Jeu de piste…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 19 mai 2011 à 10:15

Pour les (rares) aux­quels je manque, la nou­velle adresse : je suis pas d’humeur

Poil au tableau !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 6 fév 2011 à 12:53

Il y a cinq ans aujourd’hui que j’ai été vic­time d’un AVC (acci­dent vas­cu­laire céré­bral). Niver­saire de rigueur, etc.

Ça fait cinq ans que je suis « retraité » d’office. Cette semaine, ça va chan­ger. Je retourne à l’école. crotte de nez, poils aux pieds, faites son­ner la récré.

Il y a quatre ans et huit mois que j’ai com­mencé à tenir ce jour­nal. À l’époque il avait un thème et un but. «  J’ai besoin d’écrire pour (ré)apprendre à écrire.  »

J’estime que cette période de ma vie est finie. Ce jour­nal n’a plus de thème dis­cer­nable, et mes pro­blèmes « apha­siques » sont pra­ti­que­ment réglés. Enfin : j’ai appris à vivre avec. Ce jour­nal, je le ferme. Il m’a donné ma gre­nouille, et m’a rendu ma langue. Ou au moins une langue. Un suc­cès définitif.

C’est une fer­me­ture posi­tive. Très posi­tive. Je vais très pro­ba­ble­ment ouvrir un autre jour­nal. Je ne sais sim­ple­ment ni quoi ni quand. Mais il n’y a pas de vac­cin contre le « journal-​​isme », et moi j’ai chopé le virus il y a main­te­nant dix ans. On ne se refait pas.

À bien­tôt !

La photo est de mon ami Loïc, Et la musique de fond est .

Web 2.0S(arkozy) ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 17 déc 2010 à 12:19

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fac simile (ou presque) d’un texte, passé à la mou­li­nette « PGP », garan­tis­sant la quasi-​​impossibilité de déchif­fre­ment, la seule solu­tion future du net ?

Voilà auquel le net pour­rait devoir res­sem­bler demain. Enfin quand je dis demain, hein, ça pour­rait être sim­ple­ment après-​​demain, hein. Disons demain, pour rai­son de commodité.

Car à par­tir de demain, le gou­ver­ne­ment fran­çais a droit de vie et de mort sur le net fran­çais. Le gou­ver­ne­ment peut déci­der de fil­trer cen­su­rer *tout ce qu’il veut*, sans devoir faire appel à la jus­tice, *sans contrôle possible*.

Et il fau­drait leur faire confiance ?

Histoire sans paroles…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le ven 17 déc 2010 à 01:35

Une pro­me­nade sous la neige. Une page de vie, une tranche de bon­heur… et une chouette récompense.

Résistance « plus »… Stuttgart 21 passe, ou casse…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 13 déc 2010 à 14:15

Samedi, plus de cin­quante mille oppo­sants au très célèbre pro­jet Stutt­gart 21. Le pro­jet, plus ou moins cri­ti­qué par le média­teur Geiß­ler, qui l’a lui-​​même renommé « Stutt­gart 21 plus » en fonc­tion du nombre de modi­fi­ca­tions qu’il a ordon­nées, ne passe tou­jours pas. Boris Pal­mer, qui a été un inqui­si­teur impla­cable pen­dant les jour­nées de média­tion appelle encore à la résis­tance. Avec « Résis­tance plus », et « argu­ments plus ».

La média­tion de Geiß­ler a eu un énorme effet au niveau natio­nal. Mais dans la ville, laquelle veut encore « oben blei­ben » [res­ter à la sur­face], en fait aucun effet. La Deutsche Bahn a toutes les cartes en mains, et peut relan­cer les tra­vaux quand elle veut, ou presque. En ce moment, le patron de la DB tente de négo­cier le paie­ment des modi­fi­ca­tions ordon­nées. Der­nière ligne droite ?

Peut-​​être pas. Si les oppo­sants au pro­jet par­viennent à main­te­nir une telle pres­sion, à main­te­nant moins de quatre mois des élec­tions, il faut réfléchir.

Le pro­blème des Verts, fer de lance de la résis­tance, « plus » ou pas, est la cam­pagne que les par­tis de droite viennent de lan­cer. Les Verts, ne seraient qu’un parti contes­ta­taire. Rien de plus. Ils seraient contre tout, et pour rien.

Mais dans le cas de Stutt­gart, le pro­jet « K21 », appuyé par les verts, est, jus­te­ment, un vrai pro­jet. Un pro­jet qui tient la route, au moins sur le papier. La moder­ni­sa­tion de la gare exis­tante est séduisante.

Logique d’entreprise et d’argent contre une popu­la­tion tou­jours plus créa­trice… J’attends la suite !

Pentax K-​​5 : après un mois…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le lun 13 déc 2010 à 00:15

J’ai reçu il y a un mois, exac­te­ment, par la poste, un paquet qui conte­nait un cadeau : un Pentax K-5. J’utilisais depuis un petit peu plus de dix mois son pré­dé­ces­seur : le K-​​7, lequel rem­pla­çait mon K20D, décédé après une chute stu­pide. La dif­fé­rence entre le K20D et le K-​​7 était plus impor­tante, au niveau « hard­ware » (j’entends par là le boi­tier, et les diverses fonc­tions, l’ergonomique, etc.) que celle entre le K-​​7 et le K-​​5. Par contre, au niveau de qua­lité d’image, la dif­fé­rence est plus grande entre le K-​​5 et le K-​​7 qu’entre le K-​​7 et le K20D.

Après un mois d’usage du K-​​5, bilan provisoire.

1. Les sujets sur les­quels je n’ai rien à dire

  • le mode vidéo : je ne l’utilise pas, et je n’ai pas l’intention de l’utiliser. Si je vou­lais faire des films, je m’achèterais une caméra. Je déplore l’introduction du mode vidéo dans les appa­reils de Pentax. J’imagine que le dépar­te­ment Mar­ke­ting a eu son mot à dire. L’argent uti­lisé en déve­lop­pe­ment du mode vidéo aurait pu être mieux dépensé.
  • les « réglages d’image » (cou­leurs, satu­ra­tion, « affû­tage », etc.) : je n’ai pas pris une photo direc­te­ment en JPG depuis au moins deux ans. Je rêve du jour où Pentax aura le cou­rage de sor­tir un appa­reil amputé de tous ces réglages super­flus. Filtres, effets, etc. Je n’en ai rien à dire, ni à faire. Encore une fois, le dépar­te­ment Mar­ke­ting a outre­passé son rôle. Le K-​​5 étant pra­ti­que­ment vendu comme un appa­reil « pro­fes­sion­nel », je ne vois pas l’intérêt des gad­gets qui encombrent les menus de l’appareil.

Natu­rel­le­ment, ce n’est que mon avis. 9 « modes » d’image (« natu­rel », « estompé » « sans blan­chî­ment (?!!) ») qui ne me servent à rien sinon qu’à être fai­néant… Quand on parle d’appareil photo digi­tal, ça sug­gère l’utilisation d’un ordi­na­teur, lequel peut par défi­ni­tion tout faire *mieux* qu’un appa­reil photo, quel qu’il soit.

2. Les sujets « hard­ware » sur les­quels j’ai des choses à dire :
Le « corps » du K-​​5 est iden­tique à celui du K-​​7, à quelques détails optiques près :

  • La molette « modes de prise de vues » est plus haute que celle du K-​​7. Petit détail d’ergonomie qui témoigne de l’intérêt de Pentax pour le pho­to­graphe. À la sor­tie du K-​​7, des tas de gens ont cri­tisé cette molette qu’il faut « déblo­quer » avant de l’utiliser. Il faut tout de même admettre aujourd’hui qu’elle plait : Canon pro­pose sur ses modèles pro­fes­sion­nels une modi­fi­ca­tion (150€, tout de même) de leur molette, per­met­tant un blo­cage « à la Pentax ». J’en suis per­son­nel­le­ment un par­ti­san farouche. Le fait qu’elle soit plus haute m’est, per­son­nel­le­ment, indif­fé­rent, mais je suis tou­ché de l’attention.
  • Le bou­ton « RAW » est égale­ment mar­qué « Fx ». C’est peut-​​être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beau­coup, si j’ose dire. Aha. Le bou­ton « RAW » était, depuis le K10D des­tiné à ceux qui tra­vaillllent en JPG. En appuyant sur le bou­ton, on pou­vait avoir un RAW sans devoir pas­ser par un menu. Mais pour ceux qui tra­vaillent en RAW ? Inté­rêt : nul. D’où la men­tion « Fx ». On peut réas­si­gner au bou­ton d’autres fonc­tions plus utiles à ceux qui n’utilisent pas de JPG. Même si j’aurais pu ima­gi­ner d’autres réas­si­gna­tions encore plus utiles (pour *moi*) à ce bou­ton que celles pro­po­sées, l’idée est tout sim­ple­ment excel­lente. Encore un détail qui me prouve que Pentax pense à ses utilisateurs.

3. Les sujets « fonc­tions » sur les­quels j’ai des choses à dire :

  • Les 5 « users » sont un rêve que j’avais depuis mon pre­mier appa­reil digi­tal. Depuis le K10D, j’avais à ma dis­po­si­tion un mode « user », qui me per­met­tait de rap­pe­ler en une frac­tion de secondes une série de para­mètres de prise de vues. Par exemple, les para­mètres pour quand je tra­vaille au flash. Mais sur le K-​​5, j’ai *cinq* séries de para­mètres au bout des doigts. Ce n’est pas nou­veau, Sony par exemple avait ça depuis des années, mais c’est nou­veau et très bien­venu chez Pentax.
  • La rapi­dité de prise de vues. Que dire : sept images par seconde. Avec des RAW, je peux faire ça pen­dant plus de trois secondes. C’est confort. Point. Sinon, j’ai accès à un mode moins rapide (trois images par secondes). La rapi­dité maxi­male du K-​​7 était de cinq images par secondes.
  • L’autofocus est meilleur. Il est tout sim­ple­ment plus rapide. L’autofocus est depuis des années un des points faibles chez Pentax. Je n’ai pas les éléments pour le com­pa­rer avec celui des concur­rents, mais je sais que je suis beau­coup moins déçu de l’autofocus du K-​​5 que de celui du K-​​7. Je suis plus tran­quille, et c’est bien.
  • Les prio­ri­tés de l’auto-focus. Lorsqu’on pho­to­gra­phie par rafales, il peut être inté­res­sant de choi­sir entre une prio­rité à l’autofocus (on peut par­fois pas prendre autant de pho­tos qu’on le vou­drait, l’appareil attend une confir­ma­tion d’autofocus), et un mode « vitesse » où l’appareil tra­vaille aussi vite qu’il le peut, sans se poser de ques­tions. Ça peut être utile.
  • Les deux auto­fo­cus « auto­ma­tiques ». Je n’utilise que rare­ment ce mode d’autofocus, mais il peut être inté­res­sant de limi­ter le champ de l’autofocus à une par­tie du viseur contrai­re­ment au viseur entier. Bien vu. Je déplore seule­ment que le champ limité soit par défi­ni­tion le centre du viseur.

Mais quand on com­pare le K-​​7 et le K-​​5, le point de com­pa­rai­son prin­ci­pal n’est pas là.

4. la qua­lité d’image

  • Le cap­teur : Le K-​​7 était (on sup­pose) équipé d’un cap­teur Sam­sung, hérité (on sup­pose) du K20D. Ne nous mécomprenons-​​nous pas : il n’était pas *mau­vais*. Je n’avais pas trop d’états d’âme à lais­ser mon auto-​​ISO entre 100 et 2000 ISO. Par­fois même jusque 3200 ISO. Ce n’est pas ridi­cule. Mais en pas­sant au K-​​5 (équipé —on sup­pose— d’un cap­teur Sony, iden­tique à celui qu’utilise le Nikon D7000), on passe à l’étage supé­rieur. Mon auto-​​ISO est réglé sur 80 — 5000 ISO. Le cœur léger. Et c’est bien.
  • La « dyna­mique » du K-​​5 est, à ce qu’il parait, tout sim­ple­ment hors-​​pair. La dyna­mique mesure la « lar­geur » du champ entre le moment où la lumière dis­pa­rait dans le blanc pur et celui où la lumière dis­pa­rait dans le noir. Par exemple, la photo que j’ai pos­tée l’autre jour dans Mille vingt-​​quatre pixels était, en fait, dans l’écran de mon appa­reil, *noire*. J’ai pu tout de même en extraire cette photo.

5. Pour résu­mer :
Mon achat du K-​​7 m’a été pra­ti­que­ment imposé. Disons que je n’ai pas su résis­ter à l’offre finan­cière que Pentax m’avait faite. Mais sans cela, j’aurais racheté un autre K20D, et j’aurais été tout à fait heu­reux avec. Comme « upgrade » d’un K20D, le K-​​7 ne se jus­ti­fiait en fait pas. Mais le K-​​5 est d’un tout autre calibre.

Sin­cè­re­ment, je m’imagine très faci­le­ment avec mon K-​​5 dans au moins cinq ans. Je ne lui connais pas de point vrai­ment faible. N’oubliez pas que je n’ai parlé que des fonc­tions nou­velles que j’utilise. Mais par exemple j’ai dans mon viseur en per­ma­nence un indi­ca­teur qui me dit si je suis mon appa­reil droit ou pas. Même les appa­reils les « pro » de Canon ou Nikon n’ont pas ça. Les tests qui ont déjà faits indiquent que le K-​​5 est pro­ba­ble­ment pour le moment le meilleur appa­reil pour ce for­mat, toutes marques confondues.

Je suis vrai­ment très heu­reux de mon K-​​5.

Non à la censure…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le jeu 9 déc 2010 à 01:07

Le trai­te­ment « admi­nis­tré » au site Wiki­leaks m’agace.

Si je suis obligé de vous expli­quer ce qu’est wiki­leaks, vous vous êtes réveillés beau­coup trop tôt : le prin­temps est encore loin, rendormez-​​vous tran­quille­ment. Par contre, si vous ne lisez que la presse clas­sique pour com­prendre le trai­te­ment et son pour­quoi, peut-​​être que je peux vous aider. Ou plus exac­te­ment peut-​​être que cet article dont j’ai trouvé une ver­sion fran­co­phone peut vous aider. Lisez le contenu de l’encadré gris. Et de là, vous sau­rez pour­quoi je suis agacé.

Mais, comme nous le dit très jus­te­ment L’Electronic Fron­tier Foun­da­tion, ce n’est que le début d’une affaire beau­coup plus impor­tante. Le site est anglo­phone, désolé.

Sou­te­nir Wiki­leaks (dont EFF est un des sou­tiens légaux dans cer­tains pro­cès aux USA), c’est égale­ment se battre pour la liberté d’expression de cha­cun. Laquelle ne va visi­ble­ment plus de soi, dans un monde où un simple coup de fil d’un séna­teur amé­ri­cain peut faire fer­mer un site, déclaré « illé­gal »… sans avoir été même condamné par la « justice ».

Vrai­ment, ça m’agace. Même si Wiki­leaks n’est en fait pas fermé. Il en cir­cule plus de mille copies actives. Le cas Assange (le chef de Wiki­leaks) n’est *pas* à confondre au cas « Wikileaks ».

Il faut sau­ver le sol­dat Wiki­leaks. Je sais où trou­ver mon député. Et vous ?

Le lendemain…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 1 déc 2010 à 11:38

Voilà.

«Stutt­gart 21» c’est fini…

Non, j’rigole… :)

Enfin fini un petit peu quand même. Disons que la média­tion est finie. Et encore…

Bon. Je cesse de ten­ter de réflé­chir, je mets tout sur la page, et vous triez vous-​​mêmes.

La jour­née a com­mencé un petit peu solen­nel­le­ment. Il faut dire qu’il y avait du beau linge à la corde, hein. Le pre­mier ministre Map­pus (il avait fait une appa­ri­tion le pre­mier jour, mais était parti à midi man­ger —on ne l’a plus revu dans la salle avant ce matin), le patron de la Deutsche Bahn, Grube, qui n’avait jusque ce jour pas dai­gné d’honorer le petit peuple de sa pré­sence, et il y avait aussi le maire de Stutt­gart, Schus­ter, lequel n’avait pro­ba­ble­ment pas trouvé la salle avant aujourd’hui. Notez c’est un petit dom­mage, je trouve : ils sont ceux qui ont pro­vo­qué la crise, tout de même.

Du coup, dans le camp des « pour », les vaillants petits sol­dats qui en ont pris plein la tête pen­dant les six semaines étaient relé­gués au deuxième rang, comme les cancres.

Le média­teur, Geiß­ler, a com­mencé à pré­sen­ter tout le monde. Non : le pre­mier rang. Il a, tout sou­rire, com­mencé à pour­rir la mati­née de Gru­ber, en lui disant, sous cou­ver­ture de plai­san­te­rie, tout le mal qu’il pense sur l’état de la Deutsche Bahn. Il regrette que les auto­mates aient rem­placé les gui­che­tiers, par exemple.

Ensuite, il a lancé la der­nière de média­tion : cha­cun des par­ti­ci­pants (du pre­mier rang) avaient cinq minutes pour leur « plaidoyer ».

Les « pour » ont com­mencé. Ils ont res­pecté les formes, remer­ciant Geiß­ler pour son tra­vail. Deux entre eux, ont fait un mea culpa dont j’espère qu’il était sin­cère : ils ont regretté que le tra­vail effec­tué pen­dant la média­tion n’ait pas été fait avant. Ils ont pro­mis, l’un pour la DB et l’autre pour le gou­ver­ne­ment, que on ne tra­vaillera jamais plus comme ça. Série tota­le­ment sans inté­rêt, à part la phrase de Map­pus, dans laquelle il a dit qu’on n’avait jamais eu une telle occa­sion en Alle­magne à part à Ber­lin après la chute du mur. Il par­lait immobilier.…

La riposte n’a pas tardé. Le pre­mier « contre » à par­ler a indi­qué, en pas­sant, qu’à son avis Stutt­gart per­sonne n’a envie d’avoir une Pots­da­mer Platz [le « coeur » hideux du « nou­veau » Ber­lin construit après la chute du mur]. Les « contre » ont été plus agres­sifs. Et sur­tout beau­coup plus passionnés.

Une fois le tour de table fini, Geiß­ler a demandé une heure de patience pour s’entretenir avec les « pour », puis avec les « contre ».

Il est revenu cinq heures plus tard. Et il a rendu son ver­dict. Son ver­dict était pré­vi­sible : il a recom­mandé un cer­tain nombre de chan­ge­ments au pro­jet, les­quels sou­lignent les points sur les­quels les « contre » avaient mené le plus gros de leurs charges. Il a avoué que le pro­jet alter­na­tif des « contre » était fai­sable, et appa­rem­ment il lui plai­sait bien, mais il a dit qu’il ne pou­vait pas le recom­man­der pour rai­sons finan­cières (le DB avait annoncé que le renon­ce­ment à son pro­jet venait accom­pa­gné d’une fac­ture de plus d’un mil­liard d’euros, ce qui natu­rel­le­ment fait un petit peu peur…)

Le juge­ment :

  • il a pré­co­nisé la créa­tion d’un cadre légal empê­chant la spé­cu­la­tion au sujet des ter­rains « libé­rés » par l’enterrement de la gare, deman­dant que ces ter­rains soient uti­li­sés à autre chose que les centres com­mer­ciaux pré­vus. La ville semble avoir accepté ça, en ser­rant les dents, tou­te­fois. À suivre.
  • il a exigé que les arbres cen­te­naires du parc soient épar­gnés : sauf mala­die « mor­telle », les arbres devraient, le cas échéant être trans­plan­tés, pas abat­tus. Pas négo­ciable. À suivre.
  • il a exigé que la DB prouve que dans sa confi­gu­ra­tion du moment le pro­jet pou­vait accep­ter une aug­men­ta­tion du tra­fic d’au moins 30%, et si non, il recom­mande que le pro­jet soit modi­fié, avec entre autres l’ajoût de deux quais à la nou­velle gare sou­ter­raine. La DB com­mente, avec un sou­rire crispé, que le test ne pose aucun pro­blème, facile, les doigts dans le nez. Ton­ton, pour­quoi tu tousses ? À suivre plus que le lait sur le feu.
  • il a allumé les condi­tions d’accès des han­di­ca­pés à la gare, et au plan de sécu­rité en géné­ral. Ça fait sérieux.

J’en oublie certainement.

Les « pour » ont pavané, tous sou­rires devant les camé­ras, mais avec une rai­deur qui avait un je-​​ne-​​sais quoi genre « manche à balais dans le cul », les « contre » ont pris acte, sou­li­gné que le « pro­jet le mieux pla­ni­fié du monde » avait appa­rem­ment des lacunes sérieuses, que leurs remarques avaient visi­ble­ment du bon, mais ils ont annoncé qu’ils ne renon­çaient pas à leur pro­jet alter­na­tif. Les manifs vont reprendre.

Seul point com­mun à tout les par­ti­ci­pants : ils ont, avec Geiß­ler, enterré le pro­ces­sus exis­tant concer­nant les « grands » pro­jets. Ils ont pro­noncé le nom de la Suisse avec une insis­tance ras­su­rante. Geiß­ler a lui car­ré­ment recom­mandé un pro­ces­sus en trois étapes :

  • une défi­ni­tion du pro­jet (qu’est-ce qu’on veut faire), sou­mise à referendum
  • une défi­ni­tion du plan (com­ment on veut faire ça), sou­mise à referendum)
  • une fois tout ça dûment accepté, les travaux

Gagnants et per­dants : tous les par­ti­ci­pants ont perdu, au moins en par­tie. Tous les autres, c’est à dire la popu­la­tion de Stutt­gart, et plus lar­ge­ment la popu­la­tion alle­mande a gagné : per­sonne ne pourra plus leur enfon­cer dans la gorge un pro­jet du genre «Stutt­gart 21». Mais ils vont pro­ba­ble­ment tout devoir ava­ler « Stutt­gart 21 plus ».

Les comp­tables de la DB ont très cer­tai­ne­ment passé une sale nuit. Com­bien pour toutes ces modi­fi­ca­tions, et qui va payer ? Ce matin, en urgence, le Bun­des­tag met « Stutt­gart 21 plus » (le sobri­quet que Geiß­ler a uti­lisé) au menu. Le but, sau­ver le projet.

Au niveau local, cer­tains ont perdu cer­tai­ne­ment beau­coup d’argent dans l’affaire, sur­tout si la ville fait ce qu’elle a pro­mis au niveau des ter­rains construc­tibles libérés.

Geiß­ler a gagné son pari. Il n’avait peu de cer­ti­tudes quant sa capa­cité à trou­ver un com­pro­mis entre une gare de sur­face et une gare sou­ter­raine, mais il avait misé sur la mise à mort du « basta busi­ness ». Il semble avoir vrai­ment gagné.

Je crois que il y aura un jour avant, et un jour après Stutt­gart 21.

Il y a pas mal à parier que Stutt­gart va reprendre le che­min de la rue. Voyons si « Stutt­gart 21 plus » lui résistera…

Le jour d’avant…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 29 nov 2010 à 14:04

Demain, le monde poli­tique alle­mand change. C’est le jour où Hei­ner Geiß­ler, l’arbitre du conflit «Stutt­gart 21» rend sa copie. Quoi en attendre, et pourquoi ?

  • Les huit (il me semble) séances de conci­lia­tion, indé­pen­dam­ment de leur résul­tat pra­tique ont été un exer­cice de démo­cra­tie péda­go­gique extra­or­di­naire. J’en veux pour preuve les chiffres de spec­ta­teurs. Un petit peu moins de 500 000 télé­spec­ta­teurs le pre­mier jour, plus d’un mil­lion pour la der­nière. Le com­men­ta­teur de la chaîne SWR était, au début, pra­ti­que­ment seul dans une grande salle avec les écrans géants : à la fin, des classes entières y défi­laient, profs en tête. Il n’est plus pos­sible de pré­tendre que les gens ne s’intéressent pas à ce qui va leur arri­ver. Geiß­ler avait, au début, annoncé la fin de l’ère des déci­sions prises der­rières les portes. Je crois qu’il a rai­son, et que les portes des cabi­nets devront s’ouvrir.
  • Le pro­jet «Stutt­gart 21» pose pro­blèmes. Je pense que Geiß­ler en don­nera demain une vision au moins contras­tée. Le pro­jet « le mieux pla­ni­fié du monde » va en sor­tir en boi­tant. Les pré­ten­tions, voire la pré­ten­tion de la Deutsche Bahn ont volé en éclat pen­dant ces heures de débat public.
  • Les posi­tions sont défi­ni­ti­ve­ment irré­con­ci­liables. La conci­lia­tion a au moins per­mis d’établir ça, si besoin en était. Demain, les mots de Geiß­ler sont très atten­dus. Il a accepté cette mis­sion pour cal­mer les esprits, mais rien n’ayant en fait changé, que peut-​​il faire ?
  • L’appel au refe­ren­dum est « léga­le­ment » impos­sible, cette porte a été fer­mée par le par­le­ment du Land. Donc, j’imagine qu’il fal­loir choisir
  • Mais com­ment choi­sir ? Demain, après le dis­cours de Geiß­ler, rien, *rien du tout* n’empêche la Deutsche Bahn à reprendre le cours des tra­vaux comme si de rien n’était. Léga­le­ment. Geiß­ler n’a aucun pou­voir : il annonce qu’il pro­po­sera des modi­fi­ca­tions, mais il dépend tota­le­ment du bon gré de la Deutsche Bahn et du gouvernement.

Alors pour­quoi est-​​ce que dans Google News je peux trou­ver plus de 1 500 articles de presse (en alle­mand) concer­nant ce dis­cours de demain ? Pour­quoi est ce que, per­son­nel­le­ment, je compte les heures ?

Parce que je crois que Geiß­ler a fait sau­ter la baraque. Je crois que la ges­tion des « grands pro­jets » va être pro­fon­dé­ment modi­fiée. Je crois que les citoyens ne se conte­ront plus des « enquêtes d’intérêt géné­ral », qu’ils vou­dront pou­voir pro­po­ser des alter­na­tives. Je crois que l’Allemagne va devoir modi­fier sa concep­tion de « démocratie ».

Ce lundi, ce sera le cinquante-​​quatrième lundi de mani­fes­ta­tion à Stutt­gart. Plus d’un an que les citoyens de Stutt­gart battent le trot­toir. Armés de sif­flets et de pan­cartes, ils ont réussi l’impossible. Peut-​​être pas celui dont ils rêvaient : je ne crois pas que la gare va « res­ter en haut » [oben blei­ben, le slo­gan de ras­sem­ble­ment des oppo­sants au pro­jet], mais ils ont pro­ba­ble­ment réussi à empê­cher que ça se reproduise.

Geiß­ler aura demain pro­ba­ble­ment moins d’amis qu’hier : il va fata­le­ment déce­voir tout le monde. Mais il aura, je crois, j’espère, tourné le cou à ce qu’il a appelé les « poli­tiques basta » [il a déclaré : « Die Zei­ten der Basta-​​Entscheidungen sind vor­bei.», les temps des déci­sions basta sont révo­lus, visant par ces mots les déci­sions impo­sées par le haut sans pos­si­bi­lité de dialogue].

Aujourd’hui, c’est le der­nier jour d’avant.

Et après… ?

Le temps se couvre sur Stuttgart 21…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le mer 17 nov 2010 à 14:39

Non, vrai­ment, il y en a qui n’ont pas de chance, tout de même.

Pre­nez Angela [Mer­kel, chan­ce­lière fédé­rale], par exemple. Juste dimanche, elle a encore pris publi­que­ment parti pour Stutt­gart 21, et regar­dez ce qui lui est tombé des­sus en à peine deux jours :

  1. Lundi :
    • un cour­rier du Bun­des­rech­nung­shof (la cour des comptes fédé­rales) qui accuse le ministre des trans­ports fédé­ral de men­songe quand il raconte que le finan­ce­ment de Stutt­gart 21 est bou­clé et accepté par la cour des comptes
    • un exper­tise qui met en doute le carac­tère consti­tu­tion­nel du finan­ce­ment de Stutt­gart 21
  2. Mardi :
    • on découvre dans la presse une lettre du Eisen­bahn Bun­de­samt (l’établissement des che­mins de fer fédé­ral, « supé­rieur hié­rar­chique » de la Deutsche Bun­des­bahn, sans l’accord duquel rien ne peut se pas­ser) qui déclare que l’autorisation de mise en tra­vaux pour le chan­tier de la créa­tion de la voie à grande vitesse entre Wedd­lin­gen et Ulm (ce tracé est par­tie pre­nante du pro­jet Stutt­gart 21 —sans cette ligne, le pro­jet de la gare perd pra­ti­que­ment tout inté­rêt) est, pro­vi­soi­re­ment, gelé. Et ceci depuis le 7 septembre…
    • une exper­tise dénonce l’utilisation du ter­rain « libéré » par la construc­tion de la gare sou­ter­raine : pas assez de loge­ments, trop de bâti­ments de bureaux, trop de centres commerciaux

Et il n’est qu’à peine midi, hein…

Générations…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Photo — le mar 16 nov 2010 à 15:25

Et si on ne par­lait pas de Stuttgart ?

Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, hein : rien qu’hier, une exper­tise est sor­tie, laquelle met en cause le carac­tère consti­tu­tion­nel du finan­ce­ment de Stuttgart-​​21. Figurez-​​vous qu’un Land ne peut pas par­ta­ger le finan­ce­ment d’un pro­jet avec l’état, et ça pour éviter que les « Län­der » [plu­riel de « Land »] riches soient trop favo­ri­sés par rap­port aux Län­der pauvres. Et dans le même temps, on exhu­mait une lettre du vice-​​président de la Cour des Comptes [Bun­des­rech­nung­shof], laquelle met­tait le ministre (fédé­ral) des trans­ports au sujet du finan­ce­ment de Stuttgart-​​21, ou plu­tôt au sujet de ses décla­ra­tions appa­rem­ment au moins intem­pes­tives, dans les­quelles il a tou­jours pré­tendu qu’il avait l’accord de la cour des comptes. La cour des comptes n’a pas modi­fié son avis sur Stuttgart-​​21, le consi­dère encore comme un pro­jet à hauts risques, et n’a en l’état auto­risé le finan­ce­ment qu’un des sept chan­tiers consti­tuant Stuttgart-​​21. Un ministre fédé­ral accusé de men­songe, ça ne se passe pas « à la Woerth », en Allemagne…

Bon, donc, chan­geons de sujet. Je vais gérer la tran­si­tion en dou­ceur, promis.

Dimanche, j’ai assisté à un départ en retraite. Celui d’un tram­way. Le der­nier exem­plaire d’un matê­riel crée en 1953. Du coup, on est allés visi­ter le dépot de Nie­der­schön­hau­sen, siège du « musée » du tram­way (et bus) ber­li­nois. Et on y est allés avec mon nou­veau appa­reil photo…

C’était pas une chouette tran­si­tion, ça ? Stuttgart-​​21, donc train, donc rail, donc tram­way, donc musée du tram­way, et DONC nou­vel appa­reil photo. Non, vrai­ment, je confine au génie lit­té­raire, là.

Le nou­veau Pentax (le K-​​5), est sorti il y a quelques semaines. J’ai lu les pre­miers tests, et j’ai été emballé. J’ai par­tagé mon enthou­siasme avec l’ami Gior­gio, lequel a, sur un coup de tête, décidé de m’offrir un K-​​5. Je n’ai pas de mots pour ça. Mais j’ai des pho­tos.

Je n’ai pas beau­coup parlé de mon appa­reil de l’époque (le K-​​7). Mais je pense que le vais par­ler (rela­ti­ve­ment) sou­vent au sujet de mon K-​​5, et ça va vous expli­quer pour­quoi je ne par­lais pas du K-​​7.

Le K-​​5, est ce que j’aurais voulu trou­ver dans le K-​​7. Le K-​​7 n’a en fait été qu’un appa­reil de tran­si­tion. Le boi­tier du K-​​7 était déjà « par­fait », un boi­tier à l’ergonomie extra­or­di­naire, « cus­to­mi­sable » dans les détails les plus extrêmes, mais pour être hon­nête, j’avais été déçu par le capteur.

Les images étaient un petit peu « creuses ». C’est pas facile à défi­nir, je sais. Et le « bruit » frô­lait le grave dès 1600 ISO. Ça ne m’a pas empê­ché de publier quelques pho­tos à 3200 ISO, je sais, mais je n’avais pas la conscience tran­quille… à juste titre.

Le K-​​5 est un K-​​7 passé à l’âge adulte. Le boi­tier est pra­ti­que­ment le même (seule dif­fé­rence : le « sque­lette » est main­te­nant tota­le­ment métal­lique), l’interface est encore plus « cus­to­mi­sable » (j’y revien­drai), mais sur­tout, le cap­teur est tota­le­ment neuf. Et net­te­ment meilleur.

Par exemple, là, je publie une photo à 5000 ISO, et j’ai défi­ni­ti­ve­ment la conscience tran­quille.
Regar­dez :

Oh, ne nous mécom­pre­nez pas : il y a du bruit dans l’image. Mais, d’une part moins que dans une photo du K-​​7 avec 3200 ISO, et d’autre part, le bruit du K-​​5 est net­te­ment plus « propre ». Je veux dire, si je le vou­lais, je pour­rais beau­coup plus faci­le­ment « net­toyer » cette image que si je l’avais prise avec mon K-​​7.

À l’arrivée, une jour­née mémo­rable. Déjà, bien que leur col­lec­tion ne soit pas très grande, j’ai eu beau­coup de plai­sir à la décou­vrir. Dehors , il y avait même un *très* vieux tram *à che­vaux*. J’ai adoré ça. Ensuite, la sor­tie inau­gu­rale de mon K-​​5 m’a égale­ment donné beau­coup de plaisir.

En fin de soi­rée (j’exagère : en fait c’est en fin de soi­rée sui­vante…) je me suis décidé à faire quel­que­chose que je ne fais que *très* rare­ment : je suis allé récu­pé­rer le code source de mon logi­ciel « photo » prin­ci­pal (en fait pra­ti­que­ment le seul que j’utilise), Raw­The­ra­pee, et à le com­pi­ler, his­toire d’avoir accès à la ver­sion qui me per­mette de « déve­lop­per » les RAW com­pri­més de Pentax. J’ai hor­reur de faire ça : ça me fait tra­ver­ser la fron­tière entre « usa­ger » de mon sys­tème, état qui me satis­fait tota­le­ment, et « bidouilleur infor­ma­ti­cien », état pour lequel je n’ai aucune appé­tence. J’étais bidouilleur, il y a encore quelques années, car l’état de Linux m’y obli­geait. Mais ça fai­sait au moins deux ans que je n’avais pas ins­tallé sur ma machine les outils per­met­tant une compilation.

D’autant que à peine vingt-​​quatre plus tard, une ver­sion déjà com­pi­lée était disponible.…

Donc, vous pou­vez vous attendre, dans le futur, à ce que je me mette à cau­ser « photo ».

Et si vous n’aimez pas ça, vous pou­vez déjà prendre date avec le pro­chain du type Stuttgart-​​21 : on a décou­vert hier, dans la presse, les plans du pro­jet des­tiné à uti­li­ser le ter­rain de l’aéroport de Berlin-​​Tegel (dont la fer­me­ture est, si je ne me trompe pas, pré­vue pour 2010), déjà approuvé par le sénat, dont per­sonne ne savait rien. Le Sénat de Ber­lin n’a appa­rem­ment pas la télé, ou bien ils n’ont rien com­pris à ce qui s’est passé depuis mai à Stutt­gart. À mon humble avis, ça va chauf­fer. Et là, je serai aux pre­mières loges : nous fai­sons par­tie des concernés…

Quelle démocratie voulons-​​​​nous ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 13 nov 2010 à 00:03

Quelle démo­cra­tie voulons-​​nous ?

Cette ques­tion est posée, live à la télé, sur deux chaînes, ainsi que sur l’Internet, chaque ven­dredi. À Stutt­gart, ven­dredi après ven­dredi, on dis­cute. Mais le sujet du vrai débat n’est que rare­ment évoqué…

Le sujet « offi­ciel », est la future gare de Stutt­gart. Un pro­jet débuté il y a au moins quinze ans, validé plu­sieurs fois par le par­le­ment [du land de Baden-​​Württemberg, l’Allemagne est un état fédé­ral], déjà financé, et dont les tra­vaux ont même com­mencé. Donc pour­quoi est-​​ce qu’on en débate aujourd’hui ?

Il y a un petit peu plus de six mois, des habi­tants sont entrés en « résis­tance ». Chaque lundi, au début, des mani­fes­ta­tions. Puis plus, tou­jours plus de mani­fes­ta­tions. Avec plus, tou­jours plus de par­ti­ci­pants. Et quels par­ti­ci­pants ? Des vieux, des jeunes. Des « de droite », des « de gauche ». Des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir défi­ler dans la rue, et qui avouent égale­ment que c’est quelque chose de nou­veau pour eux.

Mille, puis cinq mille, dix mille, cin­quante mille, puis près de cent mille.

Cet été, les tra­vaux ont com­mencé. Le pre­mier coup de pelle a déclen­ché une quasi-​​insurrection. Des gens se sont enchaînes à la vieille gare, ils se sont enchaînes aux arbres des­ti­nés à l’abattage. Des mamies et des papys ont brandi leurs cannes en direc­tion des poli­ciers. Des gamins en pagaille. Et le drame : la police perd un petit peu les nerf. Un homme y perd un œil. Des pho­tos dra­ma­tiques déferlent sur les « une » des jour­naux du pays entier. Les canons à eau balayant des retrai­tés et des enfants par dizaines.

Le patron de la DB [Deutsche Bahn, la SNCF alle­mande] s’oppose, pen­dant les semaines menant à tout ça à tout chan­ge­ment. À son côté, le pre­mier ministre [du land]. Leur image est détruite. Les élec­tions légis­la­tives du mois mars 2011 s’annoncent désastreuses.

Et sur­tout, sur­tout, le dis­cours des gens change. Au delà le pro­jet, ils mettent en ques­tion le gou­ver­ne­ment, et au delà, la gou­ver­nance. Ils voient des hommes arc-​​boutés en faveur de leurs pro­jets qu’on com­mence à décrire comme « personnels ».

En der­nière extré­mité, crai­gnant encore une esca­lade, le pre­mier ministre tente un « coup »  il annonce la nomi­na­tion d’un arbitre. Le mot uti­lisé est « médiateur ».

Le coup semble au début osé, mais en fait rela­ti­ve­ment tordu. Très poli­tique, en fait. En effet, le fossé entre les adver­saires est tel­le­ment pro­fond qu’on n’imagine pas très faci­le­ment une récon­ci­lia­tion. Et quel pou­voir a le média­teur pour faire annu­ler un pro­jet chif­fré à plu­sieurs mil­liards d’euros ? Le pre­mier ministre a nommé comme média­teur un ancien sécré­taire géné­ral de son propre parti. Il s’imaginait jouer sur du velours.

Et voilà que, après à peine quelques heures de sa dési­gna­tion, le média­teur crée une énorme sur­prise  il annonce un gel des tra­vaux. La foudre aurait frappé le pre­mier ministre qu’il n’aurait pas paru plus sur­pris. Lui, comme le pré­sident de la DB annoncent dans les minutes sui­vantes que non, les tra­vaux ne seront pas gelés.

Mais, contre toute attente, le média­teur s’impose. Il par­vient à obte­nir un gel des tra­vaux, mais demande en échange aux mani­fes­tants de res­ter chez eux. Et, autre sur­prise, il annonce que l’intégralité des séances qu’il va orga­ni­ser sera dif­fu­sée à la télé. Et sur l’Internet. Et il pro­nonce des mots très lourds. Il déclare que les temps de ce genre de façon de gou­ver­ner sont réso­lus. Finies les déci­sions prises en cati­mini dans les cabi­nets. Il se pro­pose de faire le contraire de ce que les citoyens « attendent » des poli­tiques  ouvrir les portes. En grand.

Le média­teur a, en cinq minutes, bous­culé les fon­de­ments du régime. Il a peut-​​être com­mencé une révolution.

Il n’a, en fait, aucun sta­tut offi­ciel. Il n’a aucun pou­voir. Le pro­jet est en fait bétonné  voté par la repré­sen­ta­tion élue. Et, de fait, le fossé entre les « pour » et les « contre », après un mois de dia­logue de sourds, est tou­jours aussi béant. Et ça n’échappe à personne.

Mais, ce ven­dredi 12 novembre, la ques­tion que le média­teur n’a jamais direc­te­ment posée est appa­rue au grand jour. Un « poli­to­logue » a osé la poser : quelle démo­cra­tie voulons-​​nous?

En fait elle est sor­tie un petit peu avant ça. Live. Le débat en était à une oppo­si­tion entre le modèle alle­mand (fer­ro­viaire) et le modèle suisse. Et un des experts « contre » a, en réponse à un argu­ment de la DB qui lui disait que le pro­jet avait été voté, figé donc, il a dit : « oui, mais en Suisse, les poli­tiques sont déci­dées par les citoyens ».

Et, encore une fois, quel pou­voir a le média­teur ? Que peut-​​il faire ? Me en fai­sant abs­trac­tion du contenu des débats, si il valide le pro­jet de la DB, la guerre reprend là où elle s’arrêtée. D’un autre côté, si il ne veut pas de ce pro­jet, il ne peut pas déva­li­der les actions du gou­ver­ne­ment. Au pire, il peut appe­ler à l’organisation d’un réfé­ren­dum. Et le cadre légis­la­tif ne garan­tit pas qu’on puisse l’organise. Et en tout cas qu’on l’impose.

Alors pour­quoi tout ça ?

Pour moi, tout ça, c’est sur­tout pour empê­cher que ça puisse se répé­ter. Il ne va plus être pos­sible de mettre en place des pro­jets de cette taille sans une vraie consul­ta­tion de la popu­la­tion concer­née. J’en veux pour preuve les son­dages d’hier dans le land de Baden-​​Württemberg : les verts, fer de lance des « contre », frôles les 50% d’intentions. Et le CDU, jusque là confor­ta­ble­ment majo­ri­taire est à moins de 25%. Les gens ne se décident pas en fonc­tion de la gare, mais en fonc­tion de la gou­ver­nance. Ils n’ont appris le contenu du pro­jet pra­ti­que­ment au début des tra­vaux. Les poli­tiques n’ont pas fait leur bou­lot. Et les gens dans la rue com­mencent à dire qu’ils n’ont plus besoin de par­tis politiques…

Quelle démo­cra­tie veulent-​​ils ?

Alors qu’en quelques semaines, les asso­cia­tions et les gens inté­res­sés ont monté de toutes parts un pro­jet alter­na­tif. Qu’au fil des séances, on voir le pro­jet de la DB secoué, et le pro­jet alter­na­tif prendre de la cré­di­bi­lité, les gens de Stutt­gart se confortent appa­rem­ment dans leur idée que le pou­voir n’est pas dans les bonnes mains. Et les bonnes mains ne sont pas toutes vertes… Pen­dant que les acteurs s’envoient à la tête des sta­tis­tiques et des chiffres, les spec­ta­teurs se posent la vraie ques­tion. Le gou­ver­ne­ment ne veut pas « être otage » de la rue. Mais quoi faire ? Appa­rem­ment, une grosse par­tie de la solu­tion est le dia­logue ouvert. C’est la voie choi­sie par le média­teur. Et elle va très pro­ba­ble­ment avoir des conséquences.

Le pre­mier ministre a, impru­dem­ment, ouvert la boîte de Pan­dore… Stutt­gart est à sur­veiller de très près.

Je suis le petit centre chaud de ce monde…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 5 nov 2010 à 13:15

J’écoute Street Figh­ting Years de Simple Minds. Et j’ai la rage.

Ce qui me dérange, c’est que cette rage devrait être per­ma­nente, et qu’elle ne l’est plus. Main­te­nant j’ai besoin de « déclen­cheurs ». Triste, dans un sens.

Notez que mon déclen­cheur du jour est au moins trois fois « pla­tine », hein…

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore reconnu, je vous pré­sente un homme, condamné par la jus­tice de son pays (le mien, mais je n’y suis pour rien, pro­mis !), tou­jours le pre­mier au front quand il s’agit d’expulser des Roms (j’exagère; il est tout au plus le pre­mier à se pava­ner devant les camé­ras quand on expulse des Roms), qui vise (à ce qu’il paraît) la mai­rie de… *Vichy* (ça ne s’invente pas, ça…), qui —quand il se trouve quelqu’un pour lui deman­der s’il ne trouve pas tout de même un tout petit peu trou­blant, cette série de cam­brio­lages visant des jour­na­listes, tous tra­vaillant sur l’affaire Bet­ten­court— déclare, sans rire, «  ce n’est pas la Stasi ou le KGB  ». Il est (encore) ministre de l’intérieur en France. Son nom : Brice Hortefeux.

Je n’en reviens pas. Depuis le 4 juin 2010, on a un type offi­ciel­le­ment raciste a gou­ver­ne­ment. Je n’invente rien.

« Déclare Brice HORTEFEUX cou­pable de la contra­ven­tion d’injure non publique envers un groupe de per­sonnes à rai­son de leur ori­gine, en l’espèce les per­sonnes d’origine arabe, com­mise à Sei­gnosse dans les Landes, le 5 sep­tembre 2009. »

J’aurais pu, en d’autres cir­cons­tances, avoir l’impression de tirer sur l’ambulance, notez. Sur­tout quand on a entendu le conduc­teur, se tenant le nez à pleines mains, expli­quer que non, il ne par­lait pas d’arabes, mais des… auver­gnats.

Notez que je ne pense pas qu’il sera « offi­ciel­le­ment » raciste long­temps. Ha ben oui, hein, il a fait appel, tout de même. Et il finira bien par gagner. Ou à nous le faire croire. tenez, déjà, il a encore la pleine confiance du pré­sident de la répu­blique. Ça prouve bien qu’il n’est pas raciste, non ? C’était un lap­sus, voilà tout !

Et ses col­lègues le sou­tiennent aussi !


Hor­te­feux est-​​il raciste ?
envoyé par repor­ter­ci­toyen. — L’info video en direct.

À ce rythme, c’est pra­ti­que­ment ras­su­rant d’avoir un peu la rage, quand on tombe sur la photo de ce type… et si je suis cam­briolé, je deman­de­rai à la police de cher­cher s’ils ne trouvent pas d’empreintes géni­tales

Vingt-​​huit ans plus tard…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mer 3 nov 2010 à 10:48

C’était hier. À (un petit peu plus de…) vingt-​​huit ans près. Je rac­com­pa­gnais Viola chez elle. Elle habi­tait (lit­té­ra­le­ment) au pied du mur. Par­don : du Mur.

Mais ce que j’ai ramené de cette pro­me­nade là, ce n’est pas le mur. Déjà, le mur, hein, je l’avais déjà vu. Dif­fi­cile à rater quand on arrive dans le Ber­lin en 1982, le mur. Notez qu’il est pra­ti­que­ment encore plus dif­fi­cile à rater aujourd’hui, mais je m’éloigne de mon sujet.

Une par­tie de ce que j’ai ramené de cette pro­me­nade, c’est une cité. À pro­non­cer à la fran­çaise d’aujourd’hui, hein. Une CITÉ. Des immeubles qui m’écrasaient. Et je n’étais pas un débu­tant, hein : j’habitais à quelques cen­taines de mètres de Grand Vaux, et j’allais pati­ner à Évry le samedi soir. Les cités, je connais­sais. Mais, cette soi­rée de l’été 1982, alors que je sui­vais une jeune fille qui mar­chait pieds nus, qui se trou­vait être mon élève, j’ai été impres­sionné par la cité. Car pour arri­ver chez Viola, pieds nus ou pas, il fal­lait tra­ver­ser Gro­piuss­tadt.

C’était gris. Tout gris. C’était oppres­sant. Je n’ai pas aimé du tout.

Mais…

L’image que j’ai ramené de ma pro­me­nade, c’était des lapins qui fai­saient papote tran­quille­ment à Gro­piuss­tadt. Je n’avais pra­ti­que­ment jamais vu de lapins avant, mais les voir là, ça m’a mar­qué. De mon pre­mier séjour à Ber­lin, outre Viola, j’ai ramené des images de lapins. Lapins à Gro­piuss­tadt. Clic. Des lapins au Tier­gar­ten. Clic. Des lapins pas­sant devant les sen­ti­nelles (russes) du monu­ment (russe) juste avant la porte de Bran­de­bourg. Ber­lin, c’était Lapins City. Je ne pou­vais abso­lu­ment pas m’imaginer des lapins à Grand Vaux, mais aucun pro­blème pour me rap­pe­ler des lapins de Gropiusstadt.

Je suis passé il y a quelques mois à Gro­piuss­tadt, mais c’était l’hiver. Avec la neige, tout ça. C’était encore gris. Et froid.

Et, samedi, on avait décidé de mon­trer Gro­piuss­tadt à l’ami Gior­gio. Et là, sur­prise. C’était blanc, calme, plein de lumière et de ver­dure. Au point de me dire que je pour­rais y habiter.

C’est une ques­tion de lumière, peut-​​être.

Démocratie live…?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le sam 23 oct 2010 à 22:45

Mon jour­nal de la pre­mière ses­sion d’arbitrage dans l’affaire «Stuttgart-​​21»
Ven­dredi, entre 11:00 et 13:00

Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire aupa­ra­vant, le pro­jet «Stuttgart-​​21» sus­cite débat. Enfin, il a d’abord sus­cité des dizaines de mani­fes­ta­tions, et a crée un cli­mat tel­le­ment délé­tère que l’idée du débat s’est impo­sée. Le débat a été [enfin] *imposé*. L’idée de faire appel à un média­teur « impar­tial » a été adoptée.

Déjà, et il faut encore insis­ter sur ce point, on avait là un pro­ces­sus démo­cra­tique. Les citoyens de Stut­gart, la « révolte » des citoyens de Stutt­gart était au moins autant due au manque de trans­pa­rence, ou en d’autres termes de démo­cra­tie qu’au contenu intri­sèque du pro­jet. Les chiffres cir­cu­laient dans tous les sens, les sta­tis­tiques, les affir­ma­tions… per­son­nel­le­ment j’y per­dais mon latin. D’autant que les diverses guerres se pro­dui­saient à tra­vers la presse, la radio, mais il n’y avait jamais moyen d’entendre la par­tie adverse au moment où un dia­logue aurait pu aider à comprendre…

Ce matin, sur deux chaînes de télé, et aussi sur l’Internet, le dialogue.

L’arbitre (par­don : le média­teur) a tout sim­ple­ment imposé le dia­logue. Il n’y connait rien en trains, logis­tique, pro­ba­ble­ment rien non plus en écono­mie, mais il s’y connait en dia­logue, et il est parti de l’idée que si il met­tait les deux camps autour d’une table, il pour­rait cer­tai­ne­ment se faire une idée du problème…

Je ne sais pas com­ment l’affaire va finir. Je ne sais même pas si l’arbitre aura le der­nier mot en ce qui concerne le *contenu* du pro­jet, mais le volet « démo­cra­tie » de l’affaire a défi­ni­ti­ve­ment été ouvert. À la mai­rie, comme il convient, sur la chaîne de télé régio­nale (publique), et sur la chaîne (publique) « cultu­relle » qui retrans­met habi­tuel­le­ment les débats du Bun­des­tag, pour ceux qui, pour manque de cable ou de satel­lite ne pour­raient pas cap­ter de chez eux la chaîne régio­nale. Et pour (très) bien faire, le débat est égale­ment retrans­mis sur l’Internet.

J’ai allumé ma télé, et je n’en décroche plus.

D’un côté, la Deutsche Bahn et le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-​​Würtenberg (pro Stuttgart21), de l’autre hété­ro­clite coa­li­tion « citoyenne » (contra Stuttgart-​​21). Et au milieu, Geißler.

Ne nous mécom­pre­nez pas : coa­li­tion hété­ro­clite ne veut pas dire qu’elle n’est pas tout autant bar­dée de diplomes et d’experts avec des titres impres­sion­nants que les autres. Et pour être hon­nête, je m’attendais à une guerre de chiffres pure et dure, entre deux camps sérieu­se­ment entraî­nés. Et là je com­prends vrai­ment en quelle mesure ce dia­logue est un véri­table exer­cice de démo­cra­tie. On devrait faire tra­duire ce débat et le mon­trer dans toutes nos « démocraties ».

Car ce matin, j’ai assisté à la pre­mière bataille. Entre une bande de « Papp­na­sen » [je me ger­ma­nise, moi… un Papp­nase (« nez de car­ton ») est un type qui parle bien et beau­coup, mais qui ne dit pas grand-​​chose d’utile] et des types déter­mi­nés, pré­pa­rés et armés en consé­quence. Les poli­tiques « clas­siques » du gou­ver­ne­ment brassent du vent, mais ne répondent pas vrai­ment aux ques­tions pré­cises et visi­ble­ment génantes de leurs adversaires.

Il est l’heure pour tout le monde de manger…

Ven­dredi soir

C’est parti. La vraie « dis­cus­sion » est lan­cée. Expert contre expert, chiffres contre chiffres. Pen­dant des heures. Chaque camp à sa tête un (contra) ou deux (pro) « tête ». Ils sont res­tés en retrait au début de l’après-midi. Jusqu’à ce que la tête des contra ouvre le feu. Il résume ce qui vient d’être dit, et pose une simple ques­tion. Le genre de ques­tion qui fait peur à tout poli­tique. C’est la bombe ato­mique dans un débat  : tant qu’on n’a pas sa réponse « oui ou non », on répète la ques­tion. Ambiance.

Au début, les pro ont tenté de réponse avec d’autres experts. Comme la ques­tion ne ces­sait pas de leur reve­nir dans la figure, leur « tête » poli­tique a dégainé. Le ton a fran­che­ment changé.

Natu­rel­le­ment, tout ça a été un dia­logue de sourds, dans un sens. Mais même moi, plus clam­pin que le plus clam­pin, j’ai pu me faire une idée du pour­quoi du com­ment du conflit qui a mis Stutt­gart à feu et à sang. Littéralement.

Samedi soir : Mes conclu­sions
Les pro­ta­go­nistes : côté « pro », pas de sur­prise. Des experts qui ont la tête qui va bien. Ils pré­sentent impec­cable, et parlent clai­re­ment. Par­fois, quand on les contre­dit, cer­tains sont agres­sifs, au point que Geiß­ler a du en cal­mer un. En ce qui concerne leurs « têtes!, celle de la Deutsche Bahn est très sym­pa­thique. On a envie de le croire, quand ses yeux rieurs émergent au-​​dessus de ses lunettes de lec­ture. Il a cer­tai­ne­ment une poi­gnée de main très agréable. Je devine sans pro­blème pour­quoi il a été envoyé là. Lui semble, de temps en temps, d’en dou­ter. Et dans ces moments entre en action la « tête » poli­tique. La tueuse à gages. Elle a un lan­gage cor­po­rel qui me fait peur. Elle flingue tout ce qui bouge. Elle a même essayé d’intimider Geiß­ler… bonne chance.

Les pro­ta­gon­nistes : côté « contra », là le 169 de ma télé ne suf­fit pas à cou­vrer le spectre. Du jeune d’à peine vingt ans, avec une écharpe rose, un badge « oben blei­ben », à peine d’âge de se raser à deux retrai­tés, les mains trem­blantes. Hété­ro­clite est un terme à peine suf­fi­sant. Ils bafouillent, se mélangent, mais mal­gré tout ça, ils convainquent. Et à leur tête, le maire d’une ville du coin, pas la quan­ran­taine. Il est calme, et on lui confie­rait les clés de la mai­son. Mais quand il parle… tout est pré­cis, trés, *très* bien tourné. Le type que je ne veux jamais à affron­ter dans un débat.

Geiß­ler : Il sait où il veut aller. Je ne suis pas cer­tain qu’il est sûr d’y aller. Il a lancé ce qu’il appelé « un pro­to­type de nou­velle démo­cra­tie », et j’ai envie de le croire. Mais il faut attendre et voir.

Aujourd’hui, à Stutt­gart deux manifs. Les « pro » (10 000 per­sonnes) et les « contra » (70 000 personnes).

Per­son­nel­le­ment, ce genre de débats devrait être obli­ga­toire pour les gros pro­jets. Ou les réformes de retraites. Deux adver­saires, un arbitre, et des camé­ras. His­toire de vrai­ment *savoir* pour­quoi on est « pour » ou « contre », déjà. Quant au résul­tat de l’arbitrage, c’est le pro­chain cha­pitre de l’histoire.

Grèves, etc.

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 19 oct 2010 à 12:49

J’ai quitté la France il y a presque dix ans, et ça fait huit ans que je n’ai pas entendu un coup de feu ou le moteur d’un blindé. Et je vis main­te­nant en Alle­magne : l’idée d’une vague de grèves et de mani­fes­ta­tions à l’échelle natio­nale, j’ai déjà oublié ce que c’est.

Atten­tion, ne pas croire qu’on ne mani­feste pas en Alle­magne, hein ! Ou que la popu­la­tion se fout de tout. Ce oui­kende, par exemple, les nazillons vou­laient faire une mani­fes­ta­tion. Ils l’ont décla­rée, et l’ont vue accep­tée. Et les habi­tants du quar­tier ont égale­ment déclaré une contre-​​manifestation, et l’ont vue accep­tée. Donc, le jour venu, quelques cen­taines d’imbéciles non, de néo-​​nazis, non-​​non, de jeunes « iden­ti­taires » se sont poin­tés à Leip­zig, se sont vus *très* rapi­de­ment encer­clés de poli­ciers, les­quels ont été tout aussi rapi­de­ment encer­clés par quelques mil­liers de contre-​​manifestants, et la mani­fes­ta­tion d’origine a rapi­de­ment été dis­soute, et on n’en a plus parlé.

Notez, ça ne se passe pas tou­jours aussi bien, hein. Mais, et c’est mon pro­pos, on mani­feste en Alle­magne. Sur­tout quand il s’agit de politique.

On peut aussi mani­fes­ter quand la cause est plus écono­mique que poli­tique. Hier, par exemple, à Ber­lin, il y a eu plu­sieurs mil­liers de mani­fes­tants contre le tracé des vols du futur « grand aéro­port » de Berlin-​​Schönefeld. Ou bien quand la fron­tière entre poli­tique et écono­mique est floue, par exemple contre les Castor.

Maiiiis nooooooooon. Les Alle­mands ne défilent pas dans la rue contre les cas­tors, ces magni­fiques mam­mi­fères à queue plate (il y en a plein, à Ber­lin et dans les alen­tours). Pour l’Allemand, un Cas­tor est un contai­ner rem­pli de salo­pe­ries radio­ac­tives. Les Cas­tor se déplacent seule­ment en groupes, sage­ment ali­gnés à la queue-​​leu-​​leu, sur des rails. À date fixe, ou au moins annon­cée. Et à chaque fois, c’est la guerre.

Donc, encore une fois, ne faites pas l’erreur de croire que les Alle­mands res­tent à la mai­son devant Der­rick. Chaque lundi, depuis des mois, Stutt­gart manifeste.

Une mani­fes­ta­tion, c’est géné­ra­le­ment un acte poli­tique, basé sur un pro­blème « politique ».

Mais une grève ? Une grève, c’est géné­ra­le­ment une « arme » uti­li­sée dans un conflit écono­mique. Et ne croyez pas non plus qu’en Alle­magne on ne fait pas la grève. On la fait même de plus en plus, mais je par­le­rai de ça plus tard.

Un conflit écono­mique, c’est sou­vent un pro­blème de salaire. Et comme il n’y a que rela­ti­ve­ment rare­ment des grèves en Alle­magne, la ques­tion est légi­time : pour­quoi ? Les Alle­mands sont tout bien payés ? Ou bien n’ont-ils pas le droit de faire grève ? Ou bien n’ont-ils pas le cou­rage de faire grève ?

La réponse est très pro­ba­ble­ment pra­ti­que­ment incom­pré­hen­sible pour un Fran­çais. Car la réponse est géné­ra­le­ment : la grève n’est pas nécessaire.

En Alle­magne, les salaires sont négo­ciés chaque année. C’est dans la loi. Et pas seule­ment dans la fonc­tion publique, hein. Les emplois appar­tiennent (j’en parle plus tard) à un « tarif », et ce tarif est négo­cié pério­di­que­ment. Entre l’employeur, ou plu­tôt entre les repré­sen­tants des employeurs de telle ou telle branche et les syn­di­cats. On dis­cute, on dis­cute, dans le cadre de la loi, et donc il n’est que rare­ment besoin de grève.

Notez que les Alle­mands n’ont pas peur de se mettre en grève. Les syn­di­cats leur paient leur salaire pen­dant la durée de la grève. La grève est pra­ti­que­ment une arme ato­mique, tant qu’il s’agit de salaires.

Main­te­nant, en ce moment, (voilà, c’est là que j’en parle) la poli­tique se mêle d’économie, à moins que ce ne soit l’inverse, et les règles changent. L’emploi mas­sif du tra­vail tem­po­raire (non assu­jetti à un « tarif »), dans un sens, et, dans l’autre sens depuis la chute du Mur la créa­tion de syn­di­cats « poli­tiques » (lire : moins liés à leur branche écono­mique) écono­mique brouille les cartes en ce qui est de la reven­di­ca­tion « écono­mique ». Les poli­tiques per­met­tant la créa­tion d’un sous-​​prolétariat, voire même créant eux-​​même un sous-​​prolétariat, et cer­tains poli­tique (tel verd.i) se muant en bras « armé » d’un parti poli­tique (die Linke) [pour les non-​​germanophones, verdi.i se dit CGT, et die Linke PCF, période Georges Mar­chais] agitent le monde du tra­vail salarié.

Mais tout de même, encore aujourd’hui, une grève est symp­to­ma­tique d’un échec. L’échec du dia­logue démocratique.

Et ça, c’est vrai égale­ment en France.

Une grève dans une entre­prise, signi­fie géné­ra­le­ment un échec de dia­logue. L’Allemagne a eu la bonne idée de mettre tout ça dans ses textes de lois. La France, moins.

Une grève géné­rale, c’est l’éclatant échec du dia­logue démo­cra­tique à la Fran­çaise. Alors que l’article « grève géné­rale » sur la page alle­mande de Wiki­pe­dia nous ramène à… 1920.

Ce qui se passe en France en ce moment res­semble à une grève géné­rale en gestation.

Et, comme je vous le disais, ça annonce l’échec du dia­logue démo­cra­tique. Si c’était dans une entre­prise, on pour­rait mettre ça sur le dos du patron. Dans le cas d’un état… sui­vez mon regard !

Sans commentaire…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 16 oct 2010 à 02:45

Allez : un petit com­men­taire, tout de même. Vers la fin de cette magni­fique vidéo, (à 8:23, si vous êtes pressé), en guest star, une de « nos » (lire : habi­tuée de Ber­lin) petites pré­fé­rées : la 18 201. Merci à celui qui nous a offert ce montage.

Stuttgart 21 : pourquoi est-​​​​ce que ça devrait nous intéresser ?

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le ven 15 oct 2010 à 08:31

C’est quoi, Stutt­gart 21 ?
La ville de Stutt­gart est la capi­tale du land de Baden-​​​​Württemberg. Un bas­tion du CDU depuis la créa­tion de l’Allemagne d’après-guerre. Depuis quinze ans la DB [la SNCF alle­mande] tra­vaille sur un pro­jet énorme : faire pas­ser la gare de Stutt­gart au sous-​​sol. et les tra­vaux ont débuté en juillet. Durée des tra­vaux : des années.

Pour­quoi Stutt­gart 21 ?

  • sans ce pro­jet, Stutt­gart et le Land seraient déser­tés par le tra­fic fer­ro­viaire inter­na­tio­nal « rapide »
  • le temps de voyage entre Stutt­gart et Ulm serait réduit de moitié
  • 4000 emplois. Le ter­rain dégagé sera construc­tible : un nou­veau quartier
  • Les espaces verts seraient aggran­dis, ainsi que la qua­lité de vie
  • la ligne Paris-​​Budapest, enfin…
  • confort des voya­geurs (pas­sage de 16 quais à 8, etc.)
  • l’aéroport et les centre de congrès seront reliés à la ligne rapide d’Ulm

Jusque là, rien à dire… ou bien… voyons ce que disent les adversaire :

Pour­quoi PAS Stutt­gart 21 ?

  • le prix dérape sans fin. Jusqu’où ? Ils réclament plu­tôt des écoles, et un effort au niveau santé et social
  • une « mise à jour » de la gare actuelle cou­te­rait beau­coup moins cher
  • rien n’empêche les connexions envi­sa­gées en surface
  • une grande par­tie de la gare actuelle est « monu­ment his­to­rique ». Pour­quoi la détruire ?
  • les arbres (au moins cen­te­naires) vont être abattus
  • le nou­veau quar­tier sera un quar­tier « à riches »
  • on soup­çonne cer­tains membres du gou­ver­ne­ment [du Land] de conflit d’intérêt : beau­coup d’argent va circuler

Le pro­jet a des adver­saires depuis le pre­mier jour. Cela dit, il a été décidé « à la régu­lière », en sui­vant les pro­cé­dures habi­tuelles. Donc, dans un pays où les conflits se gèrent nor­ma­le­ment plu­tôt bien, pour­quoi depuis main­te­nant trois mois de mani­fes­ta­tions quasi-​​quotidiennes, dans un cli­mat de plus en plus tendu ?

Les adver­saires sont divers. Tel­le­ment divers qu’il est impos­sible de les dif­fé­ren­cier à la popu­la­tion. « Tout le monde » est contre. Des lycéens, des chô­meurs, des gens avec emploi, des mères au foyer, des retrai­tés… tout le monde. De plus, le carac­tère paci­fique de toutes ces mani­fes­ta­tions exclut la carac­té­ri­sa­tion « clas­sique » qui veut que les mani­fes­ta­tions sont pleines de « mani­fes­ta­teurs pro­fes­sion­nels » vio­lents. Com­ment cas­ser une telle dyna­mique ? Une —et une seule— mani­fes­ta­tion a dégé­néré : entre cent et quatre cents bles­sés, uti­li­sa­tion des canons-​​pompes. Les gamins comme les mamies balayées comme des fétus de paille. Un *grand* suc­cès populaire.

En fait, cette mani­fes­ta­tion est visi­ble­ment un tour­nant. Un tour­nant d’une ampleur pas encore tota­le­ment révé­lée, mais déjà très importante.

Ce 30 sep­tembre, la DB et le gou­ver­ne­ment ont appuyé sur deux bou­tons très impor­tants. Un pro­cès en référé avait été ins­ti­tué contre l’abattage des arbres du parc du châ­teau. La DB le savait, natu­rel­le­ment, mais a tout de même ordonné l’abattage. Ça a duré toute la nuit. Pen­dant la manif, pen­dant que des cen­taines d’ambulances tour­naient, sous les pro­jec­teurs, les tron­çon­neuses ont tra­vaillé. Seule­ment au matin l’abattage a cessé. 25 arbres (énormes, cen­te­naires) sur le car­reau. Et, remar­quable coïn­ci­dence, la zone élaguée cor­res­pond en gros à la sur­face néces­saire pour un autre chan­tier, vital pour le projet.

Le second bou­ton, est natu­rel­le­ment, la vio­lence. Natu­rel­le­ment, les deux camps se rejettent la faute. Cela dit, l’usage des canons-​​pompes contre une « foule » appa­rem­ment pas pré­pa­rée à une action vio­lente (à l’exception des vieux à cannes…?), vous ima­gi­nez sans pro­blème le résul­tat : un désastre média­tique. On a pu voir des pho­tos très dures, dont celles d’un homme dont les yeux lui pen­daient hors des orbites, san­glantes. Depuis, dans les mani­fes­ta­tions, des cen­taines se maquillent les yeux en rouge et noir. Ambiance.

Pour­quoi ça devrait nous inté­res­ser ?
Le phé­no­mène « contes­ta­taire » est en train de chan­ger, en ce qui concerne Stutt­gart 21. D’une contes­ta­tion « docu­men­tée », où les slo­gans étaient « sur mesure », on est en train de pas­ser à une contes­ta­tion « de sys­tème ». On s’en prend à « la poli­tique », et aux poli­tiques. À Ber­lin, des dis­cours que j’ai enten­dus (et com­pris…), je retire des phrases du genre : « on n’a plus besoin des par­tis poli­tiques », ou « la manière est inac­cep­table ». Aux noms de Map­pus [pre­mier ministre du Land] et Grube [pré­sident de la DB], on ajoute main­te­nant le nom de Mer­kel [chan­ce­lière, fédé­rale]. Le dis­cours change, et, je crois, se radicalise.

Le média­teur a réussi hier [jeudi] soir à faire le dia­logue s’entamer. Nou­veauté : à la demande des oppo­sants, les dis­cus­sions seront retrans­mises en direct sur l’Internet. C’est une vic­toire pour la démo­cra­tie directe, dit Geiß­ler [le média­teur]. La trans­pa­rence et la cré­di­bi­lité de sa mis­sion ren­forcent son auto­rité d’arbitre.

Les dis­cus­sions auront lieu entre deux équipes d’experts de chaque camp. Geiß­ler aura accès à chaque pièce du dos­sier. Map­pus sera de la par­tie (dans le camp « pour », natu­rel­le­ment). Il est prévu que le chan­tier cru­cial (il s’agit de « pro­té­ger » les tun­nels à creu­ser de l’eau), celui au site duquel les arbres ont été abat­tus, sera arrêté pen­dant les dis­cus­sions. À ce sujet, à l’heure où j’écris (00:39…) le pro­cès en référé semble tour­ner assez mal pour la DB : le juge l’accuse d’avoir dis­si­mulé des pièces… la DB savait que qu’un insecte menacé vivait dans ces arbres.

Stutt­gart 21 *est* vrai­ment inté­res­sant. Com­ment un pro­jet mul­ti­mil­liar­daire peut être gêné, voire stoppé par de simples citoyens.

Et en France ?
Simple : 3,5 mil­lions de per­sonnes dans la rue sans effet.

Vous voyez ce que je veux dire ?

« Oben bleiben »… Stuttgart 21 : le médiateur est arrivé. Ou presque…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le lun 11 oct 2010 à 23:12

Quel feuille­ton ! On ne pour­rait presque pas ima­gi­ner mieux. Jeudi, ou ven­dredi, je ne me sou­viens pas exac­te­ment, le pre­mier ministre Map­pus, après avoir tenté d’embaucher Joa­chim Gauck comme média­teur, lequel a, pas fou, immé­dia­te­ment botté en touche. Map­pus, en recherche d’une per­son­na­lité incon­tes­table, a ensuite choisi de s’adresse à Hei­ner Geiß­ler. Et lui, peut-​​être pas tota­le­ment réveillé, à dit : « oui ».

Le Geiß­ler est pour­tant un vieux renard. Tiens, pour ceux que ça pour­rait inté­res­ser, en alle­mand, un vieux renard ce dit « ein alter Hase », c’est à dire un vieux lièvre. Je le vois de temps en temps à la télé, dans des débats à thé­ma­tique « sociale ». Ancien secré­taire géné­ral du parti le plus conser­va­teur (CDU) pen­dant une dizaine d’années, il est en géné­ral, pour ce que j’en com­prends, quand il est opposé à des « socia­listes » (SPD) ou des gens de « die Linke », il est le seul vrai « social » du pla­teau. Il ne fait pas d’effets de manches, et me fait régu­liè­re­ment pen­ser que c’est vrai­ment dom­mage que je sois pas de droite. Il par­le­ment rare­ment, et jamais pour ne rien dire. Il n’hésite pas à contre-​​courant de son parti, et en fait je le voyais rela­ti­ve­ment bien « casté » comme médiateur.

Et donc, le vieux Geiß­ler prend son bâton de pèle­rin, et his­toire de cal­mer les esprits, il com­mence par une décla­ra­tion très « Geiß­le­resque » : il annonce, en direct à la télé, que pen­dant qu’il fait son bou­lot, les tra­vaux sont arrê­tés. En fait c’est plein de bon sens. Dif­fi­cile de dis­cu­ter entre les manifs et les tronçonneuses…

Et pata­tras.

À peine une heure plus tard, Map­pus et le patron de la Deutsche Bahn se pré­ci­pitent devant toute caméra pas­sant dans leur champ ocu­laire, et bre­douillent que non, il n’en est pas ques­tion, mais qu’est-ce que cette affaire, les tra­vaux continuent.

Deux jours de confu­sion dans les médias, que je com­prends par­fai­te­ment. La ques­tion a été, tout le oui­kende, de savoir qui a dit quoi, et sur­tout est-​​ce que Geiß­ler va racrocher…

Pen­dant ce temps là, à Stutt­gart, plus de cent mille per­sonnes sont des­cen­dues dans la rue. His­toire que tout soit clair.

Les poli­tiques natio­naux se font dis­crets. Ils ne veulent se faire prendre entre le mar­teau et l’enclume. À part l’ineffable Guido, lequel, est natu­rel­le­ment, un défen­deur du pro­jet Stutt­gart 21. Son parti était des­cendu de telle façon dans les son­dages qu’il peut se le per­mettre. La chan­ce­lière Mer­kel doit, elle, encore se mordre les doigts d’avoir pris posi­tion la semaine dernière.

Aujourd’hui, lundi, le boxon conti­nue dans la presse. Arrêt des tra­vaux ou pas ? Ce soir, devant le siège de la Deutsche Bahn, Post­da­mer Platz (dont je ne dirai *jamais* assez la lai­deur intrin­sèque de cet ancien cœur de Ber­lin trans­formé en… trot­toir d’autoroute, ou quelque chose de ce genre là), Schwa­bens­treich, c’est à dire manif. Un petit plus de monde que mer­credi der­nier, moins que mer­credi prochain.

Oben-​​bleiben, oben-​​bleiben… C’est main­te­nant le slo­gan quasi offi­ciel du mou­ve­ment d’opposition à Stutt­gart 21. C’est le refrain de l’hymne quasi-​​officiel du même mouv­ment. Vous pou­vez, si vou­lez, jeter un œil. C’était au mois de mai, et regar­dez dans les plans larges la taille de la foule, à la fin du clip… elle ne cesse plus de grandir.

Oben blei­ben. Res­ter en haut.

Ce soir, Le patron de la Deutsche Bahn annonce qu’un arrêt des tra­vaux est impos­sible. Pour rai­son finan­cière. Oben blei­ben, ou dans le mur… il semble avoir choisi.

Un petit peu de calme…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 10 oct 2010 à 10:30

Hier, très chouette balade en forêt. Enfin dans le parc du châ­teau de Tegel. Il fai­sait beau, tout était pai­sible… juste du bonheur.

Le châ­teau a l’air beau­coup plus grand qu’il ne l’est. Joli truc d’architecte. C’est le châ­teau de la famille Hum­boldt. Dans le parc, on trouve le second des plus vieux arbres de Ber­lin, pas très loin du plus vieux, la «  Grosse Marie  », laquelle est tout de même *beau­coup* plus vieille (soi-​​disant plan­tée en… 1192 !!).

Dans le parc, tou­jours, des vaches d’une élevage « bio ». C’est tou­jours aussi sur­pre­nant pour moi d’être dans des cadres tels à peine cinq minutes de marche d’une sta­tion de métro. Ber­lin est… Berlin.

Ven­dredi, la ville était un petit peu ten­due : un match de qua­li­fi­ca­tion pour entre Alle­magne et Tur­quie, alors que Ber­lin est la plus grande com­mu­nauté turque hors de Tur­quie et que le cli­mat est un petit peu… chargé (merci mon­sieur Sar­ra­zin !). Eh bien rien. Pas l’ombre d’un pro­blème dans le stade, ni dehors. Même la presse « tabloid » nous raconte —la larme à l’œil— que les jeunes « turcs » (tous de natio­na­lité alle­mande comme turque), dans le stade et là où le match était dif­fusé sur écrans géants, ont mas­si­ve­ment chanté les deux hymnes natio­naux, dans les deux langues.

Sinon, j’ai réussi hier soir à bri­co­ler les archives de mon «  Mille vingt-​​quatre pixels  ». Le sys­tème pré­cé­dant ne se prê­tait pas du tout à une consul­ta­tion. Je trouve ça plu­tôt pas mal. Jetez-​​y donc un œil… Je n’ai plus qu’à trou­ver com­ment fran­ci­ser ça, mais je suis bien content.

Stuttgart 21 : une leçon de démocratie appliquée…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Stuttgart 21 — le jeu 7 oct 2010 à 05:59

En Alle­magne, ça fait un bon mois que Stuttgart-​​21 réside sur les cou­ver­tures des gazettes. L’affaire évolue en ce moment, d’une affaire prin­ci­pa­le­ment régio­nale à une affaire défi­ni­ti­ve­ment nationale.

Au début, Stuttgart-​​21 était la der­nière « géniale » idée du patron de la Deutsche Bahn (la SNCF locale). Une gare sou­ter­raine ultra-​​moderne de 8 voies pour rem­pla­cer, à Stutt­gart, la gare « tra­di­tion­nelle » à 16 voies. Stutt­gart (la gare) est pour le moment une gare genre Gare de l’Est (ou en fait comme toute gare pari­sienne) : un cul de sac. Alors que Stuttgart-​​21 (21 comme le siècle) ne le sera plus. On devait y gagner du temps (oh, dix minutes…) sur cer­tains tra­jets. La gare devrait être une étape impor­tante, stra­té­gique, bla-​​bla, etc. Ah oui, ça sera cher, et le centre ville devra s’habituer aux engins de construc­tion pour… oh… à peine dix ans. Une paille.

Je ne sais pas exac­te­ment depuis com­bien de temps les habi­tants de Stutt­gart se battent contre ce pro­jet. Moi, habi­tant Ber­lin, je ne connais­sais même pas ce pro­jet jusqu’à ce qu’il atter­risse sur les pages « une ». Ça a com­mencé le jour où ils ont com­mencé à détruire une par­tie de la gare actuelle. Construite en 1918, clas­sée monu­ment his­to­rique. Ou plus exac­te­ment le jour où des habi­tants de Stutt­gart ont com­mencé à s’enchaîner à leur gare. À grim­per sur la façade. C’est ce jour là que la lutte est deve­nue visible.

Dans la ville, les mani­fes­ta­tions s’enchaînent. Les chiffres gonflent. Jusqu’à jeudi der­nier : plus de 50 000 per­sonnes. Ce jour là, les ouvriers ont com­mencé à abattre les arbres du parc. Des arbres au moins cen­te­naires. Stutt­gart est fâchée. Et jeudi, la police a perdu les nerfs. Entre 100 et 400 bles­sés. Un des mani­fes­tants a perdu la vue. On a vu des scènes oubliées en Alle­magne : des canons à eau balayant la foule, des gamins, des vieux. Et les ouvriers ont tra­vaillé de la tron­çon­neuse toute la nuit…

Au début, dans la presse, le dis­cours de la DB, relayé par le gou­ver­ne­ment du Land de Baden-​​Württemberg, était simple : « on s’en fout ». Le pro­jet est une prio­rité abso­lue pour la DB, pour le Land, et pour la ville. On de dis­cute pas avec les mani­fes­tants, et on n’interrompt cer­tai­ne­ment pas les tra­vaux. Point.

Main­te­nant, tous ces gens tran­quilles ont l’impression que leurs bureaux feu­trés ont été subi­te­ment démé­na­gés dans une zone de guerre. Ils sont bom­bar­dés de tous les côtes. Les pro­cès pleuvent. Les son­dages s’effondrent. Une catas­trophe au niveau image. Et, pire : le front s’étend.

On voit les mani­fes­tants réuti­li­ser les slo­gans et les tech­niques uti­li­sées contre la RDA, et ça, pour un poli­tique alle­mand, c’est le scénario-​​catastrophe. Depuis au moins un mois, à Stutt­gart, chaque lundi, on mani­feste. Sur les pan­cartes, « nous sommes le peuple ». Dans le bureau du pre­mier ministre de Baden-​​Württemberg, mon­sieur Map­pus, ça sent la sueur et la panique. Il pro­pose des négo­cia­teurs. Il a annoncé qu’il arrête le démo­lis­sage de la gare d’origine, il veut discuter.

À Ber­lin, dans le bureau de madame Mer­kel, chan­ce­lière, c’est la même odeur. Sa majo­rité ne sur­vi­vrait pas à une défaite en Baden-​​Württemberg. Et cette défaite s’annonce. Elle ne veut sur­tout pas devoir s’en mêler. Pour com­bien de temps ?

À Ber­lin, on com­mence à mani­fes­ter. Depuis hier. Chaque mer­credi. « Nous sommes le peuple ».

Oh, il n’y avait pas grand monde. Une petite cen­taine de gens. On verra bien la semaine pro­chaine. Mais l’Allemagne ne sup­porte plus ce genre de gou­ver­nance. Si les Ber­li­nois s’y mettent, c’est natu­rel­le­ment par soli­da­rité. Mais pas seule­ment. Les dis­cours d’hier soir étaient sou­vent des­ti­nés aux poli­tiques natio­naux. Sur l’air « change de ton ».

Comme en Argen­tine, comme un Islande, les gamelles appa­raissent dans les manifs.

Et madame Mer­kel n’est tout de même pas un Sar­kozy. Elle n’a pas de boucs émis­saires à déporter.

Je vais suivre ça de près. La démo­cra­tie, loin des dis­cours fati­gués, dans la rue.

Quand l’hôpital se fout de la Charité…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 1 oct 2010 à 17:20

Haaaa, les bonnes nou­velles ! Ça nous per­met de nous dis­traire de ces inter­mi­nables tirades au sujet de Hartz IV. L’économie alle­mande VA BIEN ! Regar­dez, par exemple le chô­mage… en baisse ! On pré­voit qu’en octobre, le chô­mage sera de moins de trois mil­lions ! Le meilleur résul­tat depuis trois ans !

C’est pas magni­fique, ça ?

L’allocation ver­sée par Hartz IV, c’est à dire le revenu mini­mal, celui en-​​dessous duquel la consti­tu­tion alle­mande n’est plus res­pec­tée, car les valeurs « humaines » de base ne sont plus acquises. Et vous savez com­bien de per­sonnes touchent cette allocation ?

Plus de six mil­lions. Plu­tôt sept que six.

« Hola ! », s’écrie en vous le lec­teur atten­tif. « Mais il n’y a que trois mil­lions de chômeurs ! »

Bien vu ! En effet, le nombre de gens qui reçoivent ce revenu mini­mal est double de celui des chô­meurs. Bon, il faut affi­ner un petit peu… Disons que de ces 6 876 886 per­sonnes, pour faire une com­pa­rai­son plus juste avec le nombre de chô­meurs il faut enle­ver les enfants. 1 772 233 enfants per­çoivent aussi Hartz IV. Donc, au sou­la­ge­ment géné­ral, le nombre d’adultes, donc de chô­meurs puta­tifs, n’est plus que de 5 104 651, à com­pa­rer aux 3 mil­lions de chô­meurs officiels.

« Hola ! », m’écrie-je. J’oubliais les *autres* chô­meurs. Il y a deux types de chô­meurs en Alle­magne. Comme en France, j’imagine. Hartz IV concerne les chô­meurs « en fin de droits ». Mais il y a des chô­meurs qui reçoivent « le chô­mage », le vrai. Nombre qu’il fau­drait égale­ment prendre en compte si on veut avoir un idée de ce qui se passe, dans la vraie vie. Ce nombre, c’est 2 082 000.

Ha. La vie rose sta­tis­tique en prend un coup. Car il y en a d’autres, des « niches » sta­tis­tiques. Que croyez-​​vous que les ser­vices com­mu­naux sociaux font de leurs jour­nées ? Je ne sais pas com­bien de gens qui, ayant pour une rai­son ou une autre perdu le droit à Hartz IV vivent de l’aumône des ser­vices sociaux.

Donc : 3 mil­lions de chô­meurs, résul­tat excep­tion­nel. Dans la vie rose sta­tis­tique. Mais il faut, pas­se­port dans la vraie vie, ajoû­ter au moins 5 mil­lions de per­sonnes, et très pro­ba­ble­ment beau­coup plus que ça qui forment une sorte de sous-​​prolétariat… dont un cer­tain nombre *travaillent* !!

Eh oui. Il y a des gens qui touchent Hartz IV mal­gré le fait qu’ils ont un emploi. Ben oui, hein, imaginez-​​vous les finances d’une femme seule avec un gamin qui touche 400 euros par mois der­rière sa caisse chez Aldi. Si vous croyez que ces 400 euros lui font pas­ser le mois, avec loyer, chauf­fage, les couches du chiard, hein… sans par­ler de manger.

Aujourd’hui, Hel­mut Kohl, le « papa » de la réuni­fi­ca­tion alle­mande, est sorti de son long silence. À la veille du ving­tième anni­ver­saire de la réuni­fi­ca­tion, il aver­tit son parti (celui aussi de notre Bonne Mère à Tous, Angela Mer­kel) de la scis­sion immi­nente de la popu­la­tion entre riches et pauvres, entre tra­vailleurs et chô­meurs, entre ceux qui cotisent et ceux qui reçoivent (Hartz IV), entre éduqués et non-​​éduqués. Entre Allemands.

Des mots très durs.

Des mots trop vrais.

Nos poli­tiques entendront-​​ils le réveil qui sonne ?

NdT : Cha­rité est le nom du CHU de Ber­lin. Amu­sant, non ?

Démocratie sociale…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le mar 28 sept 2010 à 09:54

Dans toute « démo­cra­tie », on dis­cute. C’est pra­ti­que­ment la défi­ni­tion du truc entier. On discute.

Dans une « démo­cra­tie sociale », on dis­cute des pauvres.

C’est chouette, non ?

En théo­rie, oui; en Alle­magne, non. Car en Alle­magne, la dis­cus­sion n’en est une qu’en appa­rence, et en plus le sujet de la « dis­cus­sion » est plu­tôt de savoir à quelle sauce les pauvres vont être man­gés plu­tôt que « les pauvres » en tant que tel.

L’objet du « débat » est la fameuse loi « Hartz IV », celle qui s’assimile en France en gros au RMI. Cette loi a été reto­quée par la cour consti­tu­tion­nelle, notam­ment car les cal­culs du mon­tant de l’allocation ver­sée ont été jugés « arbi­traires » et, pour être hon­nête, pas vrai­ment clairs.

En fait le sujet du débat du jour est limité au mon­tant. La trans­pa­rence des cal­culs, hein… on verra tout ça quand la loi aura été reto­quée à nou­veau. J’ai déjà vu ça. Le juge­ment de la cour consti­tu­tion­nelle donne deux ans au gou­ver­ne­ment pour pré­sen­ter un texte conforme. Deux ans de gagnés. Et puis on recom­mence. Et puis on recommence…

Le chiffre du jour : 5 euros. C’est le mon­tant de l’augmentation déci­dée par le gouvernement.

Donc, l’heureux pauvre va rece­voir, chaque mois, 463 euros par mois (plus loyer et chauf­fage). Enfin en théorie.

De plus, l’heureux pauvre, his­toire de recou­vrer un petit peu de dignité, il pourra se voir pro­po­ser un job. Géné­ra­le­ment, ce sera un de ces fameux « job à un euro ». Mon­tant déduc­tible de l’allocation. Et si il refuse de tra­vailler pour un euro (brut, à l’heure) pour recou­vrer sa dignité, l’heureux pauvre pourra perdre tout ou par­tie de son allo­ca­tion. Natu­rel­le­ment, ces jobs ne sont pas les plus exci­tants. Can­ton­nier, laveur de graf­fi­tis, ce genre de trucs.

L’heureux pauvre en quête de dignité pourra peut-​​être trou­ver un bou­lot plus exci­tant. On en trouve beau­coup, des jobs, sur le mar­ché. Le salaire ? Ah, ne mégo­tez pas, hein. Il s’agit de dignité, tout de même. 400 euros par mois. L’employeur est natu­rel­le­ment sub­ven­tionné. Gras­se­ment. La dignité, c’est important.

463 euros par mois. Ou plus exactement :

Ali­men­ta­tion : 128,46 euros par mois. Oubliez les fruits, les légumes frais, bar­rez de votre car­net d’adresse tout com­merce d’alimentation genre « bou­che­rie », « crè­me­rie », voire « bou­lan­ge­rie ». Allez donc voir chez Aldi com­ment ça se passe. Mmmmmmh, que c’est boooooooon ! On en man­ge­rait ! Regar­dez tout ce que pou­vez ache­ter pour 4,12 euros par jour ! Et même un petit plus en février !

Temps libre : 39,96 euros. Merci ! Les pauvres peuvent donc main­te­nant avoir un bud­get « temps libre » ! N’est-ce pas géné­reux ? Ne voyez-​​vous pas la lueur dans les yeux des enfants de pauvres ? Notez tout de même que les enfants n’ont droit qu’à une par­tie de l’allocation. 39.96 euros, c’est le tarif adulte.

Télé­phone /​ Inter­net : 31,96 euros. Pour ce prix là, j’ai une ligne Inter­net à 16 Mo, et une fla­trate télé­pho­nique, donc en gros, ça passe.

Vête­ments : 30,40 euros. Condam­nés aux vête­ments au rabais, et donc natu­rel­le­ment à la qua­lité qui va avec. donc renou­ve­lables. Sou­vent. Et on se demande pour­quoi les pauvres ont une ten­dance à por­ter le survêtement…

Je ne vous fais pas la liste com­plète, hein, sinon je suis obligé de m’apeser sur les 1,39 euros dédiés à la formation.

Voilà pour le côté « social ». Je pour­rais vous racon­ter des tas d’histoires vrai­ment sor­dides, telles que celles de gens obli­gés de démé­na­ger si ils ont la chance d’avoir un appar­te­ment trop grand (45 m² pour une per­sonne seule, plus 15 m² par per­sonne sup­plé­men­taire *théo­ri­que­ment*, mais en fait au bon vou­loir de l’employé du Job­Cen­ter « com­pé­tent »), même si le loyer est infé­rieur au pla­fond indi­qué dans la loi.

Main­te­nant voyons la « dis­cus­sion ». Les pauvres coûtent cher. En plus ils picolent. Est-​​ce qu’on ne pour­rait pas rabio­ter un petit peu ? C’est vrai, quoi ! Ce sont tous des fai­néants, majo­ri­tai­re­ment étran­gers (pire : *musul­mans*), il est pra­ti­que­ment impos­sible de les éduquer. Est-​​ce que *mes* impôts à moi doivent ser­vir à ça ?

C’est un résumé gros­sier, bien que —à mes yeux— bien moins gros­sier que la plu­part des argu­ments que j’ai pu lire ici ou là. C’est à lec­ture de ces dis­cus­sions que je me rends compte que la société est en train d’exploser sous les coups de bou­toir de l’idéologie « libérale ».

La preuve  ? Simple : il leur a fallu un petit peu moins de dix ans pour obte­nir une société dans laquelle per­sonne ne se choque de l’emploi de l’expression « base de 400 euros men­suelle » ou « job à un euro à l’heure », et où les poli­tiques dis­courent en public sur l’injustice faite aux heu­reux béné­fi­ciaires d’un bou­lot (sub­ven­tionné) à 400 euros par mois alors que ces salauds de chô­meurs peuvent avoir jusqu’à 463 euros.

Le débat n’a natu­rel­le­ment jamais eu lieu : le gou­ver­ne­ment a pris sa déci­sion, point barre. Ah, pour être tota­le­ment hon­nête, il y a eu débat au sein du gou­ver­ne­ment entre ceux qui pensent qu’ils pour­raient s’en tirer avec moins de 5 euros d’augmentation et les autres. C’est tout de même la cour consti­tu­tion­nelle qui a requis un recal­cul, hein.

Et puis quoi, en Alle­magne aussi, on a des res­tau­rants du cœur ! Vous voyez qu’on les aime, nos pauvres…

Amateurs !

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le ven 24 sept 2010 à 07:39

Ah, ces ministres Alle­mands ! Quand il s’agit de faire de l’économie, ils sont forts. Et quand il s’agit d’embêter Notre Pré­sident Chéri, ils sont forts.

Mais quand il s’agit de se main­te­nir au pou­voir dans l’adversité, nous, Fran­çais, nous avons visi­ble­ment des leçons à leur don­ner. Ils se com­portent comme des ama­teurs ! Regar­dez le cas Speer, par exemple…

Speer était, encore hier matin, ministre de l’intérieur du Land du Bran­de­bourg. Et ça fai­sait des années qu’il fai­sait du « pay­sage politique ».

Moi, j’habite à Ber­lin depuis 5 ans. Et même si je ne peux pas pro­mettre que j’accorde une prio­rité dans mes lec­tures quo­ti­diennes aux affaires poli­tiques bran­de­bour­geoises, je garde un œil sur les gros titres de la presse. Et je suis à peu près cer­tain que j’ignorais —jusqu’à hier matin— qui était le ministre de l’intérieur du Brandebourg.

Mais hier matin, le nom de Speer m’a sauté au visage : j’apprenais que Bild, un *grand* jour­nal (grand par le tirage, hein, parce que le contenu… vous savez ce qu’il faut pen­ser d’un jour­nal qui affiche les seins du jour en page 3), por­tait plainte contre le ministre Speer. Il s’opposait, a priori, à un juge­ment obtenu par Speer. Speer vou­lait inter­dire à Bild de publier son papier, lequel sem­blait avoir été consa­cré à sa vie privée.

Hon­nê­te­ment, je ne sais rien de cette affaire. Ce que je veux dire, c’est qu’elle ne fai­sait pas les titres de la presse natio­nale depuis trois mois (pen­sez à « Woerth-​​Bettencourt », par exemple). En sur­vo­lant les titres de la presse de ce matin, il me semble qu’il s’agit d’une affaire d’enfant illé­gi­time, et peut-​​être d’un petit peu d’argent public devenu curieu­se­ment privé. La gamine aurait été élevée au frais du contri­buable. Rien donc, *rien* qu’on puisse com­pa­rer à l’affaire, ou les affaires « Worth-​​Bettencout », « Woerth-​​Wildestein », « Woerth-​​Champigny », « Woerth-​​De Maistre », etc.

Et pour­tant…

Donc, ce matin, un petit peu avant midi, je vois la « cou­ver­ture » de Bild (sur le net…). Un pavé noir, et dedans,avec un carac­tère gras et blanc, l’article de la consti­tu­tion concer­nant la liberté de la presse. Et Bild annon­çait sa plainte en référé. Sur ce, nous par­tons chez les parents de Viola. Et aux alen­tours de 5 heures, nous appre­nons la démis­sion de Speer.

Non mais tout de même, quel ama­teur ! Juste quelques minutes avant que le juge des réfé­rés annonce qu’il cas­sait le juge­ment qui empê­chait Bild de publier son article, le père Speer s’amène en confé­rence de presse, annonce qu’il démis­sionne, et se barre. Vous appe­lez ça un homme poli­tique, vous ?

Il a pour­tant une tête d’homme hon­nête (© Woerth), Speer. Et il a le sou­tien de tous ses col­lègues du gou­ver­ne­ment. Son pre­mier ministre le regrette déjà. Et à la télé, un micro-​​trottoir ne semble pas lui être spé­cia­le­ment adverse.

Non, c’est vrai­ment de l’amateurisme. Je pro­pose que, quand Woerth aura quitté le gou­ver­ne­ment (pour rai­sons per­son­nelles, natu­rel­le­ment) se pro­pose comme consul­tant en affaires du gou­ver­ne­ment du Bran­de­bourg. Et puis il y a cer­tai­ne­ment de la thune à se faire, là !

Ésprit d’espoir…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Photo — le lun 20 sept 2010 à 13:11

Rhâ.

Pour nos audi­teurs qui n’ont pas le son, c’était un râle de soulagement.

Depuis l’accident idiot qui a fra­cassé mon K20D, et que je l’ai rem­placé par un K-​​7, je souffre. En silence, la plu­part du temps, mais je souffre.

Ne nous mépre­nons pas : le K-​​7 est un bon appa­reil photo. Sur­tout en ce qui concerne le boî­tier. Le boî­tier, bien qu’un petit plus petit que celui du K20D, est vrai­ment très bien conçu. Je pour­rais grom­me­ler au sujet des deux petits bou­tons « ISO » et « +/​-​​ » (trop petits, et pas idéa­le­ment pla­cés), mais bon. Sérieu­se­ment, le boî­tier est vrai­ment bien.

Mais l’intérieur… il me fait souffrir.

Sen­si­bi­lité :
Je sais, je peux uti­li­ser sans états d’âme le K-​​7 avec des sen­si­bi­li­tés jusqu’à 2000 ISO. Regar­dez la photo de Mano, le patriarche de la tribu des Orang-​​Outangs du zoo de Ber­lin que j’ai publiée l’autre jour. 2000 ISO, dans une lumière dégueu­lasse, à tra­vers une glace, je ne peux pas me plaindre. Mais souf­frir, je peux : entre 100 et 400 ISO, les images réa­li­sées avec le K-​​7 contiennent plus de bruit que celles prises avec le K20D. Sachant que à 100 ISO, aucun de ces deux appa­reil ne peut riva­li­ser avec mon antique (je ricane, il a juste un petit peu plus de deux ans) K10D au niveau du bruit ! Tout ne se voit pas sur le net : je publie mes pho­tos avec une taille (maxi­male) de 1024 pixels. Mais moi je les vois en grand, mes pho­tos, hein…

Auto-​​focus :
Tout uti­li­sa­teur de Pentax vous le dira : l’auto-focus est… com­ment dire ça… défi­cient. Au moins. En fait il est sur­tout lent. Très lent. Trèèèèèèèès lent. J’en ai raté, des pho­tos… et pour­quoi croyez-​​vous que je pho­to­gra­phie prin­ci­pa­le­ment des trucs qui ne se déplacent pas ? Quand je vais dans les maga­sins, et que je teste l’auto-focus d’un Canon, ou d’un Nikon, je souffre. La com­pa­rai­son fait mal.

Sinon, encore une fois, le K-​​7 est un chouette appareil.

Enfin : était.

Aujourd’hui, Pentax a annoncé l’arrivée du grand-​​frère du K-​​7 : le K-​​5. Et quand on regarde les carac­té­ris­tiques de l’appareil, le pre­mier truc qui saute aux yeux, c’est le fait qu’ils ont gardé le même boî­tier, et changé le cap­teur et le sys­tème d’auto-focus. D’où mon râle de sou­la­ge­ment. Même si mon râle de sou­la­ge­ment s’étrangle un petit peu quand j’arrive à la lligne « prix ».

Mais bon : l’espoir, c’est gratuit !

Une brève page « culturelle »…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le dim 19 sept 2010 à 22:21

Je ne suis pas vrai­ment un « fan » de la musique « d’aujourd’hui ». À part en jazz, naturellement.

Au point que je n’écoute plus du tout la radio. La musique actuelle dont je suis à l’occasion agressé par la télé, ou bien dans les maga­sins, m’ennuie ter­ri­ble­ment. Je ne connais aucun groupe ou chan­teur actuel. Le nom « Lady Gaga », par exemple ne m’évoque rien. Je le lis par­fois sur les cou­ver­tures de la presse « popu­laire ». Je n’ai même plus la curio­sité. Ils m’ennuient, en groupe o individuellement.

L’autre jour, j’ai fait un effort. Je me suis fadé l’intégralité de je ne sais quel prix musi­cal à la télé. Il y avait quatre groupes de « rock » qui se dis­pu­taient un prix. Dix mille euros, plu­tôt que le prix, d’ailleurs. Quelle tris­tesse… Le pre­mier groupe m’a laissé défi­ni­ti­ve­ment indif­fé­rent. Le pauvre « chan­teur » ne chan­tait pas, ses aco­lytes n’auraient pas été capables d’accorder leurs ins­tru­ments si ils savaient pour­quoi le faire, pas de mélo­die, pas de… bref, une sombre merde. Le deuxième ne m’a pas laissé indif­fé­rent : je l’ai dé-​​tes-​​té. Les quatre manches étaient en uni­forme (lire : habillés pareil), je n’aurais pas, même sous la tor­ture, été capable de faire la dif­fé­rence entre les quatre déchets sonores qu’ils m’ont infli­gés, c’était plus que lamen­table : c’était détes­table. Le troi­sième groupe était « potable ». Sans plus. Oubliable. Mais potable. Enfin au moins ça ne m’a pas cassé les oreilles. Le qua­trième groupe m’a fait, pen­dant quelques minutes, l’effet d’une bouf­fée d’air. Et vous non­tez que je n’ai pas parlé d’air frais. Un trio de rock qui tenait debout. Éner­gique, à défaut d’inventif. Et, sur­prise, un bat­teur qui m’a attiré l’oreille. L’espace de quelques mesures.

Devi­nez qui a gagné : le second groupe. Ben tiens.

Et après, je me suis forcé à regar­der la retrans­mis­sion « live » du fes­ti­val rock de Berlin-​​Tempelhof. Une tor­ture. Le pire, c’était un duo. Une gui­tare, une bat­te­rie. Des mor­ceaux inter­chan­geables à l’infini. Seul les « looks » me per­met­taient de me rendre compte que j’avais changé de groupe.

Si ce que j’ai vu là est la moyenne du rock d’aujourd’hui, je n’ai rien man­qué des quinze der­nières années.

Et l’autre jour, Viola m’a mon­tré un clip. Ce clip. Je l’ai trouvé très drôle. Nor­mal : je déteste les péru­viens qui hantent les mar­chés du monde entier et qui y font de la « musique ». Et il y avait encore des liens là, du même groupe.

Je suis donc tombé sur un clip « live » de ce groupe, Guano Apes. Et j’ai retrouvé là un petit peu d’intérêt pour le rock d’aujourd’hui. Le son est com­pact, très dense. Les trois ins­tru­men­tistes savent de quoi ils parlent. Le bas­siste a une magni­fique Music­Man cinq cordes, et, une fois n’étant natu­rel­le­ment pas cou­tume, il se sert vrai­ment des cinq. La chan­teuse a une voix, une pré­sence, et ne fait pas de chi-​​chis. Elle chante. En résumé, du rock qui tient debout.

En plus, elle porte un sweat-​​shirt orné du logo de Sankt Pauli…

Wedding la rouge : mort d’un quartier populaire…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 11 sept 2010 à 07:00

Je ne suis pas socio­logue, je ne suis pas un ana­lyste. Je vis à Berlin-​​Wedding. Je ne vais pas ten­ter d’expliquer quoi que ce soit. Non que ce soit très com­pli­qué, notez.

Mon quar­tier est en train de mourir.

Ma sta­tion de métro, Reh­berge, n’a plus vu une affiche de pub depuis d’au moins six mois. La seule pub qu’on puisse y voir, est celle de Wall (le JC Decaux local), qui nous raconte les tarifs pour… mettre de la pub dans le métro. La sta­tion sui­vante (Afri­ka­nische Straße) n’a plus de kiosque depuis au moins un an. Un kiosque, c’est impor­tant. On peut ache­ter les jour­naux, ou à gri­gno­ter, ou à boire. Mais c’est une pré­sence per­ma­nente. Un kiosque qui ferme, ce n’est pas bon.

Qui vou­drait mettre ici de la pub ? Déjà, pas des com­merces locaux : ils ferment l’un après l’autre. La femme qui a ouvert l’année der­nière un com­merce de fruits et légumes a fermé cet été. La bro­cante aussi. Elle était là depuis des décen­nies. La poste est par­tie. Son bâti­ment, détruit dans la semaine qui a suivi, a laissé la place à un Aldi (tout pour pas cher, et d’une qua­lité dégueu­lasse). L’autre bro­cante (avec des objec­tifs photo d’occasion) est morte, rem­pla­cée par une ribam­belle de bou­tiques dont j’ai renoncé à savoir ce qu’elles sont : elles ferment trop vite. Dans un bâti­ment, j’ai vu, en quelques mois, une bou­tique de fleurs, une bou­tique d’électro-ménager, une boulangerie-​​café, et j’en ai pro­ba­ble­ment oublié.

Et en ce moment, tout se trans­forme, d’un coup de baguette magique, en casino. Chaque fois que je des­cends Mül­lers­traße à pieds plu­tôt qu’en métro, j’en trouve au moins un nou­veau. Les types à l’entrée ne me mettent pas à l’aise. Je ne vois pra­ti­que­ment jamais per­sonne entrer ni sor­tir de ces « casi­nos » /​ blan­chis­se­rie. Ça pue la mafia. Sui­vant l’adresse, turque, bul­gare, russe, on a tous les modèles. Il y a à 200 mètres de chez moi un « Döner » (sand­wichs surtout-​​pas-​​grecs) dont le patron a été flin­gué l’année der­nière. Et son suc­ces­seur a déjà été agressé deux fois.

Il y a des gens, costume-​​cravate, lunettes noires, qui visitent les bâti­ments et qui essayent de faire peur aux loca­taires. La police en a arrêté un ou deux en bas de chez nous.

Je vois régu­liè­re­ment des « petits » dea­lers. Je trouve par terre, de temps en temps des douilles de calibre 7,62mm. À blanc, mais tout de même. Les viet­na­miens vendent, par groupes de trois, des ciga­rettes de contrebande.

Je com­mence à voir des « bandes ».

Je ne suis pas socio­logue, je ne suis pas un ana­lyste. Je vis à Berlin-​​Wedding. Et j’adore ma ville.

Wed­ding, Wed­ding la rouge —comme on l’appelait il y a pas dix ans, se trans­forme. De quar­tier popu­laire, elle devient ghettos.

La cage aux folles…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le lun 30 août 2010 à 15:57

Avant de com­men­cer à faire mon récit de mon explo­ra­tion dans la cage aux folles (d’avance mes excuses à la mémoire de Ser­rault et les autres), il faut que j’explique en quelques mots le contexte.

Il était une fois un séna­teur de Ber­lin [Note du « tra­duc­teur » : le Land de Ber­lin est dirigé par un Sénat] qui ne lais­se­rait aucune trace de son pas­sage s’il n’était pas affligé d’une véri­table manie de la pro­vo­ca­tion. À son actif :

  • il a recom­mandé aux gens qui vivent d’Hartz IV de bais­ser le chauf­fage et mettre des pulls en hiver, pour économiser
  • il a publié des « menus » « écono­miques », tou­jours à des­ti­na­tion des gens vivant d’Hartz IV, consti­tués d’aliments que je ne —per­son­nel­le­ment— tou­che­rais même pas du doigt, quand même bien ma vie en dépen­dait. Com­ment se nour­rir pour pas cher, man­gez donc de la merde…
  • il sou­hai­te­rait que les pan­ta­lons de jog­ging soient interdits (…?)
  • il a, col­lec­ti­ve­ment, traité les étudiants de trous-​​du-​​cul
  • il a déclaré, au sujet des finances de la ville de Ber­lin : « les gra­vats ont été déblayés. nous n’en sommes plus à 1945, mais à… 1947″ (en août 2006)
  • Il a déclaré : « quand il s’en trouve un pour, au lieu de fai­néan­ter devant la télé toute la jour­née, déci­der de tra­vailler au noir, je suis soulagé »
  • suite à ses « menus » : « si on regarde un petit peu, le sous-​​poids des Hartz IV est le moindre de leurs problèmes »
  • « moi j’irais tra­vailler pour 5€ de l’heure ! »

Vous voyez le genre.

Un petit gênés, tout de même, ses col­lègues séna­teurs du PS (oui, d’accord, le SPD) ont décidé de s’en débar­ras­ser, et l’ont « promu » : il est depuis membre du direc­toire de la Banque d’Allemagne. Et promu pour promu, il a égale­ment passé une vitesse au niveau provocation :

  • « je ne ne dois recon­naître per­sonne qui vit de l’état, mais le rejette, ne prend pas soin de l’éducation de ses enfants, et pond en per­ma­nence de petites filles voilées. »
  • « plus la classe est basse, plus la nata­lité est haute; les arabes et les turcs ont trois fois le taux de nata­lité que leur popu­la­tion leur permet »

Tou­jours plus haut, comme nous le disait le baron de Cou­ber­tin : Sar­ra­zin sort (aujourd’hui) un livre. État des dégats :

Ich möchte nicht, dass das Land mei­ner Enkel und Uren­kel zu großen Tei­len mus­li­misch ist, dass dort über weite Stre­cken tür­kisch und ara­bisch ges­pro­chen wird, die Frauen ein Kopf­tuch tra­gen und der Tages­rhyth­mus vom Ruf der Muez­zine bes­timmt wird. Wenn ich das erle­ben will, kann ich eine Urlaubs­reise ins Mor­gen­land buchen.

En (presque) bon fran­çais : Je ne sou­haite pas que le pays de mes petits-​​enfants et de mes arrière-​​petits-​​enfants soit en grande par­tie (un pays) musul­man où le turc et l’arabe soient lar­ge­ment par­lés, où les femmes portent le voile et où la jour­née est ryth­mée par les appels à la prière. Quand je veux vivre comme ça, je peux m’acheter un billet tou­ris­tique vers l’Orient.

Tout le livre semble du même aca­bit, avec natu­rel­le­ment les preuves scien­ti­fiques. Le gène juif, ce genre de trucs. Ah, le gène de l’intelligence aussi. Moins fort chez les turcs, naturellement.

Ce matin, il est sur le bord d’être expulsé son parti (socia­liste), la porte-​​parole de la com­mu­nauté juive d’Allemagne lui recom­mande de s’inscrire au NPD (le parti néo-​​nazi « natio­nal »), et la chan­ce­lière demande offi­ciel­le­ment à la Banque d’Allemagne de faire un petit peu son ménage.

Entrons dans la cage aux folles !

Qui sont les folles ? Les folles vivent dans les com­men­taires du site inter­net des cons bien de chez nous, les « fran­çais de souche ». Elles crient, gémissent, agitent les bras, se pâment, cherchent par­tout les mou­choirs, et sur­tout les lunettes noires. Très noires.

Permettez-​​moi de vous pré­sen­ter quelques folles de souche, telles qu’on peut les trou­ver à la page Sarrazin :

Il dit des choses vraies ce mon­sieur, c’est fou de lui dire d’aller dans le par­tie néo-​​nazi pour ça, pitoyable.

La folle qui se nomme « Nigh­thau­ter », quoi que ce soit, a visi­ble­ment le sens de la mesure. Encore.

Ce n’est pas dans le Coran que l’on est éduqué. Ce livre s’oppose à la culture et aux cultures, à la rai­son, à l’égalité des êtres humains, à la fra­ter­nité uni­ver­selle etc. Il devrait être inter­dit, dans un état de droit.

La folle nom­mée « logique » (arf !) n’a natu­rel­le­ment pas lu le livre. En quand que je pense que mes parents ont payé les impôts qui ont per­mis qu’il apprenne à lire…

Ils tiennent leur Zem­mour, outre-​​Rhin, avec ce Sar­ra­zin !! Ils doivent recom­men­cer à res­pi­rer, avec quelqu’un de res­pec­table qui ose enfin parler !

Pour la folle « Pierre 1er », les Alle­mands sont des sur­hommes capables de rete­nir leur souffle pen­dant des décénies.

Le NPD (Parti National-​​démocrate Alle­mand) est l’Honneur de l’Allemagne ! Ce ban­quier ne dit que la banale vérité. Et dire que ça passe pour des pro­pos extrê­mistes… C’est révé­la­teur d’un déla­bre­ment men­tal, moral, et racial!

La folle « Le HURON » sait visi­ble­ment de pre­mière main tout ce qu’il faut savoir au sujet d’un déla­bre­ment mental.

Les socio­logues Mein­hard Mie­gel et la démo­graphe Ste­pha­nie Wahl pro­nos­tiquent que l’identité cultu­relle, reli­gieuse et lin­guis­tique alle­mande sera tota­le­ment lami­née au cours du siècle actuel…

La folle « Mar­tel » se prend ses ves­sies pour des lan­ternes, mais ça le fait, non ?

Je reviens au mass médias, cela ne sert à rien d’avoir les bons poli­ti­ciens si des traîtres pro­pagent des mes­sages anti-​​nationaux sur les ondes envers la masse.

La folle « Aqui­lo­nia » ne pense pas hors de « ses » jour­naux. Elle san­glotte le soir en reli­sant un édito­rial de « Je suis partout ».

Mieux vaut tard que jamais; ce ban­quier a enfin eu le cou­rage poli­tique de dénon­cer ce qu’il voit. Aurons-​​nous la même chance en France avec l’un de ses confrères?

La folle « zoe » est priée de nous don­ner son adresse. Envoi franco de port. Dès qu’il aura été viré. Fina­le­ment, c’est une légende, que ce sont les immi­grés qui ramassent les pou­belles, en France…

Ça y est, j’ai trouvé le nom de son nou­veau livre : « Deut­schland Schafft Sich Ab » de Thilo Sarrazin.

La folle « Man­nala » a trouvé com­ment on cherche sur Gøøgle. Mes félicitations.

On touche à leurs ché­ris, ils se réveillent! Le jour où Israël sera rasé de la carte, leurs regards hagards feront plai­sir à voir…

La folle « Benoît » l’a vu dans les feuilles de sa tasse de thé. Et quand je pense au prix du pain…

Ils devraient se rapel­ler que la der­nière fois que les euro­péens en ont eu vrai­ment marre ce n’était pas le bateau vers le sud mais les wagons plom­bés vers l’est.

La folle « Ton­ton Jean Claude » parle, natu­rel­le­ment des musul­mans. Dont acte.

Tout ce petit peuple s’anonisme col­lec­ti­ve­ment à lon­gueur de pages. Ils ont leurs héros, et la frousse au ventre. Pauvre toute petite france nationaliste…

Tatort : d’utilité publique…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal,Xenuphobe ... — le dim 29 août 2010 à 22:13


Haaaaaa, dimanche soir ! Tatort ! Notre rendez-​​vous catho­dique immu­table. Sauf quand la télé de la RDA chaîne « régio­nale » MDR squatte avec son inno­mable série « Poli­zei­ruf 110 ».

Mais ce soir, pas de nui­sibles à l’antenne. Un Tatort© ori­gi­naire d’Autriche. Et bien­tôt on va avoir même des Tatort© suisses. Pour­quoi pas.

Donc, à 20:15, ça com­mence. Un poli­cier trouve par hasard un cadavre. L’enquête com­mence. La dif­fé­rence : la vic­time est membre de  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epitarsis.

Un regard dur, voire affuté, sur  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis. On y découvre les méca­nismes qui per­mettent à  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis de « tenir » ses clients membres. Les cours (payants) menant à tou­jours d’autres cours (tou­jours plus chers). On voit les clients membres de  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis anno­ner les réponses à tous les pro­blèmes de leur exis­tence, dic­tées, impla­ca­ble­ment, avec le sou­rire, par d’autres clients membres de grade supé­rieur. On découvre des enfants qui renient leurs parents —sur ordre. Le besoin d’argent est tel que tous les coups sont permis.

« l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis a des dos­siers sur tout le monde. Moritz, le com­mis­saire, est accueilli par son patron lequel a dans la main une plainte de  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis, reçue avant même que Moritz rentre au bureau de sa pre­mière visite là-​​bas.

Arri­vant à  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis, un peu plus tard, Moritz voit sa per­qui­si­tion annu­lée : chez le pro­cu­reur sont arri­vées des pho­tos mon­trant la fille de Moritz dans les locaux de  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis, laquelle se pré­tend per­sé­cu­tée par Moritz, invo­quant la liberté de conscience. Naturellement.

J’ai lu et vu beau­coup au sujet de la scien­to­lo­gie. Je suis même Xenu­phobe, et fier de l’être. Mais je n’avais encore jamais vu de fic­tion de cette de qua­lité (de docu­men­ta­tion) pre­nant la bête scien­to­lo­gie par les cornes. Comme on dit en Alle­mand : « Respekt ! ».

Et si vous vous posez la ques­tion en appa­rence bête : « Mais pour­quoi ils ont appelé ça Epi­tar­sis et non sim­ple­ment scien­to­lo­gie ? », la réponse était écrite en fili­grane tout au cours de l’épisode. La scien­to­lo­gie, para­noïaque, mais ration­nelle, n’aurait jamais accepté la dif­fu­sion de ce film, et aurait tout fait pour l’interdire. La scien­to­lo­gie a fêté, la semaine der­nière, la fer­me­ture du bureau anti-​​secte du sénat d’Hambourg, par exemple. Pour rai­son bud­gé­taire, natu­rel­le­ment. La scien­to­lo­gie mène une guerre juri­dique impi­toyable contre l’ennemi : l’état alle­mand, son prin­ci­pal cri­tique —en Alle­magne. Elle est déjà si forte que même la pre­mière chaîne publique du pays lui a consa­cré tout un épisode de sa série phare (Tatort)… sans oser men­tion­ner son nom.

Cela dit, le camou­flage est un art. Dans les bureaux de  « l’église de » scien­to­lo­gie la com­mu­nauté de croyance Epi­tar­sis, j’ai pu « recon­naître », par exemple, les cou­ver­tures des livres de l’inventeur de la scien­to­lo­gie, par exemple.

J’attends le pro­chain round.

Avec, tout de même, une cer­taine inquiétude.

Les apparences…

Écrit par olivier dans la (ou les) catégorie(s) Journal — le sam 28 août 2010 à 12:46

L’Allemagne va très bien. Écono­mi­que­ment par­lant. Un com­merce inter­na­tio­nal tou­jours plus flo­ris­sant, plus de trois « pour­cents » de crois­sance (et cha­cun *sait* que c’est un signe de bonne santé, n’est-ce pas ?), etc.

Et pour­tant…

Tout à l’heure, alors que j’allais faire mes courses, je sui­vais un couple rela­ti­ve­ment âgé. Un couple sans his­toire, visi­ble­ment. Jusqu’à ce qu’ils arrivent à la pou­bellle du coin de la rue. L’homme se penche et regarde dans la pou­belle, plonge la main à l’intérieur, et res­sort avec une bou­teille. La femme fai­sait « le guet ». L’homme a mis la bou­teille dans un de ses sacs à provision.

Comme on fait nos courses dans le même maga­sin, j’ai suivi l’affaire. Je les ai vus se rendre à l’automate qui gère les bou­teilles consi­gnées. Sui­vant la bou­teille, entre 5 et 25 cen­times. Et comme ils étaient juste avant moi à la caisse, je les ai vus payer une boîte de conserve avec leur bon de consigne, auquel ils avaient ajouté douze cen­times que je les vus comp­ter, un par un.

C’était la pau­vreté faite homme.

Ils étaient impec­ca­ble­ment habillés.

Ils sont des cen­taines, peut-​​être des mil­liers comme eux à Berlin.

Je me sou­viens, en pas­sant, d’un concert que j’avais vu à Copen­hague. C’est là que j’avais vu pour la pre­mière fois des ramas­seurs de bou­teilles. J’avais cata­lo­gué dans la caté­go­rie « bonne occase pour faire un petit peu d’argent de poche ». Mais depuis que je suis à Ber­lin, je sais que ces gens ont faim. Main­te­nant que je sais qu’ils existent, je les vois par­tout. Ils sont tou­jours (ou presque) propres, cor­rec­te­ment habillés, et donc pra­ti­que­ment invisibles.

Il y a quelques mois, en gros à la « vic­toire » de la coa­li­tion Cdu/​Csu — Fdp aux élec­tions (ils sont en bas du trou dans les son­dages, en ce moment), je me suis « amusé » à lire les com­men­taires sur les sites des jour­naux alle­mands. j’avais été atterré par la flot de venin déversé contre les « aso­ciaux ». [Note du « Tra­duc­teur » : en Alle­mand, le mot « Aso­zial » —asso­cial— est un mot chargé d’une conno­ta­tion *très* péjo­ra­tive. C’est un petit peu la ver­sion « offi­cielle » de l’expression fran­çaise « cas social », en plus néga­tif. C’est pra­ti­que­ment une insulte dans la bouche d’un allemand.]

On les char­geait de tous les maux de la société. On les sus­pec­tait, pra­ti­que­ment offi­ciel­le­ment, d’être géné­ra­le­ment des voleurs, qui touchent des pres­ta­tion sociales sans jamais essayer de tra­vailler, etc.

J’imagine que les gens qui écrivent ce genre de choses « voient » dans leur tête les *autres* pauvres. Ceux qu’on *voit*. Ceux qu’on voit faire la manche dans la rue, dans le métro. On peut les voir être pauvres. Ils sont sou­vent sales.

Mais les invi­sibles sont plus nom­breux. La popu­la­tion les ignore. Mieux : ignore leur exis­tence. C’est ce qui per­met au mythe de l’Allemagne riche, datant des années 60 ou 70, de sur­vivre, la social-​​démocratie soli­daire. Il n’y a que peu de pauvres. Visibles.

Mais com­bien d’invisibles pour comp­ter leurs cen­times à la caisse, com­bien pour plon­ger la main à l’aveuglette dans les pou­belles à la recherche de bou­teilles vides, syno­nymes d’un petit peu d’argent, d’un petit peu à man­ger, un petit peu de vie ?

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