14:41 les fourmis...
Ce matin, j'avais rendez-vous pour partir avec la clinique mobile de l'UPMRC. Il y a autour de Jénine soixante-douze (72) villages. La plupart n'ont pas de docteur résident. Il faut donc que les médecins se déplacent. Mais vu le nombre de villages, ils n'ont pas de visite tous les jours.
Le village où je vais s'appelle Bet Faq. Tous les quinze jours, ils ont un médecin qui vient. Si on le laisse passer, si il n'est pas sous couvre-feu là où il habite, si... enfin comme tout le reste ici. Et une fois par mois, la clinique mobile. Ca vous donne une idée de la situation sanitaire.
Il y a 400 habitants dans l'endroit où je me trouve, qui s'appelle en fait Mashrur, dépendant de la commune de Bet Faq. Ce matin, la clinique a ... 50 patients. Un habitant sur huit. Rien de bien grave. Beaucoup de maladies liées au stress, au moral.
Les gens ne peuvent pas aller faire des examens, de toute façon. Pas d'analyses, pas de radios. La clinique mobile fait payer symboliquement 3 shekels pour les médicaments. Souvent, ça relève plus du placebo, vu qu'on ne peut s'attaquer à aucun truc sérieux. Le diabétique du village a les pires difficultés à aller en dialyse.
Mashrur a une école. Trois salles de classe. Dans chaque salle, deux classes mélangées. Ca n'aide pas l'enseignant. L'école est toute mignonne...
Mais comme il y a en fait dix classes, on en a mis deux dans un local disponible...
Ca fait un peu corps de ferme abandonné non ? Ben oui. Mais ça n'empêche pas les gamines en tablier à col de dentelle d'avoir un sourire lumineux.
En parlant de lumineux... le paysage est assez chouette, c'est reposant...
On est en vue de Jénine, en fait. Mais la route d'accès est (naturellement) coupée, ce qui fait qu'il faut près de quarante minutes pour y aller par des chemins de pierre. Pendant la bataille du camp de Jénine en avril, le bruit était tel même dans ce village que les gens ne pouvaient pas dormir.
La situation économique est catastrophique. Pas assez d'eau pour irriguer. L'eau vient en camions citernes. Quand elle vient. Personne ou presque n'a plus de travail. La nourriture...
... la nourriture arrive souvent en camion. C'est un camion de l'UNRWA, car les gens de ce village sont en fait des réfugiés. Le village a été fondé pour loger des réfugiés expulsés de leur logement normal, dans ce qui est maintenant Israël. Tous ces gens dépendent plus ou moins partiellement de l'aide alimentaire. A votre bon coeur...
Les fourmis de la Palestine, humanitaires, soutien médical, soutien à l'agriculture, à l'éducation, continuent leur labeur acharné et insensé, loin du regard de tout le monde. Ils essayent de faire tenir les gens debout.
Désespérer ou pas ? J'hésite.
En tous cas j'ai été reçu comme un prince. Muhammad, Kamal, et les autres, merci.
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