20:26 avant-après...
Voici mon copain Ashraf.
Il est volontaire au Croissant Rouge. Il est là tout le temps. Disponible, dévoué. Démerdard. Pas son pareil pour négocier à un checkpoint, en un mélange d'anglais, d'arabe, d'hébreu et de russe. Toujours le sourire, l'oeil qui brille.
Mais moi hier, je l'ai trouvé comme ça :
Vous vous souvenez de ce que j'écrivais hier ?
Hier j'écrivais : J'entends une sirène d'ambulance qui se déclenche. Deux amis vont sortir dans la rue affronter la mort mécanique pour tenter de lui arracher quelqu'un.
Eh bien ils n'ont pas réussi. Il avait seize ans, et il est mort.
Ashraf, c'est un bon gars. Mais tous ces morts et ces blessés, il les prend personnellement. Il a des listes. Il sait tous les noms. Celui d'hier, c'est le deux-cent-quarante-cinquième mort à Jénine depuis le début de l'intifada.
Je voudrais ne plus voir ça :
Je voudrais ... je ne sais plus. Je vais rentrer au centre d'ambulances, en me faufilant dans les allées sombres. Si je peux. Je voudrais... j'en ai marre. Je voudrais voir Ashraf heureux. Et moi aussi.
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