Heart Machine : Orchestrion

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 29 jan 2010 à 16:40

Encore. Encore, et encore.

C’est comme un voyage dans les tun­nels de la ville. On est dans le métro, au chaud. Et à la fin du voyage, il faut mon­ter. Sauf que là, nuit, jour, cani­cule, pluie, neige, ce n’a pas d’importance. On a envie de monter.

Pat Metheny est un musi­cien. Il a tra­vaillé comme un fou, jusque 200 concerts par an, des ving­taines d’albums, jusqu’à maî­tri­ser sa langue. Il passe direc­te­ment de ses émotions aux nôtres. La tech­nique uti­li­sée n’a aucune impor­tance, elle est irre­le­vante. C’est le plus grand com­pli­ment que je puisse faire à un artiste, quel qu’il soit.

Irre­le­vante, et fas­ci­nante à la fois. L’album que je découvre en ce moment, Orches­trion, est à la fois une évidence, et un tour de force. Un type tout seul avec sa gui­tare, entouré de machines. Je ne parle pas de syn­thé­ti­seurs, mais de machines. Il est parti de l’idée du piano méca­nique de son grand-​​père, et a déve­loppé tout un orchestre *méca­nique*. On voit les mar­teaux et les ressorts.

Le der­nier album qui m’avait impres­sionné était du même Pat Metheny. Il s’appelait The Way Up. Il avait là encore rendu la tech­nique irre­le­vante. Per­sonne ne s’était rendu compte que, tout le long des 68 minutes du mor­ceau il y avait une séquence qui fai­sait tout le che­min. Le tour de force sans en faire un exer­cice de style est la démons­tra­tion de la matu­rité tech­nique. De plus, The Way Up se vou­lait un mes­sage. En gros, il invi­tait ses col­lègues à tra­vailler, et le public à apprendre à savoir dis­cer­ner et appré­cier plus.

« Good notes are good notes » est le mes­sage d’Orches­trion. J’ai l’impression de décou­vrir le second cha­pitre de The Way Up.

Un album bouleversant.

La lumière, à tout prix …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 25 jan 2010 à 11:50

Juste his­toire de tirer mon cha­peau à un employé d’EDF (en France), qui rêve encore qu’on peut peindre sa société cou­leur « bon sens ». Je vous invite à lire son témoi­gnage.

Ça me fait pen­ser à un docu­men­taire que j’ai vu il y a quelques temps. Ça se pas­sait en Afrique du Sud. Une bande de « cri­mi­nels » ont décidé de décla­rer la guerre à la boîte qui a reçu le cadeau juteux de la conces­sion des ser­vices d’électricité à Soweto. Là, la déli­vrance d’électricité n’est effec­tuée qu’après paie­ment. On paye d’avance. Les cri­mi­nels ont décidé que ce genre de pra­tiques dans un endroit aussi pauvre est illé­gal. Ils rebranchent les gens qui n’ont plus d’électricité. Le jour­na­liste suit un des lea­ders de ces dan­ge­reux cri­mi­nels. Pen­dant quelques semaines.

Quand il revient, à Soweto, pour fil­mer un « suivi », il apprend que son « héros » a « dis­paru ». Pré­sumé mort, je crois.

Leur Hopes Choir à eux …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 21 jan 2010 à 19:10

Récem­ment je me suis inté­ressé aux Pro­tests Choirs. Et aujourd’hui j’ai appris du père de Viola l’existence d’un « docu­soap » (docu­men­taire dif­fusé sous forme de série) sur ZDF, la deuxième chaîne alle­mande : Der Straßen­chor –la cho­rale de la rue.

Je ne l’ai pas vu. Pas en entier, pour le moment. J’ai seule­ment par­couru le site de l’émission, et un petit peu plus d’une heure du docu­men­taire, mais l’idée m’a plu. Ex-​​taulards, clo­chards, pochards, squat­teurs, pros­ti­tuées, dro­gués et « Hartz IV », ras­sem­blés par un musi­cien, un concer­tiste de piano clas­sique. Il a trois mois pour les ame­ner sur une scène, et ce n’est pas gagné d’avance. Le docu­men­taire est sur la liste des nomi­na­tions pour un prix de TV.

Contrai­re­ment aux gens des « Pro­tests Choirs », ceux-​​là un nom, et une his­toire. Autre dif­fé­rence, ils chantent les chan­sons des autres : un chan­teur (très) connu vient le temps d’un épisode chan­ter avec eux, et les invite sur scène.

Lors de leur pas­sage à la télé (hors docu­men­taire), ils se sont pré­sen­tés… dans la rue, obli­geant la ginette pré­sen­ta­trice de l’émission venir se geler avec eux sur le trottoir.

Il y a un «  clip  », natu­rel­le­ment. Mais sur You­tube on peut décou­vrir l’intégrale du docu­men­taire. Une autre face de Ber­lin. 8 fois 45 minutes. Ber­lin dans la rue. Der­rière les décors. Devant la caméra, certes, mais la caméra ne s’impose pas trop.

Alors pourquoi pas un petit peu d’espoir ? Un petit peu d’ensemble ? Un petit peu d’amour-propre ?

Ragondingue …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 20 jan 2010 à 11:40

J’étais exilé aux bar­rières du nord de Ber­lin. Le labo qui m’avait donné rendez-​​vous s’est ins­tallé là-​​bas, à Hen­ning­sdorf. En fait hors de Ber­lin, dans le pays de Bran­de­bourg. Et donc, après avoir un petit peu cher­ché le labo, j’ai eu mon rendez-​​vous. Et après un moment, le gars m’a pro­posé un café, et m’a indiqué qu’il fal­lait que j’attende une heure et demie. Bonheur.

Mais, il m’indique du doigt une bâtisse, et me dit qu’il y a là un che­min, et que si je le suis, j’arrive au lac.

Aha.

Donc, par –5°, Viola et moi par­tons dans la neige, à la recherche du lac.

On a trouvé la rivière, déjà. La Havel. Il y a des canards, et des oies. Bon. J’en ai déjà pho­to­gra­phié quelques uns, des canards. Et donc, on repart.

Et là, Viola pointe du doigt. « C’est quoi, ça ? » Ça res­sem­blait à un *énorme* rat. Ou un cas­tor. Je sais qu’il y a plus de 3000 cas­tors dans le Bran­de­bourg, et ça fait des années que j’en rêve, des castors.

Donc, demi-​​tour, pour pas­ser sur le petit pont. En fait, l’animal sem­blait inté­res­ser pas mal de monde, et sur­tout toute la troupe d’oies qui défi­lait dans la même direction.

Natu­rel­le­ment, quand des ani­maux sau­vages se regroupent, il y a, toujours, quelque part, une vieille dame. Dans ce cas là, deux. Avec deux gros sacs pleins de légumes et de fruits. Et de pain.

La can­tine venait d’ouvrir. Il y avait bien une ving­taine d’oies, et autant de ces ron­geurs de toutes tailles. Je les ai pris pour des cas­tors. L’erreur est humaine, sur­tout quand on parle l’allemand : en alle­mand, un cas­tor s’appelle Biber, alors que l’animal qui pre­nait la pose devant mon objec­tif s’appelle en alle­mand « Biber­ratte », en fral­le­mand « rat-​​castor », et en français ragondin.

Ah, le ragon­din de Hen­ning­sdorf n’a de sau­vage que l’appétit. On peut le tou­cher, il vient te man­ger la carotte des doigts… Moignooooooooooooooooon !!

Voilà.

Je n’ai toujours pas de photo de cas­tors, mais j’ai passé une jour­née fabu­leuse avec les ragondins.

Réquisitions …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 18 jan 2010 à 07:25

Je vous donne des nou­velles du tri­bu­nal social de Ber­lin (un des plus grands d’Europe), à l’occasion des célé­bra­tions des 5 ans de la réforme sociale qui nous donné « Hartz IV », la loi que toute l’Europe nous envie.

La pre­mière année, 6 950 plaintes dépo­sées par les Ber­li­nois contre le « Job­Cen­ter ». En 2007, il y en a eu 18 336, et cette année, je veux dire en 2009, 26 748. En pre­mière ins­tance, un tiers des plai­gnants a gagné. Et en seconde ins­tance, un autre tiers.

Le tri­bu­nal des affaires sociales de Ber­lin, Inva­li­dens­traße, avait il y a deux ans 55 juges. Il y en main­te­nant 102, et cette année (2010) il y en aura 120. Ils sont en train de réno­ver la cantine.

Un cas « Hartz IV » dure en moyenne treize (13) mois.

À la télé­vi­sion, les auteurs de cette loi (membres du parti socia­liste SPD, pour la plu­part) se répandent à la télé en chants de louanges. Un suc­cès, un vrai. L’auteur nomi­nal de la loi à suc­cès, mon­sieur Hartz, cuve sa condam­na­tion à 2 ans de pri­son (avec sur­sis) et 576 000 €, point d’orgue de sa car­rière direc­to­riale chez Volkswagen

Le chat de la voisine …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 17 jan 2010 à 21:38

Je n’ai rien à dire. J’écris, je relis, et, apeuré par la vacuité du pro­pos, j’efface.

Mais j’ai très envie de publier cette photo.

Dont acte.

:-)

L’inconnue du Dischingerbrücke …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 16 jan 2010 à 22:40

Ça sonne comme le titre d’un polar. J’adorerais avoir le talent pour écrire un polar. Ou quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs. Mais de talent d’écrivain, point.

Mais si j’ai un talent, c’est celui de lais­ser mes yeux trai­ner. Ça me donne l’occasion de prendre des pho­tos « incroyables ». Inso­lites. Surprenantes.

Ce qui m’énerve, c’est que même une photo « simple » comme celle-​​ci, je suis capable de la rater : elle est floue.

Ah, oui. Le Dischin­ger­brücke est un pont (Brücke) sur la Spree, à Spandau.

Et boum …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 7 jan 2010 à 15:27

Je suis très fort. J’ai réussi à faire tom­ber mon K20D avec mon DA* 60 – 250. Heu­reu­se­ment, l’objectif n’a rien.

Par contre, le K20 …

Eh bien je suis vrai­ment content que mon K10D soit encore là. Mais c’est tout de même un coup dur. Il n’est *en théo­rie* pas ques­tion de garan­tie, vu que je l’ai laissé tom­ber, mon appa­reil. De plus, je l’ai acheté d’occasion.

Et merde…

Mon « complaints choir » à moi tout seul…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 6 jan 2010 à 09:37

Cher public,

Je m’excuse –d’avance– des inévi­tables couacs à venir, mais depuis que j’ai décou­vert les com­plaint choirs, ou en français les « cho­rales à râler », j’ai enfin trouvé la force de m’exprimer en public.

[valse]

Ce monde me fatigue
Bureaux, parkings,hôtels,
Plus de place pour les arbres
ma ville, ma ville, se meurt

Ce monde me fatigue
Guerres mer­ce­naires en solde
Reli­gions en délire
Obama, Angela

[inter­lude : Solo en rap, avec un méga­phone jaune]

Et le p’tit Nico, Sémaphor’Nico
qui s’active tout l’temps
qui agite les bras
Toujours en quête
d’une nou­velle grippe
Un truc à nous vendre
Pour nous faire cou­rir
Cou­rir cou­rir cou­rir
Pas pen­ser, pas penser

[la valse reprend]

Ce monde me fatigue
Idio­cra­tie 2.1
La crise du siècle
Tahiti boit la tasse

Où sont les abeilles
Où sont les musi­ciens
Où trou­ver le calme
Man­dela, le Lama

[inter­lude : je récite dans mon méga­phone jaune]

J’ai pas le droit de ren­trer dans un musée avec mon appa­reil photo !
La Poste vend de l’antigel et des DVDs !
Dans dix ans on pas­sera le Bac’ par QCM !
Les bâti­ment se déguisent en pan­neaux de pub !

[la valse reprend son cours]

Ce monde me fatigue
SIDA, CAC40
H1N1, UMR
CPAM, TF1

Où sont les écoles
Où sont les postes
Où sont les épiciers
Sou­chon, Ferré, Brassens

[inter­rup­tion : tout rouge, je crie dans mon méga­phone jaune en gesticulant]

Ils nous volent les rives de la Spree
Les nou­veaux bâti­ment sont laids
Ils sont en train de « net­toyer » mon quar­tier : dehors, les pauvres !
Dans le monde entier : dehors, les pauvres ! Dehors, les pauvres ! Dehors, les pauvres !

[je reprends mon souffle]

C’est vrai : ça fait du bien de crier, de chan­ter un petit peu, de mettre des mots sur le mal de vie. Les « cho­rales à râler » (ma tra­duc­tion per­son­nelle de l’anglais « com­plaints choirs ») se mul­ti­plient. Au rythme du mal de vie des gens. Ma cho­rale pré­fé­rée, c’est celle d’Helsinki. La chan­son est sous-​​titrée en anglais.

La pré­cur­seuse, la pre­mière que j’aie enten­due chan­ter dans ce style là, c’était Lynda Lemay. Au nom des frus­trées. Et elle avait déjà défini les « com­plaints choirs » :

Au nom de toutes les frus­trées du monde entier
J’ai com­posé cette chan­son thé­ra­peu­tique
Plus on la gueule fort mes­dames et plus on se sent libé­rée
Je la conseille à toutes les frus­trées chroniques !

Et de huit ! … moins deux …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 3 jan 2010 à 10:38

J’ai ici, l’année der­nière, chanté les louanges de la pre­mière chaîne de télé­vi­sion alle­mande. Et, même pas honte, je récidive.

Cette année, les régions ont pro­duit *huit* contes de Noël. Huit pro­duc­tions de qua­lité. Au géné­rique, des grands noms de la télé. Tous expliquent à qui veut l’entendre le plai­sir qu’ils prennent à par­ti­ci­per à cette aven­ture. En deux ans, qua­torze contes. Le for­mat de l’ARD, régio­na­li­sée en majus­cule, per­met une diver­sité, laquelle peut s’appuyer sur des finances natio­nales. Il faut essayer s’imaginer l’ARD comme un FR3, les moyens et l’ambition en plus.

J’en ai raté deux.

Mais entre temps, j’en ai déjà vu un des deux sur l’Internet. L’autre atten­dra jusque ce soir, mais pas plus longtemps.

L’ARD a passé une vitesse, cette année. Les huit contes de l’année, ainsi que les six de l’année der­nière sont parus en DVD. Égale­ment parus, pour la pre­mière fois une sélec­tion d’épisodes de Tatort, série phare, dont je ne dirai jamais assez de bien. Les boites bleues sont appa­rues en fin d’année, et se vendent, se vendent, et se vendent.

Mora­lité de l’affaire : télé publique plus ambi­tion plus patience égalent succès.

Mais, natu­rel­le­ment, je dis ça comme ça.

Mes favo­ris de l’année : le chat botté, et les musi­ciens de Brême (sur la photo).

Wayne. John Wayne.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal, Photo — le mar 29 déc 2009 à 17:08

Je suis le John Wayne de Berlin-​​Wedding. Je trim­balle mon appa­reil photo à la cein­ture. Et ce n’est pas dif­fi­cile à comprendre…

J’ai com­mencé avec la cour­roie autour du cou. Hon­nê­te­ment, ça n’a pas duré. Ensuite, une cour­roie « high-​​tech », en machin­préone, ça n’a pas duré plus long temps. C’est bien, cer­tai­ne­ment, mais pas pour moi. En été c’est insup­por­table, sur tout le high-​​tech à la sueur. Quand on a un appa­reil de « grande taille », c’est à dire avec un grip, et qu’on en plus un objec­tif « de grande taille » (genre DA* 50 – 135 ou, pire, DA* 60 – 250), il est tout sim­ple­ment impos­sible de se trim­bal­ler avec ça autour du cou. On a toujours « peur », et on fini par avoir un per­ma­nence une main qui tient l’objectif.

Dans ma quête pour trou­ver le « véhi­cule » idéal, ma deuxième étape a été une «  dra­gonne  ». C’est un sys­tème très bien fait, qui com­bine avec une plaque me per­met­tant d’utiliser mon pied. Mais hon­nê­te­ment, l’appareil à la main en per­ma­nence, ce n’est pas viable. C’est un sys­tème qui me plait beau­coup (ça donne une bonne sécu­rité), mais qui ne doit pas être uti­lisé seul.

La troi­sième étape a été la décou­verte de la RS2 de Black Rapid. Ce n’était pas par­fait, mais tout de même très bien. Au début, j’ai détesté le sys­tème d’accrochage, et je l’ai rem­placé rapi­de­ment : la plaque de mon pied vivait de toute façon sur la « poi­gnée » de mon DA* 60 – 250, et donc il était facile de l’utiliser à la place de ce sys­tème d’accrochage vrai­ment pas ter­rible. Leur maté­riel a évolué (dans le bon sens), avec la RS4, mais il était déjà trop tard. J’ai trim­ballé mon maté­riel pen­dant à mon côté pen­dant plu­sieurs mois, et je l’utiliserais encore si je n’avais pas eu la révélation

Note : avec la RS, j’ai conti­nué à uti­li­ser ma dragonne.

Et récem­ment, j’ai fait la décou­verte du sys­tème « spi­der ». Celui qui trans­forme un inof­fen­sif pho­to­graphe en un John Wayne digi­tal. Yeeeehaaaa !

Ce sys­tème m’a convaincu en même pas une semaine.

Bon, c’est un petit peu dif­fi­cile au début. S’habituer à l’image du John Wayne du quar­tier. Mais c’est parce que c’est très nou­veau, et pas du tout répandu. Ça ne va pas durer.

On peut uti­li­ser ce sys­tème sans la cein­ture qui vient avec (je veux dire : on peut uti­li­ser sa propre cein­ture), mais elle est tel­le­ment bien étudiée que je la recom­mande. J’aime l’idée qu’on peut « bidouiller » avec l’accrochage, per­met­tant de choi­sir l’équilibre qu’on veut pour le sys­tème (mon DA*60 – 250 ayant une cer­taine ten­dance à se com­por­ter comme un trom­bonne à cou­lisse, j’apprécie par­ti­cu­liè­re­ment de pou­voir le por­ter à l’horizontale).

Sur la pla­tine du sys­tème Spi­der­pro, j’ai fixé la plaque de ma dra­gonne. Sans pro­blème. Et main­te­nant je peux aussi me trim­bal­ler avec mon pied (que je porte dans le dos, ce qui créait des conflits avec ma RS2). Ou avec mon sac à dos.

À recom­man­der sans hési­ter. Ça s’appelle le Spi­der Camera Hol­ster. Moi je l’ai trouvé par l’intermédiaire de enjoyourcamera.com.

Yee­haaaaaaa !

Cet arbre est un espace de vie…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 27 déc 2009 à 07:41

Balade déran­geante hier. Le parc est à quelques cen­taines de mètres de chez nous. On n’y va que de temps en temps, assez pour que les « modi­fi­ca­tions » nous sautent à l’œil. La modi­fi­ca­tion du jour, c’était l’élagage *mas­sif*. Des cen­taines d’arbres ont été –à défaut d’autre terme– mas­sa­crés. Les branches –s’il en reste– ne sont plus que des moi­gnons. Par­fois, le tronc lui-​​même a été « interrompu ».

Une par­tie du parc, consti­tué d’un « lac » et des rives d’icelui, est (ce n’est pas nou­veau) « pro­tégé » des pro­me­neurs par une clô­ture déco­rée d’une pan­carte annonçant une « bio­sphère », c’est à dire un endroit où la nature est lais­sée à elle seule. Et main­te­nant il y a même des pan­cartes dans les arbres. Sur les pan­cartes, on nous explique que ces arbres sont des mai­sons, qu’ils y pro­tègent des espèces mena­cées (cham­pi­gnons, insectes, chauves-​​souris, et oiseaux).

Alors vous pou­vez ima­gi­ner notre tête quand, après avoir lu la pan­carte, on a levé la tête. La scène, pour choquante qu’elle soit, n’est pas du tout rare.

Dans la « bio­sphère », dans le temps, on lais­sait les arbres morts où ils se trou­vaient. Ça fai­sait des « ruines » romantiques.

Si ça conti­nue, on n’osera plus visi­ter les parcs.

À Ber­lin, les bruits cir­culent. On y dit que ces tailles sau­vages sont déci­dées à la mai­rie, et que le bois résul­tant est livré (gra­tui­te­ment, natu­rel­le­ment) à des menui­se­ries, géné­ra­le­ment appar­te­nant à des gens séjour­nant à la mairie.

La mai­rie de Ber­lin, j’insiste, est aux mains d’une coa­li­tion « rouge-​​rouge », c’est à dire du Parti « Socia­liste » et des amis-​​du-​​peuple de « la gauche » (die Linke).

Vive­ment la droite ?

Gigot-​​flageolets !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal, Photo — le jeu 24 déc 2009 à 06:13

Semaine curieuse. Enfin en ce qui concerne la pho­to­gra­phie chez moi.

Au la fin de la semaine der­nière, la tem­pé­ra­ture est des­cen­due jusque –15°. Peut-​​être même plus bas, dans le cas de Span­dau. Et jus­te­ment, on y était, à Span­dau. Et là j’ai pris un coup au moral : mon objec­tif pré­féré (DA* 60-​​250mm) ne sup­porte pas le froid. En tout cas pas –15°. Il refuse de mettre au point. Je ne pou­vais plus l’utiliser que manuel­le­ment. Main­te­nant, il ne fait plus qu’entre 0 et –4°, et il marche comme si il était au soleil. J’appelle ça un sale coup. Même si il ne va pas faire –15° tous les jours, j’aime l’idée que mon maté­riel photo peut fonc­tion­ner par tous les temps.

Sinon, j’ai reçu mon cadeau de Noël : un Spi­der Sys­tem. C’est (après deux jours d’utilisation) une révé­la­tion. Des sys­tèmes pour trim­bal­ler mon appa­reil, j’en ai testé quelques uns, tout de même. Mais celui-​​ci reçoit faci­le­ment la queue du Mickey. Mon appa­reil est toujours où je l’attends, à por­tée de main, et j’ai enfin fini d’avoir par­tout des cour­roies dans tous les sens. On peut contrô­ler l’équilibrage du sys­tème, et sur­tout, sur­tout, je ne sens plus le poids de mon appa­reil. Tout de même, mon appa­reil, avec son grip et mon zoom habi­tuel, c’est tout de même entre deux et trois kilos. Après une jour­née de photo, j’ai sou­vent mal au dos. Mais là, rien du tout. Il faut attendre encore un petit peu, mais je crois vrai­ment que j’ai enfin *la* solution.

Hier, on est allés au zoo. Et, sur un coup de « folie », j’ai décidé de lais­ser mon K20D tra­vailler jusque 3200 ISO. Jusque là, je n’avais jamais même tenté de faire ça. Je m’attendais au pire. Mais, à force de renon­cer à prendre des pho­tos (dans les « mai­sons » du zoo, la lumière est tout à fait insuf­fi­sante), je n’avais plus que cette solu­tion. Eh bien j’ai été sur­pris. Oh, ça ne pas marche à tous les coups. Par exemple, les cages des Orangs-​​Outangs ne m’ont pra­tique­ment pas donné de bonnes pho­tos. Mais chez les chim­pan­zés et chez les gorilles, j’ai eu par­fois de bons résul­tats. Je suis bien content. Vous pou­vez cliquer sur la photo, pour la voir en plus grand.

Ce soir, c’est gigot-​​flageolets.

Joyeux Noël !

L’adieu à Jérusalem …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 16 déc 2009 à 15:08

8 ans et 10 kilos de diference ...

Pour ceux qui ne me connaissent pas, ou seule­ment de fraîche date, un petit mot d’introduction s’impose : j’ai passé qua­torze mois dans les « ter­ri­toires pales­ti­niens » en 2001 – 2002. Je suis arrivé à Jéru­sa­lem le 7 sep­tembre 2001. Le 11 sep­tembre, j’arrivais à Gaza, juste à temps pour voir un nou­veau monde naître. J’étais à Ramal­lah le len­de­main du début de l’«invasion» de la Cisjor­da­nie par les forces israé­liennes. Lorsque j’ai quitté la Pales­tine, mon domi­cile était situé à Jénine. Et si ces dates et ces noms ne vous disent rien…

Avant même de quit­ter mon vil­lage à côté de Jéru­sa­lem pour me baser à Jénine, j’avais décidé d’écrire un livre basé sur ce que j’ai vu et vécu. Dans un élan « huma­niste » dont je ne regrette pas la moindre minute, j’ai arpenté les rues de Jénine. Ville ouverte, ou ville fer­mée. J’ai vécu là mon paroxysme per­son­nel. J’ai rué dans tous les bran­cards. J’en suis, pour la pre­mière fois de ma vie, arrivé au point où j’ai attaqué un homme, avec la haine au ventre. Cela n’a pas duré long­temps; le canon d’un fusil d’assaut contre le front, ça vous calme un homme. Mais ce jour là j’ai décidé qu’il fal­lait que je quitte Jénine.

Cette scène me hante encore. Je me vois, déchaîné, avec deux sol­dats accro­chés à mes bras, et ma « cible » qui, lui, cal­me­ment, en bon pro­fes­sion­nel, armait son M16 avant d’en col­ler le canon sur mon front. À peine deux heures après, quatre hommes sor­taient d’une ambu­lance, et se jetaient sur moi en pleu­rant pour m’embrasser.

Un mois plus tard, à Copen­hague, dans un autre uni­vers, j’essayais de com­men­cer à écrire ce livre. Mais le pas­sage des mon­tagnes russes émotion­nelles à une vie « nor­male » ne s’est pas passé aussi faci­le­ment que je l’aurais cru. J’ai fermé le livre. Pen­dant pra­tique­ment deux ans.

J’ai alors recom­mencé à écrire. Ambi­tieux, nimbé de ce qu’il me res­tait de mon élan humaniste.

Peu après, j’ai encore changé de ville et de vie. J’ai mis le livre dans l’étagère, me pro­met­tant que j’allais m’y remettre dès que j’aurais pris mon nou­veau rythme. Manque de bol, mon état de santé m’a inter­dit l’accès à l’étagère pen­dant plus de deux ans.

Au début de l’année (2009), je me suis remis à écrire pour ce livre.

Et main­te­nant, je crois que je vais le remettre sur l’étagère.

Pour de bon.

Pourquoi ?

Déjà, je dois me poser la ques­tion : pour qui, ce livre ? Si c’est pour moi, ce n’est plus néces­saire. Je crois que j’ai « digéré » le plus gros de ma vie pales­ti­nienne. Si ce n’est pas pour moi, donc pour qui ? Les gens qui s’intéressent à la Pales­tine ne liront jamais que les livres qui leur caressent la Pales­tine dans le sens du poil. Je sais que j’en aga­ce­rais plus d’un, mais sans jamais créer un débat. Pour les Pales­ti­niens ? Ils ont déjà donné. Des mémoires de mili­tants de la cause pales­ti­nienne, ils ont assez vu. Dans les styles.

Ensuite, la ques­tion sui­vante : com­ment ? Ma mémoire fout le camp. Je ne me sou­viens plus des noms des gens ou des endroits. Si je dois m’en tenir à res­sas­ser le contenu de mon jour­nal, celui-​​là est déjà écrit. Je me suis dis dans un pre­mier temps qu’il fal­lait cor­ri­ger les erreurs que j’y ai écrites, et ensuite que ce serait bien de mettre à jour ce que j’ai raconté en 2002. Mais rien que la mise à jour est un bou­lot à plein temps : la situa­tion sur le ter­rain en Pales­tine est en per­ma­nent mou­ve­ment. Ce n’est pas pos­sible avec un livre.

La ques­tion de la publi­ca­tion est, natu­rel­le­ment, académique.

Il est temps pour moi, je crois, de dire adieu à Jérusalem.

Monsieur Pentax, ton SAV (en Allemagne), c’est de la merde.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Photo — le lun 14 déc 2009 à 17:31

Nuit gravement ...

Ça fait plus de deux ans que je tra­vaille avec du maté­riel pho­to­gra­phique de la marque Pentax. Appa­reils, objec­tifs. J’ai déjà tout ce que je pense de bon au sujet de mon matériel.

Ce maté­riel me donne totale satis­fac­tion. Quand il est là. J’ai dû me pas­ser de mon K10D pen­dant pra­tique­ment 3 (trois) mois. Et de mon che­val de labour, ce magni­fique DA* 60-​​250mm pen­dant un mois.

Et ça, c’est défi­ni­ti­ve­ment trop long.

Quand j’ai acheté mon K10D, et mon DA 40mm, il y a deux ans, je les ai envoyés tous les deux au SAV. Pas ensemble, tout de même. Dans les deux cas, j’ai contacté Pentax Alle­magne (via leur site web), et annoncé que j’avais besoin d’eux. Deux jours plus tard, quelqu’un son­nait à la porte, pre­nait mon appa­reil photo, et l’appareil pre­nait la route direc­tion Ham­burg. Deux semaines plus tard, le même livreur me rame­nait mon appa­reil. Même topo pour l’objectif. Le « cour­sier » m’a coûté treize euros. Le tech­ni­cien qui a traité mon maté­riel avait une adresse cour­riel qui finis­sait par pentax.de, et il était au télé­phone au numéro donné pour Pentax.

Qu’est-ce qui a changé ? Main­te­nant, l’atelier est à deux sta­tions de bus de la mai­son. L’atelier est égale­ment chargé des répa­ra­tions de Canon et Tam­ron. Quand je les appelle, tout ce que je peux entendre dans mon télé­phone me rap­pelle furieu­se­ment le pre­mier mou­ve­ment de la trop fameuse « sonate pour pipeau et cla­ri­nette ». Les infor­ma­tions se contredisent.

Mieux : quand j’ai amené mon DA* 60 – 250, la dame au gui­chet l’a donné à un « tech­ni­cien », et est reve­nue en me disant que le tech­ni­cien avait réussi à faire la mise au point avec. À cet ins­tant, je savais qu’elle me disait n’importe quoi : cet objec­tif était bloqué, de chez bloqué. Même manuel­le­ment, je ne pou­vais pas obte­nir même un sem­blant de mise au point. Je n’avais pas besoin d’en entendre plus.

J’en suis au point de cal­cu­ler com­bien je pour­rais revendre l’ensemble de mon maté­riel, et esti­mer com­ment le rem­pla­cer au mieux.

Mon pro­blème, mon­sieur Pentax, c’est :

  • dans SAV, il y a « ser­vice ». Mais pas chez vous.
  • un objec­tif du prix d’un DA* 60 – 250 ne devrait pas être absent pen­dant un MOIS. Point. C’est une ques­tion de respect.

Donc, dans un pre­mier temps, je vais arrê­ter de chan­ter les louanges de la mai­son Pentax. Et ensuite, peut-​​être même chan­ger de crémerie.

je ve des fame con peux voir les sin !!!

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Idiocratie, Journal — le dim 13 déc 2009 à 10:35

"je ve des fame con peux voir les sin"
Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ?

Sérieu­se­ment ! Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ? Et spé­cia­le­ment celui qui s’est pointé sur un moteur de « recherches » de l’Internet, et qui a tapé « je ve des fame con peux voir les sin ».

Ça veut dire quoi ?

C’est une vision d’horreur. C’est ça le futur ? Non. C’est déjà comme ça, en fait, appa­rem­ment. Perdu !

En tout cas, c’est pro­mis, je ne regarde plus les sta­tis­tiques de ce site. J’ai peur de ce que je vais y trouver.

Ce monde me fatigue.

Un photographe…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal, Photo — le mer 9 déc 2009 à 17:32

Il y a toujours deux faces ...

Mon ami Sté­phane est photographe.

Sté­phane est le genre de per­sonne qui m’oblige à réflé­chir sur ce que je fais. Ou ne fais pas.

Par exemple, je ne me pose pas la ques­tion de ce qu’est la pho­to­gra­phie, je ne suis pas le genre à s’interroger sur le mot « pho­to­gra­phie ». Mais Sté­phane, lui, a fait ça. Pho­to­gra­phie signi­fie (à ma sauce) « écrire la lumière ». Là où, pour vous et moi, la pho­to­gra­phie est la dis­ci­pline de la prise de vue, une tech­nique des­ti­née à reflé­ter la réa­lité d’un ins­tant, Sté­phane, qui s’est inter­rogé sur le sens des mots, en est arrivé à quelque chose de tota­le­ment différent.

Mes pho­to­gra­phies ne cherchent pas à dupliquer le réel mais à cap­tu­rer, inten­si­fier l’émotion. L’étape la plus impor­tante de mon tra­vail n’est pas la prise de vue mais le déve­lop­pe­ment.
Sté­phane, dans son livre Un an à Kyôto

Le résul­tat, un album de pho­tos. Ça s’appelle Un an à Kyôto. Un tirage magnifique.

Chez moi, le « déve­lop­pe­ment » est un pro­ces­sus que j’ai auto­ma­tisé le plus que je le pou­vais. Le déve­lop­pe­ment est un pen­sum. Sté­phane, lui, l’a inté­gré à son pro­ces­sus créa­tif. Moi je n’ai pas de pro­ces­sus créa­tif. J’ai écrit à mon sujet, il y a pra­tique­ment deux ans, dans une (rare) phase d’introspection : « Archi­viste du super­fi­ciel, de l’inutile, du pro­vi­soire, et du fra­gile. », et je répète à toute per­sonne me posant une ques­tion à ce sujet que je ne suis *pas* un artiste.

Mais la pho­to­gra­phie est plus large (ou grande, ou pro­fonde, etc.) que mon sim­pliste uni­vers de prise de vue.

Je soupçonne mon ami Sté­phane d’être capable de –peut-​​être pas révo­lu­tion­ner, mais au moins de s’approprier toute dis­ci­pline sur laquelle il met­trait les doigts, et y lais­ser une trace. C’est un talent rare. Et Sté­phane est une per­sonne rare.

Il est dif­fi­cile de par­ler de Un an à Kyôto. Mais je vous invite à y jeter un œil. Le pire qui puisse vous arri­ver, c’est d’en res­sor­tir avec plus de neu­rones actifs que quand vous y êtes entrés.

La télé qui fait mal : The Wire

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 8 déc 2009 à 18:47

Centre ville ...

The Wire est une série poli­cière de télé amé­ri­caine. Encore une, certes, mais une « à part ». Elle nous parle de la déliques­cence de la société amé­ri­caine. Le voca­bu­laire de la plu­part des per­son­nages est digne des meilleures scènes de Idio­cra­tie. Le tableau glo­bal est affli­geant. Au point qu’on oublie pra­tique­ment l’intrigue, happé qu’on est, scène après scène, par l’absurdité de la vie ubuesque de la ville de Baltimore.

Good police…
Tout agent de police se bat… d’abord contre sa hié­rar­chie, contre son admi­nis­tra­tion, et même le cas échéant, contre ses col­lègues. À ses moments per­dus, il peut essayer de faire son bou­lot. Il peut taper ses rap­ports sur (on entre 2002 et 2008) sa *machine à écrire*. L’archivage des pièces à convic­tion est, disons, manuel. Dans le meilleur du cas. La police est toute dévouée à ses sta­tis­tiques. Donc, on se fout tota­le­ment de ce qui se passe, tant que les sta­tis­tiques sont « bonnes ». Mais plus encore que les sta­tis­tiques, ce sont les humeurs du maire et du chef qui régissent la vie de la police.
Meilleure scène « poli­cière »» : un chef de divi­sion apprend que « son » empla­ce­ment pour son offrande dans une église a été « gagné » (ce n’est qu’une affaire de prix) par un diri­geant d’un syn­di­cat de dockers. Ren­tré à son bureau, il lance *tout* son effec­tif dans une gué­guerre pri­vée contre ce diri­geant. Il tire toutes les ficelles, demande le « paie­ment » de toutes les faveurs qu’il accu­mu­lées pen­dant sa car­rière, et met tout ce qu’il a contre ce pauvre type. Jusque parce qu’il a payé plus que lui auprès du prêtre du coin, et lui a piqué l’emplacement pour son vitrail votif.

Mes­sieurs, la cour !
Les juges aux États-​​Unis sont élus. Donc la jus­tice vit au rythme des élec­tions. Il faut bien de l’argent pour les cam­pagnes, donc on reçoit de ses contri­bu­teurs finan­ciers des ordres sug­ges­tions quant aux affaires du moment. La jus­tice est dans de bonnes mains.
Meilleure scène juri­dique : une pro­cu­reuse (si le mot existe déjà, le fémi­nin d’un pro­cu­reur), qui a besoin de la signa­ture d’un juge, lui fait un coup de vice à la Basic Ins­tinct, et res­sort du bureau du juge avec sa signature.

J’ai mon flingue, tu as ta mal­lette. Ça fait par­tie du jeu.
Dans une ville gan­gre­née par la drogue, les enjeux finan­ciers sont tels que les avo­cats sont sou­vent sou­mis à des ten­ta­tions… extrêmes. Chaque clan de tra­fiquants de drogue a son avo­cat.
Meilleure scène mar­ron : L’avocat d’un clan est confronté, au tri­bu­nal, à un témoin à charge contre son client. Omar est braqueur, et occa­sion­nel­le­ment tueur. Mais il ne s’attaque qu’aux dea­lers de drogue du clan que l’avocat emploie. Omar explique, clai­re­ment, ce qu’il fait dans la vie. On pouffe dans le box du jury. Quand l’avocat tente d’utiliser le « pedi­gree » d’Omar (vol, déten­tion d’armes, agres­sions, etc.) pour le décré­di­bi­li­ser auprès du jury, Omar, le regard sou­riant, lui dit tranquille­ment : « moi j’ai mon flingue, toi tu as ta mal­lette. Tout ça fait par­tie du jeu. » L’avocat est stu­pé­fié, le juge à un sou­rire jusqu’aux oreilles, le jury se gon­dole de rire. Par­fois, on perd…

Casse-​​toi, sale nègre…
La popu­la­tion est majo­ri­tai­re­ment noire, et pauvre. Le mot « nègre » (nig­ger dans le texte) est uti­lisé régu­liè­re­ment par les noirs. Un « nègre » peut être un sale con, ou un ami. Ou quoi que ce soit d’autre. On l’utilise sans réflé­chir. Comme « putain », « chier », « enculé ». La langue n’est pas raciste : les blancs qu’on voit parlent de la même façon. À part pour le mot « nig­ger ».
Meilleure scène « nègre » : Wal­lace, peut-​​être douze ans, va, sur ordres, être abattu par ses deux meilleurs amis, aussi jeunes que lui. Ses der­niers mots, alors qu’il les sup­plie : « Y’all my nig­gers, yo. »

Regar­der The Wire, c’est un voyage en enfer. C’est fas­ci­nant. J’enfile les épisodes. Par­fois, his­toire de ne pas déses­pé­rer, je suis obligé de rire. Par­fois, l’absurdité des scènes me fait hur­ler de rire. L’exemple qui me vient en tête est le dia­logue hal­lu­ci­nant que deux tueurs psy­cho­pathes tiennent, alors que le pre­mier vient de bles­ser le second, d’une balle tirée à bout portant :

 – lnu­tile de pro­lon­ger.
 – T’as pas envie de savoir ? [pourquoi je t’ai tiré des­sus]
 – Pas par­ti­cu­liè­re­ment. [il rajuste ses lunettes et son nœud papillon]
 – ll y a un an, un type du nom de Bran­don a été tué à Bal­ti­more. Brûlé et battu avant de mou­rir.
 – Les affaires sont les affaires.
 – C’est sûr. Mais c’était un beau garçon, tu vois. Vous n’aviez pas besoin de lui faire tout ça. Tu com­prends ?
 – Un an, tu dis ?
 – A peu près.
 – On t’a mal ren­sei­gné.
 – Tu mens pour sau­ver ta vie.
 – Je suis en paix avec mon Dieu. Fais ce que tu veux.
 – Alors, tu as com­pris ?
 – Ce qui est arrivé à ton copain, c’est pas mon style.
[… Omar réflé­chit…]
 – Vu la façon dont ton dos saigne, la balle a dû tra­ver­ser pro­pre­ment.
 – Du 9 mm à courte por­tée, c’est normal.

Omar prend le télé­phone, hoche la tête pour s’excuser, appelle le SAMU, et lui donne l’adresse où trou­ver sa vic­time. Et après, il va se prendre une bière. Gang après gang, décimes par leurs concur­rents ou la police, les gangs se suc­cèdent. Mais pour la ville, rien ne change. Poli­ti­ciens, escrocs, poli­ciers, dea­lers sont inter­chan­geables. La chape de merde dans laquelle la ville se noie per­dure, imperturbable.

Je n’ai vu que les trois pre­mières sai­sons. La qua­trième va nous par­ler des écoles. J’ai peur.

L’auteur de la série a été poli­cier à Bal­ti­more. Il a, au sujet de la seconde sai­son, déclaré ceci :

a medi­ta­tion on the death of work and the betrayal of the Ame­ri­can wor­king class.…[I]t is a deli­be­rate argu­ment that unen­cum­be­red capi­ta­lism is not a sub­sti­tute for social policy; that on its own, without a social com­pact, raw capi­ta­lism is des­ti­ned to serve the few at the expense of the many. »

« une médi­ta­tion au sujet de la mort du tra­vail et de la tra­hi­son de la classe tra­vailleuse amé­ri­caine… c’est une décla­ra­tion déli­bé­rée que le capi­ta­lisme sans contrôle n’est pas un sub­sti­tut pour une poli­tique sociale; que laissé à lui-​​même, sans un pacte social, le capi­ta­lisme pur est des­tiné à ser­vir quelques uns aux dépenses de la masse. »

Ah oui : la série n’a pas eu de suc­cès aux États-​​Unis, bien que la cri­tique una­nime l’ait applau­die, disant que c’était une des meilleures séries jamais tour­nées. Les amé­ri­cains ont trouvé la série trop dif­fi­cile à suivre…

C’est trop tard ?

Un samedi ordinaire à Berlin…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 6 déc 2009 à 14:08

noB-Day ...

On ne s’ennuie jamais, à Berlin.

Hier, dans l’espace d’une heure et demie, j’ai vu tout de même cinq mani­fes­ta­tions. J’étais venu pour le No B day, la mani­fes­ta­tion inter­na­tio­nale pour la démis­sion de Ber­lus­coni. Pour y arri­ver, il a fallu tra­ver­ser une expo­si­tion de Green­peace, dont le thème était le cli­mat. il y avait là une grue, avec un aqua­rium sus­pendu dans lequel nageait un bureau (au moment où je suis passé, il y avait là appa­rem­ment une fuite, laquelle a forcé l’aquarium à un atter­ris­sage forcé), un ours polaire, et des blocs de glace. Et puis ensuite une mani­fes­ta­tion d’Iraniens. Beau­coup de pho­tos, de dra­peaux, des slo­gans. Le tout très orga­nisé, dis­ci­pliné. La cible, Ahmed­ma­chin­truc, le petit homme fâché d’Iran.

Un petit peu plus loin, devant l’ambassade de Rus­sie, il y avait deux types avec des ban­de­roles (libé­rez la Tchét­che­nie, élec­tions libres en Rus­sie), et un petit dra­peau qui sem­blait repré­sen­ter… un plant de marijuana. Quand on aime les mélanges…

Quelques cen­taines de mètre plus loin, il y avait deux énormes ban­de­roles appe­lant au boy­cott du maga­sin d’en face, lequel vent de la four­rure. Per­sonne à poil, cela dit.

Ah, j’ai appris ce matin à quoi le ter­rain vague voi­sin du tri­bu­nal social (juste en face de la funeste Haupt­bahn­hof) est des­tiné : on aura là la tour Total. 70 mètre de merde struc­tu­rée béton armé et de verre. Chouette ! J’avais jus­te­ment envie de ça.

Notez, ce n’est même pas la pire idée à la mode, hein. Res­pi­rez à fond : un télé­phé­rique, à trente mètres d’altitude, entre la gare du zoo et Pots­da­mer Platz. Une petite tasse de thé ?

On a raté, à une heure près, une mani­fes­ta­tion kurde. Dom­mage, ils ont raté les Ira­niens aussi. J’ai entrevu, aux infos régio­nale du soir, une manif néo­na­zie, tour­nant rapi­de­ment tour­nant à la police-​​club-​​sandwich party (une tranche de police entre une tranche de néo­na­zis et une tranche d’antifas) . Un samedi ordi­naire à Berlin…

Gueule de bois démocratique …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 3 déc 2009 à 09:31

Iiiiils sont des nooooooooooootres...

Le gou­ver­ne­ment du Land de Bran­de­burg est « à gauche ». Je veux dire: les bons cama­rades de Die Linke font par­tie de la coa­li­tion « rouge-​​rouge », avec le SPD « socia­liste », lequel les a choi­sis pour com­po­ser son gouvernement.

C’était il y a peine deux mois.

Entre-​​temps, 7 (sept) membres de Die Linke ont été « décou­verts ». Ils avaient eu des liens « pas nets » avec la Stasi. Deux membres du gou­ver­ne­ment ont démis­sionné. Le der­nier en date, un député, pro­teste. Il s’en était au préa­lable expliqué. C’était même écrit sur sa page web, dit-​​il. Le pro­blème, c’est que ce n’était pas si clai­re­ment expliqué que ça. Enfin au moins jusqu’hier. Son pas­sage à l’armée était, certes men­tionné. Mais le nom du régi­ment ne l’était pas, et pour cause : c’était le régi­ment de la Stasi. Oups.

La mani­pu­la­tion du passé, c’était une dis­ci­pline quasi-​​olympique, à l’époque de la RDA, et les réflexes, c’est dif­fi­cile à perdre. Sans connec­tion avec l’affaire « rouge-​​rouge » du Bran­den­burg, enfin pour le moment, on a décou­vert la semaine der­nière le passé Stasi d’une direc­trice d’hôtel. Une dame qui a fait son trou dans le « bon monde ». La dame, à l’époque, avait comme tâche de récu­pé­rer des infor­ma­tions à la sueur de son cul. Elle était une des très nom­breuses femmes qui devaient séduire des diplo­mates étran­gers. Dans son cv, sur lequel on s’est pen­ché depuis, on s’est rendu compte que ses diplômes étaient tout sim­ple­ment inven­tés. Vingt ans de sa vie avaient été réin­ven­tées. Elle avait pour­tant fait de la pri­son en RDA. Séjour arrangé ou pas… Main­te­nant on se demande dans quelle mesure elle n’a pas conti­nué à ras­sem­bler des infor­ma­tions. Les réflexes, c’est dif­fi­cile à perdre.

Chasse aux sor­cières, ou défense de la démo­cra­tie ? Je ne sais pas. J’aurais ten­dance à effa­cer les ardoises, après vingt ans. Mais les ardoises ouvertes. Les ardoises qu’on découvre après 20 ans, par contre, je trouve ça tout sim­ple­ment sus­pect. Ça ne pousse pas à la confiance.

Heimat 3 : la bourse ou la vie…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 25 nov 2009 à 09:10

Pan, dans l'œil !

Le troi­sième volet du monu­men­tal Hei­mat est dif­fé­rent. Déjà, plus court. Plus rapide. Mais toujours aussi juste. La période qu’il raconte est aussi plus rapide.

Le côté esthé­tique est moins pro­émi­nent. Ce que je veux dire, c’est ce que je me suis moins sur­pris à admi­rer la qua­lité « plas­tique » de l’image que dans les deux pre­miers « épisodes ». Mais je ne dis pas qu’elle est absente. Peut-​​être que le réa­li­sa­teur est pressé. Il n’y a cette fois-​​ci « que » six épisodes avoi­si­nant les deux heures. Et ça, c’est triste.

Triste est un mot qui revient sou­vent dans ma tête pen­dant Hei­mat 3.

Le début nous montre une très belle scène pen­dant laquelle Nico­las Sar­kozy un homme, bou­le­versé, les larmes aux yeux, répète sans cesse « Savi­gny Platz ! » [Ndt: une place de Berlin-​​Ouest]. Il enlace impul­si­ve­ment un pas­sant. « Savi­gny Platz ! », Le pas­sant, c’est Nico­las Sar­kozy Her­mann, le com­po­si­teur génial, per­son­nage cen­tral de Hei­mat 2. Her­mann, agacé, après avoir véri­fié que son por­te­feuille était toujours là, hein, se dépêche de ren­trer à son hôtel. Il croise Nico­las Sar­kozy des gens en train de cou­rir, et de crier.

Quand il arrive enfin à son hôtel, il y trouve une foule amas­sée devant la télé. Le mur est tombé. Her­mann regarde autour de lui, et, aba­sourdi, voit Nico­las Sar­kozy, Cla­rissa, l’autre per­son­nage prin­ci­pal de Hei­mat 2, celle qu’il a aimé aussi pas­sion­né­ment qu’il l’a fuie. Et, enfin, ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Pen­dant leur plus belle nuit d’amour, Nico­las Sar­kozy les Ber­li­nois vivent, le 9 novembre 1989, leur plus belle nuit.

Hei­mat 3 est la chro­nique d’un changement.

« Mon » Hei­mat 3 la chro­nique de la prise de pou­voir simul­ta­née, dans les deux Alle­magnes, de l’argent. On voit, au pre­mier regard, la des­truc­tion par l’argent de la RDA. Quelques mois après la chute du mur, les Alle­mands de l’Est sont prêts à tout pour mettre la main sur des Marks de l’ouest. Il y a des mil­liers d’appartements subi­te­ment vides à Ber­lin Est, où cha­cun peut s’installer. La RDA elle-​​même brade son infra­struc­ture, vend le maté­riel de son armée à qui en veut, du moment qu’il paye en marks de l’ouest. On se rend compte que le futur n’existait pas en RDA.

[Inter­lude : le futur n’existe toujours pas dans l’ex-RDA. Le mark « ouest » s’est tout offert, usines, entre­prises, et a tout sac­cagé. L’emploi, quand il existe, est trop sou­vent pré­caire et mal payé. La légende de la réuni­fi­ca­tion est très belle. La réa­lité net­te­ment moins.]

Hei­mat 3 nous conte, après la chute bru­tale de la RDA, celle, moins évidem­ment visible, per­ni­cieuse, de l’Allemagne réuni­fiée. L’Allemagne est riche. Très riche. On suit les habi­tants de Schab­bach depuis le début de Hei­mat. Et ils ont changé. L’arrogance de l’argent les a changés.

Il y a de très chouettes scènes. Du bon­heur. J’aime ma télé quand je peux y voir ce genre de choses.

J’ai beau­coup aimé un des per­son­nages made in RDA, le Tobi. Tobi est un magi­cien. Il peut tout faire. Donnez-​​lui un bou­lot impos­sible et une demi-​​douzaine de crics, et l’affaire est dans le sac. Il n’a jamais trop aimé la dis­ci­pline de la RDA, et spé­cia­le­ment celle de l’armée. Son pas­sage à l’armée ne s’est pas bien passé. Suite à une envo­lée rocam­bo­lesque il est à nou­veau confronté à un offi­cier qui l’avait vio­lem­ment battu. Muni d’une liasse de Marks (de l’ouest…), il s’offre une sta­tue de Lénine (une paire de tonnes de métal, tout de même), et la fait dépo­ser dans le jar­din de l’officier. On sou­rit. Mais le len­de­main, à son réveil, Tobi trouve devant la fenêtre de sa chambre d’hôtel le visage de Lénine. Pen­dant la nuit, l’officier a trouvé les moyens de lui ren­voyer son « clin d’œil ». Le sou­rire se glace. Tobi a peur.

La sta­tue de Lénine finira dans le jar­din de Ernst, le frère de Her­mann, au bord de son petit aéro­port privé, à Schab­bach. Tu parles d’un clin d’œil…

Hei­mat (1−2−3) nous dit qu’il faut res­ter soi-​​même.

Her­mann et Cla­rissa ont enfin trouvé la réponse à la ques­tion « l’art ou la vie », face à laquelle Hei­mat 2 les avait laissés.

Hei­mat 3 laisse l’Allemagne face à la ques­tion « la bourse ou la vie ».

Je ne suis mal­heu­reu­se­ment pas très opti­miste en ce qui concerne la réponse.

Mais trêve de pes­si­misme. Hei­mat 1−2−3 est, je le répète, un monu­ment de la télé­vi­sion. Indis­pen­sable. Si vous en avez les moyens, faites-​​vous ce magni­fique cadeau.

Photo « de rue »…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal, Photo — le mar 24 nov 2009 à 07:58

Attendre ... station Seestraße

Hier soir, comme on sor­tait, j’ai monté mon DA 15mm sur mon appa­reil. C’est le choix évident quand il fait nuit : en mode semi-​​automatique (prio­rité ouver­ture, fixée à f/8.0), même en « pleine » nuit, c’est à dire dans le cas pré­sent dans le métro, j’ai pour une vitesse de 1/​30s –avec 1250 ISO – , ce qui, pour « cible » immo­bile est tout à fait assez. De plus, avec mon f/8.0 j’ai assez faci­le­ment à l’hyperfocale : net­teté de 70cm à l’infini.

Tout ça est l’outil idéal pour faire de la photo « de rue ».

Cette photo est loin d’être « idéale ». Il y a beau­coup de bruit, déjà, et la mise au point est… euh… disons approximative.

Mais elle me plaît bien, cette photo. Pour une photo volée, prise –lit­té­ra­le­ment– de la hanche, et donc en fait à l’aveugle, c’est pas mal, je trouve.

Sinon, la nuit, quand je peux dis­po­ser d’un « sau­veur » (un truc quel­conque qui soit à peu près hori­zon­tal et stable sur lequel je puisse poser mon appa­reil), alors je peux tra­vailler avec 100 ISO, à condi­tion que seul le décor m’intéresse. Ben oui, hein, espé­rer que la vie se fige pour les pro­chaines 5 ou 10 secondes est au mieux illusoire.

Je com­mence à aimer la photo de nuit, je me rends compte.

Les nouvelles libertés…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 23 nov 2009 à 08:29

... seront-elles de nouvelles frontières ?

Aaaah, les chouettes réseaux « sociaux »… ces nou­veaux ter­rains d’aventure, ces magni­fiques espaces illi­mi­tés de liberté, voire de démo­cra­tie. Tenez, un exemple : ima­gi­nez une femme souf­frant de dépres­sion « lourde ». Elle est natu­rel­le­ment en arrêt mala­die, ou plu­tôt elle était en arrêt mala­die. Figurez-​​vous que cette effron­tée avait suivi les conseils de son méde­cin, lequel lui avait recom­mandé de ten­ter de prendre un petit peu de bon temps.

Et elle l’a fait. Et elle a même des pho­tos, prises par un ami un soir, où on la voit en train de sou­rire. Elle a elle-​​même publié ces pho­tos sur Face­book, magni­fique espace machin-​​truc, etc. Jusque là, tout allait bien.

Mais le mois sui­vant, son assu­rance mala­die (pri­vée, on est en Amé­rique ou pas, hein..) ne lui a pas viré ses indem­ni­tés jour­na­lières. Ben oui, quoi. Une nénette qui s’affiche sou­riant sur Face­book, elle ne peut pas être dépres­sive, m’enfin ! Et comme la pla­nète entière surfe sur Face­book, la com­pa­gnie d’assurances aussi. Eh, si le petit Nico­las peut se le per­mettre, pourquoi pas une com­pa­gnie d’assurances ?

C’est pas chouette, les nou­velles libertés ?

Vous allez me dire que c’est un cas isolé, j’imagine. Certes. Pour le moment. Mais consi­dé­rez une minute l’information sui­vante : la photo dont il est ques­tion était pro­té­gée par un mot de passe. Quelle que soit la méthode uti­li­sée (et j’y inclus natu­rel­le­ment une déla­tion par un « ami » Face­book de la cou­pable), c’est pour moi un signe qu’on est bel et bien en route direc­tion Stasi 2.0.

Un an de bonheur …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal, Photo — le sam 21 nov 2009 à 18:07

%

Impul­sive, la déci­sion, dans un sens. Elle ne s’imposait pas, finan­ciè­re­ment, mais on sor­tait du Job­Cen­ter avec une « bonne » nou­velle, et je vois cette déci­sion comme un défi aux mois de galère que nous avons tra­ver­sés. On s’est donc acheté un an de bonheur.

C’est pas *vrai­ment* cher, natu­rel­le­ment. Une année de bon­heur nous coûte vingt-​​cinq euros cha­cun. Nous avons échangé notre billet de cinquante euros contre deux cartes d’entrée au zoo, valables un an. Et, avec un sou­rire à se déchi­rer le visage, on est entrés.

J’ai pris 600 pho­tos. J’en ai tiré pas mal de conclusions :

En l’absence de mon DA*60-250mm, j’ai remis en ser­vice mon bon vieux DA* 50-​​135mm. Dans les cas où j’ai pu « fer­mer » mon objec­tif (f 5.6), et que j’ai pu avoir une sen­si­bi­lité jusqu’à 800, 1000 ISO, il est toujours fan­tas­tique. Mais quand, dans le cas par exemple des phoques, j’ai besoin d’une vitesse rapide (l’idéal aurait été au moins 1/​750s, mais je n’ai pas pu mon­ter au-​​delà de 1/​500s), là la conjonc­tion d’une ouver­ture « exces­sive » (f 4), des ISO entre 1000 et 1600, et pour finir des acteurs (les phoques et la dres­seuse) habillés de noir, je suis un petit peu déçu. Il fau­dra que je re-​​photographie les phoques en avril, ou mai, his­toire d’avoir un maxi­mal de lumière.

Ne prendre qu’un objec­tif (à focale fixe) pen­dant une période de temps défi­nie est une bonne idée, mais il faut savoir ne pas être trop rigide. Dès demain, je sor­ti­rai avec mon 35mm, mais pour hier c’était défi­ni­ti­ve­ment hors de ques­tion. Le but de l’opération (tra­vailler avec une focale fixe pen­dant un cer­tain temps) est d’apprendre à cadrer. Les zooms rendent « pares­seux ». Cela dit, après cette expé­rience, je recol­le­rai mon 60-​​250mm sur mon K20D. Pour le genre de pho­tos que je fais, c’est défi­ni­ti­ve­ment le type d’objectif qu’il me faut. Pares­seux ou pas.

Il faut savoir décol­ler les yeux du viseur. Quand on fait des pho­tos au zoo, le spec­tacle n’est pas seule­ment dans les cages.

On va y retour­ner régu­liè­re­ment, au zoo. C’est un endroit qu’on aime bien. On n’y allait que rare­ment, tout sim­ple­ment pour des rai­sons « écono­miques ». Main­te­nant, on n’a plus de ques­tion à se poser. On a eu rai­son de faire ça. Un an de bonheur…

Noir, rouge… rien ne va plus !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 19 nov 2009 à 22:23

Rien ne va plus ... vraiment rien...

J’ai vu cette affiche cette après-​​midi à Prenz­lauer Berg, le quar­tier à la mode du moment. C’est une étape de plus dans la guerre des pou­belles dont je vous par­lais il y deux mois. L’affiche dit : « Pas de nazis dans le quar­tier. Décla­rons la guerre au Jeton ». Le Jeton est une boîte de nuit, renom­mée pour être un endroit de ren­contre pour les jeunes d’extrême droite. Là-​​bas en juillet, le sang a coulé. Samedi, ils semblent vou­loir remettre ça. La police a auto­risé la mani­fes­ta­tion à laquelle l’affiche appelle.

Sérieu­se­ment, ils com­mencent à me faire chier peur, ces « anti-​​fachistes ». Ce genre d’affiches, c’est presque de l’appel au meurtre. Quand on en arrive là, on se trompe de combat.

Les nouvelles du front photo

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal, Photo — le dim 15 nov 2009 à 09:32

Une roue de cassée ...

Mon objec­tif prin­ci­pal (le DA*60-250mm) est tombé en rade ven­dredi. Bloqué. Plus de mise au point pos­sible, ni auto­ma­tique no manuelle. Je l’ai natu­rel­le­ment déposé au SAV de Pentax (ils ont une annexe à Ber­lin, pas loin de chez nous). Il est hors cadre pour au moins trois semaines. Et c’est natu­rel­le­ment sans appel. Ils n’ont pas assez de per­son­nel, etc. De plus le SAV est délo­ca­lisé. Je veux dire, ce ne sont pas des employés de Pentax.

Pro­fi­tant de cette visite, j’ai eu des nou­velles fraîches de mon K10D, les mythiques pièces de rechange sont enfin arri­vées du Japon. Ils me l’ont pro­mis pour cette semaine. Mal­gré l’arrivée de mon K20D, je n’ai pas l’intention de mettre le K10D à la retraite. Je pense l’équiper de mon DA 15mm à demeure. Avec en plus mon DA 40mm dans la poche du pan­ta­lon, ça me fera un «kit» light, pour les jours où je n’ai pas envie de me trim­bal­ler mon sac-​​photo.

J’ai décidé de pro­fi­ter de l’absence de mon 60-​​250mm pour suivre les conseils d’un pho­to­graphe que je lis régu­liè­re­ment sur l’Internet. Je ne suis mal­heu­reu­se­ment inca­pable de retrou­ver l’article auquel je pense, mais là il recom­man­dait à tout pho­to­graphe de n’utiliser qu’un seul objec­tif, à focale fixe, pen­dant un laps de temps fixé. Pour lui, c’est très béné­fique, et for­ma­teur. Je ver­rai bien. En tout état de cause, j’ai décidé de ne sor­tir qu’avec mon DA 35mm pen­dant les trois semaines à venir. Je vous racon­te­rai ce qu’il en ressort.

Sinon, j’ai décidé d’animer un petit peu Mille vingt-​​quatre pixels. Je ne sais pas encore exac­te­ment com­ment. Peut-​​être avec des thèmes, genre «le noir et blanc du mer­credi», ou «la semaine des portes». Natu­rel­le­ment, c’est juste pour me for­cer à réflé­chir un petit peu. Le nombre de visi­teurs sur 1024 étant ce qu’il est, per­sonne ne va se plaindre de l’expérience. :)

Le temps des chiens …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 12 nov 2009 à 11:59

le temps des chiens ...

- Tu sais pourquoi les chiens se lèchent les couilles ?
 – Parce qu’ils peuvent …

Tra­di­tion­nel, tiré du réper­toire du cercle folk­lo­rique boud­dhiste de Neuilly

Le temps des chiens est arrivé. Le temps où la prin­ci­pale moti­va­tion est le fait qu’on peut. On peut avoir un, deux, trois télé­phones por­tables. On peut don­ner à des gamins de six ans leur pre­mier télé­phone por­table. On peut jouer au golf dans son salon, avec une console de jeux. On peut à quinze ans tout savoir au sujet de toutes les armes à feu cou­rantes, et faire cou­ler le sang jusqu’à la fin de la nuit, avec un ordinateur.

Suis-​​je vrai­ment le seul à m’inquiéter quand je vois dans le métro un gamin avec un por­table coincé entre l’oreille et l’épaule et les deux mains vire­vol­tant sur les com­mandes d’une console de jeux, tota­le­ment coupé du monde exté­rieur ? À me deman­der com­ment les gens font pour payer trois abon­ne­ments de télé­phone por­table dans une ville où un habi­tant sur trois vit avec comme seule res­source Hartz IV (le RMI + loge­ment) ? À me deman­der si, après le Dane­mark, la pla­nète entière va auto­ri­ser l’accès à l’Internet pen­dant les examens ?

Je sais. Les temps changent. Aha. La ques­tion qui me tur­lu­pine, c’est pourquoi les temps changent. Pourquoi les gens regardent-​​ils plus volon­tiers L’allemagne cherche la super star (une nième res­su­cée de la Sta­rAc) que Hei­mat ? Pourquoi est-​​ce qu’à la télé les docu­men­taires sont pro­gram­més à par­tir de minuit ? Pourquoi est-​​ce que les télé­vi­sions « musi­cales » nous montrent que du porno soft ?

Pourquoi les états ont-​​ils renoncé ? Pourquoi les usa­gers ont-​​ils renoncé ? Pourquoi les parents ont-​​ils renoncé ? Aujourd’hui les banques, après avoir dila­pidé l’argent de leurs clients trouvent tota­le­ment nor­mal que les états les ren­flouent. Le tri­bu­nal social de Ber­lin croule sous l’avalanche de pro­cès entre­pris contre son admi­nis­tra­tion, mais on estime que seule­ment un usa­ger vic­time sur dix porte plainte. On trouve régu­liè­re­ment dans les rues de Ber­lin des gamins de douze ans saouls comme des bar­riques. Et je suis tota­le­ment convaincu que c’est pareil chez vous.

Les temps changent. Je sais. La ques­tion qui me tur­lu­pine c’est de savoir si je suis obligé de chan­ger aussi. Est-​​ce que la pers­pec­tive d’une régres­sion doit vrai­ment m’intéresser ? Dois-​​je accep­ter de m’exprimer par paquets de 140 carac­tères (c’est l’espace dis­po­nible sur Twit­ter, le top du top, l’arme secrète de la démo­cra­tie, alors que l’antédiluvien Mini­tel nous on per­met­tait jusqu’à 880)  ? Suis-​​je obligé de dire à la pla­nète entière que j’ai trop mangé et que je bal­lonne, ou que « ttro twa, mdr » ?

J’écris, plus ou moins régu­liè­re­ment, dans ce jour­nal. Ça me prend du temps. C’est pro­ba­ble­ment du temps que je vole à des acti­vi­tés beau­coup plus béné­fiques, telles que Coun­ters­trike, ou World of War­craft. Et ça m’oblige à réflé­chir. C’est fatigant.

Le temps des chiens est arrivé. Les chiens appètent à des toujours nou­velles laisses. Il y a 60 ans, on se fai­sait impo­ser des dic­ta­teurs. Aujourd’hui, on les élit. Il y a vingt ans, en Alle­magne, on virait les dic­ta­teurs. Aujourd’hui, leur demande de revenir.

Le temps des chiens, c’est la régres­sion orga­ni­sée et acceptée.

L’art ou la vie ! (Heimat 2)

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 11 nov 2009 à 14:16

Avant-garde, garde-fou, fou-rire ...

Je vous ai décrit récem­ment mes impres­sions au sujet de la série de télé­vi­sion Hei­mat. J’ai main­te­nant vu Die zweite Hei­mat — Chro­nik einer Jugend (1960 — 1970) La seconde patrie — chro­nique d’une jeu­nesse. Et, je cherche mes mots.

Hei­mat 2 prend un des pro­ta­go­nistes du Hei­mat d’origine, et l’amène à Munich. Il s’appelle Her­mann. L’indécis. Il est le lien avec la pre­mière série Hei­mat. Il est le seul à avoir quitté le vil­lage. On le suit tout au long de la série, à Munich. Pia­niste, com­po­si­teur, gui­ta­riste. Brisé par la déci­sion de sa mère et son frère quand il avait seize ans, il se jure de ne jamais plus aimer. Il fait du mal à toutes les femmes (nom­breuses) qui s’intéressent à lui. Lui ne s’intéresse qu’à une seule, et passe sa vie à la fuir. À la fin du der­nier épisode, dans la der­nière scène, il répond à la ques­tion : l’art ou la vie ?

Com­ment en arri­ver à de telles questions?

Hei­mat 2 est à la fois tel­le­ment dif­fé­rente de Hei­mat et tel­le­ment évidem­ment sem­blable… La filia­tion est claire : l’image. L’image est magique. Le détail, la finesse, déjà dans la pre­mière série je pou­vais par­fois oublier qu’il y avait une his­toire, fas­ciné que j’étais pas l’image. Mais dans Hei­mat 2, c’est encore «pire» ! Il y a tel­le­ment de scènes pré­sen­tant des artistes, qu’on se croi­rait par moments dans un Fame d’avant-garde sous amphètes. Un vir­tuose inter­pré­tant Bach sur un Marimba, une dan­seuse se contor­sion­nant dans un com­par­ti­ment de train, qua­si­ment nue, avec aux pieds une paire d’invraisemblables palmes, une scène de concert avec une impos­sible diva hon­groise chan­tant un duo avec 6 aspi­ra­teurs, ou encore un «concerto pour un vio­lon­celle absent», où quatre musi­ciens, tenant en mains des métro­nomes asyn­chrones, entourent une femme nue sur le dos duquel les ouïes d’un vio­lon­celle sont peintes…

Tout semble abso­lu­ment impos­sible. Sauf si on est en Alle­magne dans les années 60, car là tout ça est… nor­mal. Her­mann se consti­tue rapi­de­ment un groupe d’amis, tous –ou presque– issus du conser­va­toire. Ils gra­vitent tous autour de la «Renar­dière», une mai­son habi­tée par une mécène han­tée par son amie juive dépor­tée et assas­si­née, accom­pa­gnée par un ancien SS «caché». La Renar­dière est la tanière d’une bande d’artistes révo­lu­tion­naires. Ils veulent révo­lu­tion­ner la musique, le cinéma, la lit­té­ra­ture, tout.

Ils sont tous tel­le­ment pleins de cer­ti­tudes, et pour­tant tel­le­ment per­dus… une géné­ra­tion concen­trée dans une dou­zaine de por­traits fas­ci­nants. Comme, dans Hei­mat, le vil­lage de Schab­bach était un arché­type de vil­lage, j’ai l’impression, dif­fuse par­fois, que cha­cun de ces artistes est égale­ment, dans un sens, un archétype.

Le titre qui m’était venu en tête pour le texte que vous lisez était le clown blanc du des­tin, et en l’écrivant j’avais en tête le plus ouver­te­ment arché­ty­pique des per­son­nages décrits par la série : Juan. Une sorte de clown blanc. Doué pour tout. Meilleur que tous, dilet­tante du génie. Mais il est aussi un archange. Il parle peu, mais ses phrases sont lourdes comme du plomb. Du béton à se fra­cas­ser l’espoir. Ses réponses sont sou­vent défi­ni­tives. Au milieu de cette tribu, il n’en fait jamais vrai­ment par­tie. L’Observateur. L’Étranger. Il renonce rapi­de­ment à se prendre au sérieux, au déses­poir de ses amis, tous jaloux de son incroyable talent. Mes scènes pré­fé­rées avec Juan :

  • Juan musi­cien. Pour le concours d’entrée au conser­va­toire, il joue une pièce de Bach sur un marimba. Épous­tou­flant.
  • Juan oracle. Quand Renata lui demande si il croit à sa car­rière d’actrice, il flashe son drôle de sou­rire, et répond : «non».
  • Juan déco­ra­teur. Il crée une mosaïque sur l’allée de la mai­son. Il est coiffé d’un invrai­sem­blable cha­peau en papier.
  • Juan sor­cier. Après la céré­mo­nie funé­raire orga­ni­sée par ses amis pour «fêter» la des­truc­tion de la Renar­dière, il reste seul. Avec sa kena, il joue, accroupi sur sa mosaïque, pour apai­ser les esprits.

Juan sera, à la fin de la série, enfin là où on l’a confu­sé­ment rêvé : dans un cirque. Cla­rissa, après avoir été l’espoir du vio­lon­celle inter­na­tio­nal finira chan­teuse, accom­pa­gnée par son amie trom­bon­niste. Rhei­nardt, cinéaste, après avoir écrit un scé­na­rio qui finira primé au fes­ti­val de Venise, dis­pa­raî­tra, au milieu d’un lac. Ste­fan, l’envieux, obtien­dra le prix après avoir filmé le script de son ami la série le lais­sera à l’hôpital, après qu’il ait été abattu par la police. La police était à la recherche d’Helga, poé­tesse, que le déses­poir amè­nera sur les affiches qui ornaient les gares d’Allemagne : ter­ro­riste. Renate, à l’origine étudiante en droit, empor­tée par la tor­nade artis­tique de la Renar­dière, après avoir, nue dans un aqua­rium géant, récité –en apnée– des poèmes, finira «dan­seuse» pour des congrès de gyné­co­logues. Alex, le phi­lo­sophe, après avoir enfin rêvé son œuvre en sept volumes, meurt, alcoo­lique, sur le trot­toir. Vol­ker, pia­niste, com­po­si­teur, suivi de son ami Jean-​​Marie, chef d’orchestre, trou­vera le suc­cès avec un spec­tacle qu’il reniera avant même de l’avoir vu joué.

Au milieu de tout ça, Her­mann l’indécis, Pas au milieu, au centre. L’œil du cyclone. Génial, cer­tai­ne­ment, mais perdu de soli­tudes. Il se marie, sans amour, aime sans jamais le dire. Her­mann trou­vera –peut-​​être– la réponse à *sa* ques­tion à Schab­bach. Arri­vant là, il croise le vieux Gla­sisch, qui lui dira seule­ment : «tu n’as abso­lu­ment pas changé, mon petit Hermann.»

Je sais main­te­nant pourquoi je ne suis pas un « artiste ».

Je sais aussi pourquoi je m’en contente.

Hei­mat 2 est, comme Hei­mat, un monu­ment de la télé­vi­sion. J’ai aimé éper­du­ment cette série magni­fique. Treize épisodes dont le plus court doit avoi­si­ner les deux heures, mais qui passent comme treize minutes de vie essentielle.

Berlin, au présent …

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 10 nov 2009 à 13:20

garanti sans sponsor ...

Hier c’était la fête de la liberté. J’ai regardé la céré­mo­nie à la télé. Dis­trai­te­ment. D’une main, comme on dit. Je vous fais part de mes observations :

  • les «domi­nos» étaient spon­so­ri­sés. La camera ne trie pas : elle s’attarde à quelques endroits « stra­té­giques », où j’ai pu voir le logo de la Deutsche Bahn, et je ne sais com­bien d’adresses de site internet.
  • après la céré­mo­nie, la Bran­den­bur­ger Tor est res­tée fer­mée au public. Pour rai­son de sécurité.
  • on a pu entendre deux (sud-)coréens par­ler au sujet de « leur » mur, j’ai vu des images évoquant Chypre, et d’autres endroits souf­frant de sépa­ra­tions diverses. Dans la liste des murs, un manquant de marque : le mur de Pales­tine n’existait hier soir pas. Un oubli, certainement.

Ce matin, j’ai lu un petit peu la presse. Bla-​​bla à lon­gueur de colonnes, tous heu­reux, les yeux humides, la cha­leur humaine mal­gré la pluie, etc. Je n’ai trouvé qu’un article inté­res­sant. Un des jour­na­listes de la Süd­deutsche Zei­tung devait avoir oublié les lunettes tein­tées rose.

Auf der Brücke ste­hen die Men­schen noch in Trau­ben zwi­schen den Stahl­stre­ben und an den Abs­perr­git­tern. Vor ihnen alle paar Meter ein Poli­zist. Die ganze Brücke ent­lang, wie eine Mauer. Damit kei­ner rüber kommt, auf die andere Seite. Merkwür­diges Bild. Das war vor 20 Jah­ren ähnlich. Dies­mal aber ist der Weg von Ost nach West frei. Nur die andere Straßen­seite bleibt gesperrt.

Si je tente de tra­duire, ça nous donne : « Sur le pont les gens sont agglu­ti­nés entre les pou­trelles d’acier et les clô­tures. Devant elles, un poli­cier tous les deux mètres. Tout le long du pont, comme un mur. De façon qu’aucun ne puisse pas­ser de l’autre côté. Image remarquable. Ça fait pen­ser à il y a vingt ans. Cette fois, le pas­sage de l’Est à l’Ouest est libre. L’autre côté de la rue est barré. » Quelques mots d’explication : le pont est le Born­hol­mer Brücke. Et hier, Angie, Mikhail et Lech ont, comme les pre­miers ber­li­nois il y vingt ans, tra­versé ce pont. Seuls. La gare éponyme de S-​​Bahn est res­tée fer­mée, pour rai­son de sécurité.

Un petit peu plus tôt dans la jour­née, le jour­na­liste est passé Ber­nauer Straße. Vous avez très pro­ba­ble­ment vu des tou­chantes images de roses dépo­sées dans les inter­stices du mur conversé là.

Tou­ris­ten­busse lan­den an. Einer nach dem ande­ren. Rote, weiße, gelbe Busse. Sie ent­las­sen Trau­ben von Men­schen. Einige haben Rosen in der Hand, andere bekom­men sie von Ord­nern in die Hand gedrückt. Fern­seh­re­por­ter ste­hen parat, Stim­men zum Denk­tag ein­zu­fan­gen. Fotoap­pa­rate kli­cken, Men­schen lachen. Passt irgend­wie nicht zum trü­ben Ber­li­ner Herbstwetter.

Je m’essaye encore une fois à un exer­cice de tra­duc­tion free-​​style : « Les bus à tou­ristes accostent. L’un après l’autre. Rouges, blancs, jaunes. Ils déchargent des grappes de gens. Cer­tains d’entre eux ont des roses dans la main, d’autres les reçoivent des mains des orga­ni­sa­teurs qui les leur mettent dans la main. Les équipes de télé sont prêtes à rece­voir des témoi­gnages pour ce pèle­ri­nage. Les appa­reils photo cliquettent, les gens rient. D’une façon ou d’une autre, tout ça ne passe pas vrai­ment avec le temps triste de l’automne berlinois. »

Un petit peu plus loin, il nous raconte le «Trabi-​​Safari» orga­nisé le long du mur. Le cir­cuit passe au pied du mira­dor dédié aux morts du mur, et par­ti­cu­liè­re­ment Gün­ter Lit­fin. Le chauf­feur invite ses pas­sa­gers à venir voir ce qui se passe sous le capot, plu­tôt que mon­ter au mira­dor pour apprendre ce qui est arrivé à Gün­ter Lit­fin. Le der­nier modèle de Tra­bant, ou Gün­ter Lit­fin. Mais main­te­nant il faut qu’on y aille…

Tout ça me laisse un drôle de goût dans la mémoire. L’Allemagne n’est tout de même pas fau­chée au point de *devoir* faire de la pub pen­dant la com­mé­mo­ra­tion de la jour­née la plus incroyable de son his­toire. Le sym­bole, la Bran­den­bur­ger Tor est fer­mée. L’émotion est orga­ni­sée, live.

Je ne sais pas.

Est-​​Ouest ? Naaan, j’ai pas grand-​​chose à dire…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 8 nov 2009 à 22:33

Ost-West ? Nee, da fällt mir nicht viel ein...
Ça va faire vingt ans, demain, que le mur de Ber­lin est tombé.

Ça se fête, tout de même !

Non ?

Beeeen, oui. tenez, on aura Hil­lary, Mikhail, et même le petit Nico­las à la Bran­den­bur­ger Tor. Et puis mille domi­nos géants qui vont tom­ber. On a eu U2, tiens. Je me demande où Jesse Jack­son est resté, tiens.

Une grande fête donc. Popu­laire. Sisi.

Notez, il n’y aura pas de mani­fes­ta­tions spon­ta­nées. Ima­gi­nez que des Ber­li­nois veulent se mêler de La Fête… Ça, c’est pas pos­sible. La fête a été confiée à deux agences, avec exclu­si­vité. Donc le petit bal pour la fête au mur, beeen… non.

On aurait pu faire la fête au mur par­tout. Mais comme il n’y a pas de Latte Machiatto, et pas d’hôtels de luxe à, disons, près de chez moi, à Wed­ding, les agences ont fait l’impasse.

Mais les domi­nos, grande idée. L’idée que le Mur De Ber­lin ait été le pre­mier domino qui, tom­bant a fait tom­ber le com­mu­nisme, ça va faire de chouettes images. Symboliques.

Donc, demain, on est tous frères. Cham­pagne pour Hil­lary, Mikhail et le petit Nico­las (si il n’a pas oublié sa carte d’identité). Pour les autres, bière, j’imagine.

Tiens, au fait, vous savez quel domino a fait tom­ber le mur de Ber­lin ? Ben oui, hein, les sym­boles c’est bien joli, mais le pre­mier domino est tombé à l’étranger. En Hon­grie, en fait. Il est tombé le jour où la Hon­grie a décidé d’ouvrir sa fron­tière avec l’Autriche. Dans les heures qui ont suivi, des mil­liers d’Allemands de l’Est se engouf­frés dans cette brèche. Après quelques jours, c’est devenu défi­ni­ti­ve­ment inte­nable. L’édifice vacillait déjà. Ces dizaines mil­liers d’Allemands, tenaces, cou­ra­geux, qui mani­fes­taient depuis des semaines, semaine après semaine, avaient déjà miné la mai­son RDA. Et le 9 novembre, elle est tom­bée, dans la confu­sion totale.

La fête sera très bien orga­ni­sée, j’en suis sûr.

Le Mur n’a pas fini sa car­rière. Une petite por­tion devient un musée. Éduca­tif, donc, le mur. Il y a un petit champ de mines (maaaais non, pas des vraies !) avec un mira­dor et tout. Pour voir ça, il faut grim­per à la ter­rasse. Et tant qu’a éduquer, on fait des pan­neaux qui montrent des pages d’une BD (en vente…) bilingue. Alle­mand, Anglais.

Il y a des gens qui ne res­pectent vrai­ment rien. Le pan­neau que j’ai pho­to­gra­phié aujourd’hui est «décoré» d’une petite affiche qui célèbre l’anniversaire de… la RDA. Avec un extrait d’un dis­cours du chan­ce­lier Kohl (RFA), et une cita­tion de la consti­tu­tion de la RDA.

Notez que tout les ex-​​Est-​​Allemands ne sont pas nos­tal­giques. Bon, on en a vu un l’autre jour (en fait moi je ne l’ai pas vu, mais Viola l’a vu). Il se fai­sait pas­ser pour un membre de la Ber­li­ner Tafel (en français ça se dit les Res­taus du Cœur). Il fai­sait la quète à Wed­ding (pas vrai­ment un quar­tier riche). Il a été arrête par la police et a déclaré qu’il trou­vait nor­mal que les «Wes­sis» (c’est le petit nom gen­til que les gens de l’allemagne de l’est donnent à ceux de l’ouest) payent pour sa situa­tion écono­mique. Il y en a eu aussi 1 500 pour mani­fes­ter hier, pour pro­tes­ter contre la chute du mur, à Berlin.

Il y en a quelques uns qui se sont bien adap­tés, aussi. Pre­nez Wolf­gang Tie­fen­see, par exemple. Il est né à l’Est. Il est entré en poli­tique (du bon côté, natu­rel­le­ment) à l’age de 34 ans. En 1989, donc, il a com­mencé à mili­ter. Bon timing. Donc, avec ces mil­liers d’anonymes (pas pour tout le monde, natu­rel­le­ment, la STASI était là aussi), il a scandé «Wir sind das Volk !», le peuple, c’est nous. Eh bien, his­toire de mon­trer qu’il a bien évolué avec son temps, il a déposé, le 12 mars 2002, la marque «Wir sind das Volk». Il a perdu son minis­tère la semaine der­nière, mais ne vous inquié­tez pas pour lui : il est encore député.

Le per­son­nage qui nous raconte, sur le pan­neau que j’ai pho­to­gra­phié, nous dit : Est-​​Ouest ? Naaan, j’ai pas grand-​​chose à dire…

Moi non plus.

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