15:11 de six à dix...
Vous allez rire, peut-être, mais aujourd'hui Jénine était ouverte... de six heures du matin à dix heures du matin. Vous me direz que c'est mieux que de deux heures du matin à six heures du matin, hein... il faut rester positif.
Le problème, c'est que les gens de Jénine, ils en ont vraiment marre, du couvre-feu. Déjà, depuis quelques semaines, on voyait beaucoup de boutiques ouvertes, et elles fermaient quand les chars arrivaient. Mais là, il y a deux évènements qui ont changé la donne. Le premier, c'est la rentrée scolaire. Les gens n'ont pas du tout l'intention de vivre une année sabotée comme la dernière. La seconde, en électro-choc de rappel, c'est le siège sur Arafat.
Entre parenthèses, pour le gouvernement israélien, je n'y comprends rien. Ces gens, qui passent leur vie à dire sur tous les tons qu'Arafat est à la fois le problème et la racine du problème, ont réussi en 48 heures à transformer un paria national (en ce qui concerne Jénine) en héros irremplaçable. Les gens qui ne voulaient plus entendre parler d'Arafat louent Abu Amar à longueur de journée. Amis du gouvernement israélien, on a du mal à vous suivre, parfois.
Revenons à notre créneau de liberté, de 6 à 10. D'abord, comme je le disais plus tôt dans la journée, il est irritant de voir des chars dans la ville à 8:30 quand on est sensés être autorisés à circuler.
Notez qu'en fait, un char dans la ville, quelle que soit l'heure, c'est irritant. Arrive dix heures, donc. La ville est sensée gentiment fermer. Eh bien non. C'est fini, ça. Maintenant, si les FDI veulent que les boutiques restent fermées, il faut qu'elles y mettent les moyens.
A onze heures, donc...

APC de la brigade Golani en promenade à Jénine
Et c'est parti pour un tour. On obtient momentanément un couvre-feu d'environ 100 m de rayon autour des deux blindés, et qui se déplace avec eux. Enfin au début. Parce qu'après ils sont allés sur le marché.
Au début, c'était très impressionnant...

char de combat de type Merkava faisant son marché
... et puis d'un coup il y a eu une grande clameur. Comme un barrage qui lâche. Je l'ai entendue malgré le moteur du monstre qui était juste devant moi. Et puis est arrivée, en même temps que le second blindé, l'explication de la clameur :

écoliers de Jénine décidant de se payer un tour de manège gratuit
Les gamins en ont eu assez. Tout le monde en a eu assez. Tout le monde est sorti sur la route. Les gamins sur l'APC se la donnaient à coeur joie. Tous les accessoires qu'ils ont réussi à démonter ont fini sur la chaussée.

il va falloir trouver un nouveau croquemitaine...
Le conducteur de l'APC numéro 812366 peut venir chercher sa trousse à outils sur le marché de Jénine, en attendant. Allez, ça lui donne une bonne raison de revenir. Promis, la prochaine fois, on dit rien.
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