Brest-Jerusalem
a la rencontre...
9.10.02 18:38 chronique     chronique 11.10.02 17:02  
-<  Une porte doit être ouverte... J-30...  ->
 11.10.02

16:59   paroles...

J'ai eu une longue discussion avec deux Israéliens. Plusieurs discussions, en fait, mais résumons. La grande découverte, c'est qu'il n'y a pas réellement de discussion possible, mais pas pour la raison à laquelle j'aurais pu m'attendre. Ce qui suit est un résumé des arguments que j'ai tenté de présenter, et des réponses qui m'ont été faites. C'est le point de vue de deux Israéliens, et ne devrait pas prêter à généralisation absolue. Un des deux est né en Israël, l'autre est un immigrant de relativement fraîche date. Les deux sont des gens que j'apprécie et que je reverrai avec plaisir. Un des deux se définit comme étant franchement à droite, et l'autre comme bientôt franchement à droite.

Les réponses que je donne sont un condensé des deux opinions. Il y a des nuances entre les deux, mais pas vraiment significatives. Je rapporte les propos du mieux que je peux, mais ce ne sont pas des citations absolues.

Je m'attendais plus ou moins à un déni de la situation dans les territoires. "Ca n'arrive pas", ou bien "ce ne sont pas des civils", ou même "ce sont des incidents isolés sans volonté de nuire". Et ce n'est pas du tout ce que j'ai eu. Pas besoin d'expliquer les souffrances. Pas besoin d'expliquer que ce sont des brimades, des punitions. Le discours est simple : "absolument. Et ça durera tant qu'on ne sera pas certains de pouvoir prendre le bus sans se faire exploser".

Alors on peut tenter d'évoquer le cycle infernal : la violence entraîne la violence, etc. Réponse : "ben oui. On sait. Et ça durera tant qu'ils n'arrêteront pas."

Sharon ne veut pas la paix : "certainement pas. Pas la paix d'Oslo en tous cas. Le processus d'Oslo est mort le jour où Barak a démissionné. Ce que Sharon veut, même nous on n'en sait rien, mais ce n'est évidemment pas la paix d'Oslo." Un peu plus téméraire à mon sens, la théorie : "Sharon veut faire la nique à tout le monde et au final être effectivement l'homme qui aura fait la paix. Simplement pour le moment il ne sait pas comment".

C'est injuste que les populations palestiniennes ne puissent pas avoir une vie normale : "oui. Mais nous non plus, on n'a pas une vie normale. Ils vont moins bien que nous, c'est triste pour eux, mais si ça doit être eux ou nous, c'est eux. Si on relâche la pression quinze secondes, on prend une bombe."

Revenir unilatéralement aux frontières de 67 parce que l'occupation crée la violence : "qui nous prouve que ça ne va pas continuer ? On a occupé les territoires pour avoir la sécurité. Si on se retire, rien n'a changé, et un mort chez nous est un mort de trop. On s'est retirés du Liban, et maintenant le Hezbollah nous arrose de roquettes : on va devoir y retourner."

Evacuer les colonies : "d'accord, mais on évacue les arabes de chez nous. Les arabes chez nous vivent en sécurité, ce n'est pas le cas des juifs dans les territoires." "Pourquoi des Juifs ne pourraient-ils pas vivre dans les territoires en sécurité ?" "Si il faut ça pour la paix, les colons, si on me dit d'aller les chercher et de les ramener ici, je le fais". "Pour certains des colons ça sera un vrai drame humain dont il faudra tenir compte." On m'explique qu'en gros plus une colonie est proche de la ligne verte, plus elle est peuplée de gens qui sont plutôt là pour des raisons économiques qu'idéologiques. "Pour Hébron, même si il faut assurer une présence religieuse, on peut faire ça avec 50 personnes. Pas besoin de 5000 colons pour ça. Les autres peuvent venir prier en bus quand ça leur chante."

Un état binational : "non." "On veut un état où être juif n'est pas une différence, mais la règle. On veut vivre avec des gens qui font et pensent comme nous, et pas être montrés du doigt parce qu'on vit et pense différemment.

Les exactions au quotidien : "quand on le sait, on engage des poursuites." "On sait qu'il s'est passé des trucs pas bien à Jénine, et ailleurs, et on s'en occupe."

La majorité des Palestiniens veut la paix, accepte l'existence d'Israël et veut une coexistence pacifique : "chez nous, quand le gouvernement fait quelque chose qui ne convient pas, on le vire et on en prend un autre. Dans le pire des cas, même si ce n'est pas bien, quelqu'un ira jusqu'à tuer le premier ministre. Bonne ou mauvaise action, quelque chose se passe. On n'a pas un seul signe que les Palestiniens aient essayé quoi que ce soit pour se démarquer de la ligne de l'Intifada." "Tout ce qu'on voit à la télé ce sont des hordes de mecs qui hurlent avec des cagoules et des armes."

Les Palestiniens ont démarré l'Intifada parce que les engagements israéliens d'Oslo n'ont pas été respectés : "les engagements des Palestiniens non plus. Leur police n'a jamais rien fait pour démanteler les réseaux du Hamas, et maintenant nous on ne peut plus aller au marché. On a peur de l'hiver qui arrive à cause des grands manteaux... quand ce n'est pas l'Autorité elle même qui organise les attentats."

Les Palestiniens sont isolés et sans moyens : "tu te souviens du Karin A. ? 50 millions de dollars d'armes. Et c'est le troisième qu'on attrape. Il ne faut pas nous prendre pour des cons. On n'achète pas des armes quand on veut faire la paix, et on ne vient pas se plaindre qu'on n'a pas le sou quand on a les moyens de dépenser 50 millions de dollars en armes. Et puis les Palestiniens ne sont pas seuls. Saddam leur donne de l'argent pour nous tuer. Les parents des kamikaze touchent de l'argent de Saddam, ils n'arrêtent pas de nous le montrer à la télé."

Une force d'interposition internationale : "Jamais. Qui va nous protéger ? Des Indiens ou des Chinois qui s'en foutent ? Tout ce qu'ils feront c'est nous empêcher de descendre dans les territoires si on a besoin de le faire, et ils seront incapables d'intercepter les Palestiniens. Nous, il nous faut toute une armée, plus les informateurs, et on n'y arrive même pas totalement. Alors des Indiens ??? Personne ne nous protègera mieux que Tsahal."

Et après ? "Après il y aura la paix, on espère. On espère que nos enfants n'auront pas à faire trois ans d'armée, on espère qu'ils ne mourront pas dans un bus, une discothèque ou un marché. Mais pour que ça arrive, il faudra probablement un grand choc, un traumatisme énorme, quelque chose qui marque les deux camps. Parce que pour le moment, ils nous tuent, alors on les tue, donc ils nous tuent, etc... on ne sait pas en sortir."



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