Brest-Jerusalem
a la rencontre...
22.10.02 14:14 chronique     chronique 24.10.02 12:21  
-<  Ca se passe comme ça chez Effie... rouge...  ->
 23.10.02

13:57   tank on en parle...

Une ambulance doit aller chercher une patiente. La patiente attend à un endroit bien connu, juste derrière un barrage israélien. Devant le barrage, deux chars. Les soldats arrêtent l'ambulance. A bord, deux Palestiniens, le chauffeur et l'infirmier, et une volontaire allemande. Elle commence à négocier le passage avec les soldats. Après un moment, les deux soldats qui sont dehors intiment à la volontaire allemande l'ordre de venir avec eux. Ils la font passer devant eux, ils veulent aller examiner la patiente pour être sûrs que c'est bien une patiente. La volontaire leur explique qu'elle n'est ni médecin ni infirmière, et qu'ils devraient plutôt aller avec l'infirmier palestinien. Les soldats refusent. Ils l'emmènent. Elle finit par se rendre compte qu'en fait elle sert aussi de bouclier humain, les soldats restant exactement derrière elle, puis la plaçant sans cesse entre la patiente et eux.

Il lui demandent de prendre le pouls de la patiente. Elle a beau leur expliquer qu'elle n'est pas qualifiée pour ça, qu'on n'est pas là pour jouer, ils insistent. Elle prend donc la main de la patiente, compte jusqu'à cinq et se relève en disant : "c'est très faible". Satisfaits, les soldats donnent leur accord pour le passage.

Vingt minutes plus tard, à quelques centaines de mètres de là, je me vois refuser le passage avec l'ambulance que j'accompagne, alors que nous allons pour une urgence, un accouchement. Transcription du dialogue entre le soldat dans son APC et moi

- bonsoir, vous parlez anglais ?
- oui. pas de passage
- nous devons aller chercher une patiente pour un accouchement en urgence à Issilia
- pas de passage
- excusez-moi ?
- pas de passage
- vous voulez dire, pas cette fois-ci, ou bien est-ce que la route est fermée pour la nuit, c'est important pour nous
- vous m'avez entendu. Dégagez.
- Excusez-moi, pouvez-vous me confirmer si c'est pour toute la nuit que la route est fermée ?
- Partez.
- Ecoutez, c'est une urgence médicale. Nous collaborerons totalement avec vous, fouillez tout ce que vous voudrez, mais nous devons y aller
- Vous ne m'ecoutez pas. Non. Pas de passage.
- Allez, soyez sympa, il y a un bébé qui risque de mourir
- Je n'en ai rien à foutre de ton bébé.
- Pardon ???
- Je n'en ai rien à foutre. Partez.
- Eh, c'est pas la Bosnie, ici. Vous n'êtes pas des bandits de grand chemin ! C'est les FDI, là, l'armée la plus morale du monde. Réveillez-vous !
- Vous avez une minute pour partir
- Et après ? Vous me tirez-dessus ?
- Non. Je tire sur l'ambulance et tes deux copains. Partez.

Alors on est partis. Une autre équipe est partie à travers champs chercher la patiente. Le centre a téléphoné à la DCO, l'organisme de coordination. Au voyage suivant on a trouvé tout l'équipage de l'APC hors de son blindé, et de mauvaise humeur : visiblement ils se sont faits engueuler. Et maintenant on passe. Pas vite, parce qu'ils nous cassent les pieds comme ils peuvent, mais on passe.



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