21:33 Obscénité
Jénine, octobre 2002
C'est insoutenable. A chaque fois que je passe près d'une de ces maisons éventrées, j'ai la même nausée. J'étais là, ou je n'y étais pas, pareil : j'entends encore les cris des gamins qu'on réveille dans la nuit, les gémissements des femmes, les protestations...
Les objets vitaux ou futiles qu'on emmène par réflexe, le dos qu'on tourne à toute une vie. Après, suivant les jours, c'est le bulldozer, ou la charge explosive. Et tant pis si le mur est mitoyen, si tous les fils téléphoniques du quartier étaient fixés là, tant pis d'ailleurs même si on se trompe de maison...
Le lendemain matin, quand on passe, on peut voir par terre les entrailles de la maison. Les voisins sont là, graves, si on n'est pas sous couvre-feu. Je ne peux pas voir ou revoir ça sans évoquer dans mon esprit ce terrible chapitre de Germinal, de Zola, où les femmes du coron un jour finissent par exploser dans une rage vicieuse et sanglante.
Il y a des choses qui dépassent l'humain.
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