Brest-Jerusalem
a la rencontre...
24.10.02 13:53 chronique     photo 24.10.02 17:58  
-<  content ! crunch... l'automobile qui croustille...  ->
 24.10.02

17:57   l'eau de là...

J'aurais du faire le rapprochement. C'est à ce genre de détails que je vois que je suis vraiment fatigué et en bout de course. Je n'avais pas réalisé la coïncidence dans le temps entre l'apparition des camions d'eau dans la ville, la disparition de l'eau chaude de ma douche, et le début du blocus de la ville. Pourtant, une fois le rapprochement fait, ça coule de source - enfin non, justement, ça ne coule pas. Le barrage sur la route de Haïfa est juste avant un gros truc auquel je n'avais jamais fait attention. Eh ben c'est la station de pompage qui alimente la ville !!! Et elle ne fonctionne plus. C'est bête, hein ! Et puis elle est juste du mauvais côté du barrage, pour les réparations. Ca c'est encore plus bête. A 25 mètres près, la vie pouvait continuer normalement. C'est pas de chance, pas de chance, moi je dis.

Je me doute bien que des esprits chagrins vont sussurrer que ce n'est pas involontaire, que justement la station est tombée en panne le premier jour de barrage, et que même un officier israélien est capable d'imaginer les conséquences que peut avoir l'emplacement du barrage sur la station de pompage...

Enfin, donc, c'est pas de chance. Alors maintenant les camions citerne et les tracteurs tirant des citernes sont légion dans la ville. Et puis du coup l'eau est un peu plus chère. Vraiment pas de chance. Non, c'est vrai quoi.

Deux blindés viennent de passer en rugissant dans ma rue. Normalement, ça m'indiffère, ou plus exactement ça ne m'inquiète pas. Mais depuis tout à l'heure, ça m'inquiète légèrement plus. Dans l'étal d'un marchand de fruits au marché, on me montre 2 affichettes format carte postale : ce sont les deux derniers "martyrs", les deux qui se sont fait sauter à Hadera avec 14 Israéliens. Ils avaient 20 et 22 ans... et ils habitaient la rue derrière chez moi, ce qui nous laisse présager un de ces jours une visite de pas tout à fait courtoisie.

20 et 22 ans. Dans les deux camps, ce ne sont pas les plus futés qu'on envoie en première ligne... enfin quand il n'y aura plus que des vieux, on verra.

Je suis fatigué de tout ça. Je veux rentrer chez moi, ou plus exactement retrouver P. chez nous. C'est la première fois, mais depuis quelques jours j'ai envie de partir.

Sur la colline d'en face deux chars viennent de tirer sur quelque chose. Au canon. La tranchée autour de la ville s'allonge de jour en jour. On a quatre blindés en ville. Ca tire. J'entends une sirène d'ambulance qui se déclenche. Deux amis vont sortir dans la rue affronter la mort mécanique pour tenter de lui arracher quelqu'un.

Fatigué.



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