « PGP », garantissant la quasi-impossibilité de déchiffrement, la seule solution future du net ?

Voilà auquel le net pourrait devoir ressembler demain. Enfin quand je dis demain, hein, ça pourrait être simplement après-demain, hein. Disons demain, pour raison de commodité.

Car à partir de demain, le gouvernement français a droit de vie et de mort sur le net français. Le gouvernement peut décider de filtrer censurer *tout ce qu’il veut*, sans devoir faire appel à la justice, *sans contrôle possible*.

Et il faudrait leur faire confiance ?

Histoire sans paroles…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le ven 17 Déc 2010 à 01:35

Une promenade sous la neige. Une page de vie, une tranche de bonheur… et une chouette récompense.

Résistance « plus »… Stuttgart 21 passe, ou casse…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 13 Déc 2010 à 14:15

Samedi, plus de cinquante mille opposants au très célèbre projet Stuttgart 21. Le projet, plus ou moins critiqué par le médiateur Geißler, qui l’a lui-même renommé « Stuttgart 21 plus » en fonction du nombre de modifications qu’il a ordonnées, ne passe toujours pas. Boris Palmer, qui a été un inquisiteur implacable pendant les journées de médiation appelle encore à la résistance. Avec « Résistance plus », et « arguments plus ».

La médiation de Geißler a eu un énorme effet au niveau national. Mais dans la ville, laquelle veut encore « oben bleiben » [rester à la surface], en fait aucun effet. La Deutsche Bahn a toutes les cartes en mains, et peut relancer les travaux quand elle veut, ou presque. En ce moment, le patron de la DB tente de négocier le paiement des modifications ordonnées. Dernière ligne droite ?

Peut-être pas. Si les opposants au projet parviennent à maintenir une telle pression, à maintenant moins de quatre mois des élections, il faut réfléchir.

Le problème des Verts, fer de lance de la résistance, « plus » ou pas, est la campagne que les partis de droite viennent de lancer. Les Verts, ne seraient qu’un parti contestataire. Rien de plus. Ils seraient contre tout, et pour rien.

Mais dans le cas de Stuttgart, le projet « K21 », appuyé par les verts, est, justement, un vrai projet. Un projet qui tient la route, au moins sur le papier. La modernisation de la gare existante est séduisante.

Logique d’entreprise et d’argent contre une population toujours plus créatrice… J’attends la suite !

Pentax K-5 : après un mois…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le lun 13 Déc 2010 à 00:15

J’ai reçu il y a un mois, exactement, par la poste, un paquet qui contenait un cadeau : un Pentax K-5. J’utilisais depuis un petit peu plus de dix mois son prédécesseur : le K-7, lequel remplaçait mon K20D, décédé après une chute stupide. La différence entre le K20D et le K-7 était plus importante, au niveau « hardware » (j’entends par là le boitier, et les diverses fonctions, l’ergonomique, etc.) que celle entre le K-7 et le K-5. Par contre, au niveau de qualité d’image, la différence est plus grande entre le K-5 et le K-7 qu’entre le K-7 et le K20D.

Après un mois d’usage du K-5, bilan provisoire.

1. Les sujets sur lesquels je n’ai rien à dire

  • le mode vidéo : je ne l’utilise pas, et je n’ai pas l’intention de l’utiliser. Si je voulais faire des films, je m’achèterais une caméra. Je déplore l’introduction du mode vidéo dans les appareils de Pentax. J’imagine que le département Marketing a eu son mot à dire. L’argent utilisé en développement du mode vidéo aurait pu être mieux dépensé.
  • les « réglages d’image » (couleurs, saturation, « affûtage », etc.) : je n’ai pas pris une photo directement en JPG depuis au moins deux ans. Je rêve du jour où Pentax aura le courage de sortir un appareil amputé de tous ces réglages superflus. Filtres, effets, etc. Je n’en ai rien à dire, ni à faire. Encore une fois, le département Marketing a outrepassé son rôle. Le K-5 étant pratiquement vendu comme un appareil « professionnel », je ne vois pas l’intérêt des gadgets qui encombrent les menus de l’appareil.

Naturellement, ce n’est que mon avis. 9 « modes » d’image (« naturel », « estompé » « sans blanchîment (?!!) ») qui ne me servent à rien sinon qu’à être fainéant… Quand on parle d’appareil photo digital, ça suggère l’utilisation d’un ordinateur, lequel peut par définition tout faire *mieux* qu’un appareil photo, quel qu’il soit.

2. Les sujets « hardware » sur lesquels j’ai des choses à dire :
Le « corps » du K-5 est identique à celui du K-7, à quelques détails optiques près :

  • La molette « modes de prise de vues » est plus haute que celle du K-7. Petit détail d’ergonomie qui témoigne de l’intérêt de Pentax pour le photographe. À la sortie du K-7, des tas de gens ont critisé cette molette qu’il faut « débloquer » avant de l’utiliser. Il faut tout de même admettre aujourd’hui qu’elle plait : Canon propose sur ses modèles professionnels une modification (150€, tout de même) de leur molette, permettant un blocage « à la Pentax ». J’en suis personnellement un partisan farouche. Le fait qu’elle soit plus haute m’est, personnellement, indifférent, mais je suis touché de l’attention.
  • Le bouton « RAW » est également marqué « Fx ». C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup, si j’ose dire. Aha. Le bouton « RAW » était, depuis le K10D destiné à ceux qui travaillllent en JPG. En appuyant sur le bouton, on pouvait avoir un RAW sans devoir passer par un menu. Mais pour ceux qui travaillent en RAW ? Intérêt : nul. D’où la mention « Fx ». On peut réassigner au bouton d’autres fonctions plus utiles à ceux qui n’utilisent pas de JPG. Même si j’aurais pu imaginer d’autres réassignations encore plus utiles (pour *moi*) à ce bouton que celles proposées, l’idée est tout simplement excellente. Encore un détail qui me prouve que Pentax pense à ses utilisateurs.

3. Les sujets « fonctions » sur lesquels j’ai des choses à dire :

  • Les 5 « users » sont un rêve que j’avais depuis mon premier appareil digital. Depuis le K10D, j’avais à ma disposition un mode « user », qui me permettait de rappeler en une fraction de secondes une série de paramètres de prise de vues. Par exemple, les paramètres pour quand je travaille au flash. Mais sur le K-5, j’ai *cinq* séries de paramètres au bout des doigts. Ce n’est pas nouveau, Sony par exemple avait ça depuis des années, mais c’est nouveau et très bienvenu chez Pentax.
  • La rapidité de prise de vues. Que dire : sept images par seconde. Avec des RAW, je peux faire ça pendant plus de trois secondes. C’est confort. Point. Sinon, j’ai accès à un mode moins rapide (trois images par secondes). La rapidité maximale du K-7 était de cinq images par secondes.
  • L’autofocus est meilleur. Il est tout simplement plus rapide. L’autofocus est depuis des années un des points faibles chez Pentax. Je n’ai pas les éléments pour le comparer avec celui des concurrents, mais je sais que je suis beaucoup moins déçu de l’autofocus du K-5 que de celui du K-7. Je suis plus tranquille, et c’est bien.
  • Les priorités de l’auto-focus. Lorsqu’on photographie par rafales, il peut être intéressant de choisir entre une priorité à l’autofocus (on peut parfois pas prendre autant de photos qu’on le voudrait, l’appareil attend une confirmation d’autofocus), et un mode « vitesse » où l’appareil travaille aussi vite qu’il le peut, sans se poser de questions. Ça peut être utile.
  • Les deux autofocus « automatiques ». Je n’utilise que rarement ce mode d’autofocus, mais il peut être intéressant de limiter le champ de l’autofocus à une partie du viseur contrairement au viseur entier. Bien vu. Je déplore seulement que le champ limité soit par définition le centre du viseur.

Mais quand on compare le K-7 et le K-5, le point de comparaison principal n’est pas là.

4. la qualité d’image

  • Le capteur : Le K-7 était (on suppose) équipé d’un capteur Samsung, hérité (on suppose) du K20D. Ne nous mécomprenons-nous pas : il n’était pas *mauvais*. Je n’avais pas trop d’états d’âme à laisser mon auto-ISO entre 100 et 2000 ISO. Parfois même jusque 3200 ISO. Ce n’est pas ridicule. Mais en passant au K-5 (équipé —on suppose— d’un capteur Sony, identique à celui qu’utilise le Nikon D7000), on passe à l’étage supérieur. Mon auto-ISO est réglé sur 80 — 5000 ISO. Le cœur léger. Et c’est bien.
  • La « dynamique » du K-5 est, à ce qu’il parait, tout simplement hors-pair. La dynamique mesure la « largeur » du champ entre le moment où la lumière disparait dans le blanc pur et celui où la lumière disparait dans le noir. Par exemple, la photo que j’ai postée l’autre jour dans Mille vingt-quatre pixels était, en fait, dans l’écran de mon appareil, *noire*. J’ai pu tout de même en extraire cette photo.

5. Pour résumer :
Mon achat du K-7 m’a été pratiquement imposé. Disons que je n’ai pas su résister à l’offre financière que Pentax m’avait faite. Mais sans cela, j’aurais racheté un autre K20D, et j’aurais été tout à fait heureux avec. Comme « upgrade » d’un K20D, le K-7 ne se justifiait en fait pas. Mais le K-5 est d’un tout autre calibre.

Sincèrement, je m’imagine très facilement avec mon K-5 dans au moins cinq ans. Je ne lui connais pas de point vraiment faible. N’oubliez pas que je n’ai parlé que des fonctions nouvelles que j’utilise. Mais par exemple j’ai dans mon viseur en permanence un indicateur qui me dit si je suis mon appareil droit ou pas. Même les appareils les « pro » de Canon ou Nikon n’ont pas ça. Les tests qui ont déjà faits indiquent que le K-5 est probablement pour le moment le meilleur appareil pour ce format, toutes marques confondues.

Je suis vraiment très heureux de mon K-5.

Non à la censure…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 9 Déc 2010 à 01:07

Le traitement « administré » au site Wikileaks m’agace.

Si je suis obligé de vous expliquer ce qu’est wikileaks, vous vous êtes réveillés beaucoup trop tôt : le printemps est encore loin, rendormez-vous tranquillement. Par contre, si vous ne lisez que la presse classique pour comprendre le traitement et son pourquoi, peut-être que je peux vous aider. Ou plus exactement peut-être que cet article dont j’ai trouvé une version francophone peut vous aider. Lisez le contenu de l’encadré gris. Et de là, vous saurez pourquoi je suis agacé.

Mais, comme nous le dit très justement L’Electronic Frontier Foundation, ce n’est que le début d’une affaire beaucoup plus importante. Le site est anglophone, désolé.

Soutenir Wikileaks (dont EFF est un des soutiens légaux dans certains procès aux USA), c’est également se battre pour la liberté d’expression de chacun. Laquelle ne va visiblement plus de soi, dans un monde où un simple coup de fil d’un sénateur américain peut faire fermer un site, déclaré « illégal »… sans avoir été même condamné par la « justice ».

Vraiment, ça m’agace. Même si Wikileaks n’est en fait pas fermé. Il en circule plus de mille copies actives. Le cas Assange (le chef de Wikileaks) n’est *pas* à confondre au cas « Wikileaks ».

Il faut sauver le soldat Wikileaks. Je sais où trouver mon député. Et vous ?

Le lendemain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 1 Déc 2010 à 11:38

Voilà.

«Stuttgart 21» c’est fini…

Non, j’rigole… :)

Enfin fini un petit peu quand même. Disons que la médiation est finie. Et encore…

Bon. Je cesse de tenter de réfléchir, je mets tout sur la page, et vous triez vous-mêmes.

La journée a commencé un petit peu solennellement. Il faut dire qu’il y avait du beau linge à la corde, hein. Le premier ministre Mappus (il avait fait une apparition le premier jour, mais était parti à midi manger —on ne l’a plus revu dans la salle avant ce matin), le patron de la Deutsche Bahn, Grube, qui n’avait jusque ce jour pas daigné d’honorer le petit peuple de sa présence, et il y avait aussi le maire de Stuttgart, Schuster, lequel n’avait probablement pas trouvé la salle avant aujourd’hui. Notez c’est un petit dommage, je trouve : ils sont ceux qui ont provoqué la crise, tout de même.

Du coup, dans le camp des « pour », les vaillants petits soldats qui en ont pris plein la tête pendant les six semaines étaient relégués au deuxième rang, comme les cancres.

Le médiateur, Geißler, a commencé à présenter tout le monde. Non : le premier rang. Il a, tout sourire, commencé à pourrir la matinée de Gruber, en lui disant, sous couverture de plaisanterie, tout le mal qu’il pense sur l’état de la Deutsche Bahn. Il regrette que les automates aient remplacé les guichetiers, par exemple.

Ensuite, il a lancé la dernière de médiation : chacun des participants (du premier rang) avaient cinq minutes pour leur « plaidoyer ».

Les « pour » ont commencé. Ils ont respecté les formes, remerciant Geißler pour son travail. Deux entre eux, ont fait un mea culpa dont j’espère qu’il était sincère : ils ont regretté que le travail effectué pendant la médiation n’ait pas été fait avant. Ils ont promis, l’un pour la DB et l’autre pour le gouvernement, que on ne travaillera jamais plus comme ça. Série totalement sans intérêt, à part la phrase de Mappus, dans laquelle il a dit qu’on n’avait jamais eu une telle occasion en Allemagne à part à Berlin après la chute du mur. Il parlait immobilier….

La riposte n’a pas tardé. Le premier « contre » à parler a indiqué, en passant, qu’à son avis Stuttgart personne n’a envie d’avoir une Potsdamer Platz [le « coeur » hideux du « nouveau » Berlin construit après la chute du mur]. Les « contre » ont été plus agressifs. Et surtout beaucoup plus passionnés.

Une fois le tour de table fini, Geißler a demandé une heure de patience pour s’entretenir avec les « pour », puis avec les « contre ».

Il est revenu cinq heures plus tard. Et il a rendu son verdict. Son verdict était prévisible : il a recommandé un certain nombre de changements au projet, lesquels soulignent les points sur lesquels les « contre » avaient mené le plus gros de leurs charges. Il a avoué que le projet alternatif des « contre » était faisable, et apparemment il lui plaisait bien, mais il a dit qu’il ne pouvait pas le recommander pour raisons financières (le DB avait annoncé que le renoncement à son projet venait accompagné d’une facture de plus d’un milliard d’euros, ce qui naturellement fait un petit peu peur…)

Le jugement :

  • il a préconisé la création d’un cadre légal empêchant la spéculation au sujet des terrains « libérés » par l’enterrement de la gare, demandant que ces terrains soient utilisés à autre chose que les centres commerciaux prévus. La ville semble avoir accepté ça, en serrant les dents, toutefois. À suivre.
  • il a exigé que les arbres centenaires du parc soient épargnés : sauf maladie « mortelle », les arbres devraient, le cas échéant être transplantés, pas abattus. Pas négociable. À suivre.
  • il a exigé que la DB prouve que dans sa configuration du moment le projet pouvait accepter une augmentation du trafic d’au moins 30%, et si non, il recommande que le projet soit modifié, avec entre autres l’ajoût de deux quais à la nouvelle gare souterraine. La DB commente, avec un sourire crispé, que le test ne pose aucun problème, facile, les doigts dans le nez. Tonton, pourquoi tu tousses ? À suivre plus que le lait sur le feu.
  • il a allumé les conditions d’accès des handicapés à la gare, et au plan de sécurité en général. Ça fait sérieux.

J’en oublie certainement.

Les « pour » ont pavané, tous sourires devant les caméras, mais avec une raideur qui avait un je-ne-sais quoi genre « manche à balais dans le cul », les « contre » ont pris acte, souligné que le « projet le mieux planifié du monde » avait apparemment des lacunes sérieuses, que leurs remarques avaient visiblement du bon, mais ils ont annoncé qu’ils ne renonçaient pas à leur projet alternatif. Les manifs vont reprendre.

Seul point commun à tout les participants : ils ont, avec Geißler, enterré le processus existant concernant les « grands » projets. Ils ont prononcé le nom de la Suisse avec une insistance rassurante. Geißler a lui carrément recommandé un processus en trois étapes :

  • une définition du projet (qu’est-ce qu’on veut faire), soumise à referendum
  • une définition du plan (comment on veut faire ça), soumise à referendum)
  • une fois tout ça dûment accepté, les travaux

Gagnants et perdants : tous les participants ont perdu, au moins en partie. Tous les autres, c’est à dire la population de Stuttgart, et plus largement la population allemande a gagné : personne ne pourra plus leur enfoncer dans la gorge un projet du genre «Stuttgart 21». Mais ils vont probablement tout devoir avaler « Stuttgart 21 plus ».

Les comptables de la DB ont très certainement passé une sale nuit. Combien pour toutes ces modifications, et qui va payer ? Ce matin, en urgence, le Bundestag met « Stuttgart 21 plus » (le sobriquet que Geißler a utilisé) au menu. Le but, sauver le projet.

Au niveau local, certains ont perdu certainement beaucoup d’argent dans l’affaire, surtout si la ville fait ce qu’elle a promis au niveau des terrains constructibles libérés.

Geißler a gagné son pari. Il n’avait peu de certitudes quant sa capacité à trouver un compromis entre une gare de surface et une gare souterraine, mais il avait misé sur la mise à mort du « basta business ». Il semble avoir vraiment gagné.

Je crois que il y aura un jour avant, et un jour après Stuttgart 21.

Il y a pas mal à parier que Stuttgart va reprendre le chemin de la rue. Voyons si « Stuttgart 21 plus » lui résistera…

Le jour d’avant…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 29 Nov 2010 à 14:04

Demain, le monde politique allemand change. C’est le jour où Heiner Geißler, l’arbitre du conflit «Stuttgart 21» rend sa copie. Quoi en attendre, et pourquoi ?

  • Les huit (il me semble) séances de conciliation, indépendamment de leur résultat pratique ont été un exercice de démocratie pédagogique extraordinaire. J’en veux pour preuve les chiffres de spectateurs. Un petit peu moins de 500 000 téléspectateurs le premier jour, plus d’un million pour la dernière. Le commentateur de la chaîne SWR était, au début, pratiquement seul dans une grande salle avec les écrans géants : à la fin, des classes entières y défilaient, profs en tête. Il n’est plus possible de prétendre que les gens ne s’intéressent pas à ce qui va leur arriver. Geißler avait, au début, annoncé la fin de l’ère des décisions prises derrières les portes. Je crois qu’il a raison, et que les portes des cabinets devront s’ouvrir.
  • Le projet «Stuttgart 21» pose problèmes. Je pense que Geißler en donnera demain une vision au moins contrastée. Le projet « le mieux planifié du monde » va en sortir en boitant. Les prétentions, voire la prétention de la Deutsche Bahn ont volé en éclat pendant ces heures de débat public.
  • Les positions sont définitivement irréconciliables. La conciliation a au moins permis d’établir ça, si besoin en était. Demain, les mots de Geißler sont très attendus. Il a accepté cette mission pour calmer les esprits, mais rien n’ayant en fait changé, que peut-il faire ?
  • L’appel au referendum est « légalement » impossible, cette porte a été fermée par le parlement du Land. Donc, j’imagine qu’il falloir choisir
  • Mais comment choisir ? Demain, après le discours de Geißler, rien, *rien du tout* n’empêche la Deutsche Bahn à reprendre le cours des travaux comme si de rien n’était. Légalement. Geißler n’a aucun pouvoir : il annonce qu’il proposera des modifications, mais il dépend totalement du bon gré de la Deutsche Bahn et du gouvernement.

Alors pourquoi est-ce que dans Google News je peux trouver plus de 1 500 articles de presse (en allemand) concernant ce discours de demain ? Pourquoi est ce que, personnellement, je compte les heures ?

Parce que je crois que Geißler a fait sauter la baraque. Je crois que la gestion des « grands projets » va être profondément modifiée. Je crois que les citoyens ne se conteront plus des « enquêtes d’intérêt général », qu’ils voudront pouvoir proposer des alternatives. Je crois que l’Allemagne va devoir modifier sa conception de « démocratie ».

Ce lundi, ce sera le cinquante-quatrième lundi de manifestation à Stuttgart. Plus d’un an que les citoyens de Stuttgart battent le trottoir. Armés de sifflets et de pancartes, ils ont réussi l’impossible. Peut-être pas celui dont ils rêvaient : je ne crois pas que la gare va « rester en haut » [oben bleiben, le slogan de rassemblement des opposants au projet], mais ils ont probablement réussi à empêcher que ça se reproduise.

Geißler aura demain probablement moins d’amis qu’hier : il va fatalement décevoir tout le monde. Mais il aura, je crois, j’espère, tourné le cou à ce qu’il a appelé les « politiques basta » [il a déclaré : « Die Zeiten der Basta-Entscheidungen sind vorbei.», les temps des décisions basta sont révolus, visant par ces mots les décisions imposées par le haut sans possibilité de dialogue].

Aujourd’hui, c’est le dernier jour d’avant.

Et après… ?

Le temps se couvre sur Stuttgart 21…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 17 Nov 2010 à 14:39

Non, vraiment, il y en a qui n’ont pas de chance, tout de même.

Prenez Angela [Merkel, chancelière fédérale], par exemple. Juste dimanche, elle a encore pris publiquement parti pour Stuttgart 21, et regardez ce qui lui est tombé dessus en à peine deux jours :

  1. Lundi :
    • un courrier du Bundesrechnungshof (la cour des comptes fédérales) qui accuse le ministre des transports fédéral de mensonge quand il raconte que le financement de Stuttgart 21 est bouclé et accepté par la cour des comptes
    • un expertise qui met en doute le caractère constitutionnel du financement de Stuttgart 21
  2. Mardi :
    • on découvre dans la presse une lettre du Eisenbahn Bundesamt (l’établissement des chemins de fer fédéral, « supérieur hiérarchique » de la Deutsche Bundesbahn, sans l’accord duquel rien ne peut se passer) qui déclare que l’autorisation de mise en travaux pour le chantier de la création de la voie à grande vitesse entre Weddlingen et Ulm (ce tracé est partie prenante du projet Stuttgart 21 —sans cette ligne, le projet de la gare perd pratiquement tout intérêt) est, provisoirement, gelé. Et ceci depuis le 7 septembre…
    • une expertise dénonce l’utilisation du terrain « libéré » par la construction de la gare souterraine : pas assez de logements, trop de bâtiments de bureaux, trop de centres commerciaux

Et il n’est qu’à peine midi, hein…

Générations…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le mar 16 Nov 2010 à 15:25

Et si on ne parlait pas de Stuttgart ?

Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, hein : rien qu’hier, une expertise est sortie, laquelle met en cause le caractère constitutionnel du financement de Stuttgart-21. Figurez-vous qu’un Land ne peut pas partager le financement d’un projet avec l’état, et ça pour éviter que les « Länder » [pluriel de « Land »] riches soient trop favorisés par rapport aux Länder pauvres. Et dans le même temps, on exhumait une lettre du vice-président de la Cour des Comptes [Bundesrechnungshof], laquelle mettait le ministre (fédéral) des transports au sujet du financement de Stuttgart-21, ou plutôt au sujet de ses déclarations apparemment au moins intempestives, dans lesquelles il a toujours prétendu qu’il avait l’accord de la cour des comptes. La cour des comptes n’a pas modifié son avis sur Stuttgart-21, le considère encore comme un projet à hauts risques, et n’a en l’état autorisé le financement qu’un des sept chantiers constituant Stuttgart-21. Un ministre fédéral accusé de mensonge, ça ne se passe pas « à la Woerth », en Allemagne…

Bon, donc, changeons de sujet. Je vais gérer la transition en douceur, promis.

Dimanche, j’ai assisté à un départ en retraite. Celui d’un tramway. Le dernier exemplaire d’un matêriel crée en 1953. Du coup, on est allés visiter le dépot de Niederschönhausen, siège du « musée » du tramway (et bus) berlinois. Et on y est allés avec mon nouveau appareil photo…

C’était pas une chouette transition, ça ? Stuttgart-21, donc train, donc rail, donc tramway, donc musée du tramway, et DONC nouvel appareil photo. Non, vraiment, je confine au génie littéraire, là.

Le nouveau Pentax (le K-5), est sorti il y a quelques semaines. J’ai lu les premiers tests, et j’ai été emballé. J’ai partagé mon enthousiasme avec l’ami Giorgio, lequel a, sur un coup de tête, décidé de m’offrir un K-5. Je n’ai pas de mots pour ça. Mais j’ai des photos.

Je n’ai pas beaucoup parlé de mon appareil de l’époque (le K-7). Mais je pense que le vais parler (relativement) souvent au sujet de mon K-5, et ça va vous expliquer pourquoi je ne parlais pas du K-7.

Le K-5, est ce que j’aurais voulu trouver dans le K-7. Le K-7 n’a en fait été qu’un appareil de transition. Le boitier du K-7 était déjà « parfait », un boitier à l’ergonomie extraordinaire, « customisable » dans les détails les plus extrêmes, mais pour être honnête, j’avais été déçu par le capteur.

Les images étaient un petit peu « creuses ». C’est pas facile à définir, je sais. Et le « bruit » frôlait le grave dès 1600 ISO. Ça ne m’a pas empêché de publier quelques photos à 3200 ISO, je sais, mais je n’avais pas la conscience tranquille… à juste titre.

Le K-5 est un K-7 passé à l’âge adulte. Le boitier est pratiquement le même (seule différence : le « squelette » est maintenant totalement métallique), l’interface est encore plus « customisable » (j’y reviendrai), mais surtout, le capteur est totalement neuf. Et nettement meilleur.

Par exemple, là, je publie une photo à 5000 ISO, et j’ai définitivement la conscience tranquille.
Regardez :

Oh, ne nous mécomprenez pas : il y a du bruit dans l’image. Mais, d’une part moins que dans une photo du K-7 avec 3200 ISO, et d’autre part, le bruit du K-5 est nettement plus « propre ». Je veux dire, si je le voulais, je pourrais beaucoup plus facilement « nettoyer » cette image que si je l’avais prise avec mon K-7.

À l’arrivée, une journée mémorable. Déjà, bien que leur collection ne soit pas très grande, j’ai eu beaucoup de plaisir à la découvrir. Dehors , il y avait même un *très* vieux tram *à chevaux*. J’ai adoré ça. Ensuite, la sortie inaugurale de mon K-5 m’a également donné beaucoup de plaisir.

En fin de soirée (j’exagère : en fait c’est en fin de soirée suivante…) je me suis décidé à faire quelquechose que je ne fais que *très* rarement : je suis allé récupérer le code source de mon logiciel « photo » principal (en fait pratiquement le seul que j’utilise), RawTherapee, et à le compiler, histoire d’avoir accès à la version qui me permette de « développer » les RAW comprimés de Pentax. J’ai horreur de faire ça : ça me fait traverser la frontière entre « usager » de mon système, état qui me satisfait totalement, et « bidouilleur informaticien », état pour lequel je n’ai aucune appétence. J’étais bidouilleur, il y a encore quelques années, car l’état de Linux m’y obligeait. Mais ça faisait au moins deux ans que je n’avais pas installé sur ma machine les outils permettant une compilation.

D’autant que à peine vingt-quatre plus tard, une version déjà compilée était disponible….

Donc, vous pouvez vous attendre, dans le futur, à ce que je me mette à causer « photo ».

Et si vous n’aimez pas ça, vous pouvez déjà prendre date avec le prochain du type Stuttgart-21 : on a découvert hier, dans la presse, les plans du projet destiné à utiliser le terrain de l’aéroport de Berlin-Tegel (dont la fermeture est, si je ne me trompe pas, prévue pour 2010), déjà approuvé par le sénat, dont personne ne savait rien. Le Sénat de Berlin n’a apparemment pas la télé, ou bien ils n’ont rien compris à ce qui s’est passé depuis mai à Stuttgart. À mon humble avis, ça va chauffer. Et là, je serai aux premières loges : nous faisons partie des concernés…

Quelle démocratie voulons-​​nous ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 13 Nov 2010 à 00:03

Quelle démocratie voulons-nous ?

Cette question est posée, live à la télé, sur deux chaînes, ainsi que sur l’Internet, chaque vendredi. À Stuttgart, vendredi après vendredi, on discute. Mais le sujet du vrai débat n’est que rarement évoqué…

Le sujet « officiel », est la future gare de Stuttgart. Un projet débuté il y a au moins quinze ans, validé plusieurs fois par le parlement [du land de Baden-Württemberg, l’Allemagne est un état fédéral], déjà financé, et dont les travaux ont même commencé. Donc pourquoi est-ce qu’on en débate aujourd’hui ?

Il y a un petit peu plus de six mois, des habitants sont entrés en « résistance ». Chaque lundi, au début, des manifestations. Puis plus, toujours plus de manifestations. Avec plus, toujours plus de participants. Et quels participants ? Des vieux, des jeunes. Des « de droite », des « de gauche ». Des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir défiler dans la rue, et qui avouent également que c’est quelque chose de nouveau pour eux.

Mille, puis cinq mille, dix mille, cinquante mille, puis près de cent mille.

Cet été, les travaux ont commencé. Le premier coup de pelle a déclenché une quasi-insurrection. Des gens se sont enchaînes à la vieille gare, ils se sont enchaînes aux arbres destinés à l’abattage. Des mamies et des papys ont brandi leurs cannes en direction des policiers. Des gamins en pagaille. Et le drame : la police perd un petit peu les nerf. Un homme y perd un œil. Des photos dramatiques déferlent sur les « une » des journaux du pays entier. Les canons à eau balayant des retraités et des enfants par dizaines.

Le patron de la DB [Deutsche Bahn, la SNCF allemande] s’oppose, pendant les semaines menant à tout ça à tout changement. À son côté, le premier ministre [du land]. Leur image est détruite. Les élections législatives du mois mars 2011 s’annoncent désastreuses.

Et surtout, surtout, le discours des gens change. Au delà le projet, ils mettent en question le gouvernement, et au delà, la gouvernance. Ils voient des hommes arc-boutés en faveur de leurs projets qu’on commence à décrire comme « personnels ».

En dernière extrémité, craignant encore une escalade, le premier ministre tente un « coup »  il annonce la nomination d’un arbitre. Le mot utilisé est « médiateur ».

Le coup semble au début osé, mais en fait relativement tordu. Très politique, en fait. En effet, le fossé entre les adversaires est tellement profond qu’on n’imagine pas très facilement une réconciliation. Et quel pouvoir a le médiateur pour faire annuler un projet chiffré à plusieurs milliards d’euros ? Le premier ministre a nommé comme médiateur un ancien sécrétaire général de son propre parti. Il s’imaginait jouer sur du velours.

Et voilà que, après à peine quelques heures de sa désignation, le médiateur crée une énorme surprise  il annonce un gel des travaux. La foudre aurait frappé le premier ministre qu’il n’aurait pas paru plus surpris. Lui, comme le président de la DB annoncent dans les minutes suivantes que non, les travaux ne seront pas gelés.

Mais, contre toute attente, le médiateur s’impose. Il parvient à obtenir un gel des travaux, mais demande en échange aux manifestants de rester chez eux. Et, autre surprise, il annonce que l’intégralité des séances qu’il va organiser sera diffusée à la télé. Et sur l’Internet. Et il prononce des mots très lourds. Il déclare que les temps de ce genre de façon de gouverner sont résolus. Finies les décisions prises en catimini dans les cabinets. Il se propose de faire le contraire de ce que les citoyens « attendent » des politiques  ouvrir les portes. En grand.

Le médiateur a, en cinq minutes, bousculé les fondements du régime. Il a peut-être commencé une révolution.

Il n’a, en fait, aucun statut officiel. Il n’a aucun pouvoir. Le projet est en fait bétonné  voté par la représentation élue. Et, de fait, le fossé entre les « pour » et les « contre », après un mois de dialogue de sourds, est toujours aussi béant. Et ça n’échappe à personne.

Mais, ce vendredi 12 novembre, la question que le médiateur n’a jamais directement posée est apparue au grand jour. Un « politologue » a osé la poser : quelle démocratie voulons-nous?

En fait elle est sortie un petit peu avant ça. Live. Le débat en était à une opposition entre le modèle allemand (ferroviaire) et le modèle suisse. Et un des experts « contre » a, en réponse à un argument de la DB qui lui disait que le projet avait été voté, figé donc, il a dit : « oui, mais en Suisse, les politiques sont décidées par les citoyens ».

Et, encore une fois, quel pouvoir a le médiateur ? Que peut-il faire ? Me en faisant abstraction du contenu des débats, si il valide le projet de la DB, la guerre reprend là où elle s’arrêtée. D’un autre côté, si il ne veut pas de ce projet, il ne peut pas dévalider les actions du gouvernement. Au pire, il peut appeler à l’organisation d’un référendum. Et le cadre législatif ne garantit pas qu’on puisse l’organise. Et en tout cas qu’on l’impose.

Alors pourquoi tout ça ?

Pour moi, tout ça, c’est surtout pour empêcher que ça puisse se répéter. Il ne va plus être possible de mettre en place des projets de cette taille sans une vraie consultation de la population concernée. J’en veux pour preuve les sondages d’hier dans le land de Baden-Württemberg : les verts, fer de lance des « contre », frôles les 50% d’intentions. Et le CDU, jusque là confortablement majoritaire est à moins de 25%. Les gens ne se décident pas en fonction de la gare, mais en fonction de la gouvernance. Ils n’ont appris le contenu du projet pratiquement au début des travaux. Les politiques n’ont pas fait leur boulot. Et les gens dans la rue commencent à dire qu’ils n’ont plus besoin de partis politiques…

Quelle démocratie veulent-ils ?

Alors qu’en quelques semaines, les associations et les gens intéressés ont monté de toutes parts un projet alternatif. Qu’au fil des séances, on voir le projet de la DB secoué, et le projet alternatif prendre de la crédibilité, les gens de Stuttgart se confortent apparemment dans leur idée que le pouvoir n’est pas dans les bonnes mains. Et les bonnes mains ne sont pas toutes vertes… Pendant que les acteurs s’envoient à la tête des statistiques et des chiffres, les spectateurs se posent la vraie question. Le gouvernement ne veut pas « être otage » de la rue. Mais quoi faire ? Apparemment, une grosse partie de la solution est le dialogue ouvert. C’est la voie choisie par le médiateur. Et elle va très probablement avoir des conséquences.

Le premier ministre a, imprudemment, ouvert la boîte de Pandore… Stuttgart est à surveiller de très près.

Je suis le petit centre chaud de ce monde…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 5 Nov 2010 à 13:15

J’écoute Street Fighting Years de Simple Minds. Et j’ai la rage.

Ce qui me dérange, c’est que cette rage devrait être permanente, et qu’elle ne l’est plus. Maintenant j’ai besoin de « déclencheurs ». Triste, dans un sens.

Notez que mon déclencheur du jour est au moins trois fois « platine », hein…

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore reconnu, je vous présente un homme, condamné par la justice de son pays (le mien, mais je n’y suis pour rien, promis !), toujours le premier au front quand il s’agit d’expulser des Roms (j’exagère; il est tout au plus le premier à se pavaner devant les caméras quand on expulse des Roms), qui vise (à ce qu’il paraît) la mairie de… *Vichy* (ça ne s’invente pas, ça…), qui —quand il se trouve quelqu’un pour lui demander s’il ne trouve pas tout de même un tout petit peu troublant, cette série de cambriolages visant des journalistes, tous travaillant sur l’affaire Bettencourt— déclare, sans rire, « ce n’est pas la Stasi ou le KGB« . Il est (encore) ministre de l’intérieur en France. Son nom : Brice Hortefeux.

Je n’en reviens pas. Depuis le 4 juin 2010, on a un type officiellement raciste a gouvernement. Je n’invente rien.

« Déclare Brice HORTEFEUX coupable de la contravention d’injure non publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine, en l’espèce les personnes d’origine arabe, commise à Seignosse dans les Landes, le 5 septembre 2009. »

J’aurais pu, en d’autres circonstances, avoir l’impression de tirer sur l’ambulance, notez. Surtout quand on a entendu le conducteur, se tenant le nez à pleines mains, expliquer que non, il ne parlait pas d’arabes, mais des… auvergnats.

Notez que je ne pense pas qu’il sera « officiellement » raciste longtemps. Ha ben oui, hein, il a fait appel, tout de même. Et il finira bien par gagner. Ou à nous le faire croire. tenez, déjà, il a encore la pleine confiance du président de la république. Ça prouve bien qu’il n’est pas raciste, non ? C’était un lapsus, voilà tout !

Et ses collègues le soutiennent aussi !


Hortefeux est-il raciste ?
envoyé par reportercitoyen. – L'info video en direct.

À ce rythme, c’est pratiquement rassurant d’avoir un peu la rage, quand on tombe sur la photo de ce type… et si je suis cambriolé, je demanderai à la police de chercher s’ils ne trouvent pas d’empreintes génitales

Vingt-huit ans plus tard…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 3 Nov 2010 à 10:48

C’était hier. À (un petit peu plus de…) vingt-huit ans près. Je raccompagnais Viola chez elle. Elle habitait (littéralement) au pied du mur. Pardon : du Mur.

Mais ce que j’ai ramené de cette promenade là, ce n’est pas le mur. Déjà, le mur, hein, je l’avais déjà vu. Difficile à rater quand on arrive dans le Berlin en 1982, le mur. Notez qu’il est pratiquement encore plus difficile à rater aujourd’hui, mais je m’éloigne de mon sujet.

Une partie de ce que j’ai ramené de cette promenade, c’est une cité. À prononcer à la française d’aujourd’hui, hein. Une CITÉ. Des immeubles qui m’écrasaient. Et je n’étais pas un débutant, hein : j’habitais à quelques centaines de mètres de Grand Vaux, et j’allais patiner à Évry le samedi soir. Les cités, je connaissais. Mais, cette soirée de l’été 1982, alors que je suivais une jeune fille qui marchait pieds nus, qui se trouvait être mon élève, j’ai été impressionné par la cité. Car pour arriver chez Viola, pieds nus ou pas, il fallait traverser Gropiusstadt.

C’était gris. Tout gris. C’était oppressant. Je n’ai pas aimé du tout.

Mais…

L’image que j’ai ramené de ma promenade, c’était des lapins qui faisaient papote tranquillement à Gropiusstadt. Je n’avais pratiquement jamais vu de lapins avant, mais les voir là, ça m’a marqué. De mon premier séjour à Berlin, outre Viola, j’ai ramené des images de lapins. Lapins à Gropiusstadt. Clic. Des lapins au Tiergarten. Clic. Des lapins passant devant les sentinelles (russes) du monument (russe) juste avant la porte de Brandebourg. Berlin, c’était Lapins City. Je ne pouvais absolument pas m’imaginer des lapins à Grand Vaux, mais aucun problème pour me rappeler des lapins de Gropiusstadt.

Je suis passé il y a quelques mois à Gropiusstadt, mais c’était l’hiver. Avec la neige, tout ça. C’était encore gris. Et froid.

Et, samedi, on avait décidé de montrer Gropiusstadt à l’ami Giorgio. Et là, surprise. C’était blanc, calme, plein de lumière et de verdure. Au point de me dire que je pourrais y habiter.

C’est une question de lumière, peut-être.

Démocratie live…?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 23 Oct 2010 à 22:45

Mon journal de la première session d’arbitrage dans l’affaire «Stuttgart-21»
Vendredi, entre 11:00 et 13:00

Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire auparavant, le projet «Stuttgart-21» suscite débat. Enfin, il a d’abord suscité des dizaines de manifestations, et a crée un climat tellement délétère que l’idée du débat s’est imposée. Le débat a été [enfin] *imposé*. L’idée de faire appel à un médiateur « impartial » a été adoptée.

Déjà, et il faut encore insister sur ce point, on avait là un processus démocratique. Les citoyens de Stutgart, la « révolte » des citoyens de Stuttgart était au moins autant due au manque de transparence, ou en d’autres termes de démocratie qu’au contenu intrisèque du projet. Les chiffres circulaient dans tous les sens, les statistiques, les affirmations… personnellement j’y perdais mon latin. D’autant que les diverses guerres se produisaient à travers la presse, la radio, mais il n’y avait jamais moyen d’entendre la partie adverse au moment où un dialogue aurait pu aider à comprendre…

Ce matin, sur deux chaînes de télé, et aussi sur l’Internet, le dialogue.

L’arbitre (pardon : le médiateur) a tout simplement imposé le dialogue. Il n’y connait rien en trains, logistique, probablement rien non plus en économie, mais il s’y connait en dialogue, et il est parti de l’idée que si il mettait les deux camps autour d’une table, il pourrait certainement se faire une idée du problème…

Je ne sais pas comment l’affaire va finir. Je ne sais même pas si l’arbitre aura le dernier mot en ce qui concerne le *contenu* du projet, mais le volet « démocratie » de l’affaire a définitivement été ouvert. À la mairie, comme il convient, sur la chaîne de télé régionale (publique), et sur la chaîne (publique) « culturelle » qui retransmet habituellement les débats du Bundestag, pour ceux qui, pour manque de cable ou de satellite ne pourraient pas capter de chez eux la chaîne régionale. Et pour (très) bien faire, le débat est également retransmis sur l’Internet.

J’ai allumé ma télé, et je n’en décroche plus.

D’un côté, la Deutsche Bahn et le gouvernement du Land de Baden-Würtenberg (pro Stuttgart21), de l’autre hétéroclite coalition « citoyenne » (contra Stuttgart-21). Et au milieu, Geißler.

Ne nous mécomprenez pas : coalition hétéroclite ne veut pas dire qu’elle n’est pas tout autant bardée de diplomes et d’experts avec des titres impressionnants que les autres. Et pour être honnête, je m’attendais à une guerre de chiffres pure et dure, entre deux camps sérieusement entraînés. Et là je comprends vraiment en quelle mesure ce dialogue est un véritable exercice de démocratie. On devrait faire traduire ce débat et le montrer dans toutes nos « démocraties ».

Car ce matin, j’ai assisté à la première bataille. Entre une bande de « Pappnasen » [je me germanise, moi… un Pappnase (« nez de carton ») est un type qui parle bien et beaucoup, mais qui ne dit pas grand-chose d’utile] et des types déterminés, préparés et armés en conséquence. Les politiques « classiques » du gouvernement brassent du vent, mais ne répondent pas vraiment aux questions précises et visiblement génantes de leurs adversaires.

Il est l’heure pour tout le monde de manger…

Vendredi soir

C’est parti. La vraie « discussion » est lancée. Expert contre expert, chiffres contre chiffres. Pendant des heures. Chaque camp à sa tête un (contra) ou deux (pro) « tête ». Ils sont restés en retrait au début de l’après-midi. Jusqu’à ce que la tête des contra ouvre le feu. Il résume ce qui vient d’être dit, et pose une simple question. Le genre de question qui fait peur à tout politique. C’est la bombe atomique dans un débat  : tant qu’on n’a pas sa réponse « oui ou non », on répète la question. Ambiance.

Au début, les pro ont tenté de réponse avec d’autres experts. Comme la question ne cessait pas de leur revenir dans la figure, leur « tête » politique a dégainé. Le ton a franchement changé.

Naturellement, tout ça a été un dialogue de sourds, dans un sens. Mais même moi, plus clampin que le plus clampin, j’ai pu me faire une idée du pourquoi du comment du conflit qui a mis Stuttgart à feu et à sang. Littéralement.

Samedi soir : Mes conclusions
Les protagonistes : côté « pro », pas de surprise. Des experts qui ont la tête qui va bien. Ils présentent impeccable, et parlent clairement. Parfois, quand on les contredit, certains sont agressifs, au point que Geißler a du en calmer un. En ce qui concerne leurs « têtes!, celle de la Deutsche Bahn est très sympathique. On a envie de le croire, quand ses yeux rieurs émergent au-dessus de ses lunettes de lecture. Il a certainement une poignée de main très agréable. Je devine sans problème pourquoi il a été envoyé là. Lui semble, de temps en temps, d’en douter. Et dans ces moments entre en action la « tête » politique. La tueuse à gages. Elle a un langage corporel qui me fait peur. Elle flingue tout ce qui bouge. Elle a même essayé d’intimider Geißler… bonne chance.

Les protagonnistes : côté « contra », là le 16/9 de ma télé ne suffit pas à couvrer le spectre. Du jeune d’à peine vingt ans, avec une écharpe rose, un badge « oben bleiben », à peine d’âge de se raser à deux retraités, les mains tremblantes. Hétéroclite est un terme à peine suffisant. Ils bafouillent, se mélangent, mais malgré tout ça, ils convainquent. Et à leur tête, le maire d’une ville du coin, pas la quanrantaine. Il est calme, et on lui confierait les clés de la maison. Mais quand il parle… tout est précis, trés, *très* bien tourné. Le type que je ne veux jamais à affronter dans un débat.

Geißler : Il sait où il veut aller. Je ne suis pas certain qu’il est sûr d’y aller. Il a lancé ce qu’il appelé « un prototype de nouvelle démocratie », et j’ai envie de le croire. Mais il faut attendre et voir.

Aujourd’hui, à Stuttgart deux manifs. Les « pro » (10 000 personnes) et les « contra » (70 000 personnes).

Personnellement, ce genre de débats devrait être obligatoire pour les gros projets. Ou les réformes de retraites. Deux adversaires, un arbitre, et des caméras. Histoire de vraiment *savoir* pourquoi on est « pour » ou « contre », déjà. Quant au résultat de l’arbitrage, c’est le prochain chapitre de l’histoire.

Grèves, etc.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 19 Oct 2010 à 12:49

J’ai quitté la France il y a presque dix ans, et ça fait huit ans que je n’ai pas entendu un coup de feu ou le moteur d’un blindé. Et je vis maintenant en Allemagne : l’idée d’une vague de grèves et de manifestations à l’échelle nationale, j’ai déjà oublié ce que c’est.

Attention, ne pas croire qu’on ne manifeste pas en Allemagne, hein ! Ou que la population se fout de tout. Ce ouikende, par exemple, les nazillons voulaient faire une manifestation. Ils l’ont déclarée, et l’ont vue acceptée. Et les habitants du quartier ont également déclaré une contre-manifestation, et l’ont vue acceptée. Donc, le jour venu, quelques centaines d’imbéciles non, de néo-nazis, non-non, de jeunes « identitaires » se sont pointés à Leipzig, se sont vus *très* rapidement encerclés de policiers, lesquels ont été tout aussi rapidement encerclés par quelques milliers de contre-manifestants, et la manifestation d’origine a rapidement été dissoute, et on n’en a plus parlé.

Notez, ça ne se passe pas toujours aussi bien, hein. Mais, et c’est mon propos, on manifeste en Allemagne. Surtout quand il s’agit de politique.

On peut aussi manifester quand la cause est plus économique que politique. Hier, par exemple, à Berlin, il y a eu plusieurs milliers de manifestants contre le tracé des vols du futur « grand aéroport » de Berlin-Schönefeld. Ou bien quand la frontière entre politique et économique est floue, par exemple contre les Castor.

Maiiiis nooooooooon. Les Allemands ne défilent pas dans la rue contre les castors, ces magnifiques mammifères à queue plate (il y en a plein, à Berlin et dans les alentours). Pour l’Allemand, un Castor est un container rempli de saloperies radioactives. Les Castor se déplacent seulement en groupes, sagement alignés à la queue-leu-leu, sur des rails. À date fixe, ou au moins annoncée. Et à chaque fois, c’est la guerre.

Donc, encore une fois, ne faites pas l’erreur de croire que les Allemands restent à la maison devant Derrick. Chaque lundi, depuis des mois, Stuttgart manifeste.

Une manifestation, c’est généralement un acte politique, basé sur un problème « politique ».

Mais une grève ? Une grève, c’est généralement une « arme » utilisée dans un conflit économique. Et ne croyez pas non plus qu’en Allemagne on ne fait pas la grève. On la fait même de plus en plus, mais je parlerai de ça plus tard.

Un conflit économique, c’est souvent un problème de salaire. Et comme il n’y a que relativement rarement des grèves en Allemagne, la question est légitime : pourquoi ? Les Allemands sont tout bien payés ? Ou bien n’ont-ils pas le droit de faire grève ? Ou bien n’ont-ils pas le courage de faire grève ?

La réponse est très probablement pratiquement incompréhensible pour un Français. Car la réponse est généralement : la grève n’est pas nécessaire.

En Allemagne, les salaires sont négociés chaque année. C’est dans la loi. Et pas seulement dans la fonction publique, hein. Les emplois appartiennent (j’en parle plus tard) à un « tarif », et ce tarif est négocié périodiquement. Entre l’employeur, ou plutôt entre les représentants des employeurs de telle ou telle branche et les syndicats. On discute, on discute, dans le cadre de la loi, et donc il n’est que rarement besoin de grève.

Notez que les Allemands n’ont pas peur de se mettre en grève. Les syndicats leur paient leur salaire pendant la durée de la grève. La grève est pratiquement une arme atomique, tant qu’il s’agit de salaires.

Maintenant, en ce moment, (voilà, c’est là que j’en parle) la politique se mêle d’économie, à moins que ce ne soit l’inverse, et les règles changent. L’emploi massif du travail temporaire (non assujetti à un « tarif »), dans un sens, et, dans l’autre sens depuis la chute du Mur la création de syndicats « politiques » (lire : moins liés à leur branche économique) économique brouille les cartes en ce qui est de la revendication « économique ». Les politiques permettant la création d’un sous-prolétariat, voire même créant eux-même un sous-prolétariat, et certains politique (tel verd.i) se muant en bras « armé » d’un parti politique (die Linke) [pour les non-germanophones, verdi.i se dit CGT, et die Linke PCF, période Georges Marchais] agitent le monde du travail salarié.

Mais tout de même, encore aujourd’hui, une grève est symptomatique d’un échec. L’échec du dialogue démocratique.

Et ça, c’est vrai également en France.

Une grève dans une entreprise, signifie généralement un échec de dialogue. L’Allemagne a eu la bonne idée de mettre tout ça dans ses textes de lois. La France, moins.

Une grève générale, c’est l’éclatant échec du dialogue démocratique à la Française. Alors que l’article « grève générale » sur la page allemande de Wikipedia nous ramène à… 1920.

Ce qui se passe en France en ce moment ressemble à une grève générale en gestation.

Et, comme je vous le disais, ça annonce l’échec du dialogue démocratique. Si c’était dans une entreprise, on pourrait mettre ça sur le dos du patron. Dans le cas d’un état… suivez mon regard !

Sans commentaire…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 16 Oct 2010 à 02:45

Allez : un petit commentaire, tout de même. Vers la fin de cette magnifique vidéo, (à 8:23, si vous êtes pressé), en guest star, une de « nos » (lire : habituée de Berlin) petites préférées : la 18 201. Merci à celui qui nous a offert ce montage.

Stuttgart 21 : pourquoi est-​​ce que ça devrait nous intéresser ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le ven 15 Oct 2010 à 08:31

C’est quoi, Stuttgart 21 ?
La ville de Stuttgart est la capitale du land de Baden-​​Württemberg. Un bastion du CDU depuis la création de l’Allemagne d’après-guerre. Depuis quinze ans la DB [la SNCF allemande] travaille sur un projet énorme : faire passer la gare de Stuttgart au sous-sol. et les travaux ont débuté en juillet. Durée des travaux : des années.

Pourquoi Stuttgart 21 ?

  • sans ce projet, Stuttgart et le Land seraient désertés par le trafic ferroviaire international « rapide »
  • le temps de voyage entre Stuttgart et Ulm serait réduit de moitié
  • 4000 emplois. Le terrain dégagé sera constructible : un nouveau quartier
  • Les espaces verts seraient aggrandis, ainsi que la qualité de vie
  • la ligne Paris-Budapest, enfin…
  • confort des voyageurs (passage de 16 quais à 8, etc.)
  • l’aéroport et les centre de congrès seront reliés à la ligne rapide d’Ulm

Jusque là, rien à dire… ou bien… voyons ce que disent les adversaire :

Pourquoi PAS Stuttgart 21 ?

  • le prix dérape sans fin. Jusqu’où ? Ils réclament plutôt des écoles, et un effort au niveau santé et social
  • une « mise à jour » de la gare actuelle couterait beaucoup moins cher
  • rien n’empêche les connexions envisagées en surface
  • une grande partie de la gare actuelle est « monument historique ». Pourquoi la détruire ?
  • les arbres (au moins centenaires) vont être abattus
  • le nouveau quartier sera un quartier « à riches »
  • on soupçonne certains membres du gouvernement [du Land] de conflit d’intérêt : beaucoup d’argent va circuler

Le projet a des adversaires depuis le premier jour. Cela dit, il a été décidé « à la régulière », en suivant les procédures habituelles. Donc, dans un pays où les conflits se gèrent normalement plutôt bien, pourquoi depuis maintenant trois mois de manifestations quasi-quotidiennes, dans un climat de plus en plus tendu ?

Les adversaires sont divers. Tellement divers qu’il est impossible de les différencier à la population. « Tout le monde » est contre. Des lycéens, des chômeurs, des gens avec emploi, des mères au foyer, des retraités… tout le monde. De plus, le caractère pacifique de toutes ces manifestations exclut la caractérisation « classique » qui veut que les manifestations sont pleines de « manifestateurs professionnels » violents. Comment casser une telle dynamique ? Une —et une seule— manifestation a dégénéré : entre cent et quatre cents blessés, utilisation des canons-pompes. Les gamins comme les mamies balayées comme des fétus de paille. Un *grand* succès populaire.

En fait, cette manifestation est visiblement un tournant. Un tournant d’une ampleur pas encore totalement révélée, mais déjà très importante.

Ce 30 septembre, la DB et le gouvernement ont appuyé sur deux boutons très importants. Un procès en référé avait été institué contre l’abattage des arbres du parc du château. La DB le savait, naturellement, mais a tout de même ordonné l’abattage. Ça a duré toute la nuit. Pendant la manif, pendant que des centaines d’ambulances tournaient, sous les projecteurs, les tronçonneuses ont travaillé. Seulement au matin l’abattage a cessé. 25 arbres (énormes, centenaires) sur le carreau. Et, remarquable coïncidence, la zone élaguée correspond en gros à la surface nécessaire pour un autre chantier, vital pour le projet.

Le second bouton, est naturellement, la violence. Naturellement, les deux camps se rejettent la faute. Cela dit, l’usage des canons-pompes contre une « foule » apparemment pas préparée à une action violente (à l’exception des vieux à cannes…?), vous imaginez sans problème le résultat : un désastre médiatique. On a pu voir des photos très dures, dont celles d’un homme dont les yeux lui pendaient hors des orbites, sanglantes. Depuis, dans les manifestations, des centaines se maquillent les yeux en rouge et noir. Ambiance.

Pourquoi ça devrait nous intéresser ?
Le phénomène « contestataire » est en train de changer, en ce qui concerne Stuttgart 21. D’une contestation « documentée », où les slogans étaient « sur mesure », on est en train de passer à une contestation « de système ». On s’en prend à « la politique », et aux politiques. À Berlin, des discours que j’ai entendus (et compris…), je retire des phrases du genre : « on n’a plus besoin des partis politiques », ou « la manière est inacceptable ». Aux noms de Mappus [premier ministre du Land] et Grube [président de la DB], on ajoute maintenant le nom de Merkel [chancelière, fédérale]. Le discours change, et, je crois, se radicalise.

Le médiateur a réussi hier [jeudi] soir à faire le dialogue s’entamer. Nouveauté : à la demande des opposants, les discussions seront retransmises en direct sur l’Internet. C’est une victoire pour la démocratie directe, dit Geißler [le médiateur]. La transparence et la crédibilité de sa mission renforcent son autorité d’arbitre.

Les discussions auront lieu entre deux équipes d’experts de chaque camp. Geißler aura accès à chaque pièce du dossier. Mappus sera de la partie (dans le camp « pour », naturellement). Il est prévu que le chantier crucial (il s’agit de « protéger » les tunnels à creuser de l’eau), celui au site duquel les arbres ont été abattus, sera arrêté pendant les discussions. À ce sujet, à l’heure où j’écris (00:39…) le procès en référé semble tourner assez mal pour la DB : le juge l’accuse d’avoir dissimulé des pièces… la DB savait que qu’un insecte menacé vivait dans ces arbres.

Stuttgart 21 *est* vraiment intéressant. Comment un projet multimilliardaire peut être gêné, voire stoppé par de simples citoyens.

Et en France ?
Simple : 3,5 millions de personnes dans la rue sans effet.

Vous voyez ce que je veux dire ?

« Oben bleiben »… Stuttgart 21 : le médiateur est arrivé. Ou presque…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 11 Oct 2010 à 23:12

Quel feuilleton ! On ne pourrait presque pas imaginer mieux. Jeudi, ou vendredi, je ne me souviens pas exactement, le premier ministre Mappus, après avoir tenté d’embaucher Joachim Gauck comme médiateur, lequel a, pas fou, immédiatement botté en touche. Mappus, en recherche d’une personnalité incontestable, a ensuite choisi de s’adresse à Heiner Geißler. Et lui, peut-être pas totalement réveillé, à dit : « oui ».

Le Geißler est pourtant un vieux renard. Tiens, pour ceux que ça pourrait intéresser, en allemand, un vieux renard ce dit « ein alter Hase », c’est à dire un vieux lièvre. Je le vois de temps en temps à la télé, dans des débats à thématique « sociale ». Ancien secrétaire général du parti le plus conservateur (CDU) pendant une dizaine d’années, il est en général, pour ce que j’en comprends, quand il est opposé à des « socialistes » (SPD) ou des gens de « die Linke », il est le seul vrai « social » du plateau. Il ne fait pas d’effets de manches, et me fait régulièrement penser que c’est vraiment dommage que je sois pas de droite. Il parlement rarement, et jamais pour ne rien dire. Il n’hésite pas à contre-courant de son parti, et en fait je le voyais relativement bien « casté » comme médiateur.

Et donc, le vieux Geißler prend son bâton de pèlerin, et histoire de calmer les esprits, il commence par une déclaration très « Geißleresque » : il annonce, en direct à la télé, que pendant qu’il fait son boulot, les travaux sont arrêtés. En fait c’est plein de bon sens. Difficile de discuter entre les manifs et les tronçonneuses…

Et patatras.

À peine une heure plus tard, Mappus et le patron de la Deutsche Bahn se précipitent devant toute caméra passant dans leur champ oculaire, et bredouillent que non, il n’en est pas question, mais qu’est-ce que cette affaire, les travaux continuent.

Deux jours de confusion dans les médias, que je comprends parfaitement. La question a été, tout le ouikende, de savoir qui a dit quoi, et surtout est-ce que Geißler va racrocher…

Pendant ce temps là, à Stuttgart, plus de cent mille personnes sont descendues dans la rue. Histoire que tout soit clair.

Les politiques nationaux se font discrets. Ils ne veulent se faire prendre entre le marteau et l’enclume. À part l’ineffable Guido, lequel, est naturellement, un défendeur du projet Stuttgart 21. Son parti était descendu de telle façon dans les sondages qu’il peut se le permettre. La chancelière Merkel doit, elle, encore se mordre les doigts d’avoir pris position la semaine dernière.

Aujourd’hui, lundi, le boxon continue dans la presse. Arrêt des travaux ou pas ? Ce soir, devant le siège de la Deutsche Bahn, Postdamer Platz (dont je ne dirai *jamais* assez la laideur intrinsèque de cet ancien cœur de Berlin transformé en… trottoir d’autoroute, ou quelque chose de ce genre là), Schwabenstreich, c’est à dire manif. Un petit plus de monde que mercredi dernier, moins que mercredi prochain.

Oben-bleiben, oben-bleiben… C’est maintenant le slogan quasi officiel du mouvement d’opposition à Stuttgart 21. C’est le refrain de l’hymne quasi-officiel du même mouvment. Vous pouvez, si voulez, jeter un œil. C’était au mois de mai, et regardez dans les plans larges la taille de la foule, à la fin du clip… elle ne cesse plus de grandir.

Oben bleiben. Rester en haut.

Ce soir, Le patron de la Deutsche Bahn annonce qu’un arrêt des travaux est impossible. Pour raison financière. Oben bleiben, ou dans le mur… il semble avoir choisi.

Un petit peu de calme…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 10 Oct 2010 à 10:30

Hier, très chouette balade en forêt. Enfin dans le parc du château de Tegel. Il faisait beau, tout était paisible… juste du bonheur.

Le château a l’air beaucoup plus grand qu’il ne l’est. Joli truc d’architecte. C’est le château de la famille Humboldt. Dans le parc, on trouve le second des plus vieux arbres de Berlin, pas très loin du plus vieux, la « Grosse Marie« , laquelle est tout de même *beaucoup* plus vieille (soi-disant plantée en… 1192 !!).

Dans le parc, toujours, des vaches d’une élevage « bio ». C’est toujours aussi surprenant pour moi d’être dans des cadres tels à peine cinq minutes de marche d’une station de métro. Berlin est… Berlin.

Vendredi, la ville était un petit peu tendue : un match de qualification pour entre Allemagne et Turquie, alors que Berlin est la plus grande communauté turque hors de Turquie et que le climat est un petit peu… chargé (merci monsieur Sarrazin !). Eh bien rien. Pas l’ombre d’un problème dans le stade, ni dehors. Même la presse « tabloid » nous raconte —la larme à l’œil— que les jeunes « turcs » (tous de nationalité allemande comme turque), dans le stade et là où le match était diffusé sur écrans géants, ont massivement chanté les deux hymnes nationaux, dans les deux langues.

Sinon, j’ai réussi hier soir à bricoler les archives de mon « Mille vingt-quatre pixels« . Le système précédant ne se prêtait pas du tout à une consultation. Je trouve ça plutôt pas mal. Jetez-y donc un œil… Je n’ai plus qu’à trouver comment franciser ça, mais je suis bien content.

Stuttgart 21 : une leçon de démocratie appliquée…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le jeu 7 Oct 2010 à 05:59

En Allemagne, ça fait un bon mois que Stuttgart-21 réside sur les couvertures des gazettes. L’affaire évolue en ce moment, d’une affaire principalement régionale à une affaire définitivement nationale.

Au début, Stuttgart-21 était la dernière « géniale » idée du patron de la Deutsche Bahn (la SNCF locale). Une gare souterraine ultra-moderne de 8 voies pour remplacer, à Stuttgart, la gare « traditionnelle » à 16 voies. Stuttgart (la gare) est pour le moment une gare genre Gare de l’Est (ou en fait comme toute gare parisienne) : un cul de sac. Alors que Stuttgart-21 (21 comme le siècle) ne le sera plus. On devait y gagner du temps (oh, dix minutes…) sur certains trajets. La gare devrait être une étape importante, stratégique, bla-bla, etc. Ah oui, ça sera cher, et le centre ville devra s’habituer aux engins de construction pour… oh… à peine dix ans. Une paille.

Je ne sais pas exactement depuis combien de temps les habitants de Stuttgart se battent contre ce projet. Moi, habitant Berlin, je ne connaissais même pas ce projet jusqu’à ce qu’il atterrisse sur les pages « une ». Ça a commencé le jour où ils ont commencé à détruire une partie de la gare actuelle. Construite en 1918, classée monument historique. Ou plus exactement le jour où des habitants de Stuttgart ont commencé à s’enchaîner à leur gare. À grimper sur la façade. C’est ce jour là que la lutte est devenue visible.

Dans la ville, les manifestations s’enchaînent. Les chiffres gonflent. Jusqu’à jeudi dernier : plus de 50 000 personnes. Ce jour là, les ouvriers ont commencé à abattre les arbres du parc. Des arbres au moins centenaires. Stuttgart est fâchée. Et jeudi, la police a perdu les nerfs. Entre 100 et 400 blessés. Un des manifestants a perdu la vue. On a vu des scènes oubliées en Allemagne : des canons à eau balayant la foule, des gamins, des vieux. Et les ouvriers ont travaillé de la tronçonneuse toute la nuit…

Au début, dans la presse, le discours de la DB, relayé par le gouvernement du Land de Baden-Württemberg, était simple : « on s’en fout ». Le projet est une priorité absolue pour la DB, pour le Land, et pour la ville. On de discute pas avec les manifestants, et on n’interrompt certainement pas les travaux. Point.

Maintenant, tous ces gens tranquilles ont l’impression que leurs bureaux feutrés ont été subitement déménagés dans une zone de guerre. Ils sont bombardés de tous les côtes. Les procès pleuvent. Les sondages s’effondrent. Une catastrophe au niveau image. Et, pire : le front s’étend.

On voit les manifestants réutiliser les slogans et les techniques utilisées contre la RDA, et ça, pour un politique allemand, c’est le scénario-catastrophe. Depuis au moins un mois, à Stuttgart, chaque lundi, on manifeste. Sur les pancartes, « nous sommes le peuple ». Dans le bureau du premier ministre de Baden-Württemberg, monsieur Mappus, ça sent la sueur et la panique. Il propose des négociateurs. Il a annoncé qu’il arrête le démolissage de la gare d’origine, il veut discuter.

À Berlin, dans le bureau de madame Merkel, chancelière, c’est la même odeur. Sa majorité ne survivrait pas à une défaite en Baden-Württemberg. Et cette défaite s’annonce. Elle ne veut surtout pas devoir s’en mêler. Pour combien de temps ?

À Berlin, on commence à manifester. Depuis hier. Chaque mercredi. « Nous sommes le peuple ».

Oh, il n’y avait pas grand monde. Une petite centaine de gens. On verra bien la semaine prochaine. Mais l’Allemagne ne supporte plus ce genre de gouvernance. Si les Berlinois s’y mettent, c’est naturellement par solidarité. Mais pas seulement. Les discours d’hier soir étaient souvent destinés aux politiques nationaux. Sur l’air « change de ton ».

Comme en Argentine, comme un Islande, les gamelles apparaissent dans les manifs.

Et madame Merkel n’est tout de même pas un Sarkozy. Elle n’a pas de boucs émissaires à déporter.

Je vais suivre ça de près. La démocratie, loin des discours fatigués, dans la rue.

Quand l’hôpital se fout de la Charité…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 1 Oct 2010 à 17:20

Haaaa, les bonnes nouvelles ! Ça nous permet de nous distraire de ces interminables tirades au sujet de Hartz IV. L’économie allemande VA BIEN ! Regardez, par exemple le chômage… en baisse ! On prévoit qu’en octobre, le chômage sera de moins de trois millions ! Le meilleur résultat depuis trois ans !

C’est pas magnifique, ça ?

L’allocation versée par Hartz IV, c’est à dire le revenu minimal, celui en-dessous duquel la constitution allemande n’est plus respectée, car les valeurs « humaines » de base ne sont plus acquises. Et vous savez combien de personnes touchent cette allocation ?

Plus de six millions. Plutôt sept que six.

« Hola ! », s’écrie en vous le lecteur attentif. « Mais il n’y a que trois millions de chômeurs ! »

Bien vu ! En effet, le nombre de gens qui reçoivent ce revenu minimal est double de celui des chômeurs. Bon, il faut affiner un petit peu… Disons que de ces 6 876 886 personnes, pour faire une comparaison plus juste avec le nombre de chômeurs il faut enlever les enfants. 1 772 233 enfants perçoivent aussi Hartz IV. Donc, au soulagement général, le nombre d’adultes, donc de chômeurs putatifs, n’est plus que de 5 104 651, à comparer aux 3 millions de chômeurs officiels.

« Hola ! », m’écrie-je. J’oubliais les *autres* chômeurs. Il y a deux types de chômeurs en Allemagne. Comme en France, j’imagine. Hartz IV concerne les chômeurs « en fin de droits ». Mais il y a des chômeurs qui reçoivent « le chômage », le vrai. Nombre qu’il faudrait également prendre en compte si on veut avoir un idée de ce qui se passe, dans la vraie vie. Ce nombre, c’est 2 082 000.

Ha. La vie rose statistique en prend un coup. Car il y en a d’autres, des « niches » statistiques. Que croyez-vous que les services communaux sociaux font de leurs journées ? Je ne sais pas combien de gens qui, ayant pour une raison ou une autre perdu le droit à Hartz IV vivent de l’aumône des services sociaux.

Donc : 3 millions de chômeurs, résultat exceptionnel. Dans la vie rose statistique. Mais il faut, passeport dans la vraie vie, ajoûter au moins 5 millions de personnes, et très probablement beaucoup plus que ça qui forment une sorte de sous-prolétariat… dont un certain nombre *travaillent* !!

Eh oui. Il y a des gens qui touchent Hartz IV malgré le fait qu’ils ont un emploi. Ben oui, hein, imaginez-vous les finances d’une femme seule avec un gamin qui touche 400 euros par mois derrière sa caisse chez Aldi. Si vous croyez que ces 400 euros lui font passer le mois, avec loyer, chauffage, les couches du chiard, hein… sans parler de manger.

Aujourd’hui, Helmut Kohl, le « papa » de la réunification allemande, est sorti de son long silence. À la veille du vingtième anniversaire de la réunification, il avertit son parti (celui aussi de notre Bonne Mère à Tous, Angela Merkel) de la scission imminente de la population entre riches et pauvres, entre travailleurs et chômeurs, entre ceux qui cotisent et ceux qui reçoivent (Hartz IV), entre éduqués et non-éduqués. Entre Allemands.

Des mots très durs.

Des mots trop vrais.

Nos politiques entendront-ils le réveil qui sonne ?

NdT : Charité est le nom du CHU de Berlin. Amusant, non ?

Démocratie sociale…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 28 Sep 2010 à 09:54

Dans toute « démocratie », on discute. C’est pratiquement la définition du truc entier. On discute.

Dans une « démocratie sociale », on discute des pauvres.

C’est chouette, non ?

En théorie, oui; en Allemagne, non. Car en Allemagne, la discussion n’en est une qu’en apparence, et en plus le sujet de la « discussion » est plutôt de savoir à quelle sauce les pauvres vont être mangés plutôt que « les pauvres » en tant que tel.

L’objet du « débat » est la fameuse loi « Hartz IV », celle qui s’assimile en France en gros au RMI. Cette loi a été retoquée par la cour constitutionnelle, notamment car les calculs du montant de l’allocation versée ont été jugés « arbitraires » et, pour être honnête, pas vraiment clairs.

En fait le sujet du débat du jour est limité au montant. La transparence des calculs, hein… on verra tout ça quand la loi aura été retoquée à nouveau. J’ai déjà vu ça. Le jugement de la cour constitutionnelle donne deux ans au gouvernement pour présenter un texte conforme. Deux ans de gagnés. Et puis on recommence. Et puis on recommence…

Le chiffre du jour : 5 euros. C’est le montant de l’augmentation décidée par le gouvernement.

Donc, l’heureux pauvre va recevoir, chaque mois, 463 euros par mois (plus loyer et chauffage). Enfin en théorie.

De plus, l’heureux pauvre, histoire de recouvrer un petit peu de dignité, il pourra se voir proposer un job. Généralement, ce sera un de ces fameux « job à un euro ». Montant déductible de l’allocation. Et si il refuse de travailler pour un euro (brut, à l’heure) pour recouvrer sa dignité, l’heureux pauvre pourra perdre tout ou partie de son allocation. Naturellement, ces jobs ne sont pas les plus excitants. Cantonnier, laveur de graffitis, ce genre de trucs.

L’heureux pauvre en quête de dignité pourra peut-être trouver un boulot plus excitant. On en trouve beaucoup, des jobs, sur le marché. Le salaire ? Ah, ne mégotez pas, hein. Il s’agit de dignité, tout de même. 400 euros par mois. L’employeur est naturellement subventionné. Grassement. La dignité, c’est important.

463 euros par mois. Ou plus exactement :

Alimentation : 128,46 euros par mois. Oubliez les fruits, les légumes frais, barrez de votre carnet d’adresse tout commerce d’alimentation genre « boucherie », « crèmerie », voire « boulangerie ». Allez donc voir chez Aldi comment ça se passe. Mmmmmmh, que c’est boooooooon ! On en mangerait ! Regardez tout ce que pouvez acheter pour 4,12 euros par jour ! Et même un petit plus en février !

Temps libre : 39,96 euros. Merci ! Les pauvres peuvent donc maintenant avoir un budget « temps libre » ! N’est-ce pas généreux ? Ne voyez-vous pas la lueur dans les yeux des enfants de pauvres ? Notez tout de même que les enfants n’ont droit qu’à une partie de l’allocation. 39.96 euros, c’est le tarif adulte.

Téléphone / Internet : 31,96 euros. Pour ce prix là, j’ai une ligne Internet à 16 Mo, et une flatrate téléphonique, donc en gros, ça passe.

Vêtements : 30,40 euros. Condamnés aux vêtements au rabais, et donc naturellement à la qualité qui va avec. donc renouvelables. Souvent. Et on se demande pourquoi les pauvres ont une tendance à porter le survêtement…

Je ne vous fais pas la liste complète, hein, sinon je suis obligé de m’apeser sur les 1,39 euros dédiés à la formation.

Voilà pour le côté « social ». Je pourrais vous raconter des tas d’histoires vraiment sordides, telles que celles de gens obligés de déménager si ils ont la chance d’avoir un appartement trop grand (45 m² pour une personne seule, plus 15 m² par personne supplémentaire *théoriquement*, mais en fait au bon vouloir de l’employé du JobCenter « compétent »), même si le loyer est inférieur au plafond indiqué dans la loi.

Maintenant voyons la « discussion ». Les pauvres coûtent cher. En plus ils picolent. Est-ce qu’on ne pourrait pas rabioter un petit peu ? C’est vrai, quoi ! Ce sont tous des fainéants, majoritairement étrangers (pire : *musulmans*), il est pratiquement impossible de les éduquer. Est-ce que *mes* impôts à moi doivent servir à ça ?

C’est un résumé grossier, bien que —à mes yeux— bien moins grossier que la plupart des arguments que j’ai pu lire ici ou là. C’est à lecture de ces discussions que je me rends compte que la société est en train d’exploser sous les coups de boutoir de l’idéologie « libérale ».

La preuve  ? Simple : il leur a fallu un petit peu moins de dix ans pour obtenir une société dans laquelle personne ne se choque de l’emploi de l’expression « base de 400 euros mensuelle » ou « job à un euro à l’heure », et où les politiques discourent en public sur l’injustice faite aux heureux bénéficiaires d’un boulot (subventionné) à 400 euros par mois alors que ces salauds de chômeurs peuvent avoir jusqu’à 463 euros.

Le débat n’a naturellement jamais eu lieu : le gouvernement a pris sa décision, point barre. Ah, pour être totalement honnête, il y a eu débat au sein du gouvernement entre ceux qui pensent qu’ils pourraient s’en tirer avec moins de 5 euros d’augmentation et les autres. C’est tout de même la cour constitutionnelle qui a requis un recalcul, hein.

Et puis quoi, en Allemagne aussi, on a des restaurants du cœur ! Vous voyez qu’on les aime, nos pauvres…

Amateurs !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 24 Sep 2010 à 07:39

Ah, ces ministres Allemands ! Quand il s’agit de faire de l’économie, ils sont forts. Et quand il s’agit d’embêter Notre Président Chéri, ils sont forts.

Mais quand il s’agit de se maintenir au pouvoir dans l’adversité, nous, Français, nous avons visiblement des leçons à leur donner. Ils se comportent comme des amateurs ! Regardez le cas Speer, par exemple…

Speer était, encore hier matin, ministre de l’intérieur du Land du Brandebourg. Et ça faisait des années qu’il faisait du « paysage politique ».

Moi, j’habite à Berlin depuis 5 ans. Et même si je ne peux pas promettre que j’accorde une priorité dans mes lectures quotidiennes aux affaires politiques brandebourgeoises, je garde un œil sur les gros titres de la presse. Et je suis à peu près certain que j’ignorais —jusqu’à hier matin— qui était le ministre de l’intérieur du Brandebourg.

Mais hier matin, le nom de Speer m’a sauté au visage : j’apprenais que Bild, un *grand* journal (grand par le tirage, hein, parce que le contenu… vous savez ce qu’il faut penser d’un journal qui affiche les seins du jour en page 3), portait plainte contre le ministre Speer. Il s’opposait, a priori, à un jugement obtenu par Speer. Speer voulait interdire à Bild de publier son papier, lequel semblait avoir été consacré à sa vie privée.

Honnêtement, je ne sais rien de cette affaire. Ce que je veux dire, c’est qu’elle ne faisait pas les titres de la presse nationale depuis trois mois (pensez à « Woerth-Bettencourt », par exemple). En survolant les titres de la presse de ce matin, il me semble qu’il s’agit d’une affaire d’enfant illégitime, et peut-être d’un petit peu d’argent public devenu curieusement privé. La gamine aurait été élevée au frais du contribuable. Rien donc, *rien* qu’on puisse comparer à l’affaire, ou les affaires « Worth-Bettencout », « Woerth-Wildestein », « Woerth-Champigny », « Woerth-De Maistre », etc.

Et pourtant…

Donc, ce matin, un petit peu avant midi, je vois la « couverture » de Bild (sur le net…). Un pavé noir, et dedans,avec un caractère gras et blanc, l’article de la constitution concernant la liberté de la presse. Et Bild annonçait sa plainte en référé. Sur ce, nous partons chez les parents de Viola. Et aux alentours de 5 heures, nous apprenons la démission de Speer.

Non mais tout de même, quel amateur ! Juste quelques minutes avant que le juge des référés annonce qu’il cassait le jugement qui empêchait Bild de publier son article, le père Speer s’amène en conférence de presse, annonce qu’il démissionne, et se barre. Vous appelez ça un homme politique, vous ?

Il a pourtant une tête d’homme honnête (© Woerth), Speer. Et il a le soutien de tous ses collègues du gouvernement. Son premier ministre le regrette déjà. Et à la télé, un micro-trottoir ne semble pas lui être spécialement adverse.

Non, c’est vraiment de l’amateurisme. Je propose que, quand Woerth aura quitté le gouvernement (pour raisons personnelles, naturellement) se propose comme consultant en affaires du gouvernement du Brandebourg. Et puis il y a certainement de la thune à se faire, là !

Ésprit d’espoir…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Photo — le lun 20 Sep 2010 à 13:11

Rhâ.

Pour nos auditeurs qui n’ont pas le son, c’était un râle de soulagement.

Depuis l’accident idiot qui a fracassé mon K20D, et que je l’ai remplacé par un K-7, je souffre. En silence, la plupart du temps, mais je souffre.

Ne nous méprenons pas : le K-7 est un bon appareil photo. Surtout en ce qui concerne le boîtier. Le boîtier, bien qu’un petit plus petit que celui du K20D, est vraiment très bien conçu. Je pourrais grommeler au sujet des deux petits boutons « ISO » et « +/- » (trop petits, et pas idéalement placés), mais bon. Sérieusement, le boîtier est vraiment bien.

Mais l’intérieur… il me fait souffrir.

Sensibilité :
Je sais, je peux utiliser sans états d’âme le K-7 avec des sensibilités jusqu’à 2000 ISO. Regardez la photo de Mano, le patriarche de la tribu des Orang-Outangs du zoo de Berlin que j’ai publiée l’autre jour. 2000 ISO, dans une lumière dégueulasse, à travers une glace, je ne peux pas me plaindre. Mais souffrir, je peux : entre 100 et 400 ISO, les images réalisées avec le K-7 contiennent plus de bruit que celles prises avec le K20D. Sachant que à 100 ISO, aucun de ces deux appareil ne peut rivaliser avec mon antique (je ricane, il a juste un petit peu plus de deux ans) K10D au niveau du bruit ! Tout ne se voit pas sur le net : je publie mes photos avec une taille (maximale) de 1024 pixels. Mais moi je les vois en grand, mes photos, hein…

Auto-focus :
Tout utilisateur de Pentax vous le dira : l’auto-focus est… comment dire ça… déficient. Au moins. En fait il est surtout lent. Très lent. Trèèèèèèèès lent. J’en ai raté, des photos… et pourquoi croyez-vous que je photographie principalement des trucs qui ne se déplacent pas ? Quand je vais dans les magasins, et que je teste l’auto-focus d’un Canon, ou d’un Nikon, je souffre. La comparaison fait mal.

Sinon, encore une fois, le K-7 est un chouette appareil.

Enfin : était.

Aujourd’hui, Pentax a annoncé l’arrivée du grand-frère du K-7 : le K-5. Et quand on regarde les caractéristiques de l’appareil, le premier truc qui saute aux yeux, c’est le fait qu’ils ont gardé le même boîtier, et changé le capteur et le système d’auto-focus. D’où mon râle de soulagement. Même si mon râle de soulagement s’étrangle un petit peu quand j’arrive à la lligne « prix ».

Mais bon : l’espoir, c’est gratuit !

Une brève page « culturelle »…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 19 Sep 2010 à 22:21

Je ne suis pas vraiment un « fan » de la musique « d’aujourd’hui ». À part en jazz, naturellement.

Au point que je n’écoute plus du tout la radio. La musique actuelle dont je suis à l’occasion agressé par la télé, ou bien dans les magasins, m’ennuie terriblement. Je ne connais aucun groupe ou chanteur actuel. Le nom « Lady Gaga », par exemple ne m’évoque rien. Je le lis parfois sur les couvertures de la presse « populaire ». Je n’ai même plus la curiosité. Ils m’ennuient, en groupe o individuellement.

L’autre jour, j’ai fait un effort. Je me suis fadé l’intégralité de je ne sais quel prix musical à la télé. Il y avait quatre groupes de « rock » qui se disputaient un prix. Dix mille euros, plutôt que le prix, d’ailleurs. Quelle tristesse… Le premier groupe m’a laissé définitivement indifférent. Le pauvre « chanteur » ne chantait pas, ses acolytes n’auraient pas été capables d’accorder leurs instruments si ils savaient pourquoi le faire, pas de mélodie, pas de… bref, une sombre merde. Le deuxième ne m’a pas laissé indifférent : je l’ai dé-tes-té. Les quatre manches étaient en uniforme (lire : habillés pareil), je n’aurais pas, même sous la torture, été capable de faire la différence entre les quatre déchets sonores qu’ils m’ont infligés, c’était plus que lamentable : c’était détestable. Le troisième groupe était « potable ». Sans plus. Oubliable. Mais potable. Enfin au moins ça ne m’a pas cassé les oreilles. Le quatrième groupe m’a fait, pendant quelques minutes, l’effet d’une bouffée d’air. Et vous nontez que je n’ai pas parlé d’air frais. Un trio de rock qui tenait debout. Énergique, à défaut d’inventif. Et, surprise, un batteur qui m’a attiré l’oreille. L’espace de quelques mesures.

Devinez qui a gagné : le second groupe. Ben tiens.

Et après, je me suis forcé à regarder la retransmission « live » du festival rock de Berlin-Tempelhof. Une torture. Le pire, c’était un duo. Une guitare, une batterie. Des morceaux interchangeables à l’infini. Seul les « looks » me permettaient de me rendre compte que j’avais changé de groupe.

Si ce que j’ai vu là est la moyenne du rock d’aujourd’hui, je n’ai rien manqué des quinze dernières années.

Et l’autre jour, Viola m’a montré un clip. Ce clip. Je l’ai trouvé très drôle. Normal : je déteste les péruviens qui hantent les marchés du monde entier et qui y font de la « musique ». Et il y avait encore des liens là, du même groupe.

Je suis donc tombé sur un clip « live » de ce groupe, Guano Apes. Et j’ai retrouvé là un petit peu d’intérêt pour le rock d’aujourd’hui. Le son est compact, très dense. Les trois instrumentistes savent de quoi ils parlent. Le bassiste a une magnifique MusicMan cinq cordes, et, une fois n’étant naturellement pas coutume, il se sert vraiment des cinq. La chanteuse a une voix, une présence, et ne fait pas de chi-chis. Elle chante. En résumé, du rock qui tient debout.

En plus, elle porte un sweat-shirt orné du logo de Sankt Pauli…

Wedding la rouge : mort d’un quartier populaire…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 11 Sep 2010 à 07:00

Je ne suis pas sociologue, je ne suis pas un analyste. Je vis à Berlin-Wedding. Je ne vais pas tenter d’expliquer quoi que ce soit. Non que ce soit très compliqué, notez.

Mon quartier est en train de mourir.

Ma station de métro, Rehberge, n’a plus vu une affiche de pub depuis d’au moins six mois. La seule pub qu’on puisse y voir, est celle de Wall (le JC Decaux local), qui nous raconte les tarifs pour… mettre de la pub dans le métro. La station suivante (Afrikanische Straße) n’a plus de kiosque depuis au moins un an. Un kiosque, c’est important. On peut acheter les journaux, ou à grignoter, ou à boire. Mais c’est une présence permanente. Un kiosque qui ferme, ce n’est pas bon.

Qui voudrait mettre ici de la pub ? Déjà, pas des commerces locaux : ils ferment l’un après l’autre. La femme qui a ouvert l’année dernière un commerce de fruits et légumes a fermé cet été. La brocante aussi. Elle était là depuis des décennies. La poste est partie. Son bâtiment, détruit dans la semaine qui a suivi, a laissé la place à un Aldi (tout pour pas cher, et d’une qualité dégueulasse). L’autre brocante (avec des objectifs photo d’occasion) est morte, remplacée par une ribambelle de boutiques dont j’ai renoncé à savoir ce qu’elles sont : elles ferment trop vite. Dans un bâtiment, j’ai vu, en quelques mois, une boutique de fleurs, une boutique d’électro-ménager, une boulangerie-café, et j’en ai probablement oublié.

Et en ce moment, tout se transforme, d’un coup de baguette magique, en casino. Chaque fois que je descends Müllerstraße à pieds plutôt qu’en métro, j’en trouve au moins un nouveau. Les types à l’entrée ne me mettent pas à l’aise. Je ne vois pratiquement jamais personne entrer ni sortir de ces « casinos » / blanchisserie. Ça pue la mafia. Suivant l’adresse, turque, bulgare, russe, on a tous les modèles. Il y a à 200 mètres de chez moi un « Döner » (sandwichs surtout-pas-grecs) dont le patron a été flingué l’année dernière. Et son successeur a déjà été agressé deux fois.

Il y a des gens, costume-cravate, lunettes noires, qui visitent les bâtiments et qui essayent de faire peur aux locataires. La police en a arrêté un ou deux en bas de chez nous.

Je vois régulièrement des « petits » dealers. Je trouve par terre, de temps en temps des douilles de calibre 7,62mm. À blanc, mais tout de même. Les vietnamiens vendent, par groupes de trois, des cigarettes de contrebande.

Je commence à voir des « bandes ».

Je ne suis pas sociologue, je ne suis pas un analyste. Je vis à Berlin-Wedding. Et j’adore ma ville.

Wedding, Wedding la rouge —comme on l’appelait il y a pas dix ans, se transforme. De quartier populaire, elle devient ghettos.

La cage aux folles…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 30 Août 2010 à 15:57

Avant de commencer à faire mon récit de mon exploration dans la cage aux folles (d’avance mes excuses à la mémoire de Serrault et les autres), il faut que j’explique en quelques mots le contexte.

Il était une fois un sénateur de Berlin [Note du « traducteur » : le Land de Berlin est dirigé par un Sénat] qui ne laisserait aucune trace de son passage s’il n’était pas affligé d’une véritable manie de la provocation. À son actif :

  • il a recommandé aux gens qui vivent d’Hartz IV de baisser le chauffage et mettre des pulls en hiver, pour économiser
  • il a publié des « menus » « économiques », toujours à destination des gens vivant d’Hartz IV, constitués d’aliments que je ne —personnellement— toucherais même pas du doigt, quand même bien ma vie en dépendait. Comment se nourrir pour pas cher, mangez donc de la merde…
  • il souhaiterait que les pantalons de jogging soient interdits (…?)
  • il a, collectivement, traité les étudiants de trous-du-cul
  • il a déclaré, au sujet des finances de la ville de Berlin : « les gravats ont été déblayés. nous n’en sommes plus à 1945, mais à… 1947 » (en août 2006)
  • Il a déclaré : « quand il s’en trouve un pour, au lieu de fainéanter devant la télé toute la journée, décider de travailler au noir, je suis soulagé »
  • suite à ses « menus » : « si on regarde un petit peu, le sous-poids des Hartz IV est le moindre de leurs problèmes »
  • « moi j’irais travailler pour 5€ de l’heure ! »

Vous voyez le genre.

Un petit gênés, tout de même, ses collègues sénateurs du PS (oui, d’accord, le SPD) ont décidé de s’en débarrasser, et l’ont « promu » : il est depuis membre du directoire de la Banque d’Allemagne. Et promu pour promu, il a également passé une vitesse au niveau provocation :

  • « je ne ne dois reconnaître personne qui vit de l’état, mais le rejette, ne prend pas soin de l’éducation de ses enfants, et pond en permanence de petites filles voilées. »
  • « plus la classe est basse, plus la natalité est haute; les arabes et les turcs ont trois fois le taux de natalité que leur population leur permet »

Toujours plus haut, comme nous le disait le baron de Coubertin : Sarrazin sort (aujourd’hui) un livre. État des dégats :

Ich möchte nicht, dass das Land meiner Enkel und Urenkel zu großen Teilen muslimisch ist, dass dort über weite Strecken türkisch und arabisch gesprochen wird, die Frauen ein Kopftuch tragen und der Tagesrhythmus vom Ruf der Muezzine bestimmt wird. Wenn ich das erleben will, kann ich eine Urlaubsreise ins Morgenland buchen.

En (presque) bon français : Je ne souhaite pas que le pays de mes petits-enfants et de mes arrière-petits-enfants soit en grande partie (un pays) musulman où le turc et l’arabe soient largement parlés, où les femmes portent le voile et où la journée est rythmée par les appels à la prière. Quand je veux vivre comme ça, je peux m’acheter un billet touristique vers l’Orient.

Tout le livre semble du même acabit, avec naturellement les preuves scientifiques. Le gène juif, ce genre de trucs. Ah, le gène de l’intelligence aussi. Moins fort chez les turcs, naturellement.

Ce matin, il est sur le bord d’être expulsé son parti (socialiste), la porte-parole de la communauté juive d’Allemagne lui recommande de s’inscrire au NPD (le parti néo-nazi « national »), et la chancelière demande officiellement à la Banque d’Allemagne de faire un petit peu son ménage.

Entrons dans la cage aux folles !

Qui sont les folles ? Les folles vivent dans les commentaires du site internet des cons bien de chez nous, les « français de souche ». Elles crient, gémissent, agitent les bras, se pâment, cherchent partout les mouchoirs, et surtout les lunettes noires. Très noires.

Permettez-moi de vous présenter quelques folles de souche, telles qu’on peut les trouver à la page Sarrazin :

Il dit des choses vraies ce monsieur, c’est fou de lui dire d’aller dans le partie néo-nazi pour ça, pitoyable.

La folle qui se nomme « Nighthauter », quoi que ce soit, a visiblement le sens de la mesure. Encore.

Ce n’est pas dans le Coran que l’on est éduqué. Ce livre s’oppose à la culture et aux cultures, à la raison, à l’égalité des êtres humains, à la fraternité universelle etc. Il devrait être interdit, dans un état de droit.

La folle nommée « logique » (arf !) n’a naturellement pas lu le livre. En quand que je pense que mes parents ont payé les impôts qui ont permis qu’il apprenne à lire…

Ils tiennent leur Zemmour, outre-Rhin, avec ce Sarrazin !! Ils doivent recommencer à respirer, avec quelqu’un de respectable qui ose enfin parler !

Pour la folle « Pierre 1er », les Allemands sont des surhommes capables de retenir leur souffle pendant des décénies.

Le NPD (Parti National-démocrate Allemand) est l’Honneur de l’Allemagne ! Ce banquier ne dit que la banale vérité. Et dire que ça passe pour des propos extrêmistes… C’est révélateur d’un délabrement mental, moral, et racial!

La folle « Le HURON » sait visiblement de première main tout ce qu’il faut savoir au sujet d’un délabrement mental.

Les sociologues Meinhard Miegel et la démographe Stephanie Wahl pronostiquent que l’identité culturelle, religieuse et linguistique allemande sera totalement laminée au cours du siècle actuel…

La folle « Martel » se prend ses vessies pour des lanternes, mais ça le fait, non ?

Je reviens au mass médias, cela ne sert à rien d’avoir les bons politiciens si des traîtres propagent des messages anti-nationaux sur les ondes envers la masse.

La folle « Aquilonia » ne pense pas hors de « ses » journaux. Elle sanglotte le soir en relisant un éditorial de « Je suis partout ».

Mieux vaut tard que jamais; ce banquier a enfin eu le courage politique de dénoncer ce qu’il voit. Aurons-nous la même chance en France avec l’un de ses confrères?

La folle « zoe » est priée de nous donner son adresse. Envoi franco de port. Dès qu’il aura été viré. Finalement, c’est une légende, que ce sont les immigrés qui ramassent les poubelles, en France…

Ça y est, j’ai trouvé le nom de son nouveau livre : « Deutschland Schafft Sich Ab » de Thilo Sarrazin.

La folle « Mannala » a trouvé comment on cherche sur Gøøgle. Mes félicitations.

On touche à leurs chéris, ils se réveillent! Le jour où Israël sera rasé de la carte, leurs regards hagards feront plaisir à voir…

La folle « Benoît » l’a vu dans les feuilles de sa tasse de thé. Et quand je pense au prix du pain…

Ils devraient se rapeller que la dernière fois que les européens en ont eu vraiment marre ce n’était pas le bateau vers le sud mais les wagons plombés vers l’est.

La folle « Tonton Jean Claude » parle, naturellement des musulmans. Dont acte.

Tout ce petit peuple s’anonisme collectivement à longueur de pages. Ils ont leurs héros, et la frousse au ventre. Pauvre toute petite france nationaliste…

Tatort : d’utilité publique…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Xenuphobe ... — le dim 29 Août 2010 à 22:13


Haaaaaa, dimanche soir ! Tatort ! Notre rendez-vous cathodique immutable. Sauf quand la télé de la RDA chaîne « régionale » MDR squatte avec son innomable série « Polizeiruf 110 ».

Mais ce soir, pas de nuisibles à l’antenne. Un Tatort© originaire d’Autriche. Et bientôt on va avoir même des Tatort© suisses. Pourquoi pas.

Donc, à 20:15, ça commence. Un policier trouve par hasard un cadavre. L’enquête commence. La différence : la victime est membre de « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis.

Un regard dur, voire affuté, sur « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis. On y découvre les mécanismes qui permettent à « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis de « tenir » ses clients membres. Les cours (payants) menant à toujours d’autres cours (toujours plus chers). On voit les clients membres de « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis annoner les réponses à tous les problèmes de leur existence, dictées, implacablement, avec le sourire, par d’autres clients membres de grade supérieur. On découvre des enfants qui renient leurs parents —sur ordre. Le besoin d’argent est tel que tous les coups sont permis.

« l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis a des dossiers sur tout le monde. Moritz, le commissaire, est accueilli par son patron lequel a dans la main une plainte de « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis, reçue avant même que Moritz rentre au bureau de sa première visite là-bas.

Arrivant à « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis, un peu plus tard, Moritz voit sa perquisition annulée : chez le procureur sont arrivées des photos montrant la fille de Moritz dans les locaux de « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis, laquelle se prétend persécutée par Moritz, invoquant la liberté de conscience. Naturellement.

J’ai lu et vu beaucoup au sujet de la scientologie. Je suis même Xenuphobe, et fier de l’être. Mais je n’avais encore jamais vu de fiction de cette de qualité (de documentation) prenant la bête scientologie par les cornes. Comme on dit en Allemand : « Respekt ! ».

Et si vous vous posez la question en apparence bête : « Mais pourquoi ils ont appelé ça Epitarsis et non simplement scientologie ? », la réponse était écrite en filigrane tout au cours de l’épisode. La scientologie, paranoïaque, mais rationnelle, n’aurait jamais accepté la diffusion de ce film, et aurait tout fait pour l’interdire. La scientologie a fêté, la semaine dernière, la fermeture du bureau anti-secte du sénat d’Hambourg, par exemple. Pour raison budgétaire, naturellement. La scientologie mène une guerre juridique impitoyable contre l’ennemi : l’état allemand, son principal critique —en Allemagne. Elle est déjà si forte que même la première chaîne publique du pays lui a consacré tout un épisode de sa série phare (Tatort)… sans oser mentionner son nom.

Cela dit, le camouflage est un art. Dans les bureaux de « l’église de » scientologie la communauté de croyance Epitarsis, j’ai pu « reconnaître », par exemple, les couvertures des livres de l’inventeur de la scientologie, par exemple.

J’attends le prochain round.

Avec, tout de même, une certaine inquiétude.

Les apparences…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 28 Août 2010 à 12:46

L’Allemagne va très bien. Économiquement parlant. Un commerce international toujours plus florissant, plus de trois « pourcents » de croissance (et chacun *sait* que c’est un signe de bonne santé, n’est-ce pas ?), etc.

Et pourtant…

Tout à l’heure, alors que j’allais faire mes courses, je suivais un couple relativement âgé. Un couple sans histoire, visiblement. Jusqu’à ce qu’ils arrivent à la poubellle du coin de la rue. L’homme se penche et regarde dans la poubelle, plonge la main à l’intérieur, et ressort avec une bouteille. La femme faisait « le guet ». L’homme a mis la bouteille dans un de ses sacs à provision.

Comme on fait nos courses dans le même magasin, j’ai suivi l’affaire. Je les ai vus se rendre à l’automate qui gère les bouteilles consignées. Suivant la bouteille, entre 5 et 25 centimes. Et comme ils étaient juste avant moi à la caisse, je les ai vus payer une boîte de conserve avec leur bon de consigne, auquel ils avaient ajouté douze centimes que je les vus compter, un par un.

C’était la pauvreté faite homme.

Ils étaient impeccablement habillés.

Ils sont des centaines, peut-être des milliers comme eux à Berlin.

Je me souviens, en passant, d’un concert que j’avais vu à Copenhague. C’est là que j’avais vu pour la première fois des ramasseurs de bouteilles. J’avais catalogué dans la catégorie « bonne occase pour faire un petit peu d’argent de poche ». Mais depuis que je suis à Berlin, je sais que ces gens ont faim. Maintenant que je sais qu’ils existent, je les vois partout. Ils sont toujours (ou presque) propres, correctement habillés, et donc pratiquement invisibles.

Il y a quelques mois, en gros à la « victoire » de la coalition Cdu/Csu — Fdp aux élections (ils sont en bas du trou dans les sondages, en ce moment), je me suis « amusé » à lire les commentaires sur les sites des journaux allemands. j’avais été atterré par la flot de venin déversé contre les « asociaux ». [Note du « Traducteur » : en Allemand, le mot « Asozial » —associal— est un mot chargé d’une connotation *très* péjorative. C’est un petit peu la version « officielle » de l’expression française « cas social », en plus négatif. C’est pratiquement une insulte dans la bouche d’un allemand.]

On les chargeait de tous les maux de la société. On les suspectait, pratiquement officiellement, d’être généralement des voleurs, qui touchent des prestation sociales sans jamais essayer de travailler, etc.

J’imagine que les gens qui écrivent ce genre de choses « voient » dans leur tête les *autres* pauvres. Ceux qu’on *voit*. Ceux qu’on voit faire la manche dans la rue, dans le métro. On peut les voir être pauvres. Ils sont souvent sales.

Mais les invisibles sont plus nombreux. La population les ignore. Mieux : ignore leur existence. C’est ce qui permet au mythe de l’Allemagne riche, datant des années 60 ou 70, de survivre, la social-démocratie solidaire. Il n’y a que peu de pauvres. Visibles.

Mais combien d’invisibles pour compter leurs centimes à la caisse, combien pour plonger la main à l’aveuglette dans les poubelles à la recherche de bouteilles vides, synonymes d’un petit peu d’argent, d’un petit peu à manger, un petit peu de vie ?

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