13:51 decalage...
Allonge sur la plage, adosse a mon sac, j'ecoute le bruit de la mer. "Welcome to Israel", comme m'a dit le chauffeur du bus qui m'a amene ici de la gare routiere de Tel Aviv.
Sur la plage, assez peu de monde. Une jeune femme prend des photos de ses pieds et ses mains sur le sable. Ses orteils prennent la pose sans se plaindre. Je vois des chiens avec des colliers, ce qui ne m'etait plus arrive depuis longtemps. Des gens marchent le long de la greve, en allers et retours rythmes, un appareil pour surveiller leur rythme cardiaque accroche au bras. Deux gars font des contorsions incroyables, genre yoga. J'ai mal pour eux.
Apparemment, les gens font du sport. Encore un truc qui avait disparu de mon champ de pensee. J'avais oublie qu'on pouvait faire du sport. Faire de l'effort physique gratuit. S'occuper de son corps.
Il y a un gars avec un cerf-volant. Un de ces nouveaux modeles aerodynamiques, races, pleins de couleurs fluo. Il fait faire a son cerf-volant des trucs insenses. Un deuxieme le rejoint; ils font des figures synchronisees. Parfois, le cerf-volant reste immobile quelques secondes, une de ses pointes trempant dans l'eau, puis il repart.
Le soleil se couche. Un oeil sur l'heure : il n'est que cinq heures et quelques. C'est bien tot. Mais c'est absolument magnifique. Il s'en va dans un dechainement de rouges et de violets. L'eau est tiede, presque chaude.
Encore des marcheurs, des joggers, des couples, des teckels. Un cycliste. Le plage est toujours animee. Des lumieres s'allument. Pas d'appel a la priere. Je me surprends a le regretter, dans ce cadre.
Des helicopteres passent sans inquieter personne. Des petits avions bimoteurs virent au-dessus de nous pour s'aligner sur leur piste, et la encore a part moi personne ne regarde.
Je me sens... decale. Pas mal a l'aise. C'est meme franchement agreable, le sable encore chaud, l'eau tiède, le vent doux, le bruit de la mer. Mais des que des humains rentrent dans le champ de vision, je me sens un peu en dehors. Ces gens ont une vie normale. Et moi, je ne sais plus ce que c'est. Faire du sport, de la photo d'art, ca m'est devenu un peu etranger.
Il y a un trio pres de l'eau. La fille porte une robe rouge. Tous ensemble, ils ecrivent quelque chose dans le sable avec les pieds. Une petite fille avec une robe rose est dans l'eau et couine de delice a chaque fois qu'une vaguelette l'atteint. Une femme deambule avec de l'eau jusqu'aux genoux : elle est au telephone. Un groupe de minettes se fait prendre en photo devant le soleil couchant.
C'est probablement l'insouciance qui se degage de tout ca qui me trouble le plus. J'ai un peu perdu l'insouciance. Alors meme que j'ecris ceci, j'ai bien conscience que ce texte va totalement detonner d'avec le reste. Ca n'a rien a voir. Un autre monde, une autre vie.
Une vie ou il y a des restaurants sur le port, des gens qui jouent au billard en riant. Est-ce que je sais encore vraiment vivre comme ca moi...?
... et ne me parlez pas des accents. Autre vie, autres claviers.
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