18:30 militante...
Comme Obélix. Tombée dedans quand elle était petite. A l'âge où certains font des plans pour leur avenir, elle elle s'engageait pour l'avenir des autres.
Aux heures les plus noires de la cause palestinienne, elle découvre l'isolement de ces gens qui se battent contre tous, sans aucun soutien. Pas facile de militer pour la Palestine dans les sanglantes années soixante-dix, dans les silencieuses années quatre-vingt. Un peu moins seule maintenant, certes, mais ce n'est toujours pas facile.
Maintenant elle est ici. Un peu plaque tournante, un peu icone. Pour elle, comme pour de plus en plus d'étrangers, les Palestiniens ont des noms, des visages, des histoires... quand on attaque la Muqat'a, c'est un peu son album photo qui défile. Elle tremble autant d'indignation contre le fait d'occupation que d'inquiètude pour les amis proches qu'elle a là-bas.
Image projetée du siège d'avril, sa tignasse est passée sur tous les écrans, aux côtés du plus célèbre keffieh du monde. Un ami aussi, maintenant.
Les amis comptent, mais les anonymes aussi. Au passage d'un checkpoint, un anonyme peut devenir un ami. C'est selon...
Le sourire que j'ai connu en France est toujours là. Mais les yeux sont un peu moins moqueurs. Il y a un prix à payer, même à la fidélité, à la rigueur, à la persévérance...
La dernière vision que j'ai d'elle en France, c'était un concert de jazz en plein air, battu de vent et de pluie, au fort de Bertheaume, dans cette Bretagne qui nous cimente ici, à plus d'un titre. L'angoisse partagée de ce dernier assaut sur la Muqat'a me l'a encore montrée sous un autre angle.
On plaisante de nos peurs, on s'indigne des mêmes choses... mais là où je ne suis qu'un passant elle est une actrice. Là où je ne suis que des mots elle est une militante. Quand je fermerai le fichier, elle sera encore là à ouvrir des portes.
Il est des gens dont on peut vraiment dire que c'est un privilège de les avoir croisés.
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