À hauteur d’œil…
Je réfléchissais à ce que j’ai écrit hier, tout à l’heure, et je suis passé par Schiller Park. J’avais sur mon appareil mon zoom 60-250mm, et je suis passé pour la nième fois devant cette statue. C’est l’exemple parfait pour illustrer mon choix d’objectif. Si j’étais sorti avec mon 35mm, ou même avec mon 16-50mm, cette photo n’aurait pas pu exister sans recadrage.
La dame est sur un socle d’un bon mètre de haut, et mesure pas loin de deux mètres. Donc, avec un objectif de courte focale, si on veut la cadrer comme je l’ai fait, on doit être près, et donc on la regarde d’en-bas. Moi, je la regarde de (plus) loin, et donc avec moins d’angle. Bonus, j’ai dans sur ma photo la crotte de pigeon qui a séché sur sa tête.
CQFD.
Sinon, au hasard de mes lectures, j’en suis à me poser des questions au sujet du débat « plein format » (Full Format, c’est à dire appareil photo ayant un capteur du format 24mm x 36mm). C’est *la* mode du moment. À moins que ce soit celle de l’année dernière (la nouvelle mode étant le format « micro 4/3″, ou le mode « vidéo HD », je ne sais plus trop : je suis toujours un débat ou deux en retard…).
Pour ses promoteurs, le format FF se justifiait par la qualité d’image augmentée, et (ou surtout) par la réduction de bruit à hautes sensibilités. Pour ses détracteurs (dont je ne suis a priori pas), l’argument de qualité dans l’absolu était nul et non avenu à moins de travailler avec des formats de *tirage* (lire : sur des photos imprimées sur *papier*). En plus, les bottiers FF sont naturellement plus chers que les boîtiers APS-C.
L’un dans l’autre, les deux argumentations, dans *mon* cas, se valent. Je n’ai pas l’arrogance d’avoir des besoins de qualités si hauts que je doive travailler avec du FF, et je n’ai pas les moyens financiers pour en faire un caprice. Mais si j’avais eu les moyens, j’aurais aussi choisir un boîtier FF. Je ne suis ni contre ni pour.
Les fabricants exploitent le filon : à nouveaux boîtiers, nouveaux objectifs. Notamment Nikon. Nouvelles version d’objectifs réputés pour leurs qualités optiques, auxquels on ajoute la stabilisation.
On se rend compte que, pour les photographes, la qualité d’image (en lumière « normale ») *diminue* quand on passe d’un boîtier APS-C à un boîtier FF. Aussi surprenant que ce ça puisse être, en réfléchissant un petit peu, c’est tout à fait « logique ». Tout objectif a tendance à être plus « fin » au centre de la photo qu’aux bords. Dans le meilleur des cas, les bords s’approchent de la qualité du centre. Dans le cas d’un boîtier APS-C, entre le centre et le bord du capteur, il y a une distance de 12mm. Dans le cas d’un boîtier FF, la même distance centre/bord est de 18mm. Donc, en réfléchissant, il n’est pas impossible de croire que les bords des photos générées par des FF sont moins fins que ceux des photos générées par des APS-C.
Dans la pratique, le site photozone.de (en langue anglaise), qui bénéficie d’une *très* bonne réputation et dont la raison d’être est de tester les objectifs, me confirme ça laconiquement dans les notes qu’ils donnent aux objectifs. Un même objectif, un des meilleurs toutes marques confondues, le pratiquement légendaire Nikkor AF-S 70-200mm f/2.8G IF-ED VR, bénéficiait, quand il avait été testé avec un boîtier APS-C, d’une note « optique » de 4,5. Sachant que le testeur est allemand, 4,5/5, c’est une note foutrement bonne. Mais sur un boîtier FF, la note optique se prend une claque : 3,5. Attention, hein. ça ne fait pas de cet objectif une bouse, hein. Mais plus non plus le truc à avoir à tout prix. J’en serais parfaitement satisfait, en ce qui me concerne.
L’exemple le plus parlant de la version « commerciale » du phénomène est le bon vieux 17-35mm de Nikon. Il avait une note (sur un boîtier APS-C) tout à fait convenable de 3,5. Il ouvrait à f2,8. La nouvelle version made in Nikon n’ouvre plus qu’à f4. Et sa note est passée à 3,0. Naturellement, Nikon a collé dessus la stabilisation (qui a besoin d’une stabilisation avec une focale comme ça, surtout quand on est sur un boîtier FF et qu’on a donc accès à des sensibilités insensées ?).
À part pour les gens qui en ont *besoin* (et il n’y en pas tant que ça), je commence à soupçonner que le phénomène « FF » est essentiellement commercial. Du bon marketing.

































