Brest-Jerusalem
a la rencontre...
16.10.02 10:40 chronique     chronique 17.10.02 14:08  
-<  une haleine de diesel... l'eau ferrugineuse...  ->
 16.10.02

10:41   old man driver

Si un jour quelqu'un écrit un blues sur la pathétique scène que j'ai sous les yeux, il devra l'appeler old man driver. On a réinventé le champ de coton, à Jénine. Maintenant, ici, on a les esclaves dans les champs de taxi...

Comme toutes les routes vers les villages sont fermées, de ma terrasse je regarde, incrédule, les champs avoisinants. Ils sont pleins de véhicules cahotant à qui mieux-mieux. La course à Jénine. La course à la cahote. Des bus bringuebalant, un camion "Coca Cola", une bétaillère, un raton laveur... et une légion de taxis. Ne pouvant plus emprunter les routes, les habitants des villages, refusant de se voir enfermés et isolés, prennent... la clé des champs. Il en vient de partout, dans les positions les plus invraisemblables. Tant pis pour les champs. Si les FDI veulent couper le trafic, il va falloir qu'ils soient encore plus radicaux que ça.

Un peu de prospective... un mur tout autour de Jénine ? Non. Trop cher. Un fossé ? Ah, c'est une idée, ça un fossé. Comme à Jéricho. Tiens, Jéricho. J'avais oublié Jéricho. Vous aussi ? Ils sont fermés depuis... Février, je crois. A ce que j'en sais, la vie s'y déroule lentement, en autarcie totale. Loin des yeux de l'occident, comme chantait Balavoine.

L'orage gronde sur les collines de Jénine. Il fait sombre. Les voitures roulent avec les phares. Elles passent à trois ou quatre-cent mètres des blindés grassement étalés sur la route déserte. Absurdité.

Les chauffeurs de taxi ont tous des têtes de déterrés. Le même trajet leur prend au moins deux fois plus de temps, sans compter l'entretien accru pour le véhicule. Un d'entre eux a été abattu par un char il y a cinq jours, dans un champ. Un autre s'est fait tirer dessus, on me montre l'impact dans la portière; c'est de la 12,7. Le gars est tout content d'être vivant, mais bien triste du trou dans sa Mercédes 7 places qu'il conduit depuis 1983. Enfin, l'essentiel c'est qu'elle roule, me dit-il. Accessoirement, le prix du transport par tête va naturellement augmenter, et ce n'est pas ce dont tout un chacun a besoin ici.

Anecdote savoureuse, rapportée par un ambulancier qui la tient de sa femme institutrice. Un gamin dans une école fait depuis quelques jours très grise mine. Interrogé par le maître à ce sujet, il répond : "le char du matin ne vient plus, je suis obligé de venir à pieds..."



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