Brest-Jerusalem
a la rencontre...
28.9.02 11:59 chronique     chronique 29.9.02 18:16  
-<  sourions un peu... ami, si tu tombes...  ->
 28.9.02

19:20   étincelles...

Au cours de mes périgrinations dans la ville, c'est souvent que je croise un camion d'électriciens, même quand personne ne circule. Et quand je ne pérégrine pas dans la ville, c'est souvent que je me retrouve dans le noir et le silence à attendre que le courant revienne.

La fréquence des coupures, et les récits qu'on m'a faits m'ont amené à me pencher d'un peu plus près sur la gestion de l'électricité à Jénine, et je suis allé à la mairie rencontrer le patron des équipes d'électriciens.

Je l'ai trouvé en pleine conversation téléphonique assez pressante avec un interlocuteur anglophone. Il lui expliquait que cette fois-ci un char avait embouti un poteau électrique en béton et l'avait détruit au point que tout ce qu'il restait était un tronçon de deux mètres du poteau suspendu au câble électrique sous tension, le tout au milieu de la route. Il voulait obtenir de son correspondant, un israélien de la compagnie d'électricité, que ce secteur soit électriquement isolé le temps que ses hommes démontent ce câble, et qu'ils mettent en place un délestage. Et surtout il voulait obtenir que son interlocuteur demande à l'armée de laisser passer ses techniciens.

"C'est techniquement en dehors de notre juridiction", m'explique-t-il. "Mais c'est nous les plus proches. Avec la compagnie israélienne d'électricité, on n'a pas de problème politique; on a un réseau à faire fonctionner. On est entre techniciens, ça se passe très bien". Il ajoute, cependant :"ce qui est dommage, c'est que l'armée le néglige autant que moi, il n'a aucune influence sur eux..."

Parce que le plus gros problème électrique de la ville de Jénine, c'est l'armée israélienne. Il ne se passe pas de jour sans qu'un câble, un poteau, un transformateur soit coupé, endommagé ou détruit. "Encore, on a de la chance, en ce moment ils n'utilisent pas les hélicoptères dans le secteur. C'est la pire des calamités, les hélicoptères, à cause des fils!" Les hélicoptères de combat israéliens, Cobra ou Apache tirent des missiles TOW ou Hellfire qui sont filoguidés. C'est à dire que le missile est relié à l'hélico par un mince fil de cuivre qui peut faire 5kms de long. Une fois que le missile a atteint sa cible, le fil tombe. Et il se pose souvent sur les câbles électriques. Or il est en cuivre, conducteur. D'où une multitude de courts-circuits. "Entre Février et Mai, on avait en permanence des équipes chargées de nettoyer le réseau moyen voltage des bouts de fils de cuivre. Un enfer."

Sur l'année 2001 uniquement, les dégâts causés à l'infrastructure électrique de la ville se chiffrent à plus de deux millions de dollars. La grande offensive d'Avril a détruit plus de la moitié des installations. "Pour tout remettre en état et avoir à nouveau une installation propre, il me faudrait un an de travail sans aucun incident supplémentaire. Or, des incidents, j'en ai au moins un par jour."

Je lui demande si toutes ces destructions sont des accidents ou des actes délibérés, et si l'ordre vient d'en haut. "Ca ne peut pas être des accidents tout le temps. Je veux bien que de temps en temps il y a un authentique accident, mais tout le reste est voulu. Voulu par qui, c'est une autre histoire. Je suis certain que pour ce qui est du mois d'Avril, l'ordre venait d'en haut : la première cible de toute l'offensive a été le centre de distribution, pour plonger toute la ville et le camp dans le noir. Pour les petits incidents quotidiens, je crois que l'initiative vient des soldats de base."



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